LETTRE XL
lin quel sens un doit entendre la désapproiiriation ou le détachement des dons de Dieu.
Jk ne puis partir, ma fille, sans vous recomn)ander de plus eu [»lus la simplicité.
Ces désapproprialions des dons de Dieu
ne sont que raffinement. Je sais que les spirituels des derniers siècles se sont servis de ces termes; mais si on ne les entend sainement , on tombe dans de grandes erreurs. C'est une vérité constante, (lu'on n'est uni à Dieu que par ses dons. La sainteté, la justice, la grâce sont des dons de Dieu ; ce sont des moyens par lesquels on le possède. Songer à s'en détacher, c'est songer à se détacher de Dieu même. J'en dis autant de la foi , de l'espérance et de la charité. On ne peut être agréable à Dieu que par ces vertus, qui sont autant de dons de Dieu. Ces unions immédiates avec Dieu, tant vantées
LETTRES DE HOSSUET A MADAME DE LA MAISONFORT
pat" beaucoup de mystiques, même par les bons, sont une illusion , si on les entend mal. Il n'y a qu'un seul moyen de les bien entendre , et de se désapproprier des dons de Dieu ; c'est en évitant, comme l'écueil de la piété , de scies attribuer à soi-même. Mais si on les prend conime venant du Père des lutnières, on en est suffisamment désapproprié. On peut s'en détacher encore d'une autre manière; c'est de ne les pas cliercber pour le plaisir qui nous en revient , mais par la vertu (pi'ils ont de nous unir à Dieu même, puisqu'il ne s'unit à nous que par ses dons. Encore y a-t-il une céleste et victorieuse et foncière délectation , dans laquelle consistent la grâce et la charité; et s'en détacher, c'est se détacher de la charité et de la grâce, c'est-à-dire de Diiiu même. Croyez, ma fille , que toute autre doctrine n'est qu'illusion. Il en faut toujours revenir aux idées simples, qui sont celles de l'Écrilure.
Mettez-vous sérieusement dans la lecture de l'Evangile, et prenez les idées que vous donnera la simple parole; vous vous en trouverez bien : je m'en rapporte à l'expérience que vous en ferez. C'est de quoi je vais traiter à fond avec vous à mon retour, et entrer non-seulement dans tous vos doutes, mais encore intimement dans toutes vos peines, pour petites qu'elles soient. Noh-e Seigneur soit avec vous.
son union avec Dieu , ni les travaux , ni la con- \ersation , ni la nuit , ni le jour.
Hkp. — Je crois que ces âmes ont souvent des distractions dont elles ne s'aperçoivent pas; mais connne elles ont une grande facilité à revenir à Dieu . on en conclut , etc.
Demande.
Elle dit elle-même : « Je me vois par état » [)erdue dans la divine majesté , qui , depuis » plusieurs années , me tient dans une union
» que je ne [»uis expliquer Il y a près de
» cinquante ans que Dieu me tient dans cet
» étal Ce que je fais à mon oraison ac-
)) fuelle, je le fais tout le jour, à mon coucher, » à mon lever, et ailleurs. »
RÉp. — Si sa disposition avoit été un acte direct et continu , elle auroit dîi ignoier son état ; car ce ne peut être que par réflexion qu'on sait tout ce que celte mère démêle ici.