‹ Œuvres complètes de Fénelon, archeveque de Cambrai. Précédées de son histoire littéraire (volume 2)Chapitre 96 sur 422 · LETTRE XL · texte numérisé non relu

LETTRE XL

lin quel sens un doit entendre la désapproiiriation ou le détachement des dons de Dieu.

Jk ne puis partir, ma fille, sans vous recomn)ander de plus eu [»lus la simplicité.

Ces désapproprialions des dons de Dieu

ne sont que raffinement. Je sais que les spirituels des derniers siècles se sont servis de ces termes; mais si on ne les entend sainement , on tombe dans de grandes erreurs. C'est une vérité constante, (lu'on n'est uni à Dieu que par ses dons. La sainteté, la justice, la grâce sont des dons de Dieu ; ce sont des moyens par lesquels on le possède. Songer à s'en détacher, c'est songer à se détacher de Dieu même. J'en dis autant de la foi , de l'espérance et de la charité. On ne peut être agréable à Dieu que par ces vertus, qui sont autant de dons de Dieu. Ces unions immédiates avec Dieu, tant vantées

LETTRES DE HOSSUET A MADAME DE LA MAISONFORT

pat" beaucoup de mystiques, même par les bons, sont une illusion , si on les entend mal. Il n'y a qu'un seul moyen de les bien entendre , et de se désapproprier des dons de Dieu ; c'est en évitant, comme l'écueil de la piété , de scies attribuer à soi-même. Mais si on les prend conime venant du Père des lutnières, on en est suffisamment désapproprié. On peut s'en détacher encore d'une autre manière; c'est de ne les pas cliercber pour le plaisir qui nous en revient , mais par la vertu (pi'ils ont de nous unir à Dieu même, puisqu'il ne s'unit à nous que par ses dons. Encore y a-t-il une céleste et victorieuse et foncière délectation , dans laquelle consistent la grâce et la charité; et s'en détacher, c'est se détacher de la charité et de la grâce, c'est-à-dire de Diiiu même. Croyez, ma fille , que toute autre doctrine n'est qu'illusion. Il en faut toujours revenir aux idées simples, qui sont celles de l'Écrilure.

Mettez-vous sérieusement dans la lecture de l'Evangile, et prenez les idées que vous donnera la simple parole; vous vous en trouverez bien : je m'en rapporte à l'expérience que vous en ferez. C'est de quoi je vais traiter à fond avec vous à mon retour, et entrer non-seulement dans tous vos doutes, mais encore intimement dans toutes vos peines, pour petites qu'elles soient. Noh-e Seigneur soit avec vous.

son union avec Dieu , ni les travaux , ni la con- \ersation , ni la nuit , ni le jour.

Hkp. — Je crois que ces âmes ont souvent des distractions dont elles ne s'aperçoivent pas; mais connne elles ont une grande facilité à revenir à Dieu . on en conclut , etc.

Demande.

Elle dit elle-même : « Je me vois par état » [)erdue dans la divine majesté , qui , depuis » plusieurs années , me tient dans une union

» que je ne [»uis expliquer Il y a près de

» cinquante ans que Dieu me tient dans cet

» étal Ce que je fais à mon oraison ac-

)) fuelle, je le fais tout le jour, à mon coucher, » à mon lever, et ailleurs. »

RÉp. — Si sa disposition avoit été un acte direct et continu , elle auroit dîi ignoier son état ; car ce ne peut être que par réflexion qu'on sait tout ce que celte mère démêle ici.

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