‹ Œuvres complètes de Fénelon, archeveque de Cambrai. Précédées de son histoire littéraire (volume 2)Chapitre 95 sur 422 · LETTRE IX · texte numérisé non relu

LETTRE IX

Il la prie de lui renvoyer ses difficultés sur le livre des Etals d'oraison.

A Paris, 2'. juin 1697.

Je crois avoir oublié à Meaux , dans un tiroir bien fermé , la lettre où étoient vos diflicultés sur mon livre. Ainsi, ma fille , si vous désirez une réponse prompte , renvoyez-les-moi. Pour vos autres lettres, mettez tout dans l'abîme de la miséricorde de Dieu , et ne songez point à des confessions générales. J'approuve fort la méthode de surmonter le scrupule en conmiuniant ; et quand celte action est suivie du calme, c'est bon signe.

Ne soyez jamais en |)eine de votre oraison ; songez au fruit; devenez petite; aimez les petites observances comme les grandes, c'est-àdire, les cheveux et jusqu'aux souliers de l'époux , et les franges connue les habits. Si vous ne devenez petite, mais très-|)elite , les sublimités de l'oraison vous seront ôtées; il n'y a de sublimité que celle qui nous rend plus humbles . voilà le premier point rpie j'attends de votre conversion. L'autre, laissez là Saint-Cyr, et le monde qui l'environne , avec l'éclat qui en rejaillit [malgré la retraite et l'air même qu'on y respiie : que M""= de Mainlenon ne tienne plus de place dans votre comu-; renouvelez-vous

à l'intérieur et à l'extérieur. Tous ces honorables liens du monde captivent insensiblement le cœur que Dieu veut affranchir. Soyez libre en Jésus-Christ; souvenez- vous de ses petitesses, et croyez qu'une partie de la croix qu'il veut vous imposer sera là-dedans. Noyez les scrupules dans la conûance.

LETTRE X

Il l'excite au parfait abandon.

A Gcrmiany, 16 mars 1698.

QiANT aux autres dispositions, il faut tâcher de les laisser au-dessous de soi, du moins à côté , sans leur permettre d'entrer dans l'intime. Il y faut même plus de mépris que de combat , et sur tout cela se contenter d'un abandon général à Dieu , sans plus de curiosité ni de recherche. La meilleure disposition en général , â l'égard des créatures pour lesquelles on pourroit avoir actuellement ou du dégoût ou du goijt, ou du dédain ou de l'indifférence, c'est de laisser tout cela être ce qu'il est, c'est-à-dire rien, et connue chose qui s'écouje eu pure perte, sans s'en troubler ou inquiéter. Je vous verrai, s'il plaît à Dieu, avant mon départ. Notre Seigneur soit avec vous.

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