I.;i vi'ilu stuiit; fail Us liéius
DhU. — Je viens saluer ici le plus irrauil lu'ros (jue la (irèceait eu ajtrès Alexandre.
PïHii. — N'est-ce pas là Dém.'lrius (pie j'aperçois? Je le rccomiois au porlrail qu'on m'en a fait ici.
Dkh. — A\e7.-\ous entendu parler des grantles guerres que j'ai eues à soutenir ?
PvRii. — Uni; mais j'ai aussi entendu parler de votre mollesse et de \olre lâcheté [i.'iidant la paiv.
I)km. — S) j'ai eu un peu de mollesse, mes j.Maudcs actions l'ont assez réparée.
l'\nn. — l'our moi , dans toutes les guerres que j'ai t'aite^j^'ai toujours élé terme. J'ai montré au\ Romains que je savois soutenir mes alliés ; car lorsqu'ils altaqu(;rent les Tarentins, je passai à leurs(îcours avec une armée rormidable. et lis sentir au.v liomains la l'orce de mon liras.
liÉM. — Mais l'aluicius eut enlin bon marclié <Je \ous; et on \oyoit hicu ipie vos ti'oupes n't'-loient |)as des meilleures, puisque \os éléphans furent c;uise de votre victoire. Us troublèrent les Romains , qui n'éteient pas accoutumés à cctU; manière de cond»allre. Mais, dès h- second combat, l'avantage l'ut égal de pail et d'autre. Dans le troisième . les Romains renq>ortèrent une pleine victoiri; ; vous fûtes conti-aint de repasser en Epire , et enlin vous mom-ùtes de la main d'une l'enuue.
Vwm. — .le mourus en eombattanl: mais pour vous, je sais ce (pii vous a mis au tombeau: ce sont vos débauches et votre g<nu'niandise. Vous avez soutenu de rudes guerres, je l'avoue, et même vous avez eu de l'avantage: mais, au milieu de ces ;:uerres , \ous étiez environné d'un troupeau de ennrlisane-; (jni von-;
FKNtLO.N. roMF VI.
suivoient incessamment comme des moulons suivent leur berger. F*our moi , je me suis montré ferme en toutes sortes d'occasions . même dans mes mallieiirs ; et je crois en cela avoir surpassé Alcvandre même.
I>KM. — Oui! .ses actions uni bien surpassé les V(Mres aussi. Passer le Danube sur des peaux de boucs ; forcer le passage du (iranique avec liès-pcn di' troupes contre une multitude in(ini<î de soldats ; Icitlre toujours les l'er.ses en plaine el en délili'; prendre leurs villes: percer jus- (pi'aiiv Indes: enlin subjuguer toute l'Asie: cela est bien plus grand qu'entrer en Italie, el être obligé d'en .sortir houteusemenl.
l'viui. — Par ces grandes eon<pjêles, Ale.vandre s'attira la mort; car ou jtrélend ({u'Auti|)aler , qu'il avoit laissé en Macédoine . le tjt empoisonner à Rabylone ponr avoir tous ses Etats.
Dkm. — Son espérance fut vaine, et mon pèle Ini munira bien qu'il se jounil à plus fuit que lui.
PvuK. — J'avoue que je d(»iiuai un uiau\ais exemple à Alexandre, car j'avois dessein de conipiérir l'Italie. Mais lui , il vonloit se faire roi (lu monde; et il auroit élé bien plus heureux en demeurant roi de Maci-doinc, (pi'en courant par loiile l'Asie comme un insensé.
WXI.
DÉM05THÈNE ET CICÉRuN.
i'autllt'lf (11' fos (ifux oraleuis.
Dkm. — il \ a longtemps que je .soubailois de vous V(»ir : j'ai enlendu parler de votre ébj- (juence; Cé'sar , qui est arrisé ici depuis peu , m'en a iiisliiiil.
(lie. — Il est vrai ([ue c'a été nu de mes plus grands lalens.
Dkm. — Parlez-m'en en détail , je muis eu |)iie.
C.ic. — D'abord j'ai dérendu plusieurs gens ;iccusés injuslement: j'ai fail bannir \ erres , préltMirde Sicile ; j'ai pailé pour el contre des loi> : j'ai abattu Calilina et son parti : j'ai |ilaidé |iom- .Sextiiis, tribmi du peu|de . (pii avoit toujours élé pour moi , même pendant mon exil : enlin j'ai conroimé ma vie par ces Pliili|)piqnes si célèbres , (pii
Di'.M. — .reuteiids , (|ui ont surpassé les miennes : je ne peiisois pas (|ue vous eussiez a|»poiié ici voire xaiiili': mais laissons cela ;
DIALOGUES DES MORTS
comment vous t.'''tis-\ous gonviM-iu- dans la iliétoriqne ?
(]i(.. — .l'ai fait (Its nii\i'ai:('s ijiii (liii'ci'oiil ('•Icniollciiiciil; j'ai parle dos uralcnrs les plus i(''lèl)i'(^s ; j'ai
|1i'm. — .le vdis liicu (|Uf vous vduIc/, Idujoin's rcNt'uir à vos (.Iraisnus . uc itonc/. jias uic tnMii[)t'r. J'i-n sais aulaul i|u'uu aulrc ; et
r.ii;. — Tout beau : vous uu- rcpreut"/ de ma ViUiilé, ol vous vous louez vous-mèuie!
Dkm. — Il est vrai ; j'ai lorl, je l'avoue : je me suis laissé emporter; mais vous a\ouei(/. vous-même que vous vous loue/, uu peu trop partout. V a-l-il rien de plus fade que la louani;e (jue vous vous donne/, au eommeneement de la troisième ( -atilinaii'e: lors(pie nous dites (pie « [)uisque l'on a élevé au raui; des dieu.v Homulus, l'ondaleiu' de la \ille de Uome. que ne l'eral-on point à celui ijui a conservé cette même ville fondée et auuiiientée? »
(jc. — .Mais, dans le fond . ne lalloit-il j)as nous vanter , pour nous détendic contre de tels einiemis? Nous avons tous deux eu all'aire à des sens très-puissans. Vous aviez l'hilippe. roi de Macédoine, contre vous ; et u)oi, .Marcr-Antoine. (pii diqniis partagea l'iMnpire av(V .\ugusle en deux parties, et qui a eu, sans contredit, la plus belle et la plus llorissaute.
Dkm. — Oui; mais lorscjue vous avez [)arlé contre lui, il n'étoit que triumvir; votre peuple vous regardoit connue une merveille, et vous croyoil. Moi j'ai eu à pei'suader un peuj)le foihle, superstitieux, incapable de cboses sérieuses : de plus, j'ai |)arlé avec force. Vous, vous avez eu de la force, je l'avoue ; mais vous v ajoutiez trop d'ornemens. La véritable éloquence va à cacber sou art : ou il faut ne point parler, ou il faut étudier la vraie et la solide éloquence.