C.ic. — \\[ loi. u"as-lu |)oiut eu de défauts
]>KM. — Je crois cpi'ou ne [leul ru'en repi'ocliei' aucun [)our l'idoqueuce.
(lie. — l'eu\-tu iouq»arer la richesse de ton uéuie à la mienne, loi qui es soc , sans ornemeui ; (|ni es tniijoius contraint par des bornes étroites e( ressei'iées ; toi qui n'étends aucun sujet : toi à iiui on ne peut rien retrancber , tant la manière dont lu traites les suj<'ts, si j'ose me servir de ce terme, est allamée'.' au lieu (jue je donne aux miens une étendue ([oi fait paroitre une abondance et une fertilité de génie (pii a fait dire qu'on ne puuvoit rien ajouter ;\ mes ouvrages.
Di-'M. — (Ici ni à ([ui on ne jieut rien l'etranclier n'a rien dit que de parfait.
(lie. — (lelui à qui on ne peut rien ajouter n'a rien omis de tout ce qui pouvoit embellir son ouvrage.
Dkm. — Ne trouves-tu pas tes discours plus remplis de traits d'esprit que les miens ï Parle de bonne foi , n'est-ce pas là la raison ptnir laquelle lu t'élèves au-dessus de moi ?
(ac. — Je veux bien te l'avouer, puisque tu me |)arlesainsi. Mes pièces sonl imiuimerit plus ornées (jue les tiennes; elles marquent bien plus d'esprit . de tour, d'art , de facilité, .le fais paroitre la même chose sous vingt manières différenl(;s. On ne pouvoit s'empêcher , en entendant mes Oraisons, d'admirer mou esprit, d'être continuellemenl sm'pi'is de mon art, de s'écrier sur moi , de m'interrouqjre pour m'applaudir et me donner des louanges. Tu devois être (icoulé fort tranqnill(Mnent, et apparemment les auditeurs ik; t'interi"onq)oienl pas.
Dkm. — Ce que tu dis de nous deux est vrai : tu ne te Ironqies (|ue dans la conclusion que tu eiitir(^s. Tu occupois l'assembb'e de toi-même ; et moi je ne l'occupois que des all'aiix's dont je ])arlois. On l'admiroit; et moi j'élois oublié par mes aiidileurs, qui ne voyoienlqne Icparli que je voulois leur f.iire prendre, 'l'u r('jonissois par les traits de ton esprit: et moi je frap[»ois, j'aballois j'atterrois par des coups de foudre. Tu faisois dire : Ah ! qu'il parle bien ! et moi je faisois dire . .-Mlons , marchons contre Philippe. On te louoit : on étoit trop hors de soi pour me louer quand je baranguois. Tu paroissois orne : on ne découvroit en moi aucun ornement; il n'y avoit dans mes pièces que des raisons précises , fortes, (^laires, ensuite des mouvemens semblables à des foudres auxquels on ne pouvoit résister. Tu as été un orateur parfait quand tu
DI.vr.Or.LES DES MORTS.
as élô , comnio moi , siin[tlo, uimn^! , auslùrc, >aiis art appaii'ul, en un tnot , quaiiil tu as cli': l(t'MUM>th('-ni(|ui' : et li»i>t|u"'»n a sciili vu les ili>- <(iuis l'i-sprit, II' tour et l'ail , alors lu n'i-lois ijiu- (^itvron, iV'loigiianl de la perleclion aulaul que lu rêloigiiois de mon caraclère.
r.ICÉRON ET DkMitSTIlLNfc;.
DilTéreiice onln' roratciir .1 lu |iliiloso|ilii'.
Cic. — l'our avûu" Ni'cu du l('m[i> d»' IMalmi. l'I avoir nièun! été sou iliscipU', il me semlde qiu' NOUS avez bien peu prolilé île cet a\autage.
HtM. — Navez-vous donc rien remarqué dans mes Uraisous . vous qui les avez si bien lues, qui seulil les maximes de l'ialun et sa manière de persuader'.'
Cic. — Ce n'csl pas cecpie je veuvdire. Vnus avez clé le plus grand orateur des (Jrecs : mais enfin vuus n'avez été qu'oraleur. Four moi, quoique je n'aie jamais connu L'ialon que dans ses écrits, et que j'aie vécu environ trois cents ans après lui , je nie suis elVorcé de l'imiler dans la [)liilosnp!iie : je l'ai l'ail connoilre aux Romains, et j'ai le premier introduit chez eux ce genre d'écrire; en sorte que j'ai rassemblé , autant (pie j'en ai été rapabb;. en une même perhomif . l'élociueucc et la pliilos.tphie.
Dém. — Kl ions croxoz avoir été nu uMaud philosophe ?
Cic. — Il suffit . pour l'être, d'iiimer la sagesse, et de travailler à acquérir la science et la vertu. Je crois me pouvoir donner ce litre sans trop de vanili'-.
Df.m. — Pour orateur , j'en conviens ;, vous avez été le premier de votre nation ; et les Grecs mêmes de voln» temps vous ont a<lmiré : mais pour philosophe, je ne puis en convenir ; on ne l'est pas à si bon marché.
Cic. — Vous ne savirz [)as ce qu il m'en a coûté, mes veilles, mes travaux, mes méditations, les livres que j'ai lus, les maîtres que j'ai écoutés, les traités (pie j'ai c<»mpos(''s.
UÉM. — Tout cela n'est point la jthilosopliic.
Cic. — U"c' fanl-il donc de plus?
Dmi. — 11 tant l'aire ce que vous avez dit de Caton, en vous mo(}uant de lui : étudier la |)hilosophie. non pour eu discourir, comme la plupart de^ homme>: , mais [lour la réduire en prati(pie.
Cic. — Va ne l'ai-je p.is lait ï n'ai-je pa^
vécu C(»nrormémenl à la doctrine de l'ialoii et d'Aristote (pie j'avois embrassée?
Dkm. — Laissons Arisbtte : je lui dispulerois [)eut-être la ipialilé de philosophe ; et je ne puis avoir graïkle opinion d'un tirée (pii s'est attaeht'' à un roi , et encore à l*hilii>pe. Pour Platon , je vous maintiens (jue vous n'avez jamais suivi ses maximes.
Cic. — 11 est \r.ii (jue dans ma jeunesse , et pendant la [)liis gr.inde pallie de ma \ie,j'ai sui\i la xie active et laborieuse de ceux que Plalon appelle ftolitit/ucs ; mais quand j'ai vu que ma patrie avoit changé d(! l'ace, et (pie je ne pouvois |)liis lui être utile par les grands emplois, j'ai cherché à la servir par les sciences, et je me suis retiré dans mes maisons de campagne pour m'adonner à la contcm[)lation et à l'élude de la vérité.
Dkm. — C'est-à-dire (pie la philosophie a été \otre pis-aller, quand vous n'a\ez plus eu d(i jiarl au gouvernement et que vous a\ez voulu vous distinguer par Nosétudes : car \ous y avez plus cherché la gloire que la vérité.
ihc. — Il ne faut point mentir : j'ai toujours aimé la gloire comme une suite de la vertu.
Dkm. — Dites mieux, beaucou[) la gloire et peu la vertu.