‹ Œuvres complètes de Fénelon, archeveque de Cambrai. Précédées de son histoire littéraireChapitre 107 sur 271 · C.u:. — Sur (juel fondement jugez-vous si mal de moi · texte numérisé non relu

C.u:. — Sur (juel fondement jugez-vous si mal de moi

Dkm. — Sur vos propres discours. Dans le même tenqis que vous faisiez le philosophe , n'avez-vons pas prononcé ces beaux discours où vous flattiez César votre tyran , plus bassement que Philippe ne l'étoit [)ar ses esclaves? (Cependant on sait comme vous l'aimiez ; il y a bien paru après sa mort, et de son vivant vous ik; l'épargniez pas dans vos lettres à A tlicus.

Cit.. — 11 i'alloit bien s'accommoder au temps, et tâcher d'adoucir le tyran , de peur qu'il ne fit encore [lis.

D:^M. — \dus parlez en bou rhéteur et en mauvais philosophe. Mais que devint votre philoso[)hie après sa mort? qui vous obligea de rentrer dans les affaires?

(^ic. — Le peuple romain, ipii me regardoit comme son unique appui.

Dkm. — Votre vanité vous le lit croire , et NOUS livra à un jeune homme doiil vous étiez la dujie. Mais enlin revenons au |ioint ; vous avez toujours été orateur et jamais philoso|die.

Cl.:. — N'oiis , avez-Nous jamais été autn; chose '

DiM. — Non .je l'avout'. mais auasi n'ai-je

DIALOGUES DES MORTS

jamais l'ait a\ilif proIVssiini : je n'a; troiu[ir I fisoiiiu'. .lai l'diintris de l»<iinit^ liciirc (|iril lallnil choisir (Mili'O la rlK'Ioriiiiic ri la ])liiloMipliii" . l'I i|ut' cliaciiiii' (lciiiaii(l(iit un lidiiimc «'iilii-r. !.(' (ji'sir de la uIdIic m'a ioiu'lit'- : j'ai fi'ii ([n'il •'■luit licaii (le utiiniMiu'i' un pciipli' par mon ('liKinmcc . ••! ili- rl'■si^ll■r à la ihiInsîiiicc (le riiilippc . u'i'lanl (pi'mi sim|)lc lilitycn (ils (l'un artisan, .l'ainidis l(> bien pnhiir ri la libei'lé (If la (irrcc. mais je l'aNOii»' à pn-sml . je m'aiinois (micdh* plus iiioi-in»"'mc . fl j'i-lois fort soiisil)le au plaisir Ao rocoxnir une couronne on plein tiiéàtri-. rt de laisser ma slalne dans la place i>ul)li(|Uf a\t'c une belle inscription. Mainlenaut je \ois les choses d'une autre manière, el je i om|irends (pie Soerate avoit i-aisou (juand il soulenoit à ('ioit;ias « que 1 éloï) qnonoe n'étoil pas une si belle chose qu'il » pensoit . dùt-il arrixeràsa lin. et reudii- » nn liouuue maître absohi dans sa rc'publi- » que. )• Nous y sommes arrivés . vous et moi ; avoue/, (jue nous n'en avons pas été pins heureux.

(',ic. — Il est vrai que noire vie n'a été pleine que de travaux et de périls. Je n'eus pas sitôt défendu Hnscius d'Amérie , qu'il fallut m'enfuir en (irèce pour éviter l'indijinalion deSylla. L'accusation de ^ erres m'attira bien des enno.niis. .Mon cons\dat. le temps de ma plus grande gloire , fut aussi le tenqis de mes plus grands tra\au\ et de mes plus grands périls : je fus [ilnsieurs fois en dangei- de ma vie. et la liaine dont je me cliargeai alors éclata ensuite par mon exil. Eutin ce n'est que mon éloquence qui a causé ma mort : et si j'a\ois moins poussé Antoine, je serois encore en vie. .le ne vous dis rien de vos malheurs. \ons les savez mieux que moi ; mais il ne nous enfant prendre, l'un et l'antre, qu'an destin, ou . si m»us \ou- !('/. , à la ibrlune. qui nous a fait naiire dans des temps si corrouq)Us, «pi'il étoit impossible de redresser nos répid)liqne> . ni même d'empêcher leur ruine.

Dy^,^, — C'est en (pioi nous a\ons manqué de jugement, entreprenant l'impossible; car ce n'est i)oinl notre peuple (|ni nous ;i forcés à prendre soin des alfaires publiciues. (Unousu'y étions point engagés par notre naissance, .le p.irdonne à \ni prince né dans la pourpre de gouverner le moins mal qu'il peut nn Klat que les dieux lui ont confié eu le faisant naiire d'une certaine race, puisfpiil ne lui est pas libre de l'abandonner, eu quebpie mau\aisétat qu'il se trouve : mais un siuq)le pai-liculiei' ne doit songer qu'à se régler lui-même, et gouver-

ner sa famille: il ne doit jamais désirer les charges pid)li(pies . moins encore les recherclu-r. Si ou le foi'ce à les picudre . il peut les accepter par l'amoui' di' la |)atri(î ; mais dès cpi'il voit qu'il n'a|dusla liberté de bien faire, cl «pie ses ciloyensn'éconleut plus les lois ni la iais(.iu . il doit rentrer dans la vie privée , et se coiilciilcr (le ili^plorer les calamités pid»liqnes qu'il ne p(Mil delonrner.

r,i(;. — A \olrc couqite . mon ami l'ouq>onins Alticuséloit plus sage ipie nuii . et que ( lalon même (pie nous avons tant xanlé.

Dkm. — Oui, sans doute. Atticns étoit un viNii [)hilosophe. r,aton s'opiniàlr.i mal à propos à vouloir r(Hlresser nn peu[)le qui ne voii— loi! |)lns\ivre en libei'lé . el vous céd;\tes trop facilement à la fortune de César ; du moins NOUS ne coiiservi\les \)î\s assez voire dignité.

Cic, — Mais eulin r(''lo(]ucûrc n'esl-elle pas nue bonne chose et un grand pn^sent des dieux?

I)i;m. — Elle est trt's-bonne eu elie-même : il n'y a que l'usage qui en peut èlre mainais . comme de llatter les passions dn peuple, ou de contenter les nôtres. El que faisions-nous autre chose dans nos déilanialions amères contre nos ennemis; moi contre Midiasoii Eschine . vous contre Pison. \ alinius ou Antoine? C^ombien nos passions el nos intérêts nous ont-ils fuit ojfenser la \érit('' et la justice! Le xérilablc u.sagc de l'élo(|iience est de mettre la xérilé en son jour, et de |)ersiiader aux autres ce (pii leur est véritablement utile , c'est-à-dire la justice et les autres \erlus; c'est l'usage qu'en a fait Platon . que nous n'avons imité ni l'un ni l'autre.

M\r.r.r> ùjiiku.am s kt r. r.AMiLl.i>^.

\j-'? luiimiits lie iiaisifMil |C,^ iiidùpcntlavis . mais souiiii-^ aiii luis lie leur i>alri('.

Cou. — Hé bien! NOUS avez senti comme moi l'ingratilnde de la pairie. C'est une étrange chose que de servir un j)cuple insensé. Avonezle de bonne foi , et excusez un peu ceux à qui la patience échajipe.

Cam. — Pour moi . je trouve qu'il n'y a jamais rlexcuse pour ceux qui s'élèvent contre leur patrie. On peut se retirer, céder à l'injustice, atteindre des temps moins rigoureux; mais c'est une impiété que de prendre les armes contre la mère qui nous a fait naître,

itfM.nr.i Ks i>i:s mi uns. 277

Cor. — Ci's j:iiuiiK num-. <lr mk'ii' ••! ili- iiois^ m. c ••! .lu if-ju'i I ; iii.ii> ••iiliii li iiihiio no

pntrio ni" soiil qiioilrs noms. Les h(Miinif> nais- m ,i |)iiirit l.iil (lijMiKianl ilr lui.

sent libres cl in'lt'|'<'n<l.ins ; les soiii-li-s . axci- i.\\\. — \ nu-» (•lali|i>s<'/ là di- lulli-s ivj^les

loiilcs IciM'S >nl>iii(liiialion> cl lcni> |i'ilii(>, |)iiin' la vciln ! l'.liacnn se ci-dira en iliuil de vi\rc

s'»nl (les iuslilnli«»ns llnnlanle^ . (|ni ne p» ii\enl selon ses |iensêes; il n'y anra pins snf la leire ni

jamais (léiruirc la liberté ossenlielle à riioMiiiie. police, ni snrelé, ni snltordinalion . ni socicté

Si la sjjciélé (l'Iiomnics dans lupielle nmis icl-Icc . ni |)i-incipeM-erlains de boimcs mtenrs.

somrnos nés nian(|iieà la jnslice el à la lionne l'.nii. — Il y anra (onjonrs la raison et la

loi . lions ne Ini de\oii> pins rien , nons reii- \erln imprimées par la nainri' dans le cn-nr

Ironà dan?> le> droils nalnrcls de notre lilierle . dc^ lummies. S'ils alinsenl de lenr libcrli'- , tant

ef nous pon\ons aller clierclier <|nel(ine anlic |iis pour cn\ ; mais i|noi<|ne leur liberté mal

société plus raisomiable pour y vivre en repos , prise |ini>se ^e lonrner en liberlina^e , il est

connue ini voyaiTonr passe de ville en \ ilIcM'Ion |)onrtant certain ipie parleur nature ils sotit

son {.'OUI et sa conuuodilé. Tontes ces belles libres.

idées de pairie oui élt'- donni''es par des esprits ai- Cam. — .l'en con\iens. Mais il tant avouer

l'Ii'ieux cl pleins d'anjbilion. j>onr nous do- aussi que tous les liommes les plus sa;.,'cs ayant

miner; les letiislalenrs nous en oui bien l'ail senli rinconvenient de celle liberté, qui ternit

accroire. Mai» il l'an! lonjoiM> revenir an ilroil aniani de L'onvciiiemens bizarres qu'il y a de

naturel (|ui reini cliaqnc liomnie libre et iiidé- Icles mal laites , ont conclu que rien n'eloil si

|>endant. (Ibacpie lionnne étant né dans cette ca|»ital an repos du penre liumain , que d'ussu-

indépendance à l'épanl de^ .inlres , il n'en^aije jcllir la nudlilnde aux lois établies en «baque

sa liberté, en se ineltani dans la société d'un lieu. .N'est-il pas vrai (|ue c'est là le i-e^'lemenl

peu[tle , qu'à condition qu'il sera traité équita- (lue les lioninies sages ont lait en tous les pays ,

blemcnl; dès que la société manque à la ton- comme le t'ondemenl de tonte société ?

dilion , le particulier rentre dans ses droils. f'.nii. — Il est vrai,

et la terre entière est à lui aussi bien qu'an v (Iwi. — t^e réLMement étoil nécessaire,

antres. Il n'a qu'à se ^'aranlir d'une force <!or. — Il est vrai encore,

supérieure à la sioiuie . et (pi'à jouir de sa Cwi. — Non-seulement il est sage, juste et

liberté. nécessaire en lui-même , mais encore il est

Cwi. — \'ous voilà devenu bien subtil plu- autorisé [)ar le consentement prescjue universel,

losopbc ici-bas; on dit que vous étiez moins on du moins du plus grand nondire. S'd est né-

aJonné au raisonnement |iendant (pie vous cessaire poni- la vie humaine , il n'y a (|ue les

étiez vivant. Maisne voyez-vous pas votre (m- hommes indociles el déraisonnables qui le re-

reur? (^e pacte avec une société peut avoir jettent.

quelque vraiseinidance, f|uand nu bomme choi- Cou. — J'en conviens; mais il n'est (ju'ar-

sil un pays pour y vivre; encore nièine est-on bitraire.

en droit de le punir stdon les lois de la nation, Cwi. — Ce qui est essentiel à la société , à

s'il s'y est agrégé, et qu'il n'y vive pas selon la paiv, à la snrelé des hommes; ce que la

les mœurs de la ré[)ublique. Mais les enfans qui raison demande nécessairement, doit être fondé

naissent dans un pays ne choisissent point leur dans la nature raisonnable même, el n'est point

patrie ; les dieux la lenr donnent . ou plutôt arbitraire. Donc celle subordination n'est point

les doiuKMit à celte société d'hommes qui est une invention |)<»ur mener les esprits foibles ;

leur patrie, aliii que celle pairie les possède, c'est au contraire un lien nécessain» (pie la rai-

les pMiverne, les réi-oinpense , les punisse son fournit piuir régler, pour pacilier, pour unir

comme ses enfans. (^e n'est |)oinl le choix , la les hommes entre eux. Donc il est vrai que la

police , l'art, l'inslitution arbitraire , (jui assu- raison, (pii est la vraie nature des animaux

jettit les enfans à un |)ère; c'est la nature qui raisonnables , demande (|n'ils s'assujettissent à

l'a décidé. Les |>ère> jttints ensemble foui la des lois et à certains hommes (pii sont en la

patrie , cl ont une pleine aul irilc sur les en- |)laçe des premiers législateurs; (ju'en un mol

fans qu'ils ont mis .au monde, nsciic/.-vdns en ils (dtéissent; (pi'ils concourent tons ensemble

douter? auv besoins et aux intérêts communs ; (|u'iU

t^oii, — i>ui. je l'o-e. ijii,ii(priiii bomme u' usent de leur liberté que selon la raison, pour

«)it mon père . je suis un homme aussi bien alVermir et perfeclioimer la société. \'oilà ce (pie

que lui, et aussi libre (pie lui. parla rè^de es- j'appelle être btn citoyen . aimer la patrie, et

sentielle de rhumanil''. le lui dois de |,v recou- s'allacber à la lépubrKpie.

DIALOGUES DES MORTS

Cor. — Vous qui m'accusez ilc ^ublililc, vous êtes plus subtil que moi.

Cam. — Point du tout. IJi'uli'ons, si vous voulez . dans le détail : par (|uelle proposilion vous ai-je surpris? La raison est la nature de riiomine. (lelle-là est-elle Maie?

Cou. — Oui , sans doute.

Cam. — 1/honnne n'est [mini lilire [Ktur aller contre la raison. Que dites-vous de celle-là?

Cor. — il n'y a p;us moyeu de l'empèclicr de {)asser.

Cam. — La raison veut (]u"(>n \iveen société, et par conséquent avec subordination. Hcpondcz.

Cor. — Je le crois connue vous.

Cam. — Donc il faut (juil \ ait des règles in- A iolables de société, (jue Ion nomme lois ; et des hommes gardiens des lois, qu'on nomme magistrats , pour punir ceux qui les violeront . autrement il y auroit autant de gouvernemens arbitraires que de têtes , et les têtes les plus mal faites seroient celles qui voudroiont le plus renverser les mcTurs et les lois, pour gouverner, ou du moins se gouverner selon leurs caprices.

Cor. — Tout cela est clair.

Cam. — Donc il est de la nature raisonnable d'assujettir sa liberté aux lois et aux magistrats de la société où l'on vit.

Cor. — Cela est certain. Mais on estlil)re de quitter cette société.

Cam. — Si chacun est libre de quitter la sienne où il est né , bientôt il n'y aura plus de société réglée sur la terre.

Cor. — Pourquoi?

Cam. — Le voici : c'est que le nond3re des mauvaises tètes étant le plus grand , toutes les mauvaises têtes croiront pouvoir secouer le joug de leur patrie , et aller ailleurs vivre sans règle et sans joug; ce plus grand nombre deviendra indépendant , et détruira bientôt partout toute autorité. Ils iront même hors de leur patrie chercher des armes contre la patrie même. Dès ce moment il n'y a pîus de société de peuple qui soit constante et assurée. Ainsi vous renverseriez les lois et la société , que la raison selon vous demande, pour flatter une liberté effrénée ou plutôt le libertinage des fous et des méchans , qui ne se croient libi es que quand ils peuvent impunément mépiiser la raison et les lois.

Cor. — Je vois bien maintenant toute la suite de votre raisonneiuent, et je commence à le goûter.

Cam. — Ajoutez que cet établissement de

r(''pulili(jiic,- el i\r lois étant ensuite autorisé par le couM'uleuienl et la pratique universelle du genre Innnaiu , excepté de quebjues |)euples brulauv et sau\ages , la nature humaine entière , [)Our ainsi dire, s'est livrée aux lois depuis des siècles innoud»rables, par une absolue nécessité. Les tous mêmes et les méchans, pourvu qu'ils ne le soient qu'à demi, sentent c;t reconnoissent ce besoin de vivre <'n conunnu, etd'être sujets à des lois.

Cor. — Jeuleuds l)icn ; et vous voulez que la patrie ayant ce droit qui est sacré et inviolable, on ne puisse s'armer contre elle.

Cam. — Ce n'est pas seulement moi qui le veux , c'est la nature qui le demande. Quand ^'olumuia Notre mère . et Véluria voire femme vous parlèrent pour Home, que vous direntelles ? que sentifes-vous au fond de votre cœur ?

Cou. — 11 est vrai que la nature me parloit pour ma mère j mais elle ne me parloil pas de même pour Home.

Cam. — Hé bien! votre mère vous {)arloit pour Home, et la nature vous parloit j)ar la bouche de votre mère. Voilà les liens naturels qui nous attachent à la patrie. Pouviez-vous attaquer la ville de votre mère , de tous vos parons , dotons vos amis, sans violer les droits de la nature? Je ne vous demande là-dessus aucun raisonnement; c'est votre sentiment sans réflexion que je consulte.

Cor. — Il est viai ; on agit contre la nature toutes les fois (luel'on combat contre sa imlrie : mais, s'il n'est pas permis de l'attaquer, du moins avouez qu'il est permis de l'abiUidonner, quand elle est injuste et ingrate.

Cam. — Non , je ne l'avouerai jamais. Si elle vous exile, si elle vous rejette, vous pouvez aller chercher un asile ailleurs. C'est lui obéir que de sortir de son sein quand elle nous chasse ; mais il faut encore loin d'elle la respecter, souhaiter son bien , être prêt à y retourner, à la défendre et à mourir pour elle.

Cor. — Où prenez-vous toutes ces belles idées d'héroïsme ? Quand ma patrie m'a renoncé, el ne veut plus me rien devoir, le contrat est rompu entre nous ; je la renonce réciproquement , et ne lui dois plus rien.

Cam. — Vous avez déjà oublié que nous avons mis la {'atrie en la place de nos parens , et qu'elle a sur nous l'autorité des lois; faute de quoi il n'y auroit [dus aucune société iixeet réglée sur la terre.

Cor. — Il est vrai ; je conçois qu'on doit regarder comme une vraie mère cette société qui nous a donné la naissance, les mœurs, la nourriture ;

lUAlni.l |;s IH:s MORTS. 270

qui a acquis de si giaiid> droits sur nous |»ar joiMs il rspéraiitob vaincs ot ilatleuses. Toul-à-

nos pari'iH ot par nos amis qu'ollr poilr daii> cuni» Us (laulois, auxquels on avoit manqué de

sonsein. Je M-iiv liieii (luoi) lui dnivf rc ({)! (tu parole. j:a^'uèreul la lialaMIi- d.Mlia ; c'éluil

doit à une mère ; mais.... lait de Uoi ut; s'ils eu>seu( |iiMn>ui\i lc> |{oiiiaiu>>.

(Iam. — Si uia mère m'aNoil aliamloiuie et \ ous .savez que la ji-nueNse se reulerma dau> le

maltraité , pourroi.s-jc la uu'ettuuoilre cl la <',,ipilo|)' , cl que les sénateurs se mirent dans

l'omlialtre ? leurs .siéj:cs curules où ils tureul tués. Il n'est

Cou. — .Nou ; mais NOUS pourrie/, — pas nécessaire de raconter le reste, (|uc voun

C.AW — lV>urrois-je la mépriser (M l'aliau- a\e/. ouï ilire ceul fois. Si je u'eusso éloullé

donner, si elle reveuoit à (uoi , et me moiitroi! luoit res.seulimeul |tour .sauver ma patrie , loul

nu vrai déplaisir de m'iivoir lualiraile'.' éloit pci'du sans ressourci-. .l'étois à .\idé(;

(ion. — Nou. (piaud j'appris le malheur de liome; j'armai les

(Iam. — Il l'aul doue être toujours Ion! pu"! A rdéales. J'appris par des espions que les Gau-

à reprendre les seiitimous de la nature pour .sa lois, se croyant les maîtres de tout, étoient en-

palrie , ou [dutôtneles perdre jamais, et rêve- sevelis dans le vin et dans la lionne chère. Je

nir à son service toutes les lois ipi'elle vous eu les sur[)ris la nuit ; j'en lis un jrraud carnage,

ouvre le cheuiiu. A ce coup les Romains, couuuiî des gens res-

('.nii. — .l'avoue que ce parti me paroîl le suscités (|ui sorleni du toinheau. m'envoient

meilleur : mais la lierlé et le dépit d'un homme prier d'être leur cliet". Je répondis qu'ils ne pou-

qu'oii a poussé à bout ne lui laissent pas l'jiire vdient re|)réseuler la j)atrie, ni moi les recnii-

lauf de réllexioiis. Le peuple lomaiii insolent uoître, et (jm; j'atleudrois les ordres des jeunes

fouloit aux pieds les patriciens ; je ne pus soûl'- patriciens qui délendoient le Capitole, parce

frir celte indignité : le peuple l'urieuv mt; cfui- que ceux-ci étoient le vrai corps de la répu-

Iraignit de me retirer chez lesVolsques. Quand hlique; qu'il n'y avoit (ju'eux à qui je dusse

je fu.s là , mon ressentiment et le désir de me obéir pour me mettre à la tète de leurs troupes,

laire valoir chezce j)euple ennemi des Homains. Ceux rpii étoieut dans let^apitole m'élurent dic-

m'engagèrent à prendre les armes contre mou tateur. Cependant les Caulois se cousumoient

pays. Vous m'avez fait \oir, mon cher Furius, par des maladies contagieuses a[)rès un siège de

qu'il auroit l'allu demeurer [taisible dans mon sept mois devant le Capitole. La paix fut faite;

malheur. et dans le moment qu'on pesoil l'argent moyen-

Cam. — Nous axons ici-bas les oudtres de n;int lequel ils [irometloient de se retirer, j'ar-

plusieui-s grands konuuesqui oui fait ce que je rive, je rends l'or aux Homains : .Nous ne gar-

vous dis. 'Ihémistocle , ayant fait la faute de dons |)oinl notre ville, »lis-je alors aux Ci.iulois,

s'en aller en l'erse, aima mieu.x mourir et s'em- avec l'or, mais avec le fer ; retirez-vous. Us sont

poisonner en buvant du sang de taureau, que surpris, lisse retirent. Le lendemain, je les atta-

de servir- le roi de l'erse ronlr? les Athéniens, que dans lem- retraite, et je les taille en pièces. Scipi'jii . vainqueur de. l'Afrique, ayant été

traité indigne, ueul à lînme à cause qu'on accu- .

.Mjit son frère, d'avoir [»ris de l'argent dans sii

guerre contre .\ntiochus. se retira à Linter- .WXN.

nun» , où il pa.ssa dans la solitude le reste de

.ses jours , ne pouvant se résoudre ni à vivre K. CAMII.I.l S Kï l'MillS MWIMI -.

au milieu de sa pairie ingrate, ni à numquerà

l<i lidélité (ju'il lui rlevoit : voilà ce (|ue nous l.iigôncrusitt- et la Iidiiik' r^i sont plusiiliicsilMUs la [xililique

avons appris de lui de[.uis (pi'il esl descendu ijin' la tim-sse cl lis .l.'-t.mi>.

dans le rovaume de IMuton.

Coll. — Vous citez les autres cviniplrs. cl l"\n. — C'est aux trois juges à nous régler

vous ne dites rieu rlii vôtre qui esl je plii> beau pour le rang . |)uis(pie vous ne voulez pas nu*

de tous. céder : iU décidei-oiii. et je. les crois assez jusies

C.ui. — Il esl viai que l'injustice (pi'ou m'a- p(UU' préférer les grandes ai lions de la guerre

voit l'aile me rendoil inutile. Les autres ca- l'unique, où la républi(iue éloit déjà puis.sanle

piiaiues mêmes avoient perdu toute autorité; et admirée de toutes les nations éloignées, aux

oa uc fais4»it plii.s cpie llatter le peuple : et petites guerres de Home naissante pendant les-

vous savez combien il est fimeste à im Ktal, (|uelles ou combaltoit toujours aux portes de la

que ceux tpii le ;.'ouverueul se repais.seiil ton- ville.

DIALOGUES DES MORTS

Cam. — Ils n'auront pas grande peine à dérider entre un Romain qui a été cinci l'ois dictateur, qni>i(]u'il n'ait jamais été consul, (jui a triomphé ipiati-e fois , ([ui a mérité le titre de second l'ondaleurde lUime : »•! un autre ciloMMi qui n'a fait que tenqioriseï- par lincssc, c! fuir devant Annibal.

Fab. — J'ai plus mérité cpic \nns le tilre de second fondateur; car Annihal et loule la puissance des (".arthai^'iuois, dont j'ai délixré R(»me, étoient un mal plus rcditutable que l'incursion d'une foule de Barbares que vous avez dissipés. Vous serez bien embarrassé quand il faudra comparer la prise de Veies , qui étoit nu \illaire, avec celle de la siqierbe et belliqueuse Tarente, cette seconde l.acédémoiie ddiil elle étoit une colonie.

Cam. — Le siège de Veies étoil plus important aux Romains que celui de Tarente. 11 n'en faut pas juger par la grandeur de la ville, mais par les maux (pi'elle causoità Rome. Veies étoif alors à proportion plus forte pour Rome naissante, que Tarente ne le fut dans la suite pour Rome qui avoil augmenté sa puissance par tant de prospérités.

Fab. — Mais cette petite ville de Veies, vous demeurâtes dix ans à la prendre; ce siège dura autant que celui de Troie : aussi entrâtes-vous dans Rome, après cette conquête , sur un chariot triomphal traîné par quatre chevaux blancs. Il vous fallut même des vœuv pour parvenir à ce grand succès; vous promîtes aux dieux la dixième partie du butin. Sur cette parole ils vous tirent prendre la ville ; mais dès qu'elle fut prise, vous oubliâtes vos bienfaiteurs, et vous donnâtes le pillage aux soldats, quoique les dieux méritassent la préférence.

Cam. — Ces fautes-là se font sans mauvaise volonté , dans le transport que cause une victoire remportée. Mais les dames romaines payèrent mon vœu, car elles donnèrent l'or de leurs joyaux pour faire une coupe d'or du poids de huit talens qu'on ofl'iit an temple de Delphes : aussi le sénat ordonna qu'on feroit l'éloge public de chacune de ces généreuses femmes après sa mort.

Fab. — Je consens à leur éloge , et point au vôtre. C'est vous qui avez violé votre va'U ; c'est elles qui l'ont accom])li.

Cam, — On ne peut jioint me reprocher d'avoir jamais manqué volontairement à la bonne foi ; j'en ai donné une belle marque,

Fab. — Je vois déjà venir de loin nolie maître d'école tant de fois rebattu.

Cam. — Ne pensez pas vous en moquer; ce

maîtie d'école me fait grand honneur. Les Falérieus a voient, à la mode des Grecs, un bonnne instruit des lettres j)our élever leurs eiifaus en commun, aliu (jue la société, l'émulaîidu. et les mavimes du bien [)ublic les rendissent encore plus les enfans de la république que leurs pijeus ; ce traître me vint livrer toute la jeunesse des Falérieus, 11 ne tent»il qu'à moi de subjuger ce ]ieu[)le , avant de si [irétieux otages : mais j'eus horreur du traître et de la trahison. Je ne lis pas comme ceux qui ne sont qu'à demi gens de bien, et qui aiment la trahison, quoiqu'ils détestent le traître : je conmiandai aux licteurs de déchirer les babils An maître d'école ; je lui lis lier les mains «lerrière le dos, et je chargeai les <'nlàns mêmes de le ramener en le fouettant jusque dans leur ville, Esl-cc aimer la bomie foi? qu'yen croyezvous , Fabius? pai-lez.

1 'ab. Je crois que celle action est belle , et elle vous relèxe j)lusque la prise de Veies,

Cam. — Maissavez-vous la suite? elle marque bien ce que fait la vertu, et combien la générosité est j)his utile jiour la politique même, que la finesse,

Fab. — N'est-ce pas que les Faléricns, touchés de votre bonne foi, vous envoyèretrt des ambassadeurs pour se mettre, eux et leur ville, à votre discrétion, disant qu'ils ne pouvoient rien faire de meilleur pour leur patrie, que de la soumettre à un homme si juste et si ennemi du crime?

Cam. — Il est vrai; mais je renvoyai leurs ambassadeurs à Rome, afm que le sénat et le peu[)le décidassent.

Fab. — Vous craigniez l'envie et la jalousie de vos concitoyens.

Cam. — N'avois-je pas raison ? Plus on pratique la vertu au-dessus des autres, plus on doit craindre d'irriter leur jalousie; d'ailleurs, je devois celte déférence à la république. Mais enlin on ne voulut point décider; on me renvoya les ambassadeurs , et je tinis l'affaire comme je l'avois commencée, ]jar un procédé généreux. Je laissai les Falériens en liberté se gouverner eux-mêmes selon leurs lois; je fis avec eux une paix juste et honorable pour leur ville.

Fab. — J'ai ouï dire que les soldats de votre armée furent bien irrités de celte paix : car ils espéroient un grand pillage.

Caai, — Ne devois-je pas préférer la gloire de Rome et mon honneur à l'avarice des soldais ?

Fab. — J'en conviens. Mais revenons à no-

rxAi.MGri.s i)i:s mhhts. 281

lie (jii('>liiiii. Voii. ni' >av»'7. |Mnil-i'lro l'.is (|iii' \iiii>> lai-^rc .iini'llir dans les plaisirs dr (lapoiic, j'ai (Idnnf dt's marqiirs de jUdliiN' |dii> UnU'-. il alltridic <|iir\(Mis usassiez (hmi à peu vos joripi»' ralVaiii' (h- votre inailir dVculo. i r.--.

<!\M. — Non, je ne lésais poiiil, ri je ne Ann. — Mai> cepcndanl vous \oiis desliono-

.iiiinis me le persuader. ri»/, par \nlre liiiiidilé. Itelle lessuiirre |iuur la

r"\B. — .l'avnis ré^'lé avec Annibal ipi'nii jialrie. aprè^ laiil de inallieurs, «piiin capilain*' Il lian|.'eroil dans les deii\ arniées les piisoii- (|iii n'ose lien lenler, qui a pein* de son (»inliri; niers . et que ceux qui ne pourroient être nminie un liéxre, <pii ne trouve point de roéchangés seroiont rarlielés deux cent riucpianle elicrs assez escarpés pom* x faire j.'rinq)er ses draclnne» pour chaque lionnue. I/édiau^'e troupes toujours Irenililanles ! C/étoit cnfreleuir adievé, on trouva qu il x avoil enio:e, au-delà la làtliele dans xoire camp, et auu'm<'ntet: l'audu nomlire des Carlliauluois , deux cent ciii- dace dans le mien.

• piaule Uoinains (juil l'alloit laclieter. Le sénat Tvii. — Il valoil imeux se déshonorer par

désapprouve mon traité, cl reluse le {)aiemenl: celle làcliclé. (|ue faire massacrer toute la fleur j'envoie mon lils à llonie pour vendre mon bien, des Honuiins, connue Terentius \uno le lit à et je jinie à mes dépens tontes ces rançons (jue <'annes. Ce qui aboutit à ?an\cr la patrie, et à l<' sénat ne xculoil point j.axei". \'ous u'é-litz rendre les victoires des ermemis inutiles, ne u'cuéreux qu'aux d('"i)ens delà répulditiue : tuais peut déshonoier un capitaine ; on voit qu'il a moi je l'ai été sur mon propre comjtle : vous préféré le salut public ù sa propre réputation, ne l'avez été que de concert avec le sénat : je qui lui est plus chère que sa vie: et ce sacrilice l'ai été contre le sénat même. 'le sa n'-pulalion doit lui en attirer une grande :

Cam. — U n'est pas diflicile à un houuue de encore même n'esl-il pas (juestion de sa ré[)utacœur de sicrilier un peu d'arirent pour se pro- lion; il ne s'ai:it ipio des discours téméraires curer tant de gloire, l'our moi, j'ai montré ma de certains critiques cpii n'ont [)as de vues assez générosité en sauvant ma patrie ingrate : sans étendues pour prévoir de loin condiien celte uioi , les (îanlois ne vous anroient pas même manière lenle de faire la guerre sera entin laisse une ville de Home à défendre, .\llons avantageuse. Il faut laisser parler les gens qui trouver Minos, alin qu'il finisse notre coules- ne regardent (|ue ce qui est présenl et que ce talion et règle nos rangs. (|ui brille. <Juaud vous aurez, par votre pa-

tience , obtenu un bon succès, les gens inènies qui vous ont le plus condamné seront les plus empressés à vous applaudir. Ils ne jugent que parles succès : ne songez qu'à réussir; si vous v parvenez, ils vous accableront d(^ louanges.

Ayy. — Mais que voulez-vous (jue pensassent vos alliés ?

Fap. — Je les laissois penser tout ce (pii leur plairoil, pourvu que je sauvasse Home; comptant (]ueje serois l»ien justifié sur toutes leurs Ann. — .II- vous ai fait pa.-sci- de mauvais criliqucf; après (jue j'aurois prévalu sur vous, jours et de mauvaises miits ; avoiiez-je de boime Ann. — Sur moi! Vous n'avez jamais en

foi. celte gloire, lue seule f(»is. j'ai décampé devant

Fab. — Il est vrai : mais j'ai eu ma revanche, vous, el en cela j'ai montré que je savois me Ann. — Fas tro|) ; vous ne faisiez (]ue reçu- jouer de toute votre scieme dans l'art militaire; 1er devant moi, (pie chercher des canqiemens car avec des feux attachés aux cornes d'un grand inaccessibles sur des montagnes ; vous étiez nombre de bo-iifs , je vous donnai le change, toujours dans les nues, (l'éloit mal relever la et ji* décampai la nuit, pendant (pie vous vous ri'-putation des Homains , ipie di' montrer tant imaginiez (jue j'élois auprès de vijlre camp, d'épouvante. |-'\B. — r.is l'uses-là peuvent surprendre tmit

I' vB. — il faut aller au plus pre^si'-. Après le moiidi' : mais elles n'ont rien décidé entre tant de batailles |ier(lues , j'eusse achevé la nous. l-]ulin vous ne pouvez désavouer ipie je niiui- de la république de hasarder di; non- vous ai afl'oibli, (pie j'ai repris des jdaces. (pie veaux cftmbatn. Il fallnit relever le courage de j'ai icb-vé de leurschnles les troupes Honiaines; nos troupes, les accoutumer à vos armes, à vos et, si le jeune Scipion ne n)'en eût d.'robé la cléphans, à vos ruses, à voire ordre de bataille, gloire, je vous aurois chassé de l'Italie. Si Sci-

FAwrs

MAXIM! s ET AN.MBAL.

In génii

..1 ,r.nn,.-.

f doit sacrifi'-r sa réputation au salut public.

PIALOr.rES DES MORTS.

pion en osl vrnii à bout , i'i>t (ju'il \ axdil encore iiMO Homo sauvée par la lenteur di- FiilMii>. Cessez doue t]c vdus niotjuer d'un lionuiu\ tpii, en reculant un peu devant vous, est (■au^e(|lK; vous avez abandonné toute l'Italie . et l'ail p»'Mir Cai'lhage. 11 n'est |ias (pieslion d'eblouii- par des eoniinenecnieus a\anlaLreu\ ; res>entiel e^l de bien iinir.

XWVIl.

RHADAM VNTE , CATON LE CENï^ELR ET SCIPION LAERir,\lN.

Les pliispraiiiJrs vcdus sont futées par iiiio liiimL'ur > lingrimet caustique.

J^ui>. — Oui cs-tu done, vieux Honiaiu ? Dis-moi Ion nom. Tu as la pbysionomie assez mauvaise , un visa^^c dur et lébarbalif. Tu as l'air d'un vilain rousseau: dn moins, je ci-ois que tu l'as été pendant ta jeiniesse. Tu avois, si je ne me trompe, plus de cent ans (piand tu es mort.

Cat. — Doint : je n'en avois (juc quatrevingt-dix, et j'ai trouvé ma Aie bien courte; car j'ainiois fort à vivre, et je me portois à merveille. Je m'appelle Caton. N'as- tu point ouï parler de moi , de ma sagesse, de mon courage contre les méchans ?

Rhad. — Ho! je te reconnois sans peine sur le portrait qu'on m'avoil failde toi. Le voilà tout juste, cet homme toujours prêt à se vanter et à mordre les autres. Mais j'ai un procès à régler entre loi ot le grand Sci[)iou qui vainquit Annibal. Holà, Scipion , liàtez-vous de venir: voici Caton qui arrive enfin; je prétends juger tout à l'heure votre vieille querelle. Cà, que chacun défende sa cause.

SciP. — Pour moi. j"ai à nie plaindre de la jalousie maligne de Caton; elle étoit indigne de sa haute réputation. 11 se joignit à Fabius Maximus, et ne fut son ami que pour m'attaquer. Il vouloit m'enipècher de j)asser en Afrique. Ils étoienl tous deux timides dans leur politique ; d'ailleurs Fabius ne savoit que sa vieille ncéthode de tenq)oriser à lu guerre, d'éviter les batailles, de camper dans les nues , d'attendre que les ennemis se consumassent d'eux-mêmes. Caton , qui ainioit par pédanterie les vieilles gens, s'attacha à Fabius, et fut jaloux de moi. p;iroe que j'ctois jeune et hardi. Mais la principale cause de son entêtement fut son avarice : il

\onloil (proulil la guerre avec épargne, connne il planloil ses cboux et ses oignons. Pour moi , je \oulois (pi'on fit vivement la guerre . pour la Unir bientôt a\ec a\aulage : (pi'on regardât non ce cpi'il en coùteroil, mais les actions (pie je ft-rois. Le pauvre Caton étoit désolé; car il vouloit toujours gouxerner la républi([ue connue sa petite eliaumière. et reni|)orler des \icloircs à juste prix. Il ne \o\oit pas (pie le dessein de Fiibiiis ne |)oii\oit réussir, .lamais il n'auroil cbassé Annibal <!' Italie. Annibal étoit assez babile pour y subsister toujours aux dé[)ens du pays, cl pour conser\er des alliés; il auroit mèm<' toiijo\ns fait venir de nouvelles troupes d'Afrique |>ar mer. Si Néron n'eût défait Asdrubal avant qu'il put se joindre à son frère , tout étoit perdu ; Fabius le teuiporiseur eût été mal dans ses all'aires. Cependant Rome, pressée de si près par un tel eiinemi, auroit succombé <à la longue. Mais Caton ne voyoit poijil cette nécessite de faire une puissante diversion |)0ur transporter à Carthage la guerre qu' Annibal avoit su porter jusqu'à Rome. Je demande donc réparation de tons les torts que Caton a eus contre moi , et des persécutions qu'il a faites à ma famille.

Cat. — F]t moi je demande récompense d'avoir soutenu la justice et le bien public contre ton frère Lucius, qui étoit un brigand. Laissons là cette guerre d'Afrique , où tu fus plus heureux que sage. Venons au fait. N'est-ce pas une chose indigne que tu aies arraché à la république un commcuidement d'armée pour ton frère qui en étoit incapable? Tu promis de le suivre, et de servir sous lui : tu étois son pédagogue. Dans celle guerre contre Antiochus. ton frèie lit toutes sortes d'injustices et de concussions. Tu fermois les yeux pour ne les pas voir 3 la passion fraternelle t'as oit aveuglé.

Scip. — Mais quoi î celte guerre ne linit-clle pas glorieusement ? Le grand Antiochus fut défait, cbassé et rejtoussé des côtes d'Asie. C'est le dernier ennemi qui ail pu nous disputer la suprême puissance. Après lui tous les royaumes venoient tondjcrles uns sur les autres aux pieds des Romains.

C vT. — Il est vrai qu'An tiochus pouvoit bien les embarrasser, s'il eût cru les conseils d'Annibal ; mais il ne lit cpie s'amuser, que se déshonorer par d'infâmes plaisirs. Il épousa dans sa vieillesse une jeune Crecque. Philopœmendisoit alors que s'il eût été préteur des Achéens , il eût voulu sans peine défaire toute l'armée d'Anliochus en la surprenant dans les cabarets. Ton frère, et toi, Scipion, vousn'eùtespasgrand'peine

ni AlJM.i Ks ni;s MOUTS. -283

à vaincre des cniiriiiis qui >'iliiiciil lU'p ainsi piiiii- riiilcnt ,\r lii jialiic (luinrnf niun liiiii

vaincus cnx-niènics j>ar leur mollesse. de caMi|ia^iie cloil dans le \<tisina|,'e de celui de

Sir. — La puissance d'AulincInis éldil |hiim-- .Ma^cu^ (Inrius, je me pi-nposai dès ma jeunesse

lanl forniidaMe. d'imiter ce u'rand Intmme pom* la simplicilc des

(Ivp. — Mais re\ent>ns à notre all'aire. I.ucius mo-urs ; |'endanl(|ued'ini antre cùl»' je me proton IVère n'a-t-il [lasenlexé. pillé, ra\a;,'é? <>se- p<»sois Démostiiène pour mon modèle d'élorois-tu dii'<' ([u'il a ^'ouverné en lioimne de i»ien".' ipii-uie. ( tu m'ajipcli.it même le Iti-rnostliène

Scir. — Après ma moi t. tu as eu la dmeli- l.iliu. < >u mo \o\oit tous les jours marchant mi

de le condannier à une ameiule. et de \ouloir a \ec mes esclaves [lom" aller lahonrer la t(M're.

le faire prendre parties licteurs. Mais ne croyez pas que cette application à l'a-

C.w. — Il lemériloit l)ii'n ; et loi. qui a\ ois Lrriculture el ;ireliM|uence me détoinnàt de larl

S(U'. — l'our moi , je jiris mou pajii ;ivei- militaire. Dès l'à^re de di.\-sepl ans, je me moncouraire. (Juaud je vis (jue le peuple se {(jurnoit trai intrépide dans les {.'uerres contre Annibal. contre moi, an lieu de répomlreà l'aecnsalion . Jîienléit mou corpslul tout couvert de cicatrices, je dis : Allons an Capitole renienier les dieux (Juand je l'ustMivové- préteur en Sardai|,'nc, je de ce qu'en un jour seud)lal)le à celui-ci. je rejetai le Iu\e que tous les autres préteurs vaintpiisAiniilial elles r.artliau'inois. Après (jUoi avoient inli'oduil a\aul moi ; je ne songeai (j n'a je ne m'exposai |dus à la l'ortuue ; je me retirai soulaj.'er le pi'uple, quii maintenir le bon ordre, à Linternum , loin d'une patrie ingrate, dans (|u'à rejeter tons les [>réseus. Ayant été fait connue solitude tranquille, et respecté de tous les sid , je gaj,Miai en h^spagne, au-deçà du Dœlis, houncles gens, où j'attendis la mort en philo- une bataille contre les Barbares. Après cette siq^he. Voilà ce (jue Caton, censeur inqdacahle, victoire, je pris plus de villes en l'Espagne que je n)e coniraiguil défaire. \ Dilà derpioije de- n'y demeurai de jours, mande justice. bi ir. — Autre vauterie iusup[)ortahle. Mais

("m. — Tu me reproches ce qui lait ma nous la connoissious déjà ; car tu l'as souvent

gloire. Je n'ai épargné personne j)onr la justice, faite, et plusieurs ujorts venus icide[)uis vingt

.l'ai (iiit trembler tous les plus illustres Romains, ans mel'avoienf racontée pour me réjouir. Mais,

.le voyois coud>ien les mo-nrs se corron)|ioieiit mon pauvre Caton, ce n'est pas devant moi qu'il

dejourcn jour jtar le fasie et parles délices, faut parler ainsi; je connois l'Kspagne et les

Par exemple, peut-on me refuser d'immorlellcs belles conquêtes.

louanges pour avoir chassé du sénat Lncius (îat. — Il est certain (juc quatre cents villes

•Juintins, qui avoit éjp consul, et quiétoit frère se rendirent presque eu même lem[>s, el In n'en

de T. n. Fliiminius, vainqueur de Philippe, roi as jamais tant fait.

de Macédoine, ipii eut la cruauté de faiie tuer Scu-. Cartliageseulexaulmieux (pieloîqualre

un homme devant un jeunegarçon qu'il aimoil. cents villages.

pour contenter la cnriosilé de cet enfant [lar un Cai. — Mais que diras-tu de ce queje lis sons

si horrible spectacle. Marcus Acilius, \nn\v aller, au travers des pré-

Sr.ir. — J'avoue que celle action est juste, et cipices, surprendre Autiochus dans les nionla-

que tu as souvent puni le crime. Mais tu étois gnes enli'e la Macédf)ine el la Thessalie ?

Irop anb'iit contre tout le mnn<le ; et quand lu Scn-. — J'a[»prouve celle action, el il seroil

avois fait une bonne action, tu t'en vautois trop injuste de lui refuser de.s louanges, dn {\>i\ doit

grossièrement. Te souviens-tu d'avoir dit une aussi pour avoir réprimé les mauvaises monirs.

fois, que Home te devoit pins qu(! In ne dcvois Mais on ne te peut exiuser sur top a\aricc sor-

à Home? Ces paroles sont ridicules dans la bouche rlide.

d'un homme grave. Cm. — Tu parles ainsi, parce que c'e>t loj

HiixD. — Oue répouds-lu, Caton , à ce qu'il (pii as accoutume les soldats à \i\i"e délicieuse-

le reproche ? ment. Mais il faut se représenter que je me suis

Cat. — Hue j'ai en elV(.'t sonteiui la ré|)U- \u dans nue republirpie cpii se corronq>oit tons bli«pie Hofuaiue contre la m(dlesse et le fasIe les jours. Les dé()enses y augmenloient siins des femmes (pii eïi corrompoient les mn-urs ; mesure. Hn y achetoil un poisson plus cher que j'ai tenu les grands dans la craiiiledes l<»is ; (|u'un bo-nf n'axoil élé vendu qiiauil j'entrai que j'ai pralirpi'- moi-mêmece que j'ai l'iiseigné dans les all'aires publiques. Il esl vrai (pie les aux antres ; et que la républiipie ne m'a nas choses (|ui étoioni an plus ba^ priv me paroissoutenu de même contre b's gens (]ni n'étoienl M»ienl encore trop chères «|uand elles étoieiit nicsennemis qu'à cause queje les avois altaiiués inutiles. Je disois aux Hoinaîus; A quoi vous

niAl.iHIlKS DES MOrxTS.

sert de gouverner les nations, si vos IVmmcs vaines et corrompues vous j^ouvernenl ? Avoisje tort (le parler ;iiiisi".' Ou vivoil sans pudeur ; cliacuu M' ruinoit, el \ivoil avec toute sorte do bassesse cl de mauvaise loi . pour avoir de tpioi soutenir ses IVdles iK-pi-iiM-s. .['('lois (ciiseur : j'avois ac(piis de l'aiilciiti'' par ma \iciliesse ri ]!ar ma vcriu : poiiNuis-jc me lairc?

'^1 ir. — J\Jais pourquoi r-lrc encoi'e le dclat(MU' uiii\ersel à(pialfe-\ni,L;t-di\ ans? C'esl nu lieaii métier à cet àLTo.

<'Ar. — (l'est le métier d'un homme qui n'a rien jierdu de sa viirueur, ni de son zèle pour la ré[)ul)li(|ue, el (jnise sacrifie pour l'amour d'elle à la lianic des pi-ands. ([ni \eul<Mit être impunément dans le désordre.

Scu'. — Mais tu as t'Ic accusé' aussi snincnl que lu as accusé les aulics. Il me semble ()ue tu l'as été jusqu'à ciiupianle t'ois, cl jnsrprà l'Age de(inalre-vin^^ts ans.

Cat. — Il est vrai, el je m'en glorilie. Il n'étoit pas possible (jue les médians ne lissent. par des calonniies, wm guerre continuelle à un lionnne (|ui ne leur a jamais rien pardonné.

Scu'. — Ce ne l'ut pas sans peine que lu U; défendis contre les dernières accusations.

Cat. — Je l'avoue : t'aut-ii s'en étonner ? 11 est bien malaisé de rendre compte de toute sa vie de\anl des hommes d'un autre siècle que celui où l'on a vécu. J'étois un pauvre vieillard exposé aux insultes de la jeunesse, qui croyoil (]ne je radotois, et qui comptoil pour des fables tout ce que j'a\(»is fait autrefois, (juand je le l'acontois, ils ne faisoient que bâiller el que se moquer de moi, comme d'un honuue qui se louoit sans cesse.

SciP. — Ils n'avoienl pas grand tort. Mais enfin pourquoi aimois-tu tant à reprendre les autres ? Tu étois comme un chien qui aboie contre tous les passans.

Cat. — J'ai trou\é toute ma\ie que j'ap})renois beaucoup plus des fous que des sages. Les sages ne le sont qu'à demi , el ne donnent que de faibles leçons ; mais les fous sont bien fous , etil n'y a (ju'à les xoir pour savoir comment il ne faut pas faire.

SciP. — J'en conviens ; mais toi, qui élois si sage, pourquoi étois-tu d'abord si ennemi des (jrecs ; et, dans la suite, pounpioi pris-tu tant de peine, dans ta vieille>se. pour apprendre leur langue ?

Cat. — C'est que je craignois que les Grecs

nous connuuniqueroient bien plus leurs arts

que leur sagesse, el leurs mœurs dissolues que

leurs cie es. Je n'aimois [<oint tous ces joueurs

d iustrumcn> , ces nmsicieus , ces poètes, ces |teinlres , ces scid|>teurs ; tout cela ne sert qu'<a la cni'iositéet à une vie voluptueuse, .le tronvois qu'il valoit mieux giirder notre sinqilicité rusli(pie. notre vie pauvre et labori(Mise dans l'agricullure ; être plus grossier, cl mieux vivre; moins discourir SOI la vei'Iu. el la |»rati(pi(M' davantage.

Si u'. — l'oui(pioi donca|>pris-ln le grec?

C.\T. — A la tin je me laissai eucbanter par les Sirènes, connue les autres. Je prêtai l'oreille aux muses grecques. Mais je crains bien (|ue tous ces i)elits sophistes grecs, qui viennent affamés à Home poiM' faire fortune, achèveront de corrompre lesmunirs romaines.

Sr.u'. — Ce n'est pas sans sujet ipie In le crains; mais lu aurttis dû craindre aussi de corl'ompre les UKcurs romaines [)ar Ion avarice.

Cat. — Moi avarc! ! j'étois bon ménager; je ne voulois laisser rien jierdi-e ; mais je ne dépeusois que trop !

lliiAi). — Ilo ! voilà le langage de l'avai'ice , (pii croit toujours être prodigue.

Scii'. — N'esf-il pas honteux que tu aies abandonu('' l'agriculture pour le jeter dans l'usure la plus infâme ? Tu ne tronvois pas sur les vieux jours, à ce que j'ai ouï dire, que les terres elles ti'oupeaux ra[)portassent assez de revenu; tu devins usurier. Est-ce là le métier d'un Censeur qui veut réformer la ville ? Qu'as-tu à répondre ?

HiiAii. — Tu n'oses parler, et je vois bien que tu es coupable. Voici une cause assez difficile à juger. Il faut, mon pauvre Calon, te pimir et te récompenser tout ensendjle : lu m'emliarrasses fort, ^'oici ma décision. Je suis louché dc' tes vertus el de tes grandes actions pour ta républiipie : mais aussi quelle apparence de mettre un usurier dansles Champs Elysces? ce seroitun trop grand scandale. Tu demeureras donc, s'il le plaît, à la porte ; mais ta consolalion sera d'empêcher les autres d'y entrer. Tu conlioleras tous ceux qui se présenleront : In seras Censeur ici-bas connne tu l'étoisà Home. Tu auras, pour menus plaisirs, toutes les vertus du genre humain à critiquer. Je te livre l.ucius Scipion . et L. Oniulius , et Ions les autres, pourré[)andresureuxla bile: lu [toin-ras même l'exercer sur tous les autres morts qui viendront en foule de tout l'iuiivei-s ; citoyens Romains, gi'andscapitaines, roisbarltares, tyrans des nations, tousseront soumis à ton chagrin et à la satire. Mais prends garde à Lucius Scipion : car je l'établis i>oiu' le censurer à son toui- impitoxablement. Tiens, voilà deVargeul pour en

Itl M.nt.l i:S |ii:s MORTS.

-2Hii

prêter ;i Ions It-s morts (|iii n'en .iiiidiil p.iint I<' liii/ii |.,ii- aiiiliilii»n >.)ii( luiijuiirs iiH-fniilciis : (Iaiislal)ouiliO|»«)iir|»asst'r la l>.ut|iif ilr t'.liaroii. un |i(ii [ilu>lùt. un pcn pliislarj, la Inrtnn»' les Si In |Mvli'sà (jnolqn'niià nsnit', Ijuiusnc inan- Iraliil, ri \rs Inunnii-s sont iu'^'rals ponr cn\, t|U('ra |ias (IcMM'n a\crlir.rlji' If |inniiai t (iiiMiir Mais ipianil i>n lai! le liicn par l'aintinr ilc la Ifs plus inlàiucs \olcnrs. \<'iUi, la \crln (pitm aiuif rt''(nni|ii'nsc tonjonrs

assr/. jiarli' plaisir (pi'il s a à iasnixnr , l'I clic — - - — fait nu''pri>cr lunlc> \>-> autres rccfiinpcnscs liiiut

iiu t-l priM-.

XXWill.

sCII'IoN Kl A\M|!\|.

La \i'ilti Ikmivi' rn l'Ili'-inêiiio sa iiM'Oin|M'nsi' p.ii If i(liii<ir pur i|iii l'airniiiinjriir.

Ann. — NonsNuici rasscniMcs, vous cl nidi, comme nous le lïinics en AlViijuc un pcn avant lu balaillc de Zama.

S(.n\ — Il est \rai ; mais la ronrércncc d'anjourd'lnii est bien didcrcntc de l'aulrc. .Nous naxonsplus dcLdoircà airpit-rir. ni do victoires à rcmpnrti-r. Il ru* Udusnslc qu'une oudirc vaine et légère de ce (juc nonsavoiiscté. a\ccun snuvenir denosavcnturesqui resscruMc à un sonyc. Voilà ceiinimct d'accord Aimil»al et Scipion. Les mêmes ili<'uv ipii ont mis (lartliajrc en pondre , ont réduit à un pcn de cendre lo vainqueur de Carlliatre que vous \ove/.

Ann. — Sans doute, c'csl dans \olrr sujiludc de làDternum (|nc vous a\ez appris toute cette liclle philosophie.

Si u'. — <Jnau(l^' nel'aurois jiasajipriscd.ius ma retraite, je rap[)rcudrois ici : car la moi'l donne les plus grandes leçons pour désabuser de tout ce cpie le mondc croit merveilleux.

Ann. — La disgrâce et la solitude ne vous ont pas été inutiles pour l'aire ces sages réilevions.

S.ip, — J'en c()n\ieus; mais voi's n'avez pas en m<iins que moi ces in>lruclions delà l'or- Innc. \(insa\c/. \utoiul>ci- CarlliaL'c ; il vous a fallu ahandonner \otre pairie : cl après a\oir fait Irendiler Home, nous a\ey. élé' conli'ainl de vous dérober à sa vengcauiM' |iar imc \ic crranic de pays en jiavs.

An>. — Il c>t \rai : mais je n'ai abandonné mu patrie ipic quand je ne pou\oi> plus la Arfendre.et qu'elle ne poiiMiit me sair.ci- (bi >U|iplicc : je l'ai (piillée pour l'par^nersa ruine entière, cl pnur ne \oir point sa scrsilndc. Au conliaire. \0usa\e7, élé réduit à (|uilter \olre patrie an plus haut poini de sa gloir-e , el d'une gloire qu'elle Icnoil de \ons. V a-t-il rien de si amer? <Jnel|e ingratitude 1

S. ir. — C'est ce ipi'il tant .ilh-ndrc d.-> boinliie> quand on lc> -crt le uiicu.v. ^'.^■M\ (pii ji'hl

XWIX.

ANAjiiM. i:t scipion.

F,';iiiil(iliiia ue criuiiuil jioint (!.• liornes.

Slip. — Il me semble ipic Ji' suis cucc^re à notre conférence avant la bataille de Zama: mais nous ne sonmies pas ici dans la même situation. Nous n'avons plus de dilli'Tcnd; toutes nos guerres sont éteintes dans les eaux du fleuve d'oidili. Après avoir conquis l'un et l'antre tant de pro\inrcs, une a sufli à recueillir nos cendres.

Ann. — Tout cela est vrai: nijlre gb»ire pa.>sée n'est plus qu'un .sr)nge. nous n'avons plus rien à confjnérir ici ; |)our moi . je m'en emniie.

Sc.ip. — Il faut avoui'r (|ue \ous étiez bien incpiiet et bien insatiable.

Ann. — l'ouiquoi'.' je trouve que j'étois bien modéré.

Scn*. — ."\In(léré ! (juclle mod('-ralion ! n'abord les Carthaginois no songooient (pi'a se maintenir eu Sicile, dans la pui-lie occidcnlalc. I.c sage roi Gélon. et puis le tyran Denvs. leur avolent donné bien de levercice.

Ann. — II r>[ vrai ; mais <lès lors nous songions à snbjnpner toutes ces villes llorissanles (pii ^e gou\ernoicnt en n'qnddiques , connue I .ciiiile. Agrigeule.Sé'linonle.

Si;ip. — Mais L'Ulin les Homnins cl b-s Cailhagiuois étant vis-à-\is les nus des autres, la mer entié. denv. se reg.ndoieni d'un œil jaliuv, et so dispntoieut l'Ile ili" Sicile, (|ni él«iit an milieu des denv pcupbs piéleiidans. Nnil.'i ;i quoi se bornoil volii- anibilion.

Ann. — l'oint du loiil. Nous a\ ions encor.' nos prctcnlions du cédé- de rLs|»,igii('. Cartlia^ila .Ncn\e nous donnoil en ce pavs-là un empire |ires(|ne égal à celui de lancicnnc au milieu d.rAlriipie.

Sin-. — 'l'oiil cela es| \i.ii. Mais cét.iil par (piclqiic p(ii l pi.ur \o; uiaichaudiM's que vous

DIALOr.UES DES MOUTS.

aviez commencé à vous étabHr sur les eûtes irKspagne] les iacililés (jne \oiis y Iroiivàles \ous donnèrent peu ;\ peu la pensée de C(Ui(]iit'l'ii" ces vastes réi:ii)ns.

Ann. — hès le temps di' noire jiri'mièie i:uerre contre les llomains. nous étions [uiissaus en Espagne, et jious en aurions été lùenlôl les maîtres sans \olreré[)ul)liqne.

Srip. — Enfin le traili' (pi(> nous conclûmes avec les (',artlia L:in(Ms les ol>liL;eoil à renoncer à tous les pavs (pii smil cnlrc les l's rénées et lEhre.

Ann. — Ea l'orce nous iv.luisit à celte pai\ honteuse; nous axions l'ait des |)ertes Jnliuies sur terre et sur mer. Mon père ne souj^ea qu'à nous relever après cette clnile. lî me iit jurer .«;ur les autels, à l'âge de neuf ans, que je serois jusqu'à la mort ennemi des ISoinains. ,1e le jurai: je l'ai accouq)li. Je suivis mon père en Espagne; après .sa mort, je conimaudais l'armée cartliaginuise, et \ous savez ce qui arriva.

Scu'. — Oui, je le .sais, et vous le savez bien aussi à vos dépens. Mais si vous l'ites bien du eliemin. c'est (pie vous trouvâtes la lurtune qui venoit partout au-<levant de vous |)our vous solliciter à la suivre. E'espérance de vous joindre, aux (Gaulois , nos anciens ennen;is , vous lit passer les Pyrénées. Ea victoire que vous remportâtes sur nous au bord du Uliône vous encouragea à ])asser les Alpes : vous y perdîtes beaucoup de soldats, de clievaux et d'éléphans. Quand vous l'iites passé . vous défiles sans peine nf)s troupes étonnées que vous surprîtes à Ticinum. Eue victoire en attire une autre, en conslernant les vaincus , et en procurant aux vainqueurs beaucoup d'alliés; car tous les peupli's du pays se donnent en foule aux plus forts.

A.NN. — Mais la balaille de Trébie , qu'en pensez-vous ?

Scir. — Elle vous coûta })eu , venant après tant d'antres. Après cela, vous fûtes le maître de l'Italie. ïrasiinènc et Cannes furent plutôt des carnages que des batailles. Vous perçâtes toute l'Italie. Dites la vérité, vous n'aviez pas d'abord espéré de si grands succès.

Ann. — Je ne savois ]>as bien jusqu'où je pourrois aller ; mais je voulois tenter la fortune. Je déconcertai les Romains par un coup si hardi et si imprévu. Quand je trouvai la fortune si favorable, je crus qu'il falloit en proliter : le succès me donna des desseins que je u'aurois jamais osé concevoir.

Scip. — Hé bien ! n'est-ce pas ce que je disois ? La Sicile, l'Espagne. l'Italie n'étoient

plus rien pour vous. Ees ( u-ecs , avec lesquels vous NOUS étiez ligués , auroienl bientôt subi votre joug.

Ann. — Mais, vous (jui parlez, n'avez-vons pas fait précisément ce (pie vous nous reprochez d'avoir été ca[iables de lair<' ? L'Espagne, la Sicile, Eartliage uK'-meet l'Afrique ne furent rien : bieuliM loiile la (irèce, la Macédoine, toiiltïs Je> îles, ri'lgypte, l'Asie, toud)èrent à \os pieds; et vous a\iez encore bien de la peine à soulVrir (pie les l'artlies et les Arabes fussent libr(^s. Le monde entii!i' étoit trop petit [)our ces Humains, (pii, pendant cinq cents ans, avoient été bornés à vaincre autour de leur ville les Volsques. les Sabins et les Samiiites.

Ll'ClLLUS ET CR\SSL'S.

Coiitiv 11' liivi; tic la lublc.

Lrc. — Jamais je n'ai vu un souper si délicat et si sonqitueux.

EiiAs. — l'^t moi je n'ai pas oublié (pie j'en ai fait de bien meilleurs dans votre salle d'Apollon.

Llc. — Point ; je n'ai jamais fait meilleure chère. iMais voulez-vous que je vous parle sur un ton libre et gai ? Ne vous en fàcherez-vous point ?

Cius. — Non ; j'entends raillerie.

Li:c. — Quoi ! un souper pendant lequel nous avons eu une comédie Atellane, des pantomimes , plusieurs parasites bien affamés et bien impudeus, qui par jalousie ont pensé se battre ; c'est une fête merveilleuse !

Cr.vs. — J'aime le spectacle, et je sais que vous l'aimez aussi ; j'ai voulu vous faire ce j)laisir.

Llc. — Mais quoi ! ces grandes murènes, ces poules d'Ionie, ces jeunes paons si tendres, ces sangliers tout entiers, ces olives de Véuafrr, ces vins de Massiipie , de Cécube , de Ealerne, (le Chio. J'admirai ces tables de citronnier de Xumidie, ces lits d'argent couverts de pourpre.

Cras. — Tout cela n'étoit pas trop pour vous.

Ere. — Et ces jeunes garçons si bien frisés qui donnoient à boire ; ils servoient du nectar, et c'étoienl autant de Ganymèdes.

Ca.vs. — Eussiez-vous voulu être servi par des eunuques vieux et laids, on par des escla-

DIAI.Or.rF.S HF.S MORTS. 287

\i's tlo Sardaipne ? DlMi'Is (iliji-ls salisscnl nu (rciix-inriiifs. Mais l'iiliii |MUir(|iioi ik' vous êtes-

ifpas. V()ii< pas It'iiii tlaiisla rrinliuciilf. |niis(|U(' l'exct's

I.i<:. — Il i'sl vrai; mais on a\it7.-\ons <li' la <li''|ifns(' vous flKujiu.' tant '.'

|iiis rc joueur (II- llùlf, (>l r»'llt' jt'uno (în'i(|Ui' (liivs. — C'fst <)U0 uc sariiaul point coin-

av»'(- sa lyre dont les aiTonls ('umIchI tcnx «l'A- incnl ces sortes de dépenses se t'onl, j'ai pris le

pollon nièine : elle éloit u'raciense ttiunne Vi-- parti de ne inénau'er rien, à eondilion de n'\

nus. et passionnel' ilans le clianl di- ses odes retourner pas souvent,

eoinnie Sa[)lio. I.n. — lion; je \'iu> entends : \ous allez

<.ius. — .le sa\oiscond)ien Nous a\e/. l'oreille epar|:ner |iour ivparer eelle dé|iense, et \oiis

delie.ile. \ons en di'di.inunayeroz eu Asie; eu pillant les

l.ic. — Mais enliu je re\ieus d'Asie, uù l'on peujdes. appiend à ral'liner sur les plaisirs. Mais pour

NOUS, ([ui n'êtes pas encore jiarli pour y aller. —

connnent pou\ez-\ous en savoir tant?

(Ikas. — \'otre e\eni[»le m'a instruit : vt»ns Ml. donnez du LToùt à ceux (jui vous i'ré(|uenlenl.

I.i.:. — Mais j." ne puis rexenir de mon SVI.L.V, r..\ïll.lN\ KT CÉ<\\{. I liinn» lui'iil sur ees s\nllièses * t\r> plus Unes

étoiles lie dos, avi-c i\rii ornenieus IMu'Vfriens Lo^ fniicsl.s suites du vice m- rompent point les prince»

d'or et d'ar-ent, (l<int elles t-loient bordées : n.noinpub. tluKiue convié avoil la sienne, et on eu a encore

trouvé (le reste pour toutes les ombres. Les trois ^^'- — •'•' ^i•'tlî!à l;i Iwte vous donner un

lits étoient pleins; la irraude compagnie vous 'ivis, César., et je mène avec moi un bon second

plail-elle? P'">i"" vous persiuidei- : c'est (lalilina. Vous le

«'.iiAs. — Je xons ai ouï dire qu'elle ne con- c-unnissez. et \ous n'avez été que trop de sa

\ienl jias. et qu'il vaut uiieuvètie peu de i:ens cabale. N'ayez [loint de peur de nous: les oin-

bien cboisis. '"'^'s 'i^' l'^'il l>f»iut de mal.

Lit.. — Venons au l'ail. Combien \ous cùle '-»'-^- — J'' '"f' patserois bien de votre visite ;

le rerias? ^"^s ligures sont tristes, et vos conseils le seront

CuAs. — Cent cinquante grands sesterces. peut-être encore da\antage. Qn'avcz-vous donc

Lt c. — Vous n'bésitez point à ré|)ondre, et <!'' s" prcs.sé à me dire ?

NOUS savez bien voti"^conq)te ; ce souper se Ht -"^^l. — Hu'il ne l'aut point (jue vous as|)iriez

bier au soir, et vous savez déjà à quoi se monte •' ''i lyraimie.

toute la dépense : sans doute elle vous tient au '^'■■■i- — l*'''urquiii V N'y avez-\'.ns pas aspiié

ci'ur. \ous-mèmes".'

Cius. — Il est \rai tpie je regrelle ces dé- ^^W-- — •'^ans doute, et c'est pour cela que

penses .siqierllues et excessives. nous soumries |dns croyables quaud nous \ous

l.t. . — l'oiuupK.i (b.iic les t'aites-\ous? eouseillions d'y renoncer.

Ck^.. .),. u<' les lais pas sou veut. Ci-s. — Pour moi, je \eux vousimiler en [,.ut,

I,,.. — Si jétois en xotre place, je ne les cbercber la tyrannie comme vous l'avez cher-

ferois jamais. Votre inclination ne vous v porte «''i'-'^'. f'* «'nsnite revenir comme vous de l'autre

l'.iut : qu'est-ce (|ui vous \ oblige ? ' monde aj)rés sa mort, pour désabuser les tyrans

riuvs. — lue mauvaise'lionte, et lu crainte qui viendront en ma place,

de passer citez vous |)our avare. Les prodignes S\i.. — Il n'est i»a5 (ineslion <le .-es genlil-

prenneut toujours la frugalité pour une avarice li?>*ï^<'s «'l ••i' fes jeux d'esprit; nous autres

iiilVii,,,.^ ombres nous ne voulons rien que de sérieux.

L,,. — Vous avez d..ii.- donné un souper Venons auv iails. .l'ai quitté vobmtairemcnl la

uiaMiiiii.pie. eunnue un pnllron va ;oi n.mbal tyrannie, et m'en suis bien trouvé. Calilina

eu désespère ? ^ ''^' cll'on é- d'y parvenir . et a succondié' nial-

Cus. — - l'asloul-;i-l'ail de même, earje ue benren>ement. Voilà deuv <'vem|des bien ius-

prétends pas être av.iie : je erois même, en iruciils poin- vous,

buimefoi. (|ue je ne Miis pas assez éparunanl. *'''^- — •''" nenlends puinl tous es beaux

I.I.. — luns les avares en eroient autant «xenqdes. V.ius avez tenu la république dan;,

les l'ers, et vous avez été assez malbabile bomnie

• Roi... .ini.i on v.etv..ii.lai.» l.s r.uinv p<'iir Vous d.irrader vous-même. Après avoir

niALOr.UES DES MORTS.

qiiitli' la sn]Mviiu' puisï^anco, vojis oies dointMii'c' ;ivili. obscur, inutilo, abattu, l/biunuic rorlinic l'ut abandouuo do la rmtuiu'. Voilà dcjù un do vos d(Mi\ o\cmpl('s (|iio je iif conipi't'iids |)(.tiut. Pour l'autri' , (".aliliiia a \oiilii se rcuibf le niaitro, et a liioii l'ait justiuo-là. Hua pas su bieu prendre ses niesm-es : lanl pis pour lui. (Juaut à moi je ne ItMilerai rii'u ciu'axee de bi"»nnes jirécautious.

CvTU . — .l'aNois pris les lui'nies mesures que vous : liai ter la jeunc^sse. la corrompre par des plaisir;? , roui^Muer dans des crimes, ra!)îmer parla dépense et |iar les dettes, s'autoi'iscr ]>ar des fonnues d'un osprit intrigant et brouillon. Pouvoz-vous mieux taire ?

Cks. — Vous dites là dos choses (pie je nt; connois poinl. Chacun fait comme il i)eul.

Catil. — \'ous j>ou\<;z évilei' les maux où je suis tombé, et jo suis veiui vous en avertir.

SvL. — Pour THoi, jo \ous le dis encore : je me suis bien trouvé d'avoir renoncé aux alfairos a\aiil ma mort.

Ci:s. — Renoncé aux a IV.ii res ! Faut-il ab;uidomior la réimbliquc dans ses besoins?

S\i.. — Hé ! ce n'est pas ce (pie je vous dis. 11 y a bien de la différence entre la servir on la tyranniser.

Cfs. — }lél pour(juoi donc avez-\ous cessé de la servir?

SvL. — Ho! vous ne voulez pas m'entendre. Je dis qu'il faut servir la patrie jnsqii à la mort, mais qu'il no faut ni chercher la tyrannie, ni s'y maintenir quand ou y est parvenu.

XLH.

CÉSAR ET r.ATON.

Lp poiivij'ii' ili-spùliiiuo , loin (l'as.^iiicr lu repos ol l'aiitorilé di'S princes, les rend Tiuilhcuiciix, el l'iiliiiine ini'vitnhlumeiit leur ruine.

Cks. — Hélas I mon cher Caloii. le voilà en pitoyable état î L"horrible plaie !

Cat. — Je nu^ perc-ai moi-même à l tique, après la bataille deTliapse. pour ne poinl survivre à la liberté. Mais toi, à qui je fais pitié, d'où vient que tu m'as suivi de si près ? Qu'esl-ce que j'aperçois ? cond)ien <le plaies sur ton corps ! Attends que je les compte. En voilà vingt-trois !

CES. — Tu seras bien surpris quand lu sauras que j'ai été percé de lanl de coups au

milieu du séual par mes meilleurs amis. Quelle trahison !

Cat. — Non , jo n'en suis point surpris. N'étois-lu pas le hran do les amis aussi bien (pie du reste <les ciloyoïis ? Ne di!Voient-ils pas pivier leurs bras à la veii^eanc(! de la patrie opprimée? H l'a\idroil innuoler non-seulement s. m ami, mais encore son |)ropre frère, à l'exemple de 'rimoléon, et ses propres enfans, comme lit l'aiicicii iîrulus.

Cks. — l'n de ses descendans n'a que trop suivi cette belle leçon. C'est Rrutus que j'aimois tant . et qui jiassoil pour être mon lils, qui a été le chef de la conjuration jionr me massacrer.

Cat. — U lieureiix Rrutus, ipii a rendu Rome libr<\ et cpii a consacré ses mains dans le saUL; d'un nouveau Tarfpiiu , plus impie el |)lus suj)erbe que celui qui fut chassé par Jiinius !

Cks. — Tu as toujours été prévenu contre moi, et outré dans tes maximes de vertu.

C\i. — Ou'est-ce ipii m'a iJi-évemi contre loi? tu vie dissolue, proditruo, arlilicieuse, elféjniné(! : tes délies . tes brigues , ton audace : voilà ce (pii a prévenu Calon contre cet homme dont la ceiiiliire , la l'obe Irainante . l'air de mollesse, ne promet toieni rien qui l'ùl diiino des anciennes mœurs. Tu ne mas poinl Irompé : je l'ai connu dès ta jeunesse. (I si l'on m'avoit cru. . . .

Ci';s. — Tu m'aurois enveloppé dans la conjuration de (^atilina pour me perdre.

Cat. — Alors tu vivois en femme , et tu n'étois homme ([uecontre ta patrie. Que nefis-je point pour te convaincre ? Mais Roni(> couroit à sa perte, et elle ne vouloit pas connoitre ses ennemis.

CES. — Ton éloquence me lil peur, je l'avoue, et j'eus recours à l'autorité. Mais lu ne peux désavouer que je me tirai d'alfaire en Itabile homme.

Cat. — Dis en habile scélérat. Tu éblouissois les plus sages par tes discours modérés et insimians : In favorisois les conjurés sons prétexte de ne pousser pas la rigueur trop loin. Mt)i seul je résistai en vain. Dès lors les dieux éloienl irrités contre Rome.

Cks. — Dis-moi la vérité : lu craignis, après la bataille de Thapse , de lombei' entre mes mains ; tu anrois été fort emliarrassé de paroîlre devant moi. Hé! ne savois-tu pas (pie je ne voulois que vaincre et pardonner ?

Cat. — C'est le pardoii du lyran , c'est la vie même , oui . la vie de Calon due à César,

DIALOr.UES DKS MOHTS.

que je crai^Miois. fl valoil mu'iix inouiir iinc te voir.

Cks. — .If liiiurois frailo m'inTciiscuu'iil. l'Oniinr jf (raitai ton lil-. No valoit-il pas iiiiciu s«'riiiii-ir cnrdi'f la ivpiibliiim; ?

<"m. — Il u \ a jdiis tli' iv|inl>li([iu' des iju il n'y a [iliis ilc liliorif.

(^Ks. — Mais quoi ! t'-lri' fiirifiix ronlir sninu'^me ?

'Ui. — Mi's |tiopi»s mains iiidnl mis eu liliiTlc nial^'ié lo l\ran. fl j'ai mi''()iisc la \ii' qu'il m'eût olVcitL'. Pour toi , il a fallu (iiiiles |)rnpros ami.> t'aifiil (locliiif loihiir' un monstre.

Cks. — Mais si la \ii' (.'■luit si lioiilousc pour un Homain après ma viiloiiv, poui(|uoi m'en- \oyfr ton lils? vonlois-ln \c l'aire ilé;.'énérer?

• 'at. — Cliacun prend son parti selon son c»eur pour \i\re ou pour mourir. Calon ne pouvoit que mourir ; son tils , moins praml que lui, pouvoit encore su|>portt'r la vie, et espérer, à cause de sa jeunesse, des tem[)s plus libres et plus licureux. Hélas ! que ne soul"- IVois-je point lorsque je laissai aller mon lils vers le tyran !

Cks. — Mais poui({uoi me donnes-lu le nom de tyran? je n'ai jamais pris le lilre de r(ji.

C\T. — Il est (juestion de la chose, et non pas du nom. De plus, comliien de fois te vit-on prendre divers détours pour accoutumer le sénat et le peuple à ta royauté 1 Antoine même; dans la fête des Lupotcales, lut assez impudent pour te mettre, sous une apparence de jeu, un diadème autour de la tète, (le jeu parut tro[) sérieux, et lit horreur. Tu sentis bien l'indignation publiqtie , et tu renvoyas h Jupiter un honneur que tu n'osois accepter. Voilà ce (jiii acheva de déterminer les conjurés à la i)erte. Hé bien , ne savuus-uuus pas ici-bas d'assez bonnes nouvelles ?

(^Ks. — Trop bonnes 1 Mais tu ne me tais pas justice. Mon gouvernement a été doux ; je me suis com|torté en vrai père de la patrie : on en peut jut:er jiar la doulein- <pie le peuple témoigna après ma mort, (l'est mi tenq)s où tu sais que la llatterie n'est plus de saison. Hélas 1 ces pauvres gens, quand on leur présenta ma robe sanglante , voulment me venger. Ouels regrets! (ju«dle ponqie an champ de Mars à mes funérailles! nu'a.s-tn à répondre".'

Cat. — Que le j)eu|)le est toujours peuple, crédule, grossier, capricieux, aveugle, ennemi 'le son véi'itable intérêt, l'our a\oir favorisé les successeurs du tyran et perséi'uté ses libérateurs, (pi'ost-ie (|ue ce |)cnple n'a pas soulVert '!

Ft.NELO.N. TOME VI.

'•n a \\i ruisseler le plus pur sang des citoyens par d'imiond)rables proscriptions. Les Trium- \ il s ont été plus barbares que les (laidois mêmes (|ui prirent llonie. Ileureuv <|ni n'a point vu ces jours de désolation! Mais entin |»aile-mui, êi lyran : |)om(pioi déchirer les entrailles de Uonie la mère? Quel fruit te res'e-t-il d'a\oir mi.s la patrie dans les fers? Est-ce dt; la gloire que lu chenhois ? N'en aurois-tu pas trouvé nue plus pure et plus érialanle à conserver la liberté et la grandeur de cette ville , reine dt; l'univers, connue les Fabricius, les Fabius, les Marrcllus, les Sci[)inns ? Te falloit-il une vie douce et ht.'ureuse ? L'as-tu trouvée dans les horreurs inséparables de la tyratmie? Tous les jours de ta vie étoient pour toi aussi périlleux que celui où tant de bons citoyens innnortalisèrent leur vertu en te massacrant. Tu ne voyois aucun \rai Romain dont le courage ne dut te l'aire |)àlir d'elVi'oi. Est-ce donc là cette vie tranquille et heureuse que tu as achetée par tant de peines et de crimes? Mais (jue dis-je? tu n'as pas eu même le tenqis de jouir du fruit de ton inq)iété. Parle, |)arle, tyran; tu as maintenant autant de peine à soutenir mes regards que j'en auroiscu à souffrir ta présence odieuse quand je me donnai la mort à L'tique. iJis, si tu l'oses, que tu as été heureux.

CES. — J'avoue que je ne l'étoispas; mais c'éloient tes semblables qui trouhloient mon bonheur.

Cat. — Dis plutôt que tu le trouhlois toimême. Si tu avois aimé la patrie , la patrie t'auroit aimé. Celui que la patrie aime n'a j)as besoin de garde; la patrie entière veille autour de lui. La vraie sûreté est de ne faire que du bien , et d intéresser le monde entier à sa conservation. Tu as voidu régner et te faire craindre. Hé bien , tu as régné, on t'a craint; mais les hommes se sont délivrés et du tyran et de la crainte tout ensemble. Ainsi périssent ceux qui, voulant ètie craints de tous les hommes, ont eux-mêmes tout à craindre; de tous les hommes intéressés à les pré\enir et à se délivrer.

C,Ks. — Mais cette puissance, ([ue tu a[q)elles tyraimi(jue, étoit devemie nécessaire. Home ne pouvoit plus soutenir sa liberté: il lui falloit un maître. Ponqiée commençoit à l'être; je ue pus soullVir (pi'il le fùl à mon pn'-jndice.

Cm. — Il falloil abattre le tyran sans aspirer à la tyrannie. Après lotit, si Home étoit assez lAche [)our ne pouvoir plus se passer d'un i^aî- Ire , il valoit mieux laisser faire ce crime à un autre. Hnand im voyageiu" va tomber onire les mains des scélérats qui se préparent à le \(der,

DIALOGUES DES MORTS

fanl-il les prévenir , en se liàlanl de faire une arlinn si horrible? Mais la trop grande auloritô de Pompée t'a servi de prétexte. Ne sait-on |)as ce (jiie lu dis, on allant en l'ispatzm-, ilans nne petite ville oii divcis ciloycns lirignoient la inagislialuic? C.i'ois-tn qn'on ait oublié ce vers •rrec " (|ui éloit si souvent dans la bouclie? l>e plus, ^i tu iduuoissois la misère et l'inlanne de la tvramiie . (pie ne la qnittois-ln?

Cks. — Hé! ipicl moyen de la (piillci? Le sentier par où l'on y monte est rudeet escarpé; mais il n'y a point de eliemin pour en descendre ; on n'en sort qu'en toinl)anl dans le précipice.

Cat. — Malheureux! pourcjuoi donc y aspn-er'.' pourquoi tout renverser pour y ))arvenir? pourcjuoi verser tant desanji. el u'éparpiier pas le lien même, qui fut encore répandu trop lard '! Tn cherches de vaines excuses.

Cks. — Et toi , lu ne me réponds pas : je te demande comment on peut avec sùrelé (piitler la tyrannie.

Cat. — Va le demander à Sylla , et tais-toi. Consulte ce monstre affamé de sang ; son exemple le fera rougir. Adieu ; je crains que l'ombre de Rrulus ne soit indignée , si elle me voyoit parlant avec toi.

CATON ET CICKRON.

Coraparaisrin île ces deux iihiUist>|ilies : vertu farouche el auslèie de l'un; caiaclère folble de l'autre.

Cat. — 11 y a long-temps . grand orateur , que je vous attendois ici. Il y a long-temps que vous y deviez arriver. Mais vous y êtes venu le plus tard qu'il vous a été possible.

Cic. — J'y suis venu après une nioi'l pleine de courage. J'ai été la victime de laréiiubliqne : car depuis les temps de la conjuration de Catiliiia , où j'avois sauvé Rouie, personne ne pou-

" Ce siml lU'iu \eïs qu't'.ui iiiitlc met duiis \n li.imhe d'Eli'Ock-, Pliien. acl. il. m. m. Les viiiii, avec la liaduclion lilti-rale :

Et;:£p -jap à^i/.tiv y^zr, TJio.Tii^Ciç -Trepi Kà>.>.i<rov iS'ix.iW li.'/j.o. <i\'jn'.Zivi "/.pîwv.

S'il faut enfin violer la justice , \w\\v posséder un Iront- il est bea\i il'firc injuste : pn touU- anire occasion la piélo doit conserver ses droits.

Ce trait de César est rapporté par (Ucéron , De Ojjlc. lib, m , cap. \xi, n. 82. Edd. de fers.'

voit plus être ennemi de la république sans me déclarer aussitôt la guerre.

Car. — J'ai pointant su qu(* vous aviez, trouvé grâce au|»rès di- César par vos soumissions, que vous lui pro(ligui<'7. les |>lus magniliques louanges , (pie vous étiez l'ami intime do tous ses lâches favoris, et (pie vous leur persuadiez même, dans \os lellres, d'a\oir recours à sa démence |>our vivrtM'ii paiv an milieu de Rome dans lu servitude. Voilà à quoi sert l'éloquence.

Cic. — Il est vrai (pie j'ai harangué César ])Oiir obtenir la grAce de Marcellus et de Ligarius

Cai. — Hé! ne vaut-il pas mieux se taire que d'employer son éloquence à flatter un tyran'? (> Cicéron , j'ai su plus que vous; j'ai su me laire et mourir.

Cic. — Vous n'avez pas vu une belle observation (juej'ai faite dans mes Offices , qui est que chacun doit suivre son caractère. 11 y a des hommes d'un nalnr(d fier el intraitable, qui doivent soutenir celte vertu austère et farouche jusqu'à la mort : il ne leur est pas permis de supporter la vue du tyran; ils n'ont d'autre res- .source que celle de se tuer. Il y a une autre vertu plus douce et plus sociable, de certaines personnes modérées, qui aiment mieux la répuhli(jue que leur propre gloire : ceux-là doivent vivre, et ménager le tyran pour le bien public ; ils se doivent à leurs citoyens, et il ne leur est pas permis d'achever par une morl précipiU'^e la ruine de la patrie.

Cai. — Vous avez bien reuqdi ce devoir; el s'il faut juger de votre amour pour liome par votre crainte de la morl. il faut avouer que Rome vous doit beaucoup. Mais les gens qui parlent si bien devroient ajuster toutes leurs paroh^s avec assez d'art pour ne se pas contredire eux-mêmes. Ce Cicéron. qui a élevé jusques au ciel César, et qui n'a point eu de honte de prier les dieux de n'envier pas un si grand bien aux hommes, de quel front a-t-il pu dire ensuite que les menririers de César étoient les libérateurs de la patrie '.'QtieMe grossière cou Iradiction 1 quelle lâcheté infâme ! Peut-on se lier à la vertu (l'un homme ([ui parle ainsi selon le temps?

Cic. — Il falloit bien s'accommoder aux be- .soins de la république. Cette souplesse valoit encore mieux ([uo la guerre d'Afrique entreprise par Scipion el par vous contre toutes les règles de la prudence. l^)uriTioi, jeravoisbieu prédil (et on n'a qu'à lire mes lettres) que vous succomberiez. Mais votre naturel inflexible et âpre ne pouvoit souffrir aucun tempérament j vous étiez né pour les extrémités.

ni\i.rir,n-.s in:s mûhts.

C.\r. — El Vdus pour IduI tiaiiidif , rniniiif vous Vd\n Sdint'iil a\(i\ii' xoiis-iiitMiu". Vnus n'i'tioz caiialilc ([lit' de jurvoirdfs incoiiM-iiii'iis. i'.oxw qui (iivvaioioiit Nousoiilrainoioiil Imijdiirs, ju:îqu'à vous fairo ({('dire de vos iiremiors soiitiuuMis. Me vous a-l-on j>as vu adinin-r Poin[ii'c. l't pvliorh'r Ions \os amis à se li\ifr m lui? Musuilo u'avcz-VDUs pas cru i\\\o l'oniprc uit'lli<Mt Rotuo dans la si'r\iludo s'il suruiouloil (".(''sar ? • ".oiunieiit , disie/.-vous. cioira-t-il les -^^mis de l»icn s'il osl le niailro , puis(jn'il no vont croin" anrun do nous pondant la guerre où il a besoin de notre soeours? Enlin n*ave/.-vous itasadmiré César? n'avez-vous pasreeliertliéel loiiét IclaNe?

(Ih . — Mais j'ai allatjué Antoine. <Ju'\ a-til Je plus \éliénjenl que mes harant,'ncs contre lui , semblables à celles de Démostliène contre l'iiilippc?

<1ai. — Kilos sont admirables : mais Déniostlu-no .savnit uiieux que vous oonmienl il faut mourir. Antipaler ne put lui donner ni la mort ni la vie. Falloit-il fuir comme vous fitcs, sans savoir où vous alliez, et attendre la mort des Mjains de Popilius? J'ai mieux fait de me la donner moi-même à llique.

i'Ac. — Kt moi . j'aime mieux n'avoir point «lésospéré delà république jusqu'à la mort, et l'avoir soutenue par des conseils modérés , que d'avoir fait une guerre foible et imprudente, et d'avuir lini par un coup tle ilésespoir.

('at. — Vos négociations ne valoient pas niiouv que ma guerre d'Afrique: car Octave, tout jeune qu'il étoil, s'est joué de ce grand (licéron qui éloit la lumière de Rome. Il s'est servi (le vous pour s'a\ilorisor : ensuite il vous a livré à Antoine. .Mais vous, ipii parlez de gut.'ire, l'avez-von? jamais s»i faire? Je n'ai pas encore oubli** vf)lro belle conquête de Pindenisse , petite ville des dolrnits de la Cilicie ; un |)arc de moutons u' est guère plus facile à prendre. Pour cette belle expédition il \ous falloit un triouipbe . si on eût vuulii vous en croire ; les snp[)lieatn>ns ordonner^-! par le sénat ne suflisoieut pas pour do tels exploits. Voici ce que je répondis aux sollicitations qtie vous me fîtes là-dessus. Vous de\c/. être plus content , disoisjCj des luuanges du sénat que vous ave/, méritées par votr(! bonne; conduite, cpie il'nn triomphe : car le triomphe marqueroit moins la \erlu du tritjuiplialeur . que le bonheur dont les dieux auroient accdinpagné sis entreprises. C'est ainsi qu'on lâche d'amuser conmie on peut les hommes vains et incapables de se faire justic»'.

Cic. — .le reconnois que j'ai toujours été passiouné pour les luuanges; mais faut-il s'en

étonner? N'en ai-je pas mérité de grandes par mon consulat , par mon amour |)oin' la république, par niou é-lorpience , eiiiin par mon amour pour la [diiloso|»lne? (Juand je ne voyois plus de moyen de servir Home dans ses malhem's , je me consolois, dans \me honnête oisi- \elé. à raisoimer et à écrire sur la vertu.

r,AT. — Il valoit mieux la |)rati(piiM' dans les périls, (pi'en éci'iri'. .\voue/.-li' franchement , vous n'étiez qu'un foible copiste des (Irecs: vous mêliez Platon avec Kpicure, l'ancienne Académie avec la nouvelle ; et après avoir fait l'historien sur leurs dogmes dans des dialogues , où im bounne parloit presque toujours seul , vous ne [)ouvioz presque jamais rien conclure. Vous étiez toujours étranger dans la philosophie, et vous ne songiez qu'à orner votre esprit de ce qu'elle a de beau. Enfin \ous avez toujours été llottant (Ml polilitiueet en philosophie.

Ç.K . — .\dieu , (^.aton ; votre mauvaise humeur va trop loin. \ vous voir si chagrin , on croiroitque vous regrettez la vie. Pour moi , je suis consiilé' de l'avoir perdue, quoique je n'aie point tant fait le brave. \'ous vous en faites trop accroiie , pour avoir fait en niomaut ce qu'ont fait beaucoup d'esclaves avec autant de courage (lue vous.

CÉSAR KT ALFAANDRE.

Comparaison d'un lyiau avec un prince qui, étant doué des qualités propres à faire un grand roi , s'abandonne à sou orgueil et à ses passions.

Ai.Kx. — Hui est donc ce Romain nouvellement venu ? 11 est per(V do bien des croups. Ah ! j entends (pi'on dit (jue c'est (]ésar. Je te salue, grand Romain : on disoit (pie tu devois alb-r vaincre les Parihes, et coiujuérir tout l'Orieiit ; d'où vient que nous te voyons ici?

('ks. — Mes amis m'ont assassiné dans le sénat.

.'\lkx. — pourquoi étois-tu d<'\eiui leur tyr-an , toi qui n'étois qu'im simple citoyen de Umuic'

(!is. — C'est bien à toi à |)arler ainsi ! N'aslii pa> fait l'injuste con(inête de l'.Xsie? N'as-lu |)as mis la (irèce dans la servitude?

.\i K\. — Oui ; mais les (n'ocs étoient des |ieuples étrangers i't ennemis de la Macédoine. Je n'ai point mis. cdinnic toi. dans le^ fers ma pro-

DIALOGUES DES MORTS

prc pati'io : au coiilraiic , j'ai Joiiiu' aux Maci''floiiieiis une i^loire iiiuiKirlelIc avec l'eiupiro (h* tout rOriciit.

Cks, — Tu as vaiiiL'u tles honinies ciréminôs, et tu es devenu aussi efl'éniiné qu'eux. Tu as pris les richesses clés Perses, el les richesses des Perses t'ont vaincu en le coiriiinpanl. As-tu porté jus(ju'aux enfers cet oi';^Ufil insensé (pii le lit croire que tu étois un dieii ?

Alex. — J'avoue mes l'aulcs el mes erreurs. Mais est-ce à toi à me reprocher ma mollesse? Ne sait -on pas la vie infâme en Hilliynie, la corruplion à Home , où tu n'obtins les honneurs (jue par des inti-iuues honteuses? Sans les infamies tu n'aurois jamais été qu'un particulier dans ta république. Il est vrai aussi que lu \i\rois encore.

CES. — Le poison lit contre loi à J!ab\lone ce que le fer a fait contre moi dans Home.

Alfa. — Mes capitaines n'ont pu m 'empoisonner sans crime: tes concitoyens, en te poignardant , sont les libérateurs de leur patrie : ainsi nos morts sont bien diirérenlcs. Nos jeunesses le sont encore davantage : la mienne fut chaste, noble , ingénue: la tienne fut sans pudeur el sans probité.

Ces. — Ton ombre n'a rien perdu de l'orgueil et de remportement qui ont paru dans ta vie.

Alex. — J'ai été emporté par mon orgueil , je l'avoue. Ta conduite a été plus niesnrée que la mienne : mais tu n'as point imilé ma candeur et ma franchise. Il falloit être honnête homme avant que d'aspirer à la gloire de grand homme. J'ai été souvent foible cl vain: mais au moins j'élois meilleur pour ma patrie cl moins injuste que loi.

CES. — Tu fais grand cas de la justice sans l'avoir suivie. Pour moi , je crois que le plus habile honnne doit se rendre le maître , et puis gouverner sagement.

Alex. — Je ne l'ai que Iroj) cru connue toi. Laque , Rhadamante et Minos m'en ont sévèrement repris, et onl condamné mes conquêtes. Je n'ai pourtant jamais cru , dans mes égaremens , qu'il fallût mépriser la justice. Tu te trouves mal de l'avoir violée.

CES. — Les Romainsont beaucoup perdu en me tuant; j'avois fait des projets pour les rendre heureux.

Alex. — Le meilleur projet eut été d'imiler Sylla, qui, ayant été tyran comme toi, leur rendit la liberté j lu aurois Uni la vie en paix comme lui. Mais lu ne peux me croire, et je t'attends devant les trois juges qui te vont juger.

rMiMPl';K RT r.KSAR.

llii'ii n\st plus (la;i}.'(.'n'ii\ , (l;iiis un état lihii' , qiit' lu l'orruiilioii (les fciiiiiios el la iinuli^'alité de eeux <iui aspirent à la lyiaiiiiie.

PoMP. — Je m'épuise en dé|ienses pour plaire aux Romains, elj'ai bien de la peine à y parvenir. A l'âge de vingt -cinq ans j'avais déjà triomphé. J'ai vaincu Scrlorius , Mithridutes, les pirates de Cilicie. Ces trois triomphes m'ont attiré mille envieux. Je fais sans cesse des largesses; je donne des spectacles; j'attire par mes bienfaits des cliens innombrables : tout cela n'apaise point l'envie. Ce chagrin (>aton refuse même mon alliance. Mille autres me traversent dans mes desseins. Mon beau-père, que pensezvous là-dessus? Vous ne dites rien.

Ces. — Je j)ense que vous prenez de fort mauvais moyens pour gouverner la républiqiie.

PoMP. — Connnent donc? Que voulez-vous dire? En savez-vous de meilleiu's que de donner à pleines mains aux particuliers pour enlever tous les suffrages, el que de tenir tout le peuple par des gladiateurs , par des combats de bêles farouches, par des mesures de blé et de vin , enfin d'avoir beaucoup de cliens zélés par les sportules * que je donne? Marins, Cinna, Fimbria, tous les autres les plus habiles, n'onl-ils pas pris ce chemin ?

CES. — Tout cela ne va ])oiut au but, el vous n'y entendez rien. Calilina étoit de meilleur sens que tous ces gens-là.

PoMP. — En quoi? Vous me surprenez ; je crois que vous voulez rire.

CES. — Non, je ne ris point ; je ne fus jamais si sérieux.

Pdmp. — Quel est donc votre secret pour apaiser l'envie, pour guérir les soupçons, pour charmer les Patriciens el les Plébéiens?

CES. — Levoulez-vous savoir? Faites comme moi : je ne vous conseille que ce que je pratique moi-même.

PoMP. — Quoi ! flatter le peuple sous une apparence de justice et de liberté? faire le tribun ardent et zélé , le Gracchus?

* Oïl iippcl<iil ainsi, chez li'S Romains, (1<'S coibcilles pleines (le viandes et de IVuils , (jue les grands donnoient a ceux qui venoicnt le malin leur faire la cour; ou faisait aussi ce pressent en argent , el il conservoil le nu^me nom.

niAi.or.ri:s i»i;s MdUis.

iî'.M

CES. — C'osI ([iii'lqiif t lioSf , niais ce ii'tsl J"»;«s toul; il \ a t|iitI(HK' fliosc de bien [)liis >ùi-.

PoMI", ^lioi tlnlic? l-St-Of (|llt'll|ll(' Cll-

oliaiiloiiuMit iiiaLritiiii' , (Hii-lcjiio iinivalinn de génie, qnekjue scieine tl('> asIics.

C.KS. — Bon ! toul colanCsl rien; ce ne sont que eontes de vieilles.

l'oMP. — Ho, ho ! NDiisèlos liien nii-piisanl. A ousavezdonc(|uel(iucoonnnerreavfrlesdiiMi\, connue Nnnia , Scipion , et plusieurs autics?

<lts. — N()n , tous ees artilices-là sont usés.

l'oMP. — Quoi donc enlnr? ne me tenez plus en suspens.

CES. — \'oici les deux [toiiits fondanienlaux de ma doetrine : premièrement , (•orrompri,' toutes les feunnes pour entrer dans le secret le plus intime de toutes les lamilles; secondement, emprunter et dépenser toujours sans mesure, ne payer jamais rien, ('liaquo créancier est intéressé à avancer votre fortune pour ne perdre point l'ar-rcnt (jue vous lui devez. Ils vous donnent leurs sullVaires ; ils remuent ciel et terre pour vous procurer ceux de leurs amis. Plus vous avez de créanciers, plus votre hriyue est forte. Pour me rendre maître de Home , je travaille îr être le déhiteiu' universel do toute la ville. Plus je suis ruiné , plus je suis puissant. Il n'y a quà dépenser , les richesses vous viennent comme un torrent.

CICKIION KT MT.ISTK.

Obliger les ingrats, c'est se perdre soi-même.

Ail,. — lîou jour, grand orateur, .le suis ravi de vous revoir; car je n'ai i^asonhlié toutes les obligations que je vous ai.

Cic. — Vous pouvez "vous en souvonir irihas; mais vous ne vous en souseniez gin-it dans le monde.

Arc;. — A[)rès votre mort même je troinai un jour un de mes |)etils-lils (jui lisoil vos ouvrages : il craignit que je ne hlàmasse cette lecture , et fut embarrassé ; mais j<' le lassurai, en disant <le vous : C'étoil un grand honune, et qui aimo;l bien sa patrie. Nnns vovczcpie ji' n'ai ]ias attendu la fin denia\ic pour bien parler de vous.

Cic. — Melle réconqtcn^e de lont n- (picj'ai fait pour vous élever ! Quand vous parûtes, jeune et bans autorité , après la mort de .Inles .

je \(ins ilonnai Mii'> (du.M-ih , ni»,'s ami'-, immu ciédil.

.\i(.. — \(iiis le faisiez moins [Kjur r.imour de moi , (pie pour conircbalalici'r l'aulorilé d'Antoine dont vous craigniez la tyrannie.

C.K . — Il e>l vrai , je craignis moins un enfant (pii' cet homme |)uissant et emporté. Kn cela je me lrom|>ai ; car vijus étiez jdus dangeiiiix (jue lui. Mais enliii \ous me devez votre fortune. Que ne disois-je jioint au sénat , pendant ce siège de Modène , où les deux consuls Mirtius et Pansa , victorieux, périrent? Leur victoire ne servit qu'à vous mettre à la tête do larmée. C'éfoit moi (|uia\ois fait déclarer la rèpubliipie contre Ant(»ine par mes harangues, (ju'on a nonnnées IMiilippicpies. Au lieu de conibattie pour roux qui vousavoient mis les armes à la niain , vous vous unîtes lâchement avec votre emieini Antoine et avec [>épide, le dernier des honnuts , pour mettre Home dans les fers. Quand ce monstrueux triumvirat fut formé, vous vous demandâtes des lêtcs les uns aux autres. Chacun , pour obtenir des crimes de sou conq^agnon, étoit obligé d'en commettre. Antoine fut contraint de sacrifier à votre vengeance L. Césai'. son propre oncle, i^nir obtenir de vous ma tête : vous m'abandonnâtes indignement à sa fureur.

-ViG. — Il est vrai ; je ne pus résister à tui homme dont j'avois besoiu pour me rendre maître du monde. Celte tentation est violente , il faut l'excuser.

Cic. — Il ne faut jamais excuser une si noiie ingratitude. Sans moi, vous n'auriez jamais paru dans le gouvernement de la république. O que j'ai de regret aux louanges (pie je vous ai données! Vous êtes devenu un lyian cruel: vous n'étiez qu'un ami lrom[)eur et peiliile.

Al».. — \ oilà un torrent d'injures, .le crois (jue vous allez faire contre moi une Philipique [lins véhémente (pie ctdles ipie vous avez faites contre Antoine.

Cic. — Non; j'ai laissé ukui èbupience eu passant les ondes du Styx. Mais la postérité >aiira (pie je vousai fait tout ce que vous avez été, et (pie c'est \ous (pii m'a\cz fait mourir pour llaller la passion d'.Xnloiiie. Mais ce ipii me fâche le plus, est (pie votre làchelè en vous rendant odieux à tous les siècles , me rendra nié- |irisable aux hommes criliipies : ils diront que j'ai ("lé la dupe d'un jeune homme (pii s'est M'r\i de mni puiic conlenler son ambition, nbligez les hommes mal nés, il ne vous eu re- \ ieiil ipie de la doubjur et de la honte.

DIALOGUKS DES IMOinS.

SERTORUS ET MllRClUE.

Les fables et les illusions font plus sur la populace nodule, que la vérità et la vertu.

Mer. — Jo suis bien presse de m'en retourner vers l'Olympe ; et j'en suis fort fâché, car je meurs d'onvio de savoir par où lu as (iui la vie.

Sert. — En deux mots je vous l'apprendrai .

Le jeune apprenti et la bonne vieille ne pouvoieut nie vaincre. Perpenna le traître nie lil jiérir; sans lui j'aurois l'ail voir bien du pays à mes ennemis.

Mero. — Qui appelles-tu le jeune a])i»rcnli et la bonne vieille ?

Sert. — Hc ! ne savez-vouspas? c'est Pompée etMélcllus. Métellus éloit mou, appesanti, incertain, trop vieux et usé ; il perdoit les occasions décisives par sa lenteur. Pompée éloit au contraire sans expérience. Avec les Barbares ramassés, je mejouoisde ces deux capitaines et de leurs légions.

Mer. — Je ne m'en étonne pas. On dit que tu étois magicien , que tu avois une biche qui venoit dans ton camp te dire tous les desseins de tes ennemis, et tout ce que tu pouvois entreprendre contre eux.

Sert. — > Tandis que j'ai eu besoin de ma biche , je n'en ai découvert le secret à personne ; mais maintenant , que je ne puis plus m'en servir , j'en dirai tout haut le mystère.

Merc. — Hé bien! étoit-ce quelque enchantement ?

Sert. — Point du tout. C'étoit une sottise qui m'a plus servi que mon argent , que mes troupes, que les débris du parti de Marins contre Sylla , que j'avois recueillis dans un coin des montagnes d'Espagne et de Lusitanie. Une illusion faite bien à propos mène loin les peuples crédules.

Merc. — Mais cette illusion n'étail-elle pas bien grossière ?

Sert. — Sans doute ; mais les peuples pour qui elle étoil })réparée éloient encore plus grossiers.

Merc. — Quoi ! ces barbares crov oient tout ce que tu racontois de ta biche I

Sert. — Tout ; vX il ne lenoit qu'à moi d'en ilire encore davantage; ilsl'auroienf cru. Avoisjt> découvert par des coureurs ou des es[)inns la marche des ennemis, c'étoit la biche qui mel'avoil dit à l'oreille. Avois-jeélé battu, la biche me parloil pourdéclarer que l(>sdi(Mi\alloient relever mou parti. La JjichiMtrdouuoit aux habilansdu jtays de me donnei- loules leuis forces , faute de quoi la peste et la famine de\oi(Mit les désoler. Mabiclie étoit-elle j)crdne depuis quelques jours, et ensuite retrouvée secrètement, je la faisois tenir bien cachée , et je déclarois par un ])ressenlinienl ou sur (piehpie ])résagc qu'elle alloit revenir ; a[)rès quoi je la faisois rentrer dans le camp, où elle ne manquoit pas de me rapporter des nouvelles de vous autres dieux, l'iuliîi ma biche faisoil tout , et elle seule répa^ loit tous mes malheurs.

Merc. — Cet animal t'a bien servi. Mais lu nous scrvois mal ; car de telles impostures décrient les inmiortels , et font grand tort à tous nos mystères. Franchement tu étois un impie.

Sert. • — Je ne l'étois pas plus que Nunia a\ec sa nymphe Egérie , que Lycurgue et Solon avec leur commerce secret des dieux , que Socrate avec son esprit familier, enlin que Scipion avec sa façon mystérieuse d'aller au Capitule consulter Jupiter , qui lui Inspir(>it toutes ses entreprises de guerre contre Cartilage. Tous ces gens-là ont été aussi imposteurs que moi.

Merc — Mais ils ne l'étoient que pour établir de bonnes lois , ou pour rendre la patrie victorieuse.

Sert. Et moi jiour me défendre contre le parti du tyran Sylla , qui avoit opprimé Rome et qui avoit envoyé des citoyens changés en esclaves, pour me faire périr comme le dernier soutien de la liberté.

Merc. — Quoi donc! la république entière^ tu ne la legardes que comme le parti de Sylla? De bonne foi, tu étois demeuré seul contre tous les Romains. Mais enfin tu trompois ces pauvres Barbares par des mystères de religion.

Sert. — 11 est vrai ; mais comment faire autrement avec les sots? Il faut bien les amuser par des sottises, et aller à son but. Si on ne leur disoit que des mérités .solides , ils ne les croiroient pas. Racontez des fables j flattez, amusez; grands el petits courent après vous.

DIALor.LliS DF-^S MnUïS.

\I.MII.

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