‹ Œuvres complètes de Fénelon, archeveque de Cambrai. Précédées de son histoire littéraireChapitre 112 sur 271 · I.HiN. — Mai> ce licl . cdmment I avez-vnus t.tif · texte numérisé non relu

I.HiN. — Mai> ce licl . cdmment I avez-vnus t.tif

I^ll^^. — Il e>l d'un bel azur, mêlé de nuages daiis (pii scuddeut êlrc d op il d'ai- •jenl.

l.i'oN. — Nous l'avez tait ainsi . s.-.ns doute, [»Min' avoii- la liberté de disposer à votre gré de la lumière . et pour la ré[)audre -ur chaque objet >elon vo^ desseins.

I*«»rss. — Je l'avoue : mais \ou>- d<'\ez a\ouer aus>i (|u'd paroit par là «pu je u'ignore pnint \o> règles que vnu^ vante/ lanl.

* Jtii fini 1 iiiuii •Il UjIu-, *\w ilfuv |ioii.iiiii.-» joiieiil

Cluu-inble , en ^c inniilrjiil Ivv il»i(]li eu lorlw luvt» t-l eu ptrtii- ffriiit'i, l'i (K'siiijiil •■Il iiiiiiif Uui|>v \v iiuinluo «le

CCUT t|ui illllt ICfOv

1.1 <i\. — Mu V a-l-il il.ins le nulieu de ce tableau au-delà de celle ri\ière?

l'oi ss. — (lie ville dont j'ai di-jà |iarl(''. lille e>l dans un enfoncement où elle se perd ; un coteau jdein de verdun' en déiobe une partie. ( >n voit de V ieilles toiu's, des i-réneaux , de grands édilices, et une lonl'usion de mai.sons dans mie ombre très-foile : ce (pii relève certains endroits l'ilairés par une certaine lumière douce <'t vive (|ui vient don h;iut. .Au-dessus de celte -ville paroit ce (jue l'on voit presque toujours audi'ssus des villes dans un beau temps : c'est une fumée qui s'élève, et qni l'ail fuir les montagnes (|ui font le lninl.iin. Cts montagnes, de figure bizarre, varient l'hoiizon. en sorte que les veux sont conlens.

I.roN. — Ce tableau . sur ce ([iie vous m'en dites, me painîl moins sav aiit ipie celui de l'hocion.

Porss. — Il va m'iiii> de M'ience d'architeclure , il est vrai: d'ailleurs on n'y voit aucune connoissanoe de l'antiquité : mais en revanche la science d'exprimer les passions y est assez grande : déplus, tout ce paysage a des grâces et une tendresse (|ue l'autre n'égale point.

Lkon. — Vous seriez donc , à tiuil prendre , pour ce dernier tableau'.'

I'in>s. — Sans hésitei'. je le piél'ère; mais vous, qu'en pensez-vons sur ma relation'?

Lho.n". — .Je ne counois pas assez le tableau de Phocion pour le comj)aivr. Je \ois que vous avez assez étudié les bons modèles du siècle passé et mes livres: mais vous louez trop vos ouvrages.

l'oiss. — ti'esl vous (|ui m avez conlr.iint d'en parler : mais sachez tpie ce n'est ni dans vos livres ui dans les tableaux du siècle |)assé (|ue je me suis insliuit : c'est dans les bas-reliefs aniiipiis . où vous avez étudié aussi bien que moi. Sljeponvois un jour retourner p.irmi les vivans. je peindrois bien la, jalousie; car vous m'en domiezici d'oxcellens modèles, l'uur moi. je ne |tiélruds vous rien ôler de votre science ni de votre gloire : mais je vous cédei-ois avec [dus de pl.iiiiir, si vous étiez moins entêté de V'jlrc r.iîtg. All'ius trouvpi Parrhasius . vous lui l'ère/, volie crititpie, il di''ciili:r;i, s'd vni's |dail ; car je ne voii^ cède à vous autres me^siems les inixlernes. (pi'à condition que vous céderez aux anciens. .Ajuès ipie Parrhasius aura prononcé, je .serai prêt à retouruei- sm- la terre . pour corriger mon tableau.

DIALOGUES DES MORTS

ll';r.F.R ET EHROIN.

la vif simplf cl sitlitaire n'ii point do clianiios pour un umbilieiix.

Ébr. — Ma consolalion dans nios inalliours esldo vous trouver dans cotte solitude.

Lit.. — Et moi je suis fùelié de vous y voii- : car on y est sans iVuil , quand on y est malgré soi.

Ébr. — Pourquoi désespérez-vous donc de ma conversion? l'eul-ètre que vos exemples et vos conseils me rendront meilleur que vous ne pensez. Vous qui êtes si charitable, vous devriez bien dans ce loisir prendre un peu soin de moi.

Lkg. — ( »u ne m'a mis ici qu'alin que je ne. me mêle de rien : je suis assez chargé d'avoir à me corriger moi-même.

Ébr. — Quoi ! en entrant dans la solilade on renonce à la charité?

Lkg. — Point du tout : je prierai Dieu pour vous.

Ebr. — Ho ! je le vois bien : c'est que vous m'abandonnez comme un homme indigne de vos instructions. Mais vous en répondrez , et vous ne me faites pas justice. J'avoue que j'ai été f;\ché de venir ici: mais maintenant je suis assez content d'y être. Voici le plus beau désert qu'on j)uisse voir. N'admirez-vous pas ces ruisseaux qui tombent des montagnes, ces rochers escarpés et en partie couverts de mousse, ces vieux arbres qui paroissent aussi anciens que la terre où ils sont plantés? La nature a ici je ne sais quoi de brut et d'aiïreux qui plaît, et qui fait rêver agréablement.

Lkg. — Toutes ces choses sont bien fades à qui a le goût de l'ambition, et qui n'est point désabusé des choses vaines. 11 faut avoir le cœur innocent et paisible pour être sensible à ces beautés champêtres.

Ébr. — Mais j'étois las du monde et de ses embarras , quand ou m'a mis ici.

LÉG. — Il paroît que vous en étiez fort las, puisque vous en êtes sorti par force !

Ebr. — Je n'aurois pas eu le courage d'en sortir; mais j'en étois pourtant dégoûté.

Lkg. — Dégoûté comme un homme qui y retourneroit encore avec joie, et qui ne cherche qu'une porte pour y renti'cr. Je connois votre

cd'ur; vous avez beau dissiuudor : avouez votre iuquiélude : so\ez au moins de bonne foi.

Ebu. — Mais, saint prélat; si nous renti'ions vous et moi dans les alVaires, nous y ferions des biens inlinis. Nous nous soutiendrions l'un l'autre pour protéger la vei'lu ; nous abattrions di' concei't tout ce ((ui s'opposeroit à nous.

Lia;. — Conliez-vousà vous-même tantcpi'il vous plaira, sur vos expériences passées ; cherchez des prétextes pom- llatter vos passions : ])0ur moi , (]ui suis ici depuis plus de temps que \ous , j'y ai eu le loisir d'a|»|)reudre à me délier do moi et du monde. Il m'a trouq)é une l'(jis ce monde ingrat; il ne me trom|iera plus. J'ai ti\ché de lui faire du bien; il ne m'a jamais rendu que du mal. J'ai voulu aider une reine bien iiilentionnée; on l'a décrédilée et réduite à se retirer. On m'a rendu ma liberté en croyant me; mettre en ])nson ; trop luuircux de n'avoir plus d.'autre ailaire (pie celle de mourir en paix dans ce désert.

Ébr. — Mais vous n'y soFigez pas; si nous voulons nous réunir , nous pouvons encore être les maîtres absolus.

LÉG. — Les maîtres de quoi ? de la mer , des vents et des tlots? Non , je ne me rembarque plus après avoir fait naufrage. Allez chercher la fortune; tourmentez-vous, soyez malheureux dès cette vie, hasardez tout, périssez à la fleur de votre âge, damnez-vous pour troubler le monde et pour faire parler de vous; vous le méritez bien, puisque vous ne pouvez demeurer en repos.

Ébr. — Mais quoi! est-il bien vrai que vous ne désirez plus la fortune ? l'ambition est-elle bien éteinte dans les derniers rtqdis de votre cœur?

[j'c. — Me croiriez-vous si je vous le disois ?

ICbr. — En vérité, j'en doute fort. J'aurois bien de la peine ; car enfin

Lkg. — Je ne vous le dirai donc pas ; il est inutile de vous pai-ler non plus qu'aux sourds. Ni les peines infinies de la prospérité, ni les adversités affreuses qui l'ont suivie n'ont pu vous corriger. Allez, retournez à la cour ; gouvernez ; faites le malheur du monde, et trouvez-y le vôtre.

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