‹ Œuvres complètes de Fénelon, archeveque de Cambrai. Précédées de son histoire littéraireChapitre 113 sur 271 · LE PRINCE DE GALLES ET RICHARD SON FILS · texte numérisé non relu

LE PRINCE DE GALLES ET RICHARD SON FILS

Caractère d'un piincc foiblc.

Le Pr. — Hélas! mon cher fils, je te revois avec douleur : j'espérois pour toi une vie plus

nrALOGUES DES MORTS.

longue, et un irgno plus liouicuv. Mu'csl-tx' qui a rendu ta mort si pionipU- ï .N as-tu point fait la ni(}ine lautL' ijue nini, on ruinant ta santé par un «.'.\tts de travail danslagucrr».' coiitif les Fran»;ais?

Uicii. — N(in, mon pi-ir, ma saule n'a puml manqué, daulros malheurs ont lini ma \ie.

Le Pk. — Quoi donc? quehjue traître a-t-il trempé ses mains dans ton sang? Si eela es! , lAiigletcire, (|ui n»! m'a Jtas oid>lié, \engera la mort.

Kii.n. — Hélas ! mon pèie. toute l'Angleterre a été de concert pour me déshonorer , pour me dégrader , pour me faire périr.

I.E Pu. — U ciel! qui l'auroit pu croire? à qui se lier désormais? Mais qu'as-lu donc fait , mon (ils? n'as-lu point do tort? dis la vérité à ton père.

Uicii. — A mon pore I ils disent (jue \ous ne rètos pas. et que je suis (ils d'un chanoine de Ifordeaux.

i.K Pu, — (l'est de (juoi |)orsonno ne peut répondre; mais je no saurois le ci'oire. Ce n'est pas la conduite do la mère qui leur donne celte pensée; mais n'est-ce point la tieime qui leur l'ail tenir ce discours?

KiCH. — Ils disent que je prie Dieu comme un chanoine, que je ne sais ni conser\or l'autorile sur lesjieuples. ni exercer la justice, ni iaire la guerre.

Lf. Pli. — <J mon enfant 1 tout cela est-il vrai? Il auroit mieux valu p<jur toi passer ta vie moine à \Vi;stminster. que d'être sur le trône avec tant de mépris.

Hirn. — J'ai eu do honnos inleutious : j'ai donné de bonsexcmples; j'aieu mèmequclquefois assez de vigueur. Par exenqjle, je lis enlever et exécuter le duc detjlocestre mon f»ncle. qui rallioit tous les mccontens contre moi, et qui m'auroit détrôné >i je ne l'eusse pré\enii.

Lk Pr. — Ce coup étoit hardi et peut-être nécessaire, car je connoissois bien mou frère, qui éloil dissimulé, artiliciouv, entreprenant , ennemi d.- l'autorité légitime . ])r<q)re à rallier une cahale dangereuse. Mais, mou lils. ne lui av ois-tu domié aucune prise sur toi? D'ailleurs, ce coupétoit-il assez m<!suré? l'as-tu hien soutenu?

Kii.ii. — Le duc do (ilixe^lie m'aicusoil d'être trop uni avec les l'rançais, anciens ennemis de notre nation : mon mariage ave* la lill(> de Charles VI , roi de Kratico , siîrvit au duc à éloigner de nioi les co-urs des Anglais.

Le Pr. — Quoi! mon lils, tu t'es rendu suspect aux tiens par une alliance avec les eimemis

FI■'.^EL0.^. lOMK VI.

irréconciliables de l'Anglelen-e ! et (|ue t'ont-ils doimé pour ce mariage? as-tu joint le Poitou et la 'l'ouraineà la (îuieimo , pour unir tous nos Liais de Franc e jiiscju'à la Normandie?

Ihi.ii. — .Nullement ; mais j'ai i-rti qu'il étoit hou d'a\oir hors de I Angloli-rre un appui contre les Anglais factieux.

\.h Pk. — 0 malheur de l'Etat! ô déshonneur île la maison royale! tu vas mondier le secours do tes emiemis , (|ui ain-ont t(»iijours un intérêt capital de rahaisser la puissance! Tu veux alfermir ton règne on prenant dos intérêts contraires à la gr.indeui- de la propre nation! Tu no te contentes pas d'être aimé de tes sujets comme leur père ; tu veux être craint comme un ennemi qui s'entend avec les étrangers pour lcso|)|>rimer! Hélas ! que sont devenus ces beaux jours où je mis on fuite le roi de France dans les plaines de Créci , inondées du sang de trente mille Français, et où je pris un autre roi de celle nation aux [)ortes de Poitiers? 0 que les temps sont changés! Non, je ne m'étorme plus qu'on t'ait [>rispour le lils d'un chanoine. Slais qui est-ce qui t'a détrôné?

Kii;ii. — Le comled'Erhv.

Lk Pr. — Comment? a-t-il assemblé une armée? a-t-il gagné une bataille?

Rk.ii. — Hien de lout cela. Il éloil en France à caustï d'une querelle avec le grand maréchal, pour laquelle je Pavois chassé : l'archevêque de Cantorbéri y passa secrètement, pour l'inviter à entrer dans une conspiration. Il passa par la Bretagne, arriva à Londres pendant que je n'y étois pas. trouva le |)euple |)rêl à se soulever. La plupart des mutins prirent les armes : leurs troupes montèrent jusqu'à soixante mille hommes; tout m'abandonna. Le comte vint me trouver dans un chàleauoù je me renfermai; il ont l'audace d'y entroi- presque seul : je pou vois alors le faire périr-.

Le Pk. — Pouripioi ne le lis-tu pas , malheureux?

Kicii. — Les peuples, que je voyois en armes dans toute la canqtagne, m'auroiont massiicré.

Lk Pk. — Hé! ne valoit-il pas mieux mourir on lionmio de courage?

Ilii:ir. — Il y eut d'ailleurs un présage qui me découragea.

Lk Pr. — Qu'éloit-co?

Hicii. — Ma chienne, qui na\ oit jamais voulu caresser que moi seul , me (pùlta d'abord pour aller en ma présence caresser le comte; je vis bien le (|ue cela signilioil, et je le dis au l'omte même.

Page 1