SIXTE-QUINT ET HENRI IV
Les gi'amls lioinmes s'eslimeiit malgré l'opposition île lonrs intérêts.
SiXT. — 11 y a long-temps que jétois curieux de vous voir. Pendant que nous étions tous deux en bonne santé, cela n'étoit guère possible; la mode des conférences entre les papes et les rois étoit déjà passée en notre temps. Cela étoit bon pour Léon X et François I", qui se virent à Bologne , et pour Clément Vil , avec le même roi à Marseille , pour le mariage de Catherine de Médicis. J'aurois été ravi d'avoir de même avec vous une conférence ; mais je n'étois pas libre , et votre religion ne me le permeltoit pas.
Henk. — Vous voilà bien radouci ; la mort, je le vois bien , vous a mis à la raison. Dites la vérité, vous n'étiez pas de même du temps que je n'étois encore que ce pauvre Béarnais excommunié.
Sixr. — Voulez-vous que je vous parle sans déguisement? D'abord je crus qu'il n'y avoit qu'à vous pousser à toute extrémité. J'avois par là bien embarrassé votre prédécesseur; aussi le
lis-jc bien repenlir d'avoir osé faire massacrer un cardinal de la sainte Eglise. S'il n'eût fait tuer que le duc de Guise , il en eût eu meilleur marché : mais attaquer la sacrée pourpre, c'éloit nn crime irrémissible; je n'avois garde de tolérer un allenlat dune si dangereuse conséquence. Il me parut capital , api'ès la mort de votre cousin, d'user contre vous de rigueur comme contre lui. d'animer la Ligne , et de ne laisser point monter sur le trône de France un hérétique. Mais bientôt j'aperçus que vous prévaudriez sur la Ligue, et votre courage me donna bonne o[)inion de vous. Il y avoit deux personnes dont je ne pouvois avec aucune bienséance être ami , etque j'aimois naturellement.
Henr. — Qui étoient donc ces deux personnes qui avoient su vous plaire ?
SixT. — C'étoit vous et la reine Elisabeth d'Angleterre.
Henr. — Pour elle, je ne m'étonne pas qu'elle fût selon votre goût. Premièrement elle étoit pape aussi bien que vous, étant chef de l'Eglise anglicane ; et c'étoit un pape aussi lier que vous; elle savoit se faire craindre et faire voler les têtes. Voilà sans doute ce qui lui a mérité l'honneur de vos bonnes grâces.
SixT. — Cela n'y a pas nui ; j'aime les gens vigoureux, et qui savent se rendre maîtres des autres. Le mérite que j'ai reconnu en vous et qui m'a gagné le cunir, c'est que vous avez battu la Ligue , ménagé la noblesse , tenu la balance entre les Catholiques et les Huguenots. Un homme qui sait faire tout cela, est un homme, et je ne le méprise point comme son prédécesseur, qui perdoit tout par sa mollesse , et qui ne se relevoit que par des tromperies. Si j'eusse vécu , je vous aurois reçu à l'abjuration sans vous faire languir. Vous en auriez été quitte pour quelques petits coups de baguette, et pour déclarer que vous receviez la couronne de roi Très-(^hrétien de la libéralité du Sainl-Siége.
Henr. — C'est ce que je n'eusse jamais accepté; j'aurois plutôt recommencé la guerre.
SixT. — J'aime avons voir cette fierté. Mais, faute d'être assez appuyé de mes successeurs , vous avez été exposé à tant de conjurations , qu'enfin on vous a fait périr.
Henr. — 11 est vrai ; mais vous , avez-vous été épargné ? La cabale espagnole ne vous a pas mieux traité que moi ; le fer ou le poison, cela est bien égal. Mais allons voir cette bonne reine que vous aimez tant; elle a su régner tranquillement . et plus long-temps que vous et moi.
DIALOllI'ES OKS MdRTS.