‹ Œuvres complètes de Fénelon, archeveque de Cambrai. Précédées de son histoire littéraireChapitre 128 sur 271 · LA REI.NE .MARIE DE MÉDICIS ET LE CARDINAL DE RICFIELIEU · texte numérisé non relu

LA REI.NE .MARIE DE MÉDICIS ET LE CARDINAL DE RICFIELIEU

Vanité dp l'astrologie.

Rien. — Ne puis-je jjas espérer, madame, de vous apaiser en me jnstitianl au moins après ma mort V

.Mah. — Olez-\(ius de devant moi, ingrat, j)erlide, scélérat, ipii m'avez brouillée avec mon nis, et qui m'avez fait finir une vie misérable

lilAI.ÔClRS 1H:S MORTS.

hors Jii royauinc. .laiiKiis (lipiiu'sli(|ui' n'a dû l.iiit (lo MiMifaits à sa inaîli'i'ssc, cl ne la tiaik'c si iiiiligiieiiioiil.

Hioii. — .le Maurois jamais [icnlii votre cinilianee.si Aousu;ni('/. [lasivoiiU' des lironillons. liérullc. la (lu Karj^is, les Marillac , ont coiiimeiicc. lùisnilc vous \oiis Otcs li\réi' au I'. ('.liaiiti'Ioiilie. à Saiiit-iîcriiuiiii (11- M()iirjj;iu's , t>l à I-"altroiii . (|ui (''loiciit (U-.- Irtcs mal faites e( ilaii^ert'uses. Axccdi' Icllos ^ciis , \oiis n'avioz pasinnins de |H'ine à bien vivre avec Mopsienr à Biiixelles . (|u'a\cc le Uoi à l'aris. Vous ne pouviez plus supportei" ces beaux conseillers, et \<ius n'a\ie/. pas le coMl'au(' de \oils en i\rl'aire.

Mak. — Je les anrois chassés pour me l'acconiMioder avec le l{oi niun (ils. Mais il l'alloit taire des bassesses, revenir sans autorité, et subir votre joug tyi-anuifiiie . j'aimois mieux mourir.

HicH. — Ce qui étoit le ])lus bas et le moins digne de vous, c'étoit de vous unir à la marson d'.Autricbe, dans des nétiocialions publi(pi<'s . contre rintérèt de la France. Il auroit mieux valu vous soiunetireau Itoi votre lils; mais Fabroni vous en détournoil toujours par des prédictions.

Mar. — Il est vrai cpiil m'assuroil toujours ipie la vie du Hoi ne seroit |)as louLiue.

RicH. — F.'étoit une prédiction bien facile à faire : la santé du Hoi étoit très-mauvaise, et il la gouvernoit très-mal. Mais \otr»^ astrologue auroit dû vous prédire que vous vivriez encore moins que le Roi. Les astrologues ne disent jamais tout, et leurs prédictions ne l'ont jamais prendie des mesures justes.

.Mau. — Vous vous mo(picz de Fabroni . comme un homme qui n'auroit jamais été crédule siu' rastrologi(\judiciaire. N'a\ iez-vous pas de votre coté le P. F.ampauelle qui vous llatloil . pai' ses horoscopes.

Ricii. — Au moins le I'. Cauqjanelle disoit la vérité; car il me promettoitque Monsieur ne régnei'oit jamais, et que le Roi auroit nn fds qui lui succéderoit. Fe fait est arrivé, et Fabroni vous a trompée.

Mak. — \ dus juslitiez |)ar ce discours l'astrologit! judiciaire et ceux qui y ajoutent foi : car vous reconnoissez la vérité des prédictions du P. Campanelle. Si nnhommc instruit comnu! vous, et qui se piquoit d'être un si fort génie, a été si crédule sur les horoscopes, faut-il s'étonner qu'une fenuue l'ait été aussi? Ce qu'il x a de vrai et de plaisant, c'est que. dans l'alîaire la plus sérieuse el la plus importante de toute

ri-'.urope . nous nous déterminions (lt> |)art et d'autre, non sur les vraies raisons de l'affaire , mais siu' les ni'omesses de nos astrologues, .le ne \oulois point re\enir , parce qu'on me l'aisoit louj(»urs allendre la mori du Roi ; et vous . de votre coté, vous ne craigniez point de toudter dans mes mains on dans celles de Mousieui' à la mort du Roi, |)ai'ce que vous conqdiez sur l'horoscope qui vous ré[)ondoit de la naissance d'un Dauphin. Quand on veut faire le grand homme, ou allécte de mépriser l'astrologie; mais «pioi- (ju'on fassi.' en public l'esprit fort, ou est cni'ieux el crédule en secret.

Ricii. — <;'e>l une foibicsse indigne d'une bonne tète. L'astrologie est la cause de tous vos malheurs, et a empêché votre réconciliation avec le Roi. Elle a fait autant de mal à la France qu'à vous; c'est une peste dans tous les cours. Les biens qu'elle [>romet ne .servent (\n'h eui- \rer les honnnes , et qu'à les endormir par de vaines espérances : les- maux dont elle menace ne peuvent point être évités parla ]irédiction, et rendent |)ar avance une personne malhenreuRe. n vaut dune mieux ignorer l'avenir , quand mèuK; on pourroitcn découvrir quelque chose par l'astrologie.

M\R. — J'étois née italienne, et au milieu (]*^i^ horoscopes. J'avois vu en France des jM'édictions véritables de la mort du Roi mou mari.

liicH. — n étoit aisé d'eu faire. Les restes d'un dangereux parti songeoieut à le faire périr. Plusieurs parricides avoient déjà manqué leur coup. Le danger de la vie du Roi étoit Tuauifeste. F^eut-èlre que les gens qui abusoieut de votre confiance n'en sa voient (pie trop de nouvelles. D'ailleurs, les prédictions viennent après coup , et on n'en examine guère la date. Chacun est ravi de favoriser ce qui est extraordinaire.

M\K. — J'aper(;ois. eu passant, ({ue votre ingratitude s'étend jusque sur le pauvre maréchal d'Ancre , qui vous avoit élevé à la (^our. Mais venons au fait. Vous croyez donc que l'astrologie n'a point de fondement? Le P. Campanelle n'a-t-il pas dit la vérité? ne l'a-t-il pas dite c<tutre la vraiseudjlance? Onellc apparence que le Roi eut un lils après vingl-im ans de mariage sans en avoir? Répondez.

RicH. — Je réi)onds que le Roi et la Reine éloient encore jeunes, et que les médecins, pins dignes d'être crus que les astrologues . comploieut qu'ils pourroient asoir des enfans. De plus, examinez les circonstances. Fabroni, pour vous flatter , assuroit que le Roi mourroit bien-

iii \i.iM,( Ks in:s Moins.

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tùl san> iiif.in^. Il aM>il il'iilionl liicii |>iis ^o> a\aiita;.'is ; il pivdisoit ro qui oloit le pins \raisoiiiltlalilf. Hin* icsloil-il à l'alirpour If I'. <',aiii- |>aiH"llL'".' Il lallcil <|u il me tlonilAt df ><>ii ( iMi' lie f:i'aii(l(>s cspcraïucs ; sans icla il n v a pas df l'eau à hiiirc dans ce mélici'. (".'l'-lnil ;'i lui à dire le coiilrauv de Fahntiii. ft à MHilciiir la u'a^fnii'. Pour tnoi . je \nnlois Htrc sa dupe; el , dans riiicertitude de ré\cnemeni, l'opininii |)opulaiir, i|ui laisoit ospéivr un hauphiu loiilrc la • aliale de .Monsienr. u'éluil pas iunhie poursuntenir mon aninriie. l-lntin il n'est pas élnnnant que, parud lanl de pivtliclions tVivules dont du ne ivmarqne point la fanssol»' , il s'en tron\e une dans Utul un sièile ipii réussisse par un jeu du hasard. Mais renianjuez lelionheur de l'astrol(i!,'ie : il falloil que Falimni du ('.aui|ian''lle fût conlondu ; du moins il auroit l'alln donner d"élran{.'es eonlorsious à leurs hoi-ostopes pour les concilier, quolcjuc le public soil si iudnl^^'nl pour se payer des plus irrossièros équivoques sur raccomplissenieni dos prédietions. Mais enfiu, en quelque péril que fut la vc|>ulaliou des deu\ aslruloijues, la ^doire de laslrologie éloit en pleine sûreté : il falloil que lun des deux eût raison: c'étoit une uéecssité (jue le Moi eût des enfans ou qu'il n'en eût pas. Lequel des deux qui pût arriver, l'aslroloî^ie Iriomplmil. Vous \ONOZ |)ar là qu'elle triom[)he à lion marché. Ou ne niau(iue p;is de diie maintenant que les primijies sont certains, mais que Cam[ianelle avoit mieux pris le moment de la nativité du Roi que Fabroni.

Mxn. — Mais j'ai toujours oui dire qu'il y a des rèf,des iid'aillihles poiu' eomioître l'avenir par les astres.

Hic». — \'ous l'axez oui dire coumie une inlinité d'autres choses que la vanité de l'esprit humain a autorisées. Mais il est certain (pie cet art n'a rien (jue de taux et de ridiiiile.

Mvn. — Ouoi 1 vous doutez que les cours di.'s a^^lres et leurs iniluenees ne l'assenl les biens et les maux des hommes?

Ilit:ir. — Non. je n'en doute point ; car je suis anivairuii (|ue l'inlluence ilesaslresn'est (pi une chimère. J..e soleil iiilhie sur nous parla chaleur de ses rayons ; mais tons les autres a>lres , par leur distance, ue sont à indreé;;ard (|ue eoinme une étiue(dle de feu. lue bou;:ie. bien allumée, a bien plus de veiiu . d uu bout de chambre à l'aulre, pour a;.'ir >ur nos corps, (pie .lupiler ci Saturne n'en ont pour a,rir sur le ^lobe de la lerie. Les étoiles ti\e>, ipii sont iiitiniment plus éloij:iiéeS(|ue les planètes, sont encir-' bien pinhors de porliV- de nou> f.iire du bien ou du mal.

IVailleurs le> piiiit ipaiix événement de la vie roulent sur nos vidonlés libres; les astres ne pourroieni a^irpar leurs iiillnences cpie sur nos corps, et indirectemiiit Mir nos aines, (|ui seroient toujours libres de résistera leurs impressions, et de rendre le> prédictions l'au^se.s.

M Ml. — Je ne suis pas assez savante, et je ne sais si vous l'êtes assi-z vous-même [>our dérider lette (piestioii de [diilosopliie ; car on a loujouisdit ipie v<ius étiez plus |»olili(pie que savant. Mais je Noiidroisfpie vous eussiez entendu parler l-'abroni sur les rapiioits (ju'il y a entre les noms des astres et leurs propriétés.

|;i, II. — C'est pivcisément le foible de l'astroloLfie. Les noms des astres et des conslellations leur ont été donnés sur les mélaujorphoses l'I siirles fables les plus |iiiériles des poètes. l'our les constellatioiis, elles ne ressemblent par leur tiiTiire à aucune des choses dont on leur a imposé le nom. Par exemple, la Halance ne ressemble l>as plus à une balance qu'à un moulin à vent, Le IJélier . le Scorpion , le Sagittaire, les deux (Hiises, n'ont aucun rapport raisonnable à ces noms. Les astrologues ont raisonné vainement sur ces noms imposés au hasard, par rapport aux fables des poètes. Jugez s'il n'est pas ridicule de prétendre sérieusement fonder toute une science de l'aNcnir sur des noms appliqués au hasard , sans iuicuii rap[i(jit naturel à ces fables, dont on ne peut (prendoriiiir les enfans. N'oilà le fond de l'astrologie.

Mar. — Il faut ou (jue vous soyez devenu bien plus sage que vous ne l'étiez , ou que vous soyez encore un grand fourbe, de parler ainsi contre vos sentiiiiens ; car personne n'a jamais été plus passionné «pie vous jionr les prédictions. Vous en cherchiez partout , pour llalter votre ambition sans bornes. Peut-ètie que vous avez changé d'avis depuis (pie vous n'avez plus rien à espérer du c(Mé des astres. Mais enfin vous avez un grand désavantage pour me i>ersuader, qui est d'avoir en c(da. comme en tout le reste, toujours démenti nos paroles [tar \otre londiiile.

|{„,,, — J,. vois bien. Madame, (pie vous avez oublié mes services d'Aiigoulème et de 'rouis, pour ne vous souvenir (pie de la journée des (lu|ies et ilii voxage de ( '.oiiqiiègne. Pour moi, je ne veux point oublier le res|>ecl que je vonsd'jis, et je me retire. Aussi bien ai-jeapen-u l'ombre pâle et bilieuse de NL d'Fperuon . ipii s'ap|irorbe avec tonte s.» lierlé gasconne. Je selois mal entre vous deux , et je vais chen lier s m (ils le rardinal. «pii étoit mon bon ami.

DIALOGUES DES MORTS

F.WIIl.

LE CARDINAL DE RICIIELIKI Kl LE CHANCELIER OXENSTIERN.

Différence entre un niinislro qui agit par vanité et par hauteur, et celui qui agit pour l'auuiur ilo la patrie.

HicH. — Depuis ma mort , on n'a point vu , dans l'Europe, de ministre qui m'ait ressemblé. Ox. — Non, aucun n'a eu tant d'autorité. RicH. — Ce n'est pas ce que je dis : je parle du génie pour le gouvernement ; et je puis sans vanité dire de moi, con)n)e je le dirois d'un autre qui seroit en ma place , que je n'ai rien laissé qui ait pu m 'égaler.

Ox. — (Juand vous parlez ainsi, songez-vous que je n'étois ni marchand ni labonreur, et que je me suis mêlé de politique autant que personne ?

RicH. — Vous ! il est vrai que vous avez donné quelques conseils à votre roi ; mais il n'a rien entrepris que sur les traités qu'il a faits avec la France, c'est-à-dire avec moi.

Ox. — Il est vrai ; mais c'est moi qui l'ai engagé à faire ces traités.

RicH. — J'ai été instruit des faits par le P. Joseph ; puis j'ai pris mes mesures sur les choses que Charnacé avoit vues de près.

Ox. — Votre P. Joseph étoit un moine visionnaire. Pour Charnacé il étoit bon négociateur ; mais sans moi on n'eûtjamais rien fait. Le grand Gustave , qui manquoit de tout, eut dans les commencemens , il est vrai, besoin de l'argent de la France : mais dans la suite il battit les Bavarois et les Impériaux ; il releva le parti Protestant dans toute l'Allemagne. S'il eût vécu après la victoire de Lutzen , il auroit bien embarrassé la France même, alarmée de ses progrès, et auroit été la principale puissance de l'Europe. Vous vous repentiez déjà , mais trop tard, de l'avoir aidé ; on vous soupçonna même d'être coupable de sa mort.

RicH. — J'en étois aussi innocent que vous. Ox. — Je le veux croire ; mais il est bien fâcheux pour vous que personne ne mourîjt à propos pour vos intérêts, qu'aussitôt on ne crût que vous étiez auteur de sa mort. Ce soupçon ne vient que de l'idée que vous aviez donné de vous par le fond de votre conduite, dans laquelle vous avez sacriiié sans scrupule la vie des hommes à votre propre grandeur.

Ru.H. — Celle politique est nécessaire en certains ras.

Ox. — Ces! do (pioi les honnêtes gens donterout toujours.

lUcH. — C'est de quoi vous n'avez jamais douté non plus que moi. Mais enfin qu'avezvous tant fait daus l'Europe, vous qui vous vantez JMS(juesà comparer votre ministèi-e au mien ? Vous avez été le conseiller d'un petit roi barbare, d'un Goth clu'l' de bandits, cl aux gages du roi de France dont j 'étois le ministre.

Ox. — Mon roi n'avoit point une couronne égale à celle de votre maître ; mais c'est ce qui fait la gloire de Gustave et la mienne. Nous sommes sortis d'un pays sauvage et sléi'ile, sans troupes, sans artillerie, sans argent : nous avons discipliné nos soldats, formé des officiers, vaincu les armées triomphantes des Impériaux , changé la face de l'Europe, et laissé des généraux qui ont appris la guerre après nous à tout ce qu'il y a eu de grands honmies.

Ricii. — Il y quelque chose de vrai à tout ce que vous dites ; mais, à vous entendre, oncroiroit que vous étiez aussi grand capitaine que Gustave.

Ox. — Je ne l'éfoispas autant que lui ; mais j'entendois la guerre, et je l'ai fait assez voir après la mort de mon maître.

RicH. — N'aviez-vous pas Tortenson, Bannier, et le duc de Weimar sur qui tout rouloit? Ox. — Je n'étois pas seulement occupé des négociations pour maintenir la ligue , j'entrois encore dans tous les conseils de guerre ; et ces grands hommes vous diront que j'ai eu la principale part à toutes les plus belles campagnes. RicH. — Apparemment vous étiez du conseil quand on perdit la bataille de Nordlingue , qui abattit la ligue.

Ox. — J'étois dans les conseils ; mais c'est au duc de Weimar à vous répondre sur cette bataille qu'il perdit. Quand elle fut perdue, je soutins le parti découragé. L'armée suédoise demeura étrangère dans un pays où elle subsistoit par mes ressources. C'est moi qui ai fait par mes soins un petit Etat conquis, que le duc de Weimar auroit conservé s'il eût vécu, et que vous avez usurpé indignement après sa mort. Vous m'avez vu en France chercher du secours pour ma nation , sans me mettre en peine de votre hautcm',qui auroit nui aux intérêts de votre maître, si je n'eusse été plus modéré et plus zélé pour ma patrie que vous pour la vôtre. Vous vous êtes rendu odieux à votre nation ; j'ai fait les délices et la gloire de la mienne. Je suis retourné dans les rochers sauvages d'où j'étois

DIM.nr.rKS DF.S MORTS.

sorti ; j'y suis mort ni |Kii\ . t-l tttutf IFiirope est [iloijio di' mon n<»m aussi liii-n qui' du \ùlif. Jo nai eu ni vos ditriiitos , ni vos riclifssL-s , ni votre autorité : ni vos poètes ni vos orateurs poiu' me llatter. Je n'ai pour moi que la ltomit> (ipinion (lesSué<lois,et celle de tous Tes liahilrs ireus ijui lisent les histoires et les néi.'u<ialiou5. .l'ai a::i suivant ma religion contre les Impt'-riaux ratlioliques, qui, depuis lalialaille de Prague, tyrannisoient toute l'Allemagne : vous avez , en mauvais prêtre, relevé par nous les Protestans et abattu les C.atlioliiiues en Allemagne, Il i-sl aisé de jugt-r entre nous et moi.

Hi' H. — .le ne pou vois éviter ret inconvénient .^ans laisser l'Europe entière dans les i'crs de la maison d'Autriche qui visoit à la monarchie universelle. Mais enlin je ne puis m'cmpècher de rire de voir un chaniclier qui scdomio l>our un grand capitaine.

Ux. — Je ne me donne pas i)our un grand capitaine, mais pour un homme qui a servi ulilonieut les généraux dans les conseils de guerre. Je vous laisse la gloire d'avoir paru à cheval avec des armes et un liahit de cavalier au Pasde-Suse. On dit même que vous vous êtes t'ait peindre à Richelieu à cheval avec un buffle, une écharpe, des plumes, et un bâton de connnandement.

RicH. — Je ne puis plus soufl'rir votre insolence.

LES CARDINAIX DE lilCIIIiLltll Eï .MVZARI.N.

Caractères de ces deux ministres. Diiïérenre entre la vraie t-t la fausse politique.

RiOH. — Hé 1 NOUS voil.'i , seigneur Jules! On dit que vous a\e7, gou\erné la France après moi. Comment a\e7.-vousiait '/ avcï-\ousache\é de réunir toute l'Kurope contre la maison d'Autriche? a\ez-vous renversé le |)arti huguenot »luej"avoisall'oibli? enlin avez-vous achevé d'abaisser les grands'?

Ma^. — Vous a\icz iduuiieuri' tnul tL-la : mais j'ai eu bien d'autres choses à di-mêler : il iiiatallu soutenu* une régence orageuse.

RicH. — lu roi inappliqué, et jaloux du miiii>tre même qui le sert, donne bien plus d'eiubarras dans le cabinet, (jue la Ibiblessc et la confusion d une n'-gencc Vuusa\iez ime reine assez ferme, et sous la({urllr; on pouxoit |)lus facilement mener les alVaires , que sous un roi

épineuv (pii éli>it tnujnurs aigri contre luoi |)ar qui'bpie favori naissant. L n tel |)rinfc ne gouverne ni ne laisse gouverner. Il faut le servir malgré lui; cl on ne le fait qu'eu s'e.x- |»osant chaque jour à périr. Ma vie a été malheureuse par celui de (pii je tenr)!s tt>utc mon autorité. Vous savi'z que de tous les rois (pii traver>èrent le siège de f,a Rochelle, le Roi mon maître fut celui qui me donna le plus de peine. Je n'ai jkis laisse de donner le loup mortel au parti huguenot, qui avoil tant de places de sûreté et tant de chefs redoutables. J ai ()ortê la guerre jusque dans le sein de la maison d'Autriche. On n'oubliera jamais la révolte de la Catalogne ; le secret impénétrable avec lequel le Portugal s'est préparé à secouer le joug injuste des Espagnols ; la Hollande souh'Mue pai' n(jtre alliance dans une longue guerre contre la même [)uissance ; tous nos alliés du Nord, de l'iMnpire et de l'Italie, attachés à moi personnellement, comme à un homme incapable de leur manquer ; enfin au dedans de l'Etat les grands rangés à leur devoir. Je les avois trouvés intraitables, se faisant hoinicur de cabaler sans cesse contre tous ceux à (pii le Roi conlioit son autorité, et necroyant devoir obéir au Roi même qu'autant qu'il les y engageoit en flattant leur ambition et en leur donnant dans leurs gouverneinens un pouvoir sans bornes.

Maz. — Pour moi, j'élois un étranger ; tout étoit contre moi; je n'avois de ressource que dans mon industrie. J'ai commencé par ni'insinuer dans l'esprit de la Reine; j'ai su écarter les gens qui avoient sa confiance ; je me suis défendu contre les cabales des courtisans , contre le Parlement «léchainé, contre la Fronde, parti animé par un cardinal audacieux et jaloux de ma fortune, enfin contre un prince qui se couvroit tous les ans de nouveaux lauriers , et qui n'emplovoit la réputation de ses victoires qu'à me perdre avec plus d'autorité : j'ai dissipé tant d'einiemis. Deux fois chassé du myaume . j'y suis rentré deux fois trioniphant. Pendant mon absceme même, c'étoit moi qui gouvernois l'Etat. J'ai poussé jusqu'à Rome le cardinal de Retz ; j'ai ré<luit le prince de Coudé à se sauver ru Flandre ; j'ai conclu une paix glorieuse, et j'ai laissé eu mourant un jeune Roi en état de domier la loi à toute l'Europe. Tout cela s'est fait par mon génie fertile en expédii'us , par la soU(>lesse de mes négociations, et pai" 1 ail cpie j'avois toujoiu's de tenir les lioiiunes dans (pielcpie nouvelle espérance. Remarquez (|ue je n'ai pas répandu une seule goutte de sang.

DIALOGUES J)ES MORTS

RiCH. — Vous n'avio/. garde iVoii ivpandre ; vous étiez trop foil)l(' et lr(i|) timide.

Maz, — Tiuiidc ! hé 1 n'ai-je pas lait niellic. les trois princes à Vinconues? M. le Prince eut tout le temps de s'ennuyer dans sa prison.

Ricii. — Je parie que aous n'osiez ni le retenir en prison ni le déli\rer, et que votre embarras lut la vraie cause de la louijfucur de sa prison. Mais venons au fait. Pour moi , j'ai répandu du sang ; il l'a fallu i)Our abaisser l'orgueil des grands toujours prêts à se soulever. Il n'est pas étomiaut qu'un lionnne qui a laissé tous les courtisans cl tous les ofticiers d'armée reprendre leur ancienne hauteur, n'ait fait mourir personne dans un gouvernement si loii^le.

Maz. — Un gouvcrnemeni n'est point foible quand il mène Us affaires au but par souplesse, sans cruauté. 11 vaut mieux être renard, que lion ou tigre.

RicH. — Ce n'est point cruauté que de punir des coupables dont le mauvais exemple en produiroil d'autres. L'impunité attirant sans cesse des guerres civiles, elle eût anéanti l'autorité du Roi, eiàt ruiné l'Etat^ et eût conté le sang de je ne sais combien de milliers d'hommes; au lieu que j'ai rétabli la paix et l'autorité en sacrifiant un petit nombre de têtes coupables : d'ailleurs je n'ai jamais eu d'auti-es ennemis que ceux de l'Etat.

Maz. — Mais vous pensiez être l'Etat en personne. Vous supposiez qu'on ne pouvoit être bon Français sans être à vos gages.

RicH. — Avez-vous épargné le premier prince du sang, quand vous l'avez cru contraire à vos intérêts? Pour être bien à la Cour, ne falloit-il pas être Mazarin? Je n'ai jamais poussé plus loin que vous les soupçons et la défiance. Nous servions tous deux l'Etat ; en le servant , nous voulions l'un et l'autre tout gouvener. Vous tâchiez de vaincre vos ennenn's par la ruse et par un lâche artifice : pour moi, j'ai abattu les miens à force ouverte , et j'ai cru de bonne foi qu'ils ne cherchoient à me perdre que pour jeter encore une fois la France dans les calamités et dans la confusion d'où je venois de la tirer avec tant de peine. Mais enfin j'ai tenu ma parole j j'ai été ami et ennemi de bonne foi; j'ai soutenu l'autorité de mon maître avec courage et dignité. Il n'atenu qu'à ceux que j'ai poussés à bout d'être comblés de grâces : j'ai fait toutes sortes d'avances vers eux ; j'ai aimé , j'ai cherché le mérite dès que je l'ai reconnu : je voulois seulement qu'ils ne traversassent pas mon gouvernement, que je croyois nécessaire au

salut d<> la FrarRc. S'ils eussent voulu servir le lUii selon leurs taleus, sur mes ordres, ils eussent été mes amis,

Maz. — Dites plut<'il (ju'iis eussent été vos valets; des \al(>ts bien payés à la vérité : mais il falloit s'acioiiunoder d'un maître jaloux, impérieux, iiiij)lacaltl(> sur loiil ce qui hlessoit sa jalousie.

Ricii, — Hé bien ! quand j'aurois été lro[) jaloux et trop impérieux, c'est un grand défaut, il est vrai ; mais combien avois-je de qualités qui marquent un génie étendu et une ame élevée! Pour vous, seigneur Jules, vous n'avez montré que de la finesse et de l'avarice. Vous avez bien l'ail pis aux Français, que de répandre leur sang : vous avez corrompu le fond de leurs mo'urs ; vous avez rendu la probité gauloise et ridicule. Je n'avois (|ue réprimé rinsolence des grands ; vousavez abattu leiu' courage, dégradé la noblesse, confondu toutes les conditions, rendu toutes les grâces vénales. Vous craigniez le mérite; on ne s'insinuoit auprès de vous, qu'en vous montrant un caractère d'esprit bas , souple, et capable de mauvaises intrigues. Vous n'avez même jamais eu la vraie conuoissance des hommes; vous ne pouviez rien croire que le mal , et tout le reste n'étoit pour vous qu'une belle fable : il ne vous falloit que des esprits fourbes, qui trompassent ceux avec qui vous aviez besoin de négocier, ou des Irafiquans qui vous fissent argent de tout. Aussi votre nom demeure avili et odieux ; au contraire, on m'assure que le mien croît tous les jours en gloire dans la nation française,

Maz, — Vous aviez les inclinations plus nobles que moi , un peu plus de hauteur et de fierté ; mais vous aviez je ne sais quoi de vain et de faux. Pour moi^ j'ai évité cette grandeur de travers, comme une vanité ridicule ; toujours des poètes, des orateurs, des comédiens! Vous étiez vous-même orateur, poète , rival de Corneille ; vous faisiez des livres de dévotion sans être dévot : vous vouliez être de tous les méfiers , faire le galant, exceller en tout genre. Vous avaliez l'encens de tous les auteurs. Y a- 1-il en Sorbonne une porte ou un panneau de \itre, où vous n'ayez l'ait mettre vos armes?

Piir.n, — Votre satire est assez piquante, mais elle n'est pas sans fondement. Je vois bien que la bonne gloire devroit fait fuir certains honneurs que la grossière vanité cherche, et qti'on se déshonore à force de vouloir trop être être honoré. Mais enfin j'aimois les lettres; j'ai excité l'éamlation pour les rétablir. Pour vous , vous n'avez jamais eu aucune attention ,

iti\i,nr.ri:s Drs Mnins.

ni à l'Kglisc , ni ,m\ Icttrts, ni ;in\ arts, ni à la Yorlu. Faut-il sotuniUM" (juinif coiidnitc >i oilitMiso ait si>nli'\t'' Ions les u'rantls do l'Iltal cl Ions It's Iioiniôtcs gens (•t»ntrt' un t''liant:i'i".'

.Ma/.. — Nous \u' parlt'/. (|n<' ilc vdtic magnaninnlé rlntnôrii[iic : iiiai> inuir liii n i:iiiiverner un ICtal , il n'est (|iit'sti<)n ni de i^i'Ui-rohili'. ni (If Ikiiiul' lui, ni df lionli- docirur: il rsl «inostion il un esprit IV'cond en ('\| ('■diciis . i|iii soil iuipeiu'tialile dans sos desseins , qui ne donne rien à ses passions, mais tout à rinléivt, qui ne s'épuise jamais en ressources poin* \aiiicre les diflicultés.

Hk.h. — La M'aie habileté consiste à n'avoir jamais besoin de tromper, et à réussir toujours par des niov eus homiétes. (le n'est (|ue par l'oiblessc , et faute de connoilre le droit rlieriiiM. qu'on prend les sentiers détournés et (iii'oii a recours à la ruse. I.a vraie liabilelé consiste à ne s'occuper point de tant de.xpédiens . mais à choisir d'abord i)ar une vue nette et précise celui qui est le meilleur en le comparant aux autres, r.eltc l'ertilité d'expédiens vient moins d'étendue et de force de jrénie , que de défaut de force et de justesse pour savoir choisir. La vraie habileté consiste à comprendre qu'à la longue , la plus grande de toutes les ressources dans les alUiires est la réputation universelle de probité. Vous êtes toujours en danger quand vous ne pouvez mettre dans vos intéi-ètsque des dupes on des fripons : mais quand on compte sur votre probité . les bons et les médians mêmes se fient à vous; vos ennemis vous craignent bien , et vos amis vous aiment de même. Pour vous, avec tous vos personnages de Prolée, vous n'avez su vous faire ni aimer, ni estimer, ni craindre. J'avoue que vous étiez un grand comédien , mais non pas un grand homme

.Maz. — Vous [tariez de moi comme si j'avois été un homme sans co^ur ; j'ai montré en Espagne, pendant <iue j'y portois les armes, que je ne oraignois point la mort. On l'a encore vu dans les pér-ils où j'ai été exposé pendant les guerres civiles de France. Pour vous, on sait que vous aviez peur de votre ombre, et (pie vous pensiez touj«nirs voir sons votre lit quelque assassin |)rét à vous poignarder. ^lais il faut croire (pie vous n'a\iez ces terreurs paiii(pic> «pie dans certaines heures.

Kii.ii. — 'roiirncz-moi en ridicule tant (pi'il vous plaira : pour iikjî , je vous ferai toujours justice! sur vos bonnes (|nalili's. Vous ne manquiez pas de valeur à la guerre : mais vous maii- (piiez de coiirap' , de fermeté et de grandeur d'aine ilans les all'aires. N'ous n'étiez soiqile ipic

l»ar foiblesse . cl faute d'.ivoir daii> l'esprit des principes fixes, \ ous n'osi(«z iM'sisler en face ; c'est ce(pii vous faixtit promettre tnq> facilement, et éluder ensuite lollle^ vos paroles par cent défaites captieuse.^, (les défaites étoient ])ourtanl grossii'-res et inutiles: cHes ne vous mettoient à rouvert qu'à cause (pie vous aviez l'autorité : et un honnête homme aiiroit mieux aimé (pic vous lui eussiez dit nettemeul : .l'ai eu tort (If \oiis pronielire . et je me vois dans riiiipiii^>aiice d'evéçuler ce que je vous ai [iromis, (pie d'ajouter au mainpiement de parole des jiantalonades pour vous jouer des luallieiireiix. C'est peu que d'êtrtr brave dans un coml)al , si on est foihle dans une conversation, lîeaiicoiip de princes ca]iables de mourir avec gloire . se soiil déshoiion's comme les derniers des hommes par leiii- mollesse dans les alfaires journalières.

M\z. — Il est bienai>é de parler aiii>i ; mais quand on a tant de gens à contenter, on les

amuse COI e ou peut. On n'a pas assez de

grâces pour en donner à tous; chacun d'eux i^sl bien loin de se faire justice. N'ayant pas antre clwjse à buir donner, il faut bien au moins leur laisser de vaines es[)éran(es.

Ihcii. le conviens qu'il faut laisser espérer

beaucoup de gens. Ce n'est pas les tromper; car chacun eu son rang peut trouver sa récompense , et s'avancer même en certaines occasions au-delà de ce qu'on auroitcru. Pour les espérances dispro[)ortionnées et ridicules . s ils les lirennenl , tant [)is pour eux. Ce n'est pas vous (]ui les trompez; ils se trompent eux-mêmes, et ue peuvent s'en prendre qu'à leur propre fidie. Mais leur donner dans la chambre des paroles dont vous riez dans le cabinet , c'est ce (pii est indigne dun hoimête hoinme , et pernicieux à la réputation des all'aires. Pour moi , j'ai soutenu et agrandi l'autorité du Hoi , sans recourir à d(^ si misérables moyens. Le fait est convaiiicanl : cl \ ous disputez coiitif un tiomme (jui est un exemple décisif contre vos maximes.

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