‹ Œuvres complètes de Fénelon, archeveque de Cambrai. Précédées de son histoire littéraireChapitre 129 sur 271 · I.oiis. — Non : il ii'e-l plu- ([ucstioii de · texte numérisé non relu

I.oiis. — Non : il ii'e-l plu- ([ucstioii de

DIALOGUES DES MORTS

rion; il n'y a plus ici ni ooni|ii(Me ni n)ariat,'»Mnii puisse nous iuquicler. Il est vrai (pio j'ai ciaiiit le progrès de votre maison : aoiis aviry. ilcjà l'Empire; c'éloif bien assoz pour des oomics (le llapsliourixen Suisse. Je n'ai pu vous voir joindre à vos Eials d'AllemauMie la comté de l>onrgogne avec tous les Pavs-I>as réunis sur la télé de ma cousine que vous avez épousée , sans craindre cet excès de puissance. C-ela n'est-il pas naturel ?

Max. — Sans doute: mais si vous craigniez tant celte puissance, |)onrquoi Tavcz-vons [)r(''venue? Il ne lenoil qu'à vous de marier avec votre Daupliine la princesse que j'ai épousée : elle le souliaitoit ardemment ; ses sujets le souhaitoient comme elle : il vous étoit capital d'unir à votre monarchie une puissance qui avoit pensé lui être fatale : vous ne deviez pas perdre l'occasion d'agrandir vos Etats du côté où la frontière éloit trop voisine de Paris , centre de votre royaume. Vous coupiez la racine de toutes les guerres, et vous ne laissiez dans rEuro|)e aucune puissance qui pût faire le conlie-()oids de la votre.

LoLis. — Il est vrai, et j'ai vu tout cela aussi clairement que vous pouvez le voir.

Max. — Hé, qu'est-ce donc qui vous a arrêté? Etiez-vous ensorcelé? Y avoit-il quelque enchantement qui empêchât, malgré toute votre politi(pie raflinée, de faire ce que le génie le plus borné auroitfait? Je vous remerc'e de cette faute; car elle a fait toute la grandeur de notre maison.

LoLis. — L'extrême dispro[)ortion d"àge m'empêcha de marier mon lilsavec ma cousine: elle avoit neuf ou dix ans plus que lui ; mon fds étoit malsain , bossu , et si petit , que c'eût été le perdre.

Max. — Il n'y avoit qu'à les marier, pour mettre les choses en sûreté j vous les eussiez tenus séparés jusqu'à ce que le Dauphin fût devenu plus grand et plus robuste : cependant vous auriez été en possession de tout. Avouez-le de bonne foi; vous ne me dites pas vos véritables raisons , et vous usez encore de dissimulation après votre mort?

Lotis. — Oh bien, puisque vous me pressez tant , et que nous sommes ici hors de toute intrigue, je vais vous découvrir tout mon mystère. Je craignois fort un étranger qui épouseroit cette grande héritièi-e , et qui feroit sortir tant de beaux Etats de la maison de France ; mais, à parler franchement, je craignois encore davantage un prince de mon sang , sur l'expérience des derniers ducs de Bourgogne. De

là vient que je ne voulus écouter aucune proposition sur aucun des princes de la maison royale. Pour mon fils , je le craignois plus qu'aucun autre prince; je n'avois pas oublié toutes les pi-ines dans lesipieiles j'avois fait mourir mon pèie , qnoicjue je n'eusse aucun pays dont j(î fusse le maître. Je disois en moimême : Mon fils pourroit me faire bien pis , s'il étoît souverain des deux Bourgognes et des dix-sept provinces des Pays-Bas : il seroit bien plus redoutable |)our moi dans ma vieillesse, que le duc C.harles de Bourgogne, (jui avoit l)ensé me détrôner : tous mes sujets , qui me haïssoient , se seroient attachés à lui. 11 etoit doux, commode, propre à se faire aimer, facile j)our écouter toutes sortes de conseils: s'il eût été si puissant, c'étoit fait de moi.

Max. — Je vois bien maintenant ce qui vous a arrêté sur ce mariage ; vous avez préféi'é votre sûreté à l'accroissement de votre monarchie. Mais pourquoi refusâtes-vous encore Jeanne, héritière de Castille et fille du roi Henri IV ? Son droit étoit incontestable, et sa tante Isabelle, qui avoit épousé le prince Ferdinand d'Aragon, ne pouvoit lui disputer la couronne. Henri , en mourant , avoit déclaré qu'elle étoit sa fille, et qu'il n'avoit jamais abandonné la Reine sa femme à Bertrand de la Cuéva. Les lois décidoient clairement pour Jeanne ; le roi de Portugal son oncle la soutenoit; la plupart des (Castillans étoient pour le bon parti : on vous olfroit cette princesse pour votre Dauphin; si vous l'eussiez acceptée , Ferdinand et Isabelle n'auroient osé prétendre la succession ; la Castille étoit acquise à la France ; c'étoit une occupation éloignée pour votre Dauphin; il eût régné loin de vous , et sans impatience de vous succéder. La Castille ne devoit pas vous donner les mêmes inquiétudes que la Flandre et la Bourgogne, qui sont des pairies de votre couronne, et aux portes de Paris. Que ne faisiezvous ce mariage ? Pour ne l'avoir pas fait, vous avez achevé de mettre au comble la grandeur de ma maison : car mon fils a épousé la fille unique de Ferdinad et d'Isabelle; par là, il a uni l'Espagne avec tous nos Etats d'Allemagne et avec tons ceux de la maison de Bourgogne ; CG qui met notre puissance fort au-dessus de celle de votre maison.

Louis. — Je n'avois pas prévu le mariage de votre fils, qui est encore plus redoutable que lc\ôtre |)our la liberté de l'Europe. Mais je vous ai dit ce qui m'a déterminé pour tous ces mariages; ce n'est point le ressentiment que j'avois contre la mémoire du duc de Bourgogne

niAI.or.LES DKS MORTS.

qui m'a éloigné d'acceplpr sa fille. Ce n'esl point le désir de réunir par un mariage la lirctagne à la France qui ma fait pensera Anne de Bretagne : je n'ai pas même songé à marier mon lils pemlanl ma vie ; je nai pensé qu'à me délier de lui . qu'à l'éleNcr dans l'ignorance et dans la timidité, qu'à le tenir renfermé à Amlwise le plus long-temps que je pourrnis. La couronne de Caslille, qu'il auroil eue sans peine , lui auroil donné trop d'autorité en France, où j'élois universellement liai, ^()us ne savez pas ce que c'est qu'un [)ère vieux, soupçonneux, jaloux de son autorité , <iui a donné à son lils un mauvais exemple contre son père; son ondire lui l'ail peur.

Max. — Je \ous entends. Vous élioz bien malheureux dans vos alarmes. <Juand on a alumdoimé le chemin de la probité , on ne marche plus qu'entre des précipices dans sa |)ropre famille : on est misérable, et on le mérite.

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