‹ Œuvres complètes de Fénelon, archeveque de Cambrai. Précédées de son histoire littéraireChapitre 176 sur 271 · DISCOURS SUR LE POÈME ÉPIQUE · texte numérisé non relu

DISCOURS SUR LE POÈME ÉPIQUE

montrer rune sans l'aulro, cl rien n'est plus ulilo, Onalilo do l:i nioialc du Tclcma(iiio. — 1» Klle est sublime

que do nous laire voir les deux enstiil)ie ; «aria jus- dans ses principes.

lice et la venu parfaites demandent (jM'on s'esiinie

ei se méprise, (lu'on s"aime el se liaisse. Notre me it- i « • • m • . ji .,-,., ,.■:.''-,., , , ,,, r hublimo dans SCS prineipes. Ee VK ut dune poète n eleve pas leleiiiaque an-dessus de ni- ..ri i m .>• . 7. .,...«:.; :ii.f;< . .. i , i . i i - - , • " «iloude coniKiissaiK e de liionune : on l'in loduit inanile ; il le la t toi bt-r dans »s «ntessses (lui îi,..-^ ri i ■ i i i o-..,i ^^ ...^.-i 1 • ■ I ! «lans son piohii' i>nds ; on lui developix' es ressonl compatibles avec nu amour sineere de a ^„ ,, , , ', . ,',• , ,' ' , . , ,.„,,., „,' f ., , .. , . S0:ts secrets de ses passions , es repis caches de vertu; el ses foiblesses servent a ecornuer, en e„., . , . . ■ i „■- i ' . , , ; • ' ■ . , ... , .^ , • son anio ii-propre, la (il lerenee ( es ver us ansscs lui inspiranl la debaiiee de soi iiienie el de ses ,p>. . i 'i . ». , ,., ..,. ,.,, i , „ Il 1 ••..•• 0 a\ee les sdiiiles. De la connoissance de lomme,

propns torées. Il ne rend pas son uni alion un- „. ,, , . n i rv - i' . •. .'

', ;.. ,„ 1 : j . •• ■■ . on rcinonle a celle de Dieu même. I. on au seniir

pi)ï,Ml)!e , en lui don lanl une pei ecion s;!iis ta- „ ,,,-, • , ■

',K. .,■ -, „•. . 1 ■• ... pai tout, ( ne 1 htre iiidni asil sans cesse en nous

«ne mais excite notre einiila ion , en niei uni !,„ „ ' , , . , ,.i . ■.

,1...' , , „ ,, , ,, . ' , poumons rendre bons et heureux; qui esl a

ue\anl les veux exemple i un iiiine homiiie '.,.„., : i- . i ., . i • , i

„„• , „ i- - •' 1 .• 1 source immédiate de ton es nos iimieres el de

qui, avec es mêmes iiopeiieciions nue chacun ,„.,, ,„ .

c,..i .. .,• <-. 1 .1 I 11 .1 loutes nos vertus ; (iie nous ne tenons pas moins

sent en soi , la l es ae ions es p us iiob es el les ,i i • i • i • ■ •. -

^1 , , ,, 1111 de lui la raison que la vie; (lue sa vente souve-

pliis vertueuses. Il a uni ensemble, dans le ca- ^.,:„,. , -, , . • i •■ . i ,•

'.,„,•., . ^ I . , I,. , .,, , raine doit être noire unniue luniierc, et sa voonle

ractere (e son héros, e ciinraii*' « Achi e , a o. • ■ i . i- . j

^. , „^ ,.,•, , ', , i" . j ir • suprcine reL'Ier tous nos amours ; (Mie laute de con-

pn'dence dLlysse el e nature endre ( Enee. ^„u,„ „ .,; , .. ■ n . • ii

rp ,1 • .- 1- , . sulter cette sagesse universelle el immuable,

1 elemaque es co ère comme e premier, sans m.-..,,. ...-.■. i < . i ■ <■ .

.,„ , * , ,... , ' . ' . I tiomme ne voil ( Ut; des lanlomesseduisans ; au e

être brutal ; politKiue comme le second , sans cire ^i > p ,„,, , „ -i > . i i i •■ f i

et 11 1 . • •■ de I écouler, il neiiltnd (lie le bruil confus de SCS

loiiilie; sensible comme le troisième, sans ire .^^cc: >„o ., , i o^ i i .

, , , ' passions que es solides vertus ne nous vienneiil

volupiueux. ' IIP.

,.' , , , ••.. 1 , (uc comme (inelqin; chose detraii'Jîer (ini esl nus

J avoue (lu on trouve une grande varie e (ans es ' .,„ ' n , i n- , i

Vu • I I-. i-n I • en nous ; ( u elles ne sont pas It s ( 1> ts (le nos nro-

caracieres d Homère. Le cour;!KtM Ac 11 e el ce 111 , ., ^ .v ,' ,• n n •

■ u . , , I lA- ■ 1 . M 1,» • pr( s ellorls, mais rouvra^e d uni! puissance siipen Hector, la va enr de Dioiikm e el ce e d Aiax , .:„ n • 7 ■ ,

, , ' 1 M . .11 i-ri 1. iieiirt! a I homiiK;, qui ami (>n nous quand nous nv

la iinideiice de Nestor cl ce e d LIvsse, I amour , , i- i . i . i . r .• ■^

,,,, ,. , ,.,„.,. , ,.,•,. ..',,, , niellons point (rolislacH' el dont nous ne disiin-

(1 Hi' eue el ce 111 ( e lînseis , a licite d Aniio- „ ', • m ,- ■ i i i

.,,,„..,' 1, . suons pas loiMours laclion, a cause de sa dcliea-

ina.p.eei celle de Pénélope ne se ressemblent [^,3,,, {^,„„ J^^^ ,„^^„^^^ ^,;p,„ ^^^^.^ ^^^„,. .^

point. On trouve un jugemeul ei une hnesseadm,- ,^,„^^ -^^^ ^, s,,,,,,,,;,,,'^ j ,,ève i lulnime

rable dans es caractères du poêle crée. Mais que . . 1 . 1 1 • - 1 .1 1 „ 1 n .

. , , ' , , rr , , * aii-dt-ssusde lui-même, les verliisles plus brillantes

lii' troiive-t-on pas en ce iienre ( an.> e 1 e eiîcMiue. „ , .,^ . 1 «■ n

■ , ' . . ^ .. . . ,' ' ne sont (lue des ralliiiemens d un ainour-nropre dans es caractères si varies el louioiirs si bien „.:„ V • • r. 1 i- • ;■

, c- . • .in .- i«i ■ qui se reiilerme en soi-nieine , se rend sa divinité ,

soutenus de Sesoslris el de rvi^ma nm , d I Orne- „, 1 : . • , .. pi i-, „. p- 1 1

. ,,. , . , r, . ., ■ '^. , ,,,.'. , , cld(;\ienl en même temps el lidolalre el I idole.

ne.> el d .Adraste de Proies, as el de l>h,!ocles . .le pj^,, ,,,,,^ ,„, ,,Uuu.h\e .,ue le portrait de c.

Calypso el d Ant.ope, (le Te lema(i,ieel.;e b.ccons.' p|,n,, ,,, ^,, j.Wm.que voit aux enfers, el dont

José dire même qui se trouve ( .iiis ce nocine , 1 • . . 1 .• 1

, . • ,' . ■ • 1 ^ ' ^ toiiile crime ctoUd avoir Ole amoureux de sa pro-

salutaire, non-seulement une variété de nuances nr.yeii

ries m(}mes vertus et des mêmes passi(ms , n.ais '^,,^1 "jn.i que la morale de notre auteur tend à

une telle diversité de caractères opposes, qn on nous f:,ire oublier nous-mêmes, pour louirappo, K r

rencontre dans cet ouvrage ana Omie entière .-, pi-, . 1 1 ^ 1..

, ,. -, . . 1 • , . ., il I tire souverain, et nous en renilre les adora-

(le lespi.t et du cœur humain : cesl que l'an- ,,„,. ,,„„^„^^ ,^. ,„,^ ^,^ ^^, ,.^. ^^^ ,,,, „„„3

leur eonnoissoil 1 ^omm. et les hommes I avoii f,;,.^ ,,.^,,.^.,.„,. ,^ ^^.^^^ ^^^^^^'^ ^,, ^.^^^ particulier ,

étudie un au dedans de ui-meme , e es au- ,j r- 1 1 ■ n -.il

... ., „ . . r> 1, el de nous faire aimer le «eniv luimain. On saii les

très au milieu d'une lloiissante C(mr, Il parla- o,,.,a.. ^ 1 m „i • 1 1 n^i 1 ^ ■ 1 , 1 . .. „.,

, , r, 1 . 1 •■ M svsicmes de IVlacliiavel. d liobbes, el de deux au-

g'Oil sa vie entre a solitude et a société ; il ,;,.,. ^ 1 1 n «< , i- , r ...... i ^ 1 .

". .. , ... .• 11 • I ' . leurs plus moileres ri;liend<i! leiGroiuis. Les deux

vivoii dans une al en ion commue e a a ve- „„. ; „ , 1 ,• , 1 •. 1 o p •

.... . . , , . premiers établissent pour seules maximes dans I art

Mie qui nous instruit an dedacs, cl ne sorioit V, , 111 .-.• >„ 1 . ^..m,

. ,.' .. ,. , '.. ,. , de trouveiner, la l!iiess(' lesaitiliees, lessiraïa-

fle la que pour étudier bs caractères, alin de „•,,? ,1 1 ,■ ,. ■ ,• , ,p;.,;i:,; „ i ,„

. . 1 * . , , ,,' . cernes, le d:\st)oiism(!, 1 iniuslice el I irrelijiion Les

puerir es passions des uns , ou < e perbctionner ;,^.„^ ,,^.,,„j^.,./ ^^ „e,Y,udenl leur polïii jne ,

es vertus des autics. H savoil s'aceommoder a ^„^ ..^^ ,„^,^i^,„.^ ^,^ .ouvernemenl qui w(^^nè

tous pour es approlondir tous , et prendre toutes /.v^a'enl ni celles de la RepubUiiur de Platon, ni

sortes de ormes sai.s changer j. mais son carac- ^,,,(^3 ,j^g ^„i^.^^ ^1,. (^j^ .,.;„, i,',,i ,,,„ , ,,5

deux écrivains modernes ont travaillé dans le dessein d'èlre utiles .i la société, el qu'ils ont rapporté

II. Des préceptes et des insbudions morales. piesiiiie toul au bonheur de riiomme con.si léré

se!o-i le civil. iMais lauleur du Telémaqiie est ori-

Une aulre manière d'instruire, c'esi par les pré- ginal.en ce qu'il a uni la polili(]ue la plus parfaite

cepies. L'auteur du Télemajuc joint erisem'bU^ les avec, les idées de la vertu la [dus consommée. Le

gr;'.ndes inslruelions avecles exemples hrroïques, grand principe sur Icipiel tout roule, est que le

la morale d'Homère avec les mœurs de Virgile. Sa nio:i(ie entier n'est (|u'uiie même républi(pie dont

niorale a cepend.ml trois qualités (jui ne se tron- Dieu cl le p("-re commun, et c!ia(iue peuple comme

venl au même degré dans aucun des anciens, soit une grande famille. De celte belle et lum iieuse

poètes, soil philosophes. Elle esl sublime dans ses idée naissenl ce que les politiques appellent les luis

principes, no6/(? dans ses moiifs, universelle dans de ?îah<re, ei r/es no/Zo/w, équitables , généreuses^

ses usages. pleines d'humaniié. On ne regarde plus cha(]ue pays

comme indépendanl des autres; mais le genre humain comme un tout indivisible ; on ne se borne

DISCOURS SLU !.K F(»ÈME l'PIQLE.

plus à l'amour Je sa palrio;le cœur «.Vioiivl. tloviciil iniiut'iise, el, jvir une «iiiilié universelle, tiiibrits^e lous les IkhimiI' s. Do la ii.iissi ut l'iinionr îles cii;!!!pers, la eonliauee luuluelle fu'.ie K-s nalions vnisines, la bonne loi, la juslii i- el la paix iiarini l«s princes '!e l'univers , enninieenlre les parlieuliers (le cliarpie Etat. Notre auteur tioiis montre encore que la j;'(»ire de la royauté « st "le gouverner lis hommes pour les rendre bons el heureux ; «pie l'autorité du prince n'< si jamais mi< ii\ alltrinie, que lorsqu'elle tst appuyée sur l'amour des jieuples, el (|ue la véritable richesse de l'Eial consiste a re- Iraiicher ions les faux besoins df* la vie. pour se contenter du nécessaire, eldes plaisirs ^imples el innoceiis. Parla.il lait \oir «pie la vertu cniiii lime, non-senlemeiil .» préparer riioiiime [unir une teiicil»'' (ulure , mais (ju'elle rend la socit'lé ac lueliemenl lieureuse da!;s celle vie, autant qu'elle le peut èlre.

2° La morale du Télémaque est noble dans ses motifs.

2" La morale du Télémaque csl noble dans ses motifs. Son ijrand principe est qu'il faut préférer l'amour du beau à l'amour du phtisir, comme disenl Socrale el l*iaion ; l'honnête à l'agréable, selon rexpression de ("icéron. Voiia la source des senlimens nobles, de la j;ranJeur d'ame, el de lonits les vertus héroïques. C'est par ces idées puies cl élevées, qu'il delruil, d'une manière inlinimenl plus touchante que par la dispute, la fausse philosophie de ceux (jiii font du plaixir le seul ressort du caur huinuin. Noire poeie montre, par la belle morale qu'il mel dans la tiouche de ses héros, el les actions ^'énéreuses qu'il leur l'ail faire, ce que jteul l'amour pur de la vertu sur un cœur n<ible. Je sais que celte vertu héroï(|ue passe parmi les auu's vulgaires pour im lanKime, el (pie les £;ens d'iri.a<ïination se sont décliaiués contre celle vérité sublime eiçolide. par plusieurs poinles d'esprit It ivoles Pl méprisables. C'esi que ne trouvant ruti au dedans d'eux «pii soil comp irab'e à ces j.'rands Si nliniens , ils concluenl que I humauilo en e.sl iiicipahle. Ce sonl d.s nains, qui jugent de la fjrcc lies ;,'i'ans par la leur. Les esprits (pii rampent sans cess;" dans les bornes étroites d.* l'amour-priqire, ne crunprendriml lamais le pouvoir el lélen lue d'une veriu (pii elcve l'iiomme au-dessus de luin;éuie. Quelcpies philosojihes , qui (m)1 fait d'ailleurs de belles (Il couvertes dans la philosophie, se sonl laissé entraîner par leurs prejuj^ts, juxpi'a ne point distinguer assez entre l'amour de Toi die et I amour du plaisir, tl à nier que la volonté puisse être reimn-e ausH lorlemeiii par la rue claire de la vérité ^ que par le goût naturel du plaisir.

Ou ne peut lire alleulivemenl Té!éma(|ue , saiiS retenir de cts pn-junis. L'on y voit les senlimens généreux d'unt- aine noble (pii ne coii<;oit lien que de ^:ralld ; d'un cnur i!i Niiitéressé (pii s'iuiblie sans cesse ; d'un (dnlosophe ipii ne se home ni à sa nation, nia rii ii de parlicolier, mais (pii rupporii: tout au bien commun du ^'«^nre huma'n, et tuutle^enre humain a I Lire suprême.

■J" La morale du Téléinaqiic est universelle dans ses usages.

3" La morale du Télémaque est universelle dans ses usa;.'es, étendue, fécimde, proportionnée à lous les teiiips. à toutes les nations el a toutes les condili(Uis. On v apprend les devoirs ilun priixe, (pii csllout t iisemh!i> roi, tjucrriir, phi'osophe cl législateur. On V voit l'an de c<uiduiie des nations dillerenlts :1a manière de conservtr la paix au auliors avec ses voisins, el repeiiilanl d'avoir toujours au dedan<( du royaume une jeuiii sse aguerrie prêle à le delt-ndre ; d'enrichir ses Etais , sans tomber d.iiis le luxe; de liouver le milit u entre les excès d un pouvoir dspolitpie el bs désor Iresde l'anaichie: on y donne des préceptes pour l'agriculture, j.our le commerce, pour les aris, pou? la police, pour l'ediicaiioii deseiifaiis. .Notre auteur Liii entrer dans son poème, nmi-seulem. ni les vertus héroïques et royales, mais et Iles (pii sont propres à toutes sortes de condiiions. En f<unianl le cn'ur de son prince, il n'instruit pas moins chaque particulier de ses devoiis.

L'Iliade a pour biiliie iiKmlrer les funestes suiies de la dés\inioii parmi les ili fs d'une armée : LO- (Ivssee nous lait voir ce que peut, dans un roi , la pruilence jttinie avec la valeur: dans l'Enéide on d.peinl Us actions d'un héros pieux el vaillant. Mais toutts ces vertus particulières ne font pas le b(U)licur du genre humain. Télémaque va bien audelà de lous CCS plans, par la grandeur, le nombre el retendue de ses vues morales ; de sorte qu'on peut dire av. c le philo (qihe criticpie d Homère* : « Le don le plus utile que les Muses ait ni lait aux » hommes, c'est le Telcmaijue ; car si le bonheur » (lu genre humain pouvoit uailrc d'un poème, il » naitroil de celui-la. »

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