‹ Œuvres complètes de Fénelon, archeveque de Cambrai. Précédées de son histoire littéraireChapitre 179 sur 271 · DISCOURS SUR LE POÈME ÉPIQUE · texte numérisé non relu

DISCOURS SUR LE POÈME ÉPIQUE

cliaris liaiis son poème, cl phisifuis dcsniplioiis seiiibîabK'S , (jui paroissoiil , ilil-on , liop passionutts.

Réponse.

La nieillrure réponse ;\ celle objeelion esl l'elVcl qu'avoil prodiiil U- TelêiiKuiiie liaiis le cœur du jeune |)rinee pour (jui il avoil éie eeiil Les personnes (l'une eonJiiion eoinnjunon'onl p.isle iiièuic besoin d'eue preeaulionnéescotilre les eeueilsaux- «jiiels l'elévaliontl r.'.uloriiccxpusenioeux (piisonl desiiius à relouer. Si noire poêle avoil éer il pour un iioinnie (|ui eùl dû passersa viedaus l'obseurilé, ees(lesoiiplionslui auroit m éié moins nécessaires. Mais pour un jeune prime, au milieu d'une Cour où la galanterie passe pour politesse, où cIkuiuc objet reveille iuriillihlemenl le goùl des plaisirs, et 011 loulee (jui l'environne n'est oeou|)é qu'a le séduire; pour un tel prince , dis-je , rien n'émit plus nécessaire que de lui présenter, avec celle aiiiiablepudeur, cetleinnocenceel eeltesai^esse qu'on trouve dans le Telrmaiiue, tous les détours séduisaiis de l'amour insensé; (jue de lui peindre ce vice dans son beau imagifiaire, pour lui faire sentir ensuite sa dill'ormiie réelle ; ei que de lui montrer l'abime dans toute sa profcmdenr, pour l'empcclier d'y lomber, el l'éloigner même des bords d'un précipe si affreux. C'éloii donc une sagesse digne de notre auteur, de précaulionner son élève contre les lolies passions de la jeunesse, p .r la fable deCalypso, eldelui donner, dans l'hisloiredAnliope, l'exemple d'un amour chaste et légitime. Eu nous représentant nmsi cette passion, lanloi connue une foibbsse indigne d'un grand cœur, lanlôl comme une vertu digue d'un héros, il nous montre ([ue l'amour n'est pas au-dessous delà majesté del'epopée, et réunit par là dans son poème les passions tendres des romans modernes, avec les venus héroïques de la poésie ancienne.

Quatrième objection contre le Télémaque.

Quelques-uns croient que l'auteur du Télémaque épuise trop son sujet, par labondance ( l la richesse de son génie. Il dit tout, el ne laisse rien à penser aux aui.'-fs. Comme Homère, il met la nature louie entière .levant les yeux. On aime mieux un auteur qui, couinie Horace, renferme un grand sens en peu de mois, et donne le plaisir d'en développer l'elendue.

Réponse.

H est vrai que l'imaginaiion ne peut rien ajouter a'ix peintures de noire poète ; mais l'espiii, en suivant ses idées, s'ouvre el s'étend. Quand il s'agit seulpmenl de peindre, sts tableaux sont parfaits^ rien n'y manque; quand il faut insiniire,S( s lumières sont fécondes, elnousy développons une vasle étendue de pt'iiséts. Il ne laisse rien à imaginer ; mais il donne infiniment à penser. C'est ce (jui convenoit au caractère du prince pour qui seul l'ouvrage a été fait. On démèloil en lui , au travers de l'euiance , une imagination féconde et heureuse, un génie élevé et étendu, qui le ren<ioient sensible aux beaux endroits d'Homère et de Virgile. Ce lut ce qui ins-

pira à l'auleur le dessein d'un poème qui renfermeroil égalemtiil les beautés de l'un el de l'autre poète. Celte allluence de belles images éloit nécessaiu' pour occuiH r l'imagination el former le goùl du prince. On voii ass( z (lueces beautés n'auroiml pas |)luscoùtéà su|)primer (|u'à produii'e, (pi'tlles coulent avec autant de dessein (|ue d'abondance, pour répondre aux besoins du |trince et aux vues de l'auteur.

Cinquième objection contre le Télémaque.

On a objecté (pie le héros ella fable de ce poème n'ont point d.; rapport à la nation fran(;aise: Ilomèie et Virgile ont intéressé les Grecs el les Koniains, en choisissant des actions el des acteurs dans les histoires de leur pays.

Répon'ie.

Si l'auteur n'a pas iiiléiessé particulièrement la nation baiiçaise, il a lait plus, il a intéi( ssé loul le genre biimain. Son plan esl encore plus vasle que celui de l'un el de l'autre des deux poètes anciens : il esl plus grand d'instruire tous les hommes eiiseii.ble, que de borner ses préceptes à un pays particulier. L'amour-piopreveut qu'on rapporte ioula soi,el se trouve même dans l'amour de la patrie ; mais une ame généreuse doit avoir des v^es plus étendues.

D'ailleurs, quel intérêt la France n'a-l-elle point pris à un ouvrage qui lui avoil formé un prince si propre à la giuiverner un jour, selon ses besoins el ses désirs, en père des peuples 1 1 eu héros chrélien ? Cm qu'ttii a vu de ce prince donn<»it l'espérance et les prémices de cet avenir. Les voisins de la France y prt noient déjà part, comme à un bonheur universel. La fable du prince (jrec devtnoit l'histoire du prince français.

L'auteur avoil un dessein plus grand , que celui de plaire à sa nation : il vouloii la servir à son insu, en contribuant à lui former un prince qui, jusque dans les jeux de son enfance , paroissoit né pour la combler de bonheur el de gloire. Cet auguste enfant aimoii les fables d la mythologie. Il falloil pioliler de son goùl, lui faire voir dans ce qu'il eslimoii le solide el le beau, le sinpleel le grand j et lui imprimer , par des faits touchans , les jf incipes généraux qui pouvoient le précautionner contre les dangers fie la plus haute naissance et de la puissance suprême. Dans cedt ssein, un héros gnc et un poème d'aprèsRomèreet Virgile, les histoires é^■s pays, dts temps el des faits étrangers, étoieul d'une convenance parfaite, (t peut eue uniipic , pour mettre l'auteur en pleine liberté de peindre avec vérité et force tous les éciieils qui menacent les souverains dans loute la suite ries siècles.

Il arrive, par une conséquence naturelle el nécessaire, quecesvérités universelles peuvent quelquefois paroilre avoir du rapport aux histoires du temps cl aux situations actuelles : mais ce ne sont jamais que des rapports généraux, indépendans de toute application particulière : il falloil bien (jue les fictions destinées à former l'eniancedu jeune prince, renfern;assf ni des préceples pour tous les momens de sa vie.

Celle convenancedes moralités générales à toutes sortes de circonslances, fait admirer la fécondiié, la

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