‹ Œuvres complètes de Fénelon, archeveque de Cambrai. Précédées de son histoire littéraireChapitre 21 sur 271 · X* JOUR · texte numérisé non relu

X* JOUR

SUR IF. BON ISaGE DES CROIX.

Cfiix qui sont à Jésus-Christ ont crucifié leur ciiair avec leurs vices et leurs convoitises. Galat. v. 17.

I . Plus nous craignons les croix, plus il faut Cduclure que nous en avons besoin. Ne nous abattons pas, lorsque la main de Dieu nous en impose de pesantes. Nous devons juger de la grandeur de nos maux par la violence des remèdes que le médecin spirituel y applique. Il faut que nous soyons bien misérables . et que Dieu soit bien miséricordieux, puisque, malgré la difticulté de notre conversion , il daigne s'appliquer à nous guérir. Tirons de nos croix mêmes une source d'amour, de consolation et de contiance , disant avec l'Apôtre*: Nos peines, qui sont si courtes et si légères, n'ont point de proportion avec ce poids infini de gloire qui en doit être la récompense. Heureux ceux qui pleurent, et qui sèment en versant des larmes, puisqu'ils recueilleront avec une joie ineffable la moisson d'une vie et d'une félicité éternelle !

II. y^ mis attaché ô la croixavec Jésus-Christ. disoit saint Paul '. C'est avec le Sauveur que nous sommes attachés à la croix, et c'est lui qui nous y attache par sa grâce. C'est à cause de

• Ps CNLii. 10. — â 11 Cor. lY. 17. — 3 Gai. n. lii.

Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur. S. Matth. XI. 29.

I. 0 Jésus , c'est vous qui me donnez cette leçon de douceur et d'humilité. Tout autre qui Aoudroit me l'apprendre merévolteroit. Je trouverois partout de l'imperfection, et mon orgueil ne manqueroit pas de s'en prévaloir. Il faut donc que ce soit vous-même qui m'instruisiez. Mais que vois-je , ô mon cher Maître ? vous daignez m'iustruire par votre exemple. Quelle autorité! je n'ai qu'à me taire, qu'à adorer, qu'à me confondre , qu'à imiter. Quoi ! le Fils de Dieu descend du ciel sur la terre, prend un corps de boue, expire sur une croix pour me faire rougir de mon orgueil ! Celui qui est tout, s'anéantit ; et moi, qui ne suis rien, je veux être, ou du moins je veux qu'on me croie tout ce que je ne suis pas! 0 mensonge ! ô folie ! ô impudente vanité ! ô diabolique présomption! Seigneur, vous ne me dites point : Soyez doux et humble ; mais vous dites que vous êtes doux et humble. C'est assez de savoir que vous l'êtes, pour conclure, sur un tel exemple, que nous devons l'être. Qui osera s'en dispenser après vous ? Sera-ce le pécheur, qui a mérité tant de fois par son ingratitude d'être foudroyé par votre justice ?

II. Mon Dieu , vous êtes ensemble doux et humble, parce que l'humilité est la source de la véritable douceur. L'orgueil est toujours hautain , impatient, prêta s'aigrir. Celui qui se méprise de bonne foi veut bien être méprisé. Celui qui croit ([ue rien ne lui est dii ne se croit jamais

MANUEL DE PIÈTÈ.

maltraité. Il n'yapoinl (U'clouoeurvéritaltlenuMit \«'rlueuse par tt-iii[>i'raiiu'iil : ce n'est que iiiullesse. iiulnlemeou arlilice. Pour iMre doux aux autres, il faut reuoiuer à soi-inènie. Vous ajoutez, ù mon Sauveur , doux et humble deciviir. Ce n'est |)asuu aluiissement (jui ne soit (juedans l'esprit |>ar réilexion ; c'est un goût de cceur : c'est un abaissement auquel la volonté consent , et qu'elle aime [tour glorilier Dieu ; c'est une destruction de toute conllance en son propre esprit et en son courage naturel . alin de ne devoir sa guérison qu'à Dieu seul. Voir sa misère et en ^tre au désespoir, ce n'est |)asèlre humble ; c'est au contraire un dépit d'orgueil, qui est pire que l'orgueil même.

prochain, vous imaginez-vous être parfait? Que vniis serie/.étonué. si tousi:eu\ à (|ui vous pesez venoienl tout à coup s'a[)esautir sur vous ! Mais (piand vous trouveriez votre justitication sur la terre. Dieu, qui sait tout, etcjui atant de choses à vous reproclier. ne peut-il pas d'un seul mot vous rouftiudre et vous arrêter? 1^1 ne vous vientil jamai^; dans l'espi-it de craindre qu'il ne vous demande pourquoi vous n'exercez pas envers votre frèi'e un peu de celte miséricorde, que lui, qui est votre maître , exerce si abondamment envers vous ?

WW .KiLH.

\ll' JOLH.

SIR LES bKFAlTS II AUTRII.

SIK l-'lMylE NÉCESSAIRE.

Vous VOUS! empressez . et vous vous troublez de beaucoup de clioses; une seule est nécessaire. S. Luc. x, 41 ef 42.

Portez les fanleaux les uns des autres ; c'est ainsi que vous acroniplirez la loi de Jésus-Christ. Ep. aux Cwolal. VI. ■ii.

l. La charité ne va pas jusqu'à demander de nous que nous ne voyions jamais les défauts d'aulrui : il faudroit nous crever les yeux : mais elle demande ijue nous évitions d'y èlreatlentifs volontairement sans nécessité , et que nous ne soyons pas aveugles sur le bon, pendant que nous sommes si éclairéssurlemauvais. Il faultoujours noussouvenirde ce que Dieu peut faire, de moment à autre, de la plus vile et de la plus indigne créature : rappeler les sujets que nous avons de nous mépriser nous-mêmes ; et enlin considérer que la charité embrasse même ce qu'il y a de plus bas. parce qu'elle voit précisément, [)ar la vue de Dieu, que le mépris qu'on a pour les autres a quehpie cho.se de dur et de hautain qui éteint l'esprit de Jésus-Christ. La grâce ne s'aveugle pas sur ce qui est méprisable ; mais elle le supporte, pour entrer dans les secrets desseins de Dieu. Elle ne se laisse aller, ni aux dégoûts dédaigneux, ni aux impatiences naturelles. Nulle corruption ne l'étonné : nulle iin[)uissance n<' la rebute, pai'cecju'elle necom|)!equ('sur Dieu, et qu'elle ne voitpartout, horsdelui. tpn- néant et que péché.

IL De ce que les autres sont foibles, est-ce une bonne raison pour garder moins de mesures avec eux ? Vous, qui vous plaignez qu'on vous fait souiVrir, croyez-vous ne faire soulfrir personne ? Vous, qui êtes si cho(jué des défauts du

KtNELON. TOME VI.

L Nous croyons avoir mille affaires, et nous n'en avons qu'une. Si celle-là se fait, toutes les autres se trouveront faites; si elle manque, toutes les autres, quelque succès qu'elles semblent avoir, tomberont en ruine. Pourquoi donc partager tant son co'ur et ses soins? 0 unique affaire que j'aie sur la terre! vous aurez désormais mon unique attention. 0 rayon de la lumière de Dieu 1 je ferai à chaque moment sans inquiétude , selon les forces de mon corps , ce que la Providence me mettra en chemin de faire, .rabamlonnerai le i-csle sans douleur, pai-cc que le reste n'est pas mon œuvre.

II. Père céleste, j'ai ac/ieré l'ouvrage que vous m'aviez donné ù faire ', Chaïun de nous doit se mettre en étal d'eu dire autant au jour où il faudra rendre conqile. Je dois regarder ce qui se présente à faire chaque jour selon l'ordre de Dieu . comme l'ouvrage dont Dieu me charge , et m'y appliquer d'une manière digne de Dieu , c'est-à-dire avec exactitude et avec paix. Je ne négligerai l'ien , je ne me passionnerai sur rien : car il est dangereux, ou de faire Pieuvre de Dieu a\ec négligence , ou de .se l'appi'oprier |iai" amour-propre et par un faux zèle. /Mors on fait ses actions par son esprit |>articulier : on les fait mal ; on se piijue . on s'échaulVe , on veut réussir. La gloire de Dieu est le j)rétexte qui cache l'illusion. L'amiiur-|)ropre déguisé en zèle se contriste et se dépite s'il ne peut réussir. U Dieu, donnez-moi la grâce d'être fidèle dans

' Joill. \M1. \.

MANUEL DR PIÉTÉ

l'action, cl indiffiMrnt dans le snccès. Mon uni- tenir pivl pourlc dernier moment, c'est de bien que all'au-eesl de \ouloir votre volonté, et de me emplover tous lesautres^ et d'attendre toujours recueillir en vous , au milieu même de ce que celui-là. je tais : la vôtre est de donner à mes foibles efforts tel fruit qu'il vous plaira: aucun , si vous

ne voulez.

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