‹ Œuvres complètes de Fénelon, archeveque de Cambrai. Précédées de son histoire littéraireChapitre 231 sur 271 · SUR L'ENFANCE CHRÉTIENNE · texte numérisé non relu

SUR L'ENFANCE CHRÉTIENNE

Adieu vaine prudence , Je ne te dois plus rien; Une heureuse ignorance

Est ma science ; Jésus et son enfance

Est tout mon bien.

Jeune , j'étois trop sage , Et voulois tout savoir ; Je n'ai plus en partage

Que badinage , Et touche au dernier âge

Sans rien prévoir.

Au gré de ma folie Je vais sans savoir où :

Tais-toi, philosophie; Que tu m'ennuie !

Les savans je défie , Heureux les fous !

Quel malheur d'être sage , Et conserver ce moi , Maître dur et sauvage ,

Trompeur volage !

0 le rude esclavage

Que d'être à soi !

Loin de toute espérance , Je vis en pleine paix; Je n'ai ni confiance,

Ni défiance ; Mais l'intime assurance

Ne meurt jamais.

Amour, toi seul peux dire Par quel puissant moyen Tu fais, sous ton empire,

Ce doux martyre Où toujours l'on soupire

Sans vouloir rien.

Amour pur, on t'ignore ; Un rien te peut ternir :

Le Dieu jaloux abhorre

Que je l'adore , Si , m' offrant, j'ose encore

Me retenir.

0 Dieu ! ta foi m'appelle.

Et je marche à tâtons ; Elle aveugle mon zèle.

Je n'entends qu'elle; Dans ta nuit éternelle

Perds ma raison.

Content dans cet abîme , Où l'amour m'a jeté , Je n'en vois plus la cime,

Et Dieu m'opprime; Mais je suis la victime

De vérité.

* Le P. (le Qucrbeal', en eilaiit , dans la T'ie de Fénehm (page 7A9), les deux iirciiiiércs strophes de ccHe Ode, l'ail les réflexions siiivaiilrs, i|u'il ne sera peul-èhe pas inutile de Iran^erire : « Un historien, bel-esprit, mais peu exact (Voltaire), » a voulu cepi'ndant faire mourir Fihielon en philosophe qui se » livre aveuijli'mcnl a sadeslinée, sans crainte ni espérance. » Il cite en preuve nueliiues vers qu'il prétend que M. de Cam- » brai répéta dans les derni('rs jours de sa maladie ; mais il n'a » garde de faire observer que ces veis sont tirés d'un cantique » de M. de Fénelon sur cette simplicité d'une enfance sainte » et ili\ine, qui renonce à la prudence humaine et aux inquié- » tudes de l'avenii-, pour s'abandonner , sans toutes ces pré- » voyances inutiles, et souvent nuisibles, a la confiance dans la » miséricorde de Dieu et dans les mérites de Jésus-Christ. »

Etat qu'on ne peut peindre; Ne plus rien désirer.

Vivre sans se contraindre

Et sans se plaindre , Enfin ne pouvoir craindre

De s'égarer.

Poésies.

CONTRE l.A IMir DENTE HIMAINE.

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