L'ODYSSÉE. PRÉCIS DU LIVRE IV
vaux , que le grand l lyssp. Aous n'avons de lui aucune nouvelle , cl nous ne savons s'il esl envie ou s'il esl mon.
Ces paroles ploDgèrenl Télémaque diiis une vive douleur ; le nom lie son père (il eouki de ses yeux un loirent de larujcs ; el, pour les eaelier, il se couvrit le visaL;e de son nianifau de pourpre. iMcnélas s'en aper(,'ul ; el pomianl (|u"il ilrlibcroil sur les soupt^'ons ([u'il avoiuiue c'cloil le (ils dl lysse , Hélène sort de son niai;ni(i(i'ue apparicnieiil ; elle éloit semblable a la belle Diane ,d(iil les ileelies sonl si sûres el si brillanlis. Llle ar rive dans la salle, considère Telemaque ; puis adressant la parole a Menelas: Savons-nous, lui dil-elle . qui sonl ses étrangers (jui ncuis ont l'ail l'honneur de venir dans noire palais ? Je ne puis vous cacher ma conjecture : quelle parfaite ressemblance avec Ulysse IJ'en suis dans rt-ionnemeniel l'admiration; c'est sùrenieiii son (i!s. Ce giand homme le laissa encore enlanl (juand vous partîtes avec tous les Grecs, el (|ue vous allâtes faire une guerre cruelle aux Troyens pour moi malheureuse (jui ne mèrilois que vos mépris. J'avois la même pensée, répondit Menelas ; voilà le port el la taille d'I'lysse ; voilà ses yeux, sa belle léle.
Alors Pisistrateptenanlla parole : (Jrand Alride, lui dil-il, vousne vous èles pas trompé ; vous voyez devant vos yeux le (ils d'ilysse , le sage, le modeste, le malheureux Té!éma(iue. Nesior, qui est mon père, m'a envoyé avec lui pour le conduire chez vous, car il souhaitoil ardemment de vous voir pour vous deu)ander vos conseils.
O dieux ! s'écria ÎMénélas, j'ai donc le plaisir de voir dans mon palais le (ils d"un homme (pii a donné tant de conibats pour l'amour de moi ! Il s'étendit ensuite sur son amitié pour tlysse, sur les éloges que méritoient son courage el sa prudence.
Tous se mirent à pleurer, et la belle Hélène surtout. Ce|)endant, pour tarir ou suspendre la source de tant de larmes, elle s'avisa de mêler dans le vin qu'on servoit à table, une poudre qui calmoit les chagrins et faisoii oublier tous les maux. Après cette précaution elle se mita raconter plusieurs des entreprises d'Ulysse pendant le siège de Troie, IMénélas enchérit sur Hélène , et donna à ce héros les plus grandis louanges.
Le sage Télémaque répondit à Métiélas : Filsd'At;ée, tout ce que vousventz dédire ne fait qu'augmenter mon aflliction ; mais permettez que nous allions cherclier dans un doux sommeil le soulagement à nos chagrins el à nos intiuietudes.
La divine Hélène ordonne aiîssitôl à ses femmes de dresser des lits sous un porliciue; elles obéissent, et un héraul y conduit les deux étrangers.
L'aurore n'eût pas plus lot annoncé le jour, que JMénélas se leva et se rendit à l'apparteiiicnl de Télémaque. Assis près de son lit, il lui p.<rla ainsi : Généreux (ils d Ulysse , quelle pressante adaire vous amène a Lacédemone, et vous a fait afiVouter les dangers delà mer ?
Grand roi, que Jupiter honore d'une proleclion spéciale, je suis venu dans votre palais, répondit Télémaque, pour voir si vous pouviez me donner quelque lumière sur la destinée de mon père. Ma maison périt, tous mes biens se consument, mon palais esl plein d'ennemis ; les fiers pnursuivans de ma mère égorgent cotitinuelleincui mes irou-
pea\ix.et ils me iraitenl avec la dernière insolence. O dieux! s'écria iMenélas, se peui-il (jne des hommes si lâches pretendciit s'emparer de la couche d'un si grand homme ! Grand Jujjiler, el vous, IMinerve el Apollon, laites (piUlysse tombe toulà-coup sur ces insolens! IMénélas raconte ensuite ses propies aventures ; combien il avoit été relenu en l.gyple ; connnent il en sortit après avoir consulté Prolecî ; h s ruses de ce dieu marin pour lui échapper ; comment il se changea d'abord en lion éiu)rme, ensuite en diagon horrible, puis en léopaid, en sanglier, en lleuve, el eu un grand arbre. A tous ces chaugemens nous le serrions encore davantage, sans uousé|)ouvanter, dit Méntlas, jusfju'à ce ((u'enlin , las de ses arti(ii.es , il reprit sa première forme, et répondit à mes questions. Qu'il m'apprit de tristes évenemens ! Frai)pé de tout ce qu'il me raconloit, je me jetai sur le sable , que je baignai de mes larmes. Le temps esl précieux , me dit alors l'rolée, ne le perd(;z pas ; cessez de pleurer inulilemeni. Etant donc revenu à moi, je lui demamiai encore ce qu'éloit devenu votre père ; il me repondit; Ulysse esl dans l'île de Calypso, (|ui le retient malgré lui, et qui le prive de tous les moyens de retourner dans sa pairie ; car il n'a ni vaisseaux ni rameurs qui puissent le conduire sur les flots de la vaste mer.
Voilà tout ce (pie je puis vous apprendre, ajouta Ménélas : mais, cher Télémaque, detneurez encore chez nuji quelque temps; dans dix ou douze jours je vous renverrai avec des présens, je vous donnerai trois de mes meilleurs chevaux et un beau char : j'ajouterai à cela une belle coupe d'or, (lui vous servira à faire des libations el à vous rappeler le nom el l'amilie de Ménélas.
Fils d'Airée. répliqua Télémaque, ne me retenez pas ici plus long-teuips ; les compagnons que j'ai laissés à Pylos s'affligent de mon absence. Pour ce qui esl des présens que vous voulez me faire , situlî'rez, je vous en supplie, que je ne reçoive qu'un simple souvenir.
Ménélas, l'entendant parler ainsi, se mit à sourire, et lui dil, en l'embrassant: Mon cher (ils, par lous vos discours vous faites bien sentir la noblesse du sang doni vous sortez. Je changerai donc mes ()résens, car cela m'est très-facile ; el, parmi les choses rares que je garde dans mon palais , je choisirai la plus belle el la plus précieuse; je vous donnerai une urne admirablement bien travaillée; elle esl toute d'argent , et ses bords sont d'un or très-lin : c'esl un ouvrage de Vulcain même.
C'est ainsi que s'enlretenoient ces deux princes. (;e|)endant les désordres couiinuent dans Ithaque. Les poursuivans, inslruiis du départ de Telema(|ue, (ju'ils avoienl d'abord regardé comme une menace vaine, en paroissenl inquiets, el, par le conseil d'Anlinoiis , ils s'assemblent et forment le projet d'armer un vaisseau, el d'aller altemire le (ils d'Ulysse en enibuscaile , pour le sur|)rendre el le faire pT-rir à son retour.
Pénélope, apprenant en même temps el le voyage de Télémaque el le comploi (pi'on venoil de tramer contre lui, sft livre à sa douleur et tombe évanouie. Ses femmes la relèvent, la font revenir, l'engagent à se coucher, et Minerve lui envole un songe qui h calme et la console.
Ses fiers poursuivans profilent des ténèbres de
î.'OnVSSKF. l.IVHI' V.
la nuit pour s'eiiibartjuer secrt-lonitiil : ils parU'ul, ils v(»nu»'ul sur la pl.iiiu" liqiiitl»', ils clierclitiil nu lion |ii(i|irt' ;1 t\cciiUT leurs noirs ili-ss. lus. Il y a au militii île la nii'r, ciilrt' liliai|ut' i-l Sinms, une île qu'on iiomnie Asleris ; elle «'>l lonle remplie 'le rochers, mais elle a de lions ports onveris »les lieux rotes: ee fut là que les piinees jjre'S se placéreul pour ilrcsser des enilnh lies à Telémaiine.
L'AiRORF. cepondant niiilta lo lit de 'l'illmii |i()iir |iiirU>r aii\ lioniiiies la hiiiiièrc du jour, l.os dieux s'asseinbli'iit. .Iiijiilfr . i)ui du haut dos cieux lance lo lunnorrc , cl duut la l'oi'ce est iiilinic , pivsiddil à leur cuusoil. Minerve, oocn[)ée des niallieiii's d'Ulysse , leur rapiiela en ces lorines toutes les peines que soudVoit ce liéros darjs la grotte detlalypso : Jupiter , et vous, dieux à qui appaitit^nt le honlieur de riinuiiiitalité , que les rois renoncent désormais à la vertu et à riiuriianité , qu'ils soient cruels et sacrilèges, puisque L'Iysse est oublié de vous et de ses sujets , lui qui gouvernoit en y)ère les peuples dont il étoit rni. Hélas! il est maintenant accablé d'emniis et de peines dans l'ile de Calypso : elle le retient malgré lui; il ne peut retourner dans sa patrie : il n'a ni vaisseaux ni pilotes pour le conduire sur la vaste mer : et ses ennemis veulent faire périr son lils unicjue à son retour à Ithaque ; car il est allé à l'ylos et à Sparte pom* apprendre des nouvelles de son père.
Ma lille , lui répoud le roi des cieux , que venez-vous de dire? N'ave/.-vous pas pris des mesures pour qu'Ulysse. île retour dans ses Etats, punisse et se venge des amans de Pénélope? (Conduisez Télémaque , car vous en avez le pouvoir; qu'il revienne à Ithaque couvert «le gloire; et que ses ennemis soient conlnndiis dans leurs entrefirises.
Ainsi parla Jupiter : puis s'adressant à Mercure, il lui dit : Allez. Mercure , car c'est vous dont la principale fonction est de porter mes onlres ; allez dé-clarer mes intenlinns à Calypso ; pt.'rsuadcz-lui de laisser partir I lysse: (|n'ii s'embanjue seul sur un l'rèle vaisseau , et (jue , s;uis le secours des Intinmes et di's dieux, il arri\o après des peines inlînies , et aborde le \ingtième jour dans la feitile Schérie. terre des Phéaciens , dont le bonheur apjiroche de celui des iiniiioriels mêmes, (>es peuples humains et bienlaisans le rece* lont comme un dieu , le ramèneront dans ses Étals, après lui
avoir diiiiiie de l'aitain , de l'or^ de magnifiques habits . el jiliis de richesses (pi'il n'en eût apporté de Troie . s'il l'ùl re\«'nu chez bii sans accidens el a\ec tout le butin qu'il avoit chargé sur ses Naisseaiix : car le tenqis marqué par le destin est venu , et Ulysse ne lardera pas à re- \oir si's amis, son palais et ses Kluls.
Il dit , et Mercui-e . pour obéir à cet ordre , attache à ses pieds ces ailes avec lesipielles, plus vite que les vents, il tra\erse les mers et loule l'étendue de la terre : il prend son caducée dont il assou|iit el réveille les hommes; le tenant à la iiiaiii il s'élè\e dans les airs, parcourt la IMérie , s'abat sim" la mer, vole sur la surface des Ilots aussi l(''gèrement (jue cet oiseau qui, l^èchant dans les golfes, mouille ses ailes épaisses dans l'onde : ainsi Mercureéloit p(;nché sur la surface de l'eau. Mais dès iju'il fut j)roche de I ile reculée de Calypso, s'éle\aut au-dessus des Ilots, il gagne le rivage, et s'avance vers la grotte où la nynqjhe faisoil son s«'jour. A l'entrée il y a\oit de grands brasiers, et les cèdres qu'on y avoit brûlés répandoient leur parfum dans toute l'île. Calypso , assise an fond de sa grotte, ti-a\ailloit avec ime aiguille d'or à un ouvrage adinirabb; . et faisoit retentir les airs de ses chants di\ins. On voyoit.d'un côté , un bois d'aunes , de peupliers et de cyprès, où mille oiseaux de mer avoient leurs retraites ; de l'autre , c'ctoit une jeune vigne ipii étendoit ses branches chargées de raisins. <Jualre grandes fontaines , d'inie eau claire et pure , conloient sur le devant de cette denieure, et formoient ensuite quatre grands canaux autour des |)rairies parsemées d'amaranthes et de violettes. Mercure , tout dieu cpi'il étoit, fut surpris et charmé à la vue de tant d'objets simples et ravissiins. H s'arrêta |»our contempler ces merveilles , puis il entra dans la grotle. Mes (|iie Calypso l'aperçut , elle le recoinmt; car un dieu n'est jamais inconnu à un autre dieu , (pielqiie éloigii/'c «jue soit leur demeure. Il n'y trouva point Ulys>e ; retiré sur le rivage , ce héros y alloit d'ordinaire dé|»lorer son sort , la IrisUîsse dans le co-m* , et la vue toujours attach«'*e sur la vaste mer ipii s'opposoit à son retour.
Calypso se lè\e, \a au-de\anl de Mercure , le fait asseoir sur un siège magmli(|u»' , el lui alresst* ces paroles . Hiii \ous amené ici , Meiciire'.' Je vous chéiis el vous respecte; mais je ne suis point accoutumée ù vos di\ins niess.-igcs. hiles ce <|ue \otis désiri'Z , je suis préh' à l'exéciiler,si ce «jne vous demand(*z est en mon pouNoir. Mais ne pcrmcllrez-vous pas qu'aupa-
t;odyssi::e. livre y
lavaut je remplisse les devoirs de riiospilalik'? r.cpemlant elle met devant lui une table , qu'elle couvre d'ambrosie , el lui présente une coupe remplie de neclar. Mercure prend de celle nourriture iuuuorlelle . el lui parle ensuite en ces termes : Dôessc , vous me demandez ce que je viens vous annoncer ; je vous le dirai sans déguisement , puisque vous me l'ordonncz vous-même. Jupiter m'a envoyé dans voire île malgré moi ; car qui prcndroil jdaisir à parcourir une si \aslc mer pour venir dans un désert où il n'y a aucune ville , aucun li(Uuino qui puisse l'aire des sacrilices aux dieux , et leur oflVir des liécatoudxs? iMais nul mortel, nul dieu ne peut désobéir impunément au grand lils de Saturne, (icdieu sait que vous relenez dans votre île le [)lus maliicureux des liéros (]ui ont combattu neuf ans contre Troie , el qui , l'ayant prise la dixième année, s'embarquèrent pour retourner dans leur patrie.
Ils olVensèrent Pallas, qui souleva contre eux les vents et les llols ; presque tous ont péri : la tempête jeta l'iyssc sur ces rivages. Jupiter vous commande de le renvoyer au plus tôt , car sa destinée n'est pas de mourir loin de ce qu'il aime : il doit revoir sa clière patrie , el le temps marqué par les dieux est arrivé.
Calypso frémit de douleur el de dépit à ces paroles de Mercure , el s'écria : Dieux de l'Olympe , dieux injustes et jaloux du bonheur des déesses qui habitent la terre , vous ne pouvez soufl'rir qu'elles aiment les mortels, ni qu'elles s'unissent à eux ! Ainsi , lorsque l'Aurore aima le jeune Orion , votre colère ne fut apaisée qu'après que Diane l'eut percé de ses traits dans l'île d'Ortygie. Ainsi , quand Cérès céda à sa passion pour le sage Jasion, Jupiter, qui ne l'ignora pas , écrasa de son tonnerre ce malheureux prince. Ainsi , ô dieux , m'enviez-vous maintenant la compagnie d'un héros que j'ai sauvé, lorsque seul il abandonna son vaisseau brisé parla foudre au milieu de la mer. Tous ses compagnons périrent; le \enl et les flots le portèrent sur celte rive : je l'aimois, je le nourrissois; je voulois le rendre immortel. Mais Jupiter sera obéi. Qu'Ulysse s'expose donc de nouveau aux périls d'où je l'ai tiré , puisque le ciel l'ordonne. Mais je n'ai ni vaisseau ni rameur à lui fournir pour le conduire. Tout ce que je puis faire , c'est , s'il veut me quitter, de lui donner les conseils dont il a besoin pour arriver heureusement à Ithaque. Reiivoyez ce prince , répliqua le messager des dieux , et prévenez par votre soumission la colère de Jupiter : vous savez combien elle est funeste.
Il (lit . et prend aussitôt son vol vers l'Olympe. Eu même temps , la belle nymphe , pour exécuter r(>r(h'e du maître des dieux , sort de sa grotte et va chercher Ulysse. H étoil sur h. boi'd de la mer; ses yeux ne se séchoient [)oinl; le jour, il l'euqdoyoil à soujjirer après son retour, qu'il ne pouvoil faire agréer à la déesse ; les nuits , il les passoit malgré lui dans la grotte de Ca'ypso. Mais , depuis le lever du soleil jusqu'à son coucher, il regardoit sans cesse la mer , assis sur «jnelque rocher qu'il inondoit de ses larmes, cl ({u'il faisoil retentir de ses gémisse m en s.
Calyj)so l'aborde et lui dit : Malheureux prince , ne vous affligez plus sur ce rivage; ne vous consumez plus en regrets; je consens enlin à votre départ. Préparez - vous , coupez des arbres dans celte foi'èt voisine ; construisez-en ini vaisseau , afin qu'il vous porte sur les flots ; j'y mettrai des provisions pour vous garantir de la faim ; je vous donnerai des habits , et je ferai souffler un veut favorable. Eniïn , s'ils l'ont résolu , ces dieux , ces dieux dont les lumières sont bien au-dessus des miennes , lu reverras ta patrie , et je ne m'y oppose plus.
0 déesse , répondit Ulysse étonné el consterné de ce changement , vous cachez d'autres vues, et ce n'est pas mou départ que vous méditez , quand vous voulez que sur un vaisseau frêle et fait à la hâte je m'expose sur cette vaste mer. A peine , avec les meilleurs vents , de grands et forts navires pourroient-ils la traverser. Je ne partirai donc pas , malgré vous ; je ne puis m'y déterminer , à moins que vous ne me promettiez , par des sermens redoutables aux dieux mêmes , que vous ne foiniez aucun mauvais dessein contre moi.
Calypso sourit; elle le flalla de la main, l'appela par son nom , et lui dit : Votre prévoyance est trop inquiète ; quel discours vous venez de me tenir! J'en appelle à témoin le ciel , la terre , et les eaux du Styx par lesquelles les dieux mêmes redoutent de jurer ; non , je ne forme aucun mauvais dessein contre vous, et je vous donne les conseils que je me donnerois à moi-même si j'étois à voli'O place : j'ai de léquilé, cher Ulysse, et mon cœur n'est poit;t un creur de fer; il n'est que trop sensible , que Irop ouvert à la compassion.
Après avoir ainsi parlé , la déesse retourne dans sa demeure : Ulysse la suit ; il entre avec elle dans sa grotte , et se place sur le siège que Mercure venoit de quitter. La nymphe lui fait servir les mets dont tous les hommes se nourrissent ; elle s'asseoit auprès de lui , et ses feni-
i;odyssi':e. i.ivki: v.
JDCS lui jtortoiil ilu lU'tlar cl de r;iinliiii>ir. Uiiand leur n-pas l'ut liui , Calypxi, pivuanl la parole , dit à ce priuce : llluslie lils de I.aëi le. sa'.'o et jirudeiit llysse, c'en est doue l'ail; vous allez uie (|uiltcr; vous \<iule/. relt-urner dans \(iliv pallie : (juelle «liwel»'- 1 (juelle iu^'iatilude ! N'iuipoiie, je vt)us souhaite toute sorte de bonheur. Ah! si vous saviez ee (|ui vous attend de traverses et de niau\ avant (|ue d'ahor- <ler à lllia(|ue, vous en iVéniiriez ; vous prendriez le jiarti de deineiucr dans mon ile ; \ous aecepleriez l'iuunortalité (jue je Vdus oIVre ; vous imposeriez silence à ce désir innnodéré de revoir votre Pénélope, après laquelle vous soupirez joiu- et nuit. Lui serois-je donc intérieure en esprit et en heauté".' lue nmrtelK' [loiuioitelle leniptirler sur nue déesse?
Ma tendre compagne ne vou> dispute aucun de vos avantages . grande nymphe : elle est en tout bien au-dessous de vous, car elle n'est qu'une simple mortelle. Mais souIVrez (jue je le répèle, et ne vous en tachez pas: je brûle du désir de la revoir : je soupiri' sans cesse après mon retour. Si quelque divinité me traverse et me persécute dans mon trajet , je le supporterai; ma patience a déjà été bien éprouvée : ce seront de nouveaux malheurs ajoutés à tous ceux que j ai endurés siu" l'onde et dans la guerre.
Il j)arla ainsi ; le soleil se coucha ; d'éj)aisses ténèbres couvrirent la terre, (^.alyprso et Ulysse se retirèrent au l'oml de leurs grottes, ils allèrent oublier pour quehiue temps leurs chagrins et leurs inquiétudes dans les bras du sommeil.
Dès que l'aurore vint dorer l'horizon , L lysse prit su tuni(|ue et son manteau : la nymphe se couvrit d'une robe d'une blancheur éblouissante, cl d'une liuesse , d'une beauté merveilleuse ; c'étnit l'ouvrage des (inkes : elle la ceignit dune ceinture d'or, mit un voile sur sa tête , cl songea à ce qui éloit iiéce>>aire pour le départ d'Ulysse.
Elle commença |)ar lui donner une hache grande, facile à manier, rbjut l'ai-ier , à deux lianchans, étoil attaché à un manche d'olivier bii-n poli; elle y ajouta nno scie toute neuve, et le conduisit à l'extrémité de l'ile. dans une forêt de grands chênes et de beauv peupliers , tous bois légers , el propres à la construction des vaisseaux. Quand elle lui eut montré les plus grands el b-s ineilleuis , elb; se retira et s'en retourna dans s;» grotte, llysse se met à l'tiuvrage; il coupe , il taille, il scie avec l'ardeur et la joie (|nc lui dciiiioit l'espérance d'un prompt retour.
Il abattit vingt arbres eu tout, les éhrancha avec sa hache , les polit el li'S dressa. (!e|iendant l.i nvnqihe lui porta un instrument dont il lit usage pour les j)ercer et les a>s«'nibler; il les eiidtiiile ensuite, bs joint et Ils allermit avec di's clous el lies chevilles ; il donne à son vaisseau la longueur, la largein-, la tournure , le.< proportions cpie l'artisan le plus habile dans cet art diflicile anroil pu lui donu(;r : il dresse des bauis poui' les rameurs, fait des rames, élève un mal, taille un gouvernail, (piil couvre d«' morc»'anv de clièue pour le fortilier contre l'inqjétuosité des vagues, (ialvpso revient encore , faisant porter de la toile pour faire des voiles, l lysse y travaille avec beaucoup de soin et de succès; il les étend, les attache avec des cordages dans son vaisseau , cjuil pousse à la mer par de longues [lièces de bois, (iet ouvrage fut lini en (juatre jours; le cintjuièmc , (Ialy()SO le renvoya de son ile , a|)rès lui avoir fait prenilrelc bain : elle lui lit présent d'habits magniliques et bien parfumés , chargea M)n vaisseau de vin , d'eau , de vivres et de toutes les provisions dont il ponvoil avoir besoin , et lui envova nu venl favorable. Ulysse, transporté de joie , étendit ses vodcs , et prenant son gouvernail , se met à conduire son vaisseau. Le sonnneil ne ferme jjoinl ses paupières; el, le» yeux toujours ouverts, il conletnploil altentivement les riéiades , le liouvier qui se couche si lard , la grande Ourse , qu'on appelle aussi le Chariot , et qui tourne toujours sur son pôle : il lixoil surtout l'Ôriou , (pii est la seule constellation qui ne se baigne pas dans l'Océan , et làiliuit de marcher constamment à sa gauche, connue le lui avoit recommandé Oatypso.
Il vogua ainsi [)endant dix-sept jours : le dix-huitième il découvrit les montagnes des lMi«''aciens , (|ui se penloient datis les nuages. Céloil son chemin le |dns court, et celte terre s'udiloit s'élevi'r comme ini promontoire au milieu des Ilots.
Neptune, cpii reveuoil d Kthiopie , du haut des monts de Solynie aperçut l lyss«' dans son einpire. Irrité de le voir voguer heureusement, il branle la tète, et exhale s;i fureur <'n ces termes: Hue vois-jel les dieux ont-ils changé pMiilanl mon séjour en Kthiopie? sont-ils enlin d. 'venus favorables ù Ulysse? Il louche à la terre des IMiéaciens , et c'est là le terme des malheurs (|ni le |)oursuivent ; mais, avant qu'il v aborde , je jure (pj'il sera aciablé de donleiu's el de misères.
AussiltM il asseudde les images, il trouble la mer , et de son trident il excite les lenqKMes.
r.Tfi