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LoHsoiE l'aurore parut , •\lcin(Jiis el l lysse se levèrent, el tous deux ils sortirent pour se rendre au lieu do l'assondjlée qu'on devoit tenir do\ant los vaisseaux. Huand ils y furent arrivés avec los l'béaciens . on s'assit sm* des sièges do pierre bien polie.
•Minerve prit alors la figure d'un des bérants d'Alcinous ; ollo alla jtar la vilbî, el , pour disposer lo retour d'Ilysso, s'api>rocbanl dos principaux l'béaciens, elle leur dis(jil : !làlez-\ous, venez au conseil , éi"oulez-y los piièros de c«'l étranger qui arriva bier au palais du Uoi ; il a long-temps erré sur les Ilots de la mer , el je
trouNo (juil ro.vsomblo aux immortels. F'ar ces paroles , .Miner\o les excite et leur inspire de la diligonce el de l'intérêt. La plai'e el les sièges sont bionlAl remplis : l(»ut le moudo regarde avoi" étonuemeiil le prudent lilsdo Laërti'. Pallas lui a\oitdo!mè une grâce toute di\ino . elle le t'aisfiit paroîlre [dus grand et plus tort, alin que par sa taille l'I par son air il attirât l'estime et rallentiou d<'s IMiéaciens, et pour (ju'il réussit dans los jeux militaires (ju'on devoit lui j)roposer pour éprouver sa viguoiu* et son adresse.
Lorsque tout le nmiido fut placé, Alcinoiis prit la parole e! dit : l'^outez-moi , cbefs des l'béaciens : je ne coimois point cet étranger; j'ignore don il est venu, el si c'est de rorient on de l'occidenl ; il nous conjure de lui fournir les secours el les moyens de retourner dans sa patrie. Ne nous démoulons |»(iiut en lotto occasion : jamais nous n'avons fait soupirer longtemps a[)rès leur retour aucun de ceux qui ont abordé dans notre île. Qu'on mette donc en mer * un do nos meilleurs vaisseaux , et cboisissons promplemonl parmi le peuple cinciuanto-deux jeunes gens des plus liabilesà manier la rame ; qu'ils préparent tout, et qu'ils vieiuïent ensuite dans luon palais pour y manger et se disposer à partir : je fournirai toutes les provisions nécessaires.
Pour vous, qui êtes les plus considérables des Pliéaciens, venez m'aider à traiter bonorablemenl ce nouvel bote. Que personne ne s'en dispense , et qu'on appelle Démodocus , cet excellent musicien , (|ui a reçu du ciel une voix si mélodieuse, cl (jui cbarmo tous ceux (jui l'entendont. En linissaut ces mots, le Hoi se love el marcbe le [)romior; los autres le suivent. In béraut va prendre Démodocus. Les ciuiiuantedoux bonunes cboisis se rendent aussitôt sur le rivage , lancent à l'eau un excellent vaisseau, dressent le mal, y attacbeutdes voiles, rangoul los rames, el les lient avec des uti uds de cuir. Quand tout fut prêt , ils se rendirent au palais d' Alcinoiis. Les portiques, les cours , les salles furent bientôt remplis. Le Uoi lit égorger douze moulons , buil coclions et doux bu-ufs. Hn les dépouilla, et le festin fut promplomotit préparé. Le béraut aiiièiio Iléiu(jdocus : il étoit a\ouglo ; mais les Muses, (|ui le cbèrissoiout, lui a\oieul donné luie voix délicieuse. Ponlonoiis le place sur im siège d'argent , au milieu des couNiés , el il l'appuit; ctinlro tme coloinie élevée , à la- (|Uollo il attacbo >a l\re au-dessus de sa têlo , ou lui mniitrant coumionl il la pourroit prendre au bosr>iii. Il mot devant luiuuelablo, la couvre du viarules , et pose dessus une coupe remplie
L'ODYSSÉE. LIVRE YIIL
de vin, afin que Démodocus put ho'wr quand il voudroit. Les conviés profitent de la lionne clièie ; et quand ils furent rassasiés, les Muses inspirèrent à leur favori de ciianter les aventures et la gloire des héros les plus télèhres. Il eonnuenea par un événement (pii avoil uiérilé rallention des dieux mêmes : cesl la querelle fauieuse survenue entre Achille et Ulysse dans le festin d'un sacrifice sous le r^^npart de Troie. Ayauienmon paroissoit ravi que les chefs des Grecs fussent diviijés. Ap(dlon le lui avoit prédit, lorsque, prévoyant ks malheurs qui menacoient la Grèce et les Troyens , il se rendit dans le su[)erbe temple de Python, pour y consulter l'oracle.
Démodocus ravit de joie et d'admiration tous les assistans. Ulysse , attendri , prit son manteau, l'approcha de son visage, et se cacha pour que les Phéaciens ne le vissent pas répandre des larmes. Dès que Démodocus cessoit de chanter, Ulysse essuyoit ses yeux, se découvroit le visage, prenoit une coupe et faisoit des libations» aux dieux immortels. Mais lorsque les Phéaciens, charmés d'entendre ce chantre divin , le pressoieut de recommencer, Ulysse recommençoit aussi à répandre des larmes , et s'eflbrcoit de les cacher. Aucun des conviés ne le remarqua, à l'exception d'Alcinoiis, qui avoit fait asseoir son hôte à côté de lui. Les soupirs qui lui échappoieut l'avoient pénétré; et pour les faire cesser, s'adressant aux convives, il leur dit . Je crois , chers Phéaciens , que vous ne voulez plus manger, et que vous avez assez entendu de musique, qui est cependant l'accompagnement le plus agréable des festins. Sortons donc de table; montrons à cet étranger notre adresse dans les jeux et les exercices, afin que, de retour dans sa patrie, il puisse raconter à ses amis combien nous surpassons les autres nations dans les combats du ceste, à la lutte, à la course et à la danse.
Il se lève en même temps, il sort de son jialais : les Phéaciens le suivent. Pontonoiis suspend à une colonne la lyre de Démodocus, le prend par la main , le conduit hors de la salle du festin, et le mène par le chemin que tenoient les Phéaciens pour aller voir et admirer les exercices qu'on venoit d'annoncer. Ils arrivèrent dans une place immense, une foule innombrable de peuj)]e s'y étoit déjà rasseudjlée. Plusieurs jeunes gens alertes et très-bien faits se présentent pour disputer le prix.
G'étoient Acronée, Euryale, Élatrée, Nantes, Prumnès, Anchiale fils du constructeur Polynée, Cretmès, Pontés, Prorès, Thoon, Anabesinès, Ampbiale, semblable au dieu terrible de
la gucM'i'e , et Nauholide, qui , après le prince Laodanias , surpassoit tous les Phéaciens en force et en beauté. Les trois fils d'Alciiioiis se présentèrent aussi, Laodauias. llalius et le divin Clytonée. N'oilà ceux qui se levèrent pour la course. On leur désigna la carrière qu'il falloit parcourir. Ils partent tous en même tenq)S, ils volent , et font lever en courant des nuages de ])oussière (pu les dérobent [»resque aux yeux des spectateurs. IMais Clytonée , })lus agile qu'eux, les devance, et les laisse tout aussi loin derrière lui que de fortes mules traçant dessillons dans un champ, laissent derrière elles des bœufs pesans et tardifs.
Après la course, on vint aux [)énibles exercices de la lutte. Euryale obtint la palme. Ampbiale lit admirer à ses concurrens mêmes sa grâce et sa légèreté à la danse ; Élatrée remporta le prix du disque , et Laodamas celui du ceste.
Après ces premiers essais, Laodamas prit la parole et leur dit : iMes amis , demandons à cet étranger s'il ne s'est point appliqué à quelquesuns de nos exercices. Il est très-bien fait ; ses jambes, ses cuisses, ses mains, ses épaules mar- (juent une grande vigueur. 11 ne manque point de jeunesse, mais peut-être est-il ailbibli par les grandes fatigues qu'il a essuyées. Les travaux de la mer sont, à ce que je pense, ce qui épuise le plus un homme , quelque robuste qu'il puisse être.
Vous avez raison , répond Euryale à Laodamas ; j'approuve fort la pensée qui vous est venue. Allez donc , et provoquez vous-même votre hôte. A ces mots le brave iils d'Alcinoûs s'élance au milieu de l'assemblée , et parle à Ulysse en ces termes . Venez, généreux étranger, et entrez en lice si vous savez quelquesuns de nos jeux , et vous paroissez les savoir tous. Pour moi , je ne vois rien de plus glorieux pour un honnne, que de réussir dans les exercices du corps. Venez donc vous éprouver contre nous. Eloignez la tristesse de votre esprit, votre départ ne sera pas longtenqos difléré. On a déjà lancé à l'eau le vaisseau qui doit vous porter, et vos rameurs sont tout prêts.
Le prudent Ulysse lui répondit : Laodamas. pourquoi vous moquez- vous de moi en me faisant cette proposition ? Je suis bien plus occupé de mes maux que de vos combats. Quel souvenir amer et désolant que celui de tout ce que j'ai souffert ! je ne parois ici que pour solliciter le secours dont j'ai besoin pour ui'en retourner. Que le Roi , que le peuple exauce mes vœux , et je n'ai plus rien à désirer.
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l'iiiNiilo ri|ili(iuf iiiconsidôrôiiii'iil : Ndiis iw \oiis ôIl's (loiu- pas fonnô à ri's Lcmibati. rlaMis chez toutes les iiatiitns oélèhrcs ? N'aiiriez-vous passé votre vie qu'à courir le-, mers pour trali • quer ou pour piller? N'auriez-vous eoiiunaiulé qu'à lies uialelols , et sonm* (ju'à tenir rej,'islre de provisions , de inanliaiidises et de prolits".' Vous n'avez elVeili\i'iU(.'nl pas l'air et le ti>u d'un athlète ou d'un j:uerriei".
l lysse, le regardant avec des yeux |)leins d'indij^nation . lui dit : .leune hunnne , vous vous fiuhliez : (pie! propos \ous osez tenir sans nie eonnoilre ! Nous ne le voyons cpie trop, les dieux partagent et divisent leurs l'a\eurs. Il est rare qu'on trouve ras^enlhlés dans un seul houinie la hoinie mine, le bon esprit et l'art de bien parler. L'un manque de beauté, mais les dieux l'en dédonmiagent par le talent de la parole ; il se distingue et se l'ait admirer par son éloquence ; il parle avec assurance ; il ne lui échappe rien (|ui l'expose au repentir; il s'exprime avec une douceur et une modestie qui eutrainent et persuadent la multitude ; il est l'c-rade des assemblées, et, dès qu'il paroit, on le suit connue une di\inité. In autre a la beauté des innnortels, mais les grâces ne sont pas répandues sur ses lèvres. N'en étes-vous pas une ()reuve? Vous êtes parfaitement bien fait . et je ne vois pas que les dieux mêmes pourroient ajouter à vos avantages extérieurs. Mais vous maïupiez de discrétion , vous parlez légèrement , et je n'ai pu vous entendre sans colère. Non, je ne suis point ce que vous pensez, et les exercices que vous estimez tant ne me sont point étrangers. J'y excellois même dans ma jeunesse. I^'âge et les revers, les fatigues de la mer et d'une longue guerre que j'ai soutenues , car il y a long-tenq)S que le malheur me poursuit, ont épuise mes forces. Cependant, quelque all'oibli que je sois , je veux entrer en lice ; vos reproches m'ont vi\emenl pi(jné ; ils ont réveillé tnon courage. Il «lit ; et s'a\an«ant brusquetiient , sans se débarrasser même de son manteau , il prend un disqutf beaucoup |dus grand, plus épais et plus pesant que ceux dont se scrv oient les Pliéaciens : après lui avoir fait faire plusieurs tours a\er le bras, il le pousse d'une main si forte (jue la pierre siflle en l'endant les airs, et (pu- |)lusicius IMiéaciens tumbèrent étonnés de lelVort avec lequel elle fut jelé-e. Le disque ainsi poussé passe de très-loin les marques de ses i;i\au\. .Miner\e , sous la ligure d'ini homme, désigne elle-même l'endroit où le dis(pie s'arrête, et s'éciie avec admiration (pi un aveugle le dislingucroil sans peine
en làloMiianl. lanl il est éloigné de tous les au- Irt s. Prenez courage, ajoute la déesse ; persoime ici n'ira aussi loin, personn»; ne pouri'a vous surpasser. Ulysse est étonné et ra\i de trouver (pieliprmi dans l'assemblée qui le favorise si hautement. 11 se ra<lnucit , et dit aux l'béaciens avec »me modeste hardiesse : Que les plus jeunes et les plus robustes d'entrt! \ous atteignent ce disipie s'ils le peuvent ; je vais en lan- (•••r un autre aussi pesant et beaucoup j)lus loin, à ce <pie j'esjtère. Pour ce (]ui est des autres exercices, puis(|ue vous m'axez rlélié, je consens à éprouver mes forces contre le premier tpii osera me le disputer, soit au cesie, soit à la lutte ou à la couise; je ne refuse [)ersonne excepl»' Laodamas. Il e>l mon bote; et qui voudroit con)ballre contre un prince dont il a été si humainement traité ? il n'y a qu'un insensé , qui put se j)ermellre de disputer le prix des jeux, dans un pays étranger . à celui même (jui l'a accueilli avec bonté . ce seroit la méconnoitre et agir contre ses propres intérêts. Mais [>our les autres braves IMiéaciens, je ne refuse ni ne déilaigne aucun de ceux (pii \ondront é|»rou\er mon adresse. Je puis dire (pie je n'en mancpie pas à ces sortes de jeux. Je sais aussi me servir de l'arc: j'ai souvent frappé au milieu de mes ennemis celui que je choisissois, quoiqu'il fût environné de compagnons d'armes tenant leur arc liandé contre moi. Le seul Philoctèle me surpassoit quand nous nous exercions sous les murs de Ti'oie ; mais je crois rem[ioiter sur tous les autres honunes qui sont aujourd'hui sur la terre et qui se nourrissent des dons de Cérès. Je ne prétends pas au reste m'égaler aux héros ipii evistoient avant nous . tels (ju'étoicnt Hercule et Kurylus d'dJlclialie. Ils le eédoieut à peine aux dieux mêmes. Kurytus fut puni de cette arrogante présom[)tion,et ne jiarvint pointa un âge avancé; car Ajiollon, irrité de ce qu'il avoit eu l'audace de le délier, lui ôta la vie. vJe lance nue picpie plus loin tpi'un autre ne darde une Mèche. Je craindrois .seulement «pie quelqu'un de vous ne me surpassât à la course, car je n'ai |)lus de forces ; je les ai constimées à lutter pendant plusieurs jouis contre les Ilots et contre la faim, a|)rès «pie mon vai>s«\iu a été brisé (lar la lem|iê|e,
.'\insi parla I lysse : p«'rsonne n'osa lui rien iépli(pior. Le seul Alcinous, prenant la |urob'. lui dit : Cher étranger, rien «!«• plus ct)nvi'nable «jue ce «pie vous veiu'Z de dire. N«»us ne vous blâmons |)oinl ni «le la sensibilité «pie vous té- III' lignez |iour les reproches >i «léplacés d'Iùiryale, ni de la proposition «pie vous nous faites