‹ Œuvres complètes de Fénelon, archeveque de Cambrai. Précédées de son histoire littéraireChapitre 251 sur 271 · PRÉCIS DU LIVRE XL · texte numérisé non relu

PRÉCIS DU LIVRE XL

Avec le vtMil favoriihle que nous donna Circé, elles eit'oris de nos rameurs, nous vogiiàmes iiciiriMiscincnl ci arrivâmes , vers le coucher du soleil , à rexlrémiié de l'Océan : c'est là qu'habitent les Cimmcriens ; une cicrnelle iniit éteml ses sombres voiles sur ces malheureux. Nous aboidànies sur ces tristes rivages; nous y mimes notre vaisseau à sec, débarquâmes nos "victimes , et courùnies chercher l'endroit (|uc Circé nous avoit mar(|ué. Nous y creusâmes une fosse, limes les libations ordonnées et les va ux proscrits pour les ond)res : j'égorgeai ensuite les victimes sur la fosse. Nous sommes bientôt environnés de vaiiis fanlômes, qui accourent du tond de l'Erébe ; je les écarle avec mon épée, et j'empêche (pi'ils n'approchent du sang des victimes avant que je n'aie entendu la voix de Tirésias.

L'ombre d'Elpenor fut la première qui se présenia à moi : nous avions laissé son corps sans sépulture. L'empressement que nous avions de partir nous avoit fait négliger ce devoir : il s'en plaignit, et me conjura, par mon père, par Pénélope et par mon iils , <le nous souvenir de lui quarul nous serions arrivés dans l'ile de Circé : Je sais, me dit-il, que vous y aborderez encore en vous en retournant ; brûlez mon corps avec toutes mes armes, et elevez-ïuoi un tombiau sur le bord de la mer, afin que tous ceux qui |)asseronl sur celle rive apprennent mon m.ilbeureux sort.

Tout-à-coup je vis paroître l'ombre de ma mère Anticlée ; elle étoii fille du magnanime Auiolyens, et je l'avois laissée pleine de vie à mon dépari pour Troie. Je m'attendris en la voyant ; mais, quelque touché que je fusse, je ne la laissai point approcher avant l'arrivée de Tirésias. Je l'aperçois enfin, portant un sceptre à la main; il nie reconnut et me parla le premier. Fils de Liiërle , me dit-il, pour:p!oi avez - vous quitté la lumière du s;)leil pour venir voir celle sombre demevue ? vous èles bien malheureux ! éloignez-vous, détournez votre épée, afin que je boive de ce sang, et que je vous annonce ce que vous voulez savoir de moi.

J'obéis : l'ondKO s'approche, boit, et me prononce ces oracles : Ulysse, vous voulez retourner

hcnreusemcnl dans votre patrie^ un dieu vous rendra ce relour dillicile et laborieux ; Neptune est encore irric coiilre vous, ('t veut venger son fils Piilypliéme. (lepeiidanl, malgré sa colère, vous y arriver*/, après bien des iravaux et des peines : mais vous passerez par l'de dcTrinacrie; vous y viM rez des bunil's el des moutons con.sacrés au Soleil (pii voit tout : n'y touchez pas, enn)ècliez vos compagnons d"y toiuiier; car si vous manquez à ce (pi(^ je vous recommande, je vous préilis (pic vous périrez, vous , voire vaisseau et vos comp;igu(ms. Si, par le secours des dieux, vous échappez a celle teniaiion dangereuse , vous aurez la consolation de revoir llhaque, mais apiès de longues aniujes , el après avoir perdu tout votre monile. Vous trouverez dans votre palais de grands désordres , des princes insolens qui i)Oursuivent Pénélope : vous les punirez. Mais après que vous les aurez sacrifiés à votre vengeance, prenez une rame^ mettez-vous en chemin, el marchez juMpi'à ce (pie vous arriviez chez des peuples qui n'ont nuciuie connoissanct; de la marine. Vous rencontrerez un passant qui vous dira que vous portez un van sur voire épa\ile; alors, sans lui faire aucune (jiu'stion, planiez à terre voire rame, offrez en ^a(•rilice à Neplune un mouton, un taureau et un verrai, c'est-à-dirsï un pourceau mâle : offrez ensuite des hecatondtes parfaites à tous les dieux qui habitent l'Olympe, sans en excepter un seul ; après cela, du sein de la mer sortira le irait lalal qui vous donnera la mort, el vous fera descendre dans le lon)beau à la fin d'une vieillesse exempte de toute infirmité, el vous laisserez vos peu|)les heureux. Voila tout ce (jue j'ai à vous prédire.

Je remercie celle ombre vénérable, el voyant ma mère triste el en silence , je lui en deuiandai la raison. C'est, me réponJii-il, (pi'il n'y a que les ombres à (|ui vous permettez d'approcher de la fosse el de boire du sang qui puissent vous reconnoilre et vous parler.

Je profilai de cet avis. En effet, dès que ma nière eut bu, elle me reconnut el me paila en ces termes : Mon fils, connnent éles-vous venu plein encore de vie dans ce séjour do ténèbres P Ma mère, lui répondis-je^ la nécésilé de consulter l'ombre de Tirésias tn'a taii enue|)rendre ce terrible voyage. J'erre depuis long-temps, éloigné d'hiouiue, sans pouvoir y aborder. Mais vous, ma mère , comment éles-vous tombée dans Us liens de la morli' C'est, répondit cette tendre mère, c'est le regret de, ne plus vous voir, c'est la dimleur de votis croire exposé tous les joins à de nouveaux périls, c'est le souvenir si louchant de vos rares qualités, ([ui ont abrégé ma vie. A ces mois, je voulus embrasser celte chère ombre; trois l'ois je me jetai sur elle, et trois fois elle se déroba à mes embrassemens.

Je vis ensuite arriver les femmes et les filles des plus grands capitaines. La i)remière qui se présenta , ce l'ut Tyro, fille du grand Salmonée, et femnre de Créihée, fils d'Eolus ; elle avoil eu de NepUuie deux entants, Pélias qui régna à lolcos, où il lut riche en lioui)eaux^ et Nélée, qui lui roi de Pylos sur le fleuve Amaihus; el de Ci'élhée son mari, yïlson, Phérès el Amylhaon, qui se plaisoienl à dresser des chevaux.

i/oKYssKi:. pui-.cis m i.iviu: xii,

Apr.'S Tyro, je \is Miipioilifr la (illo (rAsu|iiis, Aiili(»|>i', i|iii ( ul «lit Jiipiu T lieux li!s, /cllms cl Am|>lii(iii, Ifs iiii'iiiiiTS (lUi jt-li-rnil li s lniiiUiiiiiis tic* la \illi' <!«' I li.'hes, ol t'Uvcrciil srs loui> »l s«'S iniir.iill.s. A!«iiii'ii.'. Ifiniiiit (l'Aiii|)|iiiryoii t-i iiiorc ilii liMl, lin paiiiiii ri «lu courageux ll.rrii!»'. païul ajiros t'Ilo, ainsi (jiic Mij^aie, i-pmist* de ce luTiis. Je vis aussi tpii'asli', nicro «l'OKdipf, (|ui, par Situ iîiipruiloii'N' , nimuiil un jîran I foilail « n fpoiisaui son (ils, son prupro (ils, <|iii vcnoil ilc liKT son pore.

Apres tpicisie, j'apetciis (Miloris. la plus jeune des (illes d'Auipliiun, (ils de Jasiiis. Nelee Tepousa a t luso de sa p-iilaile beaule; t'ile le-jna avec lui a l'vl(>«, el lui donna lr«>is (ils. Neslor, Clironiius el le lier reri«lyniene, ei une liile nomuiée l'en», qui par sa beaule el sa sagesse lui la niei veille de son lenips.

Cliloris eloit suivie de Léda , qui du fen)nie de Tyn lare, ei in:Me de (Imsioi-, giaml dompteur de chevaux, el de l'ollux, inviiK i!)!e dans les n)n>!ia(s du eesie. Ils sor.i les seuls i\u\ reirouveni la vie dans le sein même de la uinri.

Apres Liida vinl Epidie iée , lemme d'Alunis : elle eui deux (ils, donl la \ie lui ires-courie, le divin Oius el le cclèlKC F.pliialies, les deux plus pran Is el les deux plus beaux homme» <|ne la terre ail jamais nounis ; car ils eioienl d'une taille proJijiieuse, el d'une beauté si jurande, qu'. Ile ne le c-doiî qu'à la beaule d'Orion : ee soîii eux (|ui eiilreprirenl d'eniasser le moul Ossa sur 10lympe, el le IV-liou surl'Ossa. nlin de pouvoir escalader les cieux. Jupiler les loudroya pour les [iiinir de leur audaee.

Je vis ensuite Phèdre , Pmcris , el la belle Arialnc, (i!!e de l'implacable Minos, que Thésée enleva aulrefctis de Creit*. Apres Arialne, parurenl Miera , CIvmene el l'odieuse Eriphile , qui prêtera un e<d!ier dur à la vie «le son mari. .Mais je ne puis vous nnfumer toutes les femmes el iou(<s les (i'Ies des gramls personna^ies qui passèrdil devant ni"i : les astres qui se lèvent m'avertissent qu'il est temps de se reposer , ou iei, «ht Llysseà Alcinons, dans votre mai,'nilique pal.iis, ou sur le vaisseau que vous m'avez lail eipiiper.

Aréié, les Phéaciens el leur roi , parurent enchantés de tout ce qui! leur raconloit le (ils de I.aérle ; ils résolurent de lui l..ir(î de nouveaux présens, qui pussent le tledoiuma^er de ses perles, et le pressèrent de rester encore (juelc|ues jours avec eux, el liarhever l'Iiistoiie de ses aventures et .le ses nialheu-s.

ÎS'auriez-vous pas vu, lui dit Abiiious, n'auriezvous pas vu dans les enfers quelques-uns de ces lieros (|ui ont ele avec vous au !•ie^e de Iroie, el qui soni morts dans celle expcdilitui l*

Après que Proserpine, ré[diqua I lysse, eut liil retirer les ombres dont je viens de pailer. jevis arriver celle d'Ai;a;uemiio:i, euvironn<'e des âmes <b' lous ceux i|ui avoieni élé tués avee lui dans le palais d'E'^islhe. A celte vue je fus saisi de compassion, et, les laimes aux yeux, je lui dis : Fils d'Aln-e, le plus grand des rois, coiumetit la Parque cruelle vous a l-tlle lail éprouver son pouvoir ? Il me laronte sa lin d -ploraMe. Vous n'avez nen a craindre de yemlilalde <le ta (ille U'icatius , ajoute Agamuiuiiou ; vulrc Pcuclope

est ua mo.iele deprudeu.e et di' sapesse ; ne souffrez |ias ci-piiilanl (pie v<tlre vaisseau entre en plein jour dans le port d'Ithaque. Avi'z-voiis appris (|ueli|ue nouvelle de mou (i's Oresie".' Je ne sais, lui repondis je, ce (pi'il est devenu.

.N ms vimes alo's les ombres d'Achille, de Patroele , d'.\uliloi|uc et d'Ajax. (.'ommenl , me dit Ailiil'.e avez-vous eu raulaee île desciiidre dans le pilais de Pliilon '.' Je lui en dis la raiMin. Mon lils, me lep'iqiia alors Aehillc. suil-il mes exemples'.' se distingue- -il à la i;uerre, el prouiei-ij d'être le premier des héros;' .Sivez-vous ipii|qi:e chose de mon père? Je n'ai .Tjipris, lui dis-jp, aiicuiK' nouvelle du sage Pelée : mais pour Neiq:tolème, il ne cède la gloire du courage à aiienn de nos h!-ros ; il a iminolé a vos mânes une infinité de »aillans hommes. A ces mots, l'aine d'Achiile, pleine île joie du témoignage qiiej' veiiois de rendre a la valeur d-^ son jils, s'en retourna à grands pas dans une prairie parsemée de (leurs.

Les autres âmes s'arrêtèrent |ioiir me couler leiis peines < l leurs douleurs. Mais l'ombre d'Ajax, (ils de TelainoiJ, se leiioit un peu à l'écm, louj'Uirs possi'dee par la lureuroii ravoiljeié la victoire ijuiî je remportai sur lui lorsqu'on m'adjugea les armes d'Achille.

Je vis lilluslre (ils de Jupiter, Minos, assis sur son troue, le sceptre a la iiidiii, el reiManl la justice aux mai ts. La peu plus loiu j'aperçus le grand Orion, encore en équipage de chasseur. Au-delà c'eloit Titye; deux vautours lui déchirent le foie, pour le punir de S(U audace. Apres Titve, je vis Tantale, plongé dans un étang, smis poinoir se di-saltirer. Le tourment si connu de Sisyphe ne me piMil pas moins teiiible.

.Apres Sisvplie, j'ap-'içus le grand Hercule, c'està-diieson image, car pour lui il est avec les dieux iiiiuiurlt-ls, et assiste à leurs festins : son arc toujours leiilu, et la (1. che appuyée sur la corde, il jetoil des regar.ls terribles comme prêt à tirer. Hercule me leconnul, el s'écria : Ah ! malheurettx Ulysse, es-tu aussi poursuivi par le même destin qui ma perséeule peu tant la vie.' Alliés avoir conte Si;s travaux, il s'enfonce dans le ténébreux séjour, SUIS attcnlre ma réponse.

Je demeurai (|iielqiie temps encore, dans l'espêiance de voir quelque autre des héros les plus célèbres, ( omiiie Thésée el Piriilnuis ; mais je craignis enfin que la sévère Proserpine n'envoyai du loiiil lie 1 Erebe la terrible teie de la (Jorgone , piur l'exposer à ms yeux. Je regagnai donc proiiiptemeiil mon viisseau, et, À l'aide des rames et du vent, je m'éloignai de ces funèbres bords.

i'ru:<:i'^ m i.ivm- xii.

AnmvKS promptemeut à l'ile d'.'H'i. nous cillions • tans le port ; el des que l'aurore eut aiimuiee le retour du soleil , j'envoie cbeieher le corps d l'.lpeuor, ijiii 1 toit mort le joui de mon départ. Je lui ren is les honneurs funèbres, el lui eleve lin tomlieau au haut duquel je place sa rame. A peine avions-nous ai lieve , «pie (!ir<-é arrive suivie du ses h uiines c*. avec toutes sortes de

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