‹ Œuvres complètes de Fénelon, archeveque de Cambrai. Précédées de son histoire littéraireChapitre 252 sur 271 · L'ODYSSÉE. PRÉCIS DU LIVRE XIL · texte numérisé non relu

L'ODYSSÉE. PRÉCIS DU LIVRE XIL

rafraîchissoinciis. Reposez votis à prôsonl , nous (lii-olle, proliU'/ do ces provisions^ deruain vous p<iiiirt/. vous ieinban|uri pour couliiiuer voire roule. Je vous oiist'i|,'iHMai lUoi-iDÔiiie ce que vous tiovoz l'aire pour é.ilerles inallieurs où vous |)récipileroil voire iniprudeiico.

Le déesse nu" lira à l'écaM, ol voulut savoir lout ce ijui rn'eloil arrivé dans mon vnya;.;e; je lui en lis le déiaii. Après qu(!i elle me dit : Vous avez encore li'aulies dangers à courir. Vous liouvcrt z tians voire olioniin les Sirènes. Elles enclianlent lous les honiiues (|ui arrivent près d'elles. Passez sins vous arrêter, cl m* nianipiez pas de honelur avec de la cire les oreilles de vos compagnons, de peur ([u'ils ne les enlemleni. Pour vous, si vous avez la ouiiosilé d'entendre sans danger ces viox d.'licieuses, l'ailes-vous l)i< ij lier auparav ntà votre mal, el si, transporte de plaisir, vous ordonnez à vos gens de vous delaclier, (|u'ils vous lient au conliaire plus lorlemenl éiiioie.

Sorti de ce péril, vous lomUerez dans un autre; vous aurez à passer devaiu Charybde et Seylla. Si (|uelinie vaisseau approche niallieureusenu'nl de

I iin de ces deux éeueils, il n'y a plus d'esperani:e pour lui. Le seul (]ui se soit lire de ces ahinus, c'est le célèbre navire Argo, (jui, chargé de la lli'ur des héros de la Grèce, passa par là en revt-nanl delà Colcliide: et c'est à Junon (jne le chel dis Argonautes, Jason, dut alors son salut. De ces deux éeueils l'un porte sa cime jusiju'aux cieux.

II n'y a point de mortel qui y ptii monter ni en descendie. ("est une roche unie et lisse, comme si elle étoil taillée el polie. Ati lîiilieu il y a une caverne ohseure dans laijuelie demeure la pernicieuse Seylla. Sa voix est semblable aux rugissemens d'un jeune lion, (l'est un monsire allreux ; elle a douze grilles qui iont horreur , six cous d'une longueur énorme, et sur chacun une lèle épouvantable avec une gueule béante garnie de imis rangs de dents. L'autre écueil n'est pas loin de là, il est moins élevé; on voit dessus un figuier sauvage dont les branches, chargées de feuilles, s'elendenl fort loin. Sous ce figuier est la demeure de Charybde, (jui engloutit les (lois et les rejelte ensuite avec des mugiss» nu-ns horril)!es. Eloignez-vous-en , surtout (juaud elle absorbe les Ilots ; passez plutôt du coté de Seylla, car il vaut encore mieux que vous jierdiez quelques-uns de vos compagnons ([ue de les perdre lous el de péi ir vous-même.

Mais, lui dis-je alors, si Seylla m'enlève six de mes gens pour chacune de ses six gueules , ne pourrai-je pas m'en venger?

Ah ! mon cher Ulysse, toujours tenter l'impossible , même dans l'elai où vous êtes ! Toute la valeur humaine ne sauroit résister à Seylla. l^e pie.s sûr est de se dér<iber à sa luri-nr par la Cuile. l'assez vile : invoquez (^ratée, (juia mis au monde ce monstre horrible; eileatrêiera sa violence, el rtnipècheia de se jeter sur vous. Vous arriverez à Trinaerie, où paissent des irouptaux île bœuls el de moutons; ils apfiaitirnnenl au Soleil, el il en a donne la garde à Pbaéiuse et à Lainpéiie, deux nymphes ses filles qu'il a eu^s df la déesse ÎNéérée. (iardez-vouK de toucher à ces iioupeaux, si vous voulez éviter la perle certaine de votre vaisseau el de vos compagnons.

Ainsi parla Circé : l'aurore viol annoncer le jour : la dé'csse reprit le chemin de son palais, et j(^ retournai à moti vaisseau. Je donne aussitôt l'ordre jnuir le départ ; on lève l'ancre, et notis voguons avec un vent làvorabU;. J'instruis alors mes compagnons des avis (lue (Jiicé venoit de me donner : pemiant (]ue je les entreleirois, nous arrivons à l'ite des Sirènes. Nous exécutons à la lettre ce qu'on nous avoil pres(-iil, et nous échappons à ce premier danger ; mais nous n'eûmes [las plus lot (piiiié celte île que j'afiriçus une luuiée al- IVeuse , que je vis les llois s'amonceler, quej'enli'iidis des mugissemciis horribles. Les liias lonibent à mes con\pagnotis, ils sont saisis île crainte, ils n'oni la lôree ni de ramer ni de laiie aue'une liiameuvre. Je les presse^ je les ttxliorte : Jupiter, leur dis-je , Jupiti r veut peui-être que notre vie soit le prix de mrs grands elforts ; éloignonsnous de l'endroit où vous voyez celle fumée et ces flots amoncelés. On m'olx it, mais nous nous appioe.bions de Seyl!a; et peuiiantque nous avions les yeux allaebes sur celle monslrueitse Charybde pour éviter la mort dont elle nous rnena(,-oii, Seylla allonge son cou el enlève avtc ses six gueules six de mes compagnons. Je vis encore leurs pieds el leurs mains <jui s'agiloienl en l'air comme elle les enlevoit , et je les entendis qui m'appeloienl à leur secours. Mais ce fut pour la dernière fois que je les vis et que je les entendis : non, jamais je n'éprouvai de douleur aussi vive et aussi desidante. INous marchions toujours cepen- (!aiil, el nous noirs trouvànres vis-a-vis de l'île du Soleil. J'ordonnai à mes (omiragnons de s'en éioit;ner. en leur rappelant les menaces que m'avoient lailes (Jircé el Tiiésias.

Eurylo(iue prit alors la parole, el me dit d'un ton fort aigi'e : Il faut, Ulysse, que vous soyez le plus dur el le plus impitoyable des hommes. Nous sommes accables de lassiiude ; nous trouvons un port couisnode, un pays abondant en ralVaîchisseniens, et vous voulez que nous tenions la mer pendant la truit, qui est le temps des orages el des tempêtes ! Ne vaut-il pas mieux descendre à terre, manger el dormir sur le rivage, el attendre l'aurore pour gagner le large ?

Tous mes gens furent de son avis : seul contre lous, je ne pus leur résister ; mais je leur fis promettre avec sernifut qu'ils ne lueroient aucun des bœufs ou des moulons qu'ils trouveroient a terre. La nuit fut elï'eciivemenl très-orageuse, la teinpèle dura un mois entier. Tant que durèrent nos provisions, on s'absiinl de loucher aux troupeaux du Soleil. Mais un jour que je ni'éiois enfoncé dans un bois voisin pour adresser paisiblement mes irrières aux dieux de l'Olympe, Euryloque jirofiia de mon absence pour représentera mes compagnons que la néeessilé ne coiuioissoit point de loi, el que la faim (pii les dévoroil les dispensoii du seiinenl qu'ils avoient fait d'épargner les troupeaux du Soleil. Choisiss(>ns-eo quelques-uns, leur dit-il, des meill urs pour en l'aire un sacrifice <.ux imuiorlels. Arrivés à ilhi-que, nous apaiserons le père du jour par de riehes présens. S'il a juré notre perte ne vaut-il pas «ncore mieux périr au milieu des flots, (|ue de mourir lentement de faim dans celle île déserte.

Ce pernicieux conseil l'ut loué et suivi. Le sacri-

i/oDVssi'R. PUKCis lu i.ivni: \iii. 703

litv t'-ioit (Irjà cominonri' i]ii:)ii i ji» revins ; ji* roiiso :\ii iniliiit il»' vos El:Us. fl qiio f<» ne soit st-nlis iii in';»|>;>r()( ii:iiil tint» (iiU-tir tli- liiim-o, 1 1 je (|ii';iii loiil d'iMU* loii'^'m' %ii'ilt('ssp (juc vous p:iyi<z II.' (ltiiil:ii |ns (If mon nialluiir. I.;i Itcllc Laiiiprln; l(> liilxil iim- ions les lioiiiiiw-s itoivcnt^h n:ilnr(>! alla pdilfi au Solfil la niinvi'Ilc ilo cfl aliiMilal. i'.ti Ji' nt'fti rri«Hirne dans ma palri»^ coinliU; ilir vos • lii'ii s'en plai;;iiii au mailr»' du loniiirre, tl la liicMilails. Qiif la joiiM-l I<s plaisirs n'altandonM» ni l»'ilc de nirs tonipagnoiis ri lic mon vaisseau lui jainais r. lie ilemeure, el (|ue , joiijours ainiét; et i'"»olue. estimée du lltii volrc époux < l drs p! inecs vos en- Quand j'eus repapné mon \ais«-eau, je li< à mes fans, vous rceevicz coiiiifMH'll» ni» ni de vos sujcls rriuip.i^;i!(iiis de sevérts nprimandes ; mais le mal les m.iri|ues d'amour el de respect qu'ils vous doieliih sans remrde, el ils ii.tsseieiil six jotirs enliers venl !

à faire Imnne chère. I.a L-mpéle ayatil cr,v,>é, pour En aolievant ers mois, l'Iysse sort dft I:i sal'o,

ne point ptrdre de temps nous nous rembarqua- il arrive au poil : on emltar |ue les provisions, oci

iii'S. Dès (pu' nous < iiiiii s perdu l'iU; de vue, à pirt , et les rameurs font blanchir la mer sous louis

peine elions-iKius en pit iiie nur, ne vovaul près- elforls.

<|ue plus (|ue le ciel el les flols, i|ue du liane d'un (1- pendant le sommiil s't-mpare des paupières

iMia;;e obscur snrlil le vi(»lenl /ephvr.- aecnnipa^né d'tly.»se , il lui fait oublier loules ses pi ines. I.e

d'un déluge de pluie el d'alfrenx louiliillons. Nolr»^ vaisseau (|ui W. porte fend les flots avec rapidile;

navire en devient le jouet el la viriime ; il nous Ifi vol de l't'pervu'r, qui est le plus vile des oiseaux,

porle dans le sou lire de Charvbde. .le me pren 1s H'itiroii pu éjzalerla céleiilt; de sa course ;el quand

en y entrant à ce li^uier sauvage iloiil je vous ai l'étoile brillante (|ui annonce l'arrivée de l'aurore

parle, je demeure suspendu a ses branches jusqu'à S' li;va , il aborde niix terres dilbaiiue ; il entre

ce (|ue je voie sortir de cet abime les débris de dans le port du vieillard Thoicys, un des dieux

mon vaisseau. Je me précipite sur le mai à demi marins, (ie port est couroniii- d'un bois d'olikieis,

')risc , el pendant neuf jctuis j'erre ainsi |)orté au qui, p;ir leur ombre, y enlrelienneiii une Iraidieur

qre drs vtins el îles (lois; et ledixiènie jour j'a- a^'reable; el près de ce bois est un antre profond

borde dans l'ile d'O^yijie : ("alypso^ qui en est ci ili-licieux , consacré aux Naiad< s. (ie lieu cb:!r-

souveraine, m'y reçut el m y liaiia avec bonté. manl est arrosé par des fontaines dont l'eau ne

laiit jamais.

Les rameurs d'L'lysse entrent dans ce port qu'ils

counoissoient depuis lonjj-lemps. Ils-desceiideui à

PRKllIS 1)1' LIV|{R XIH. terre, enlèvent le roi d'Ithaque , l'exposent sur le

rivage, sans qu'i! s'éveille ; mettent tous ses habiis,

Lks Phéaeions .•couloient le récit des aventures '""^ ^''^ l'"'^ "^ • »'' P'^"'* '''"" " '^'•'f - '"•''s ''"

dtlvsse dans un silence d'admiration <|iii dura [•''•''"'», de peur qu ils ne fussent exposes au pil-

encore quand il eut cessé de parler. Enfin AIci- '^"''' •"*' '1'".'''!" "" ^''""'l •' P'"'^'"- "^ se re.nbar-

Dons, leur roi. prit la parole el lui dit : Je ne ci ois 1"*'"^ ensuite, el reprennent la route de bcherie. |>as, prime d liha(|ue , (|ue vous éprouviez, en Neptune, irrité de voir l lysse dans sa paliie ,

sortant de mes Etais, les traverses qui vous ont mal;;ré les menaces qu'il lui avoii faites etled.sir

tant fait soullrir. Oui , j'espère que vous rêver- '1"''' •''^'•i' ''^ ''<'" cm[.é<her, s'en plaint à Jupiter,

rez bientôt votre patrie; mais je veux reparer E'Miiaitre du (onnerre lui laisse toute la liberté de

vos pertes, et que vous v arriviez plus liehe so veni,'er sur les IMiéaciens , et de bs punir de

encore q-ie si vous emporti. /. le butin que vous l'aniieil qu'ils avoieiit lail au roi dllhaque, el

avez fait a Tioie. Nous aj(»ulerons donc à tous <'<'S moyens qu'ils lui aviiiinilournis pour revoir

nos présens chacun un irepiedel une cuvetle d'or, promplemenl .ses Etats. Neptune, satisfait, l'en

Tous les princes applaiidinnl au iliscouis d'AI- n-merci.-; et le fils de SaUirne lui suit-erc la ma-

cinous, et se retirèrent dans leurs palais pour U'''<^ <'f"'l "' t''»il exercer sa vengeance. Quand

aller prendr.' (|uelq(ie repos. Le lendemain, des loul le peuple , lui dit-il , sera softi de la ville pmir

que l'etoilK du malin eiil lait place a laurore, on voir arriver le vais-ean qui a transporte Llyssc

oITrita Jupiter le saeriliee d'un taureau, el l'on dans sa pair ie, el qu'on le verra s'avanc«r à pleines

pre|.ara un •îraiid festin; Démo locus le rendit voiles, changez-le lout-3-coup en un ;5iand roditr

délicieux par ses chants admirables. Mais l Iv-se P''''S «I'" ':> frie. et conservez -lui la li^jure .le vais-

loiirnoit souvent la tète pour resarder le .soleil, seau , afin que tous les li mes qui le verront

dont la course lui paroissoit trop lente ; quand il soient frappes de crainte el d'.tonncmeul : ensuite I» ncha vers son coucher, sans perdre un m.menl, couvrez leur ville d'une haute montagne qui ne I adressa la parole aux IMieaeieiis, et surtout a te.ss-ia jamais de les ellrayer. leur roi : Faitis prompiement vos libations, je Neptune se rendit promplemi ni a l'ile de bchévous en supplie, afin que vous iih' renvoyiez dans rie, el fil à la lettre ce que Jupiter v« iinii de lui riieureiix eiai où vous m'avez mis, et (|ue jcr vous |iermeltre. Mcinoùs , à la vue de ce prodige, se d'se mes derniers adiiiix. Vous m'avez comblé rappela ce que lui avuit pre til .son pcre , il le rade presrns • que l-s dieux vous en recompensent conta aux l'h' acims . et, après av(»ir solenm-lleel vous donnent toutes les verliis ! qu'ils repaii- ment leiKmce a conduire désormais les étrangers dent sur vous a pleines mains toutes sortes <1e qui ahorderoient dans leur ile, ils l.chèrenl d'aprosp ;ritAs, cl qu'ils délournent tous les maux de p.iiser Neptune , en lui immolant douze taureaux dessus vos peuples 1 c!i(»isis.

l'ips s'adressiiit à Aréié, el liii préàciiiaiit sa Cep-nd ml l lysse se réveille; Il ne recontioii pas

coup.' ;deine d'un excellent vin, il lui parla en ces la lerie cliei ie apiès laquelle il avoit tant s(uipire.

termes . Ctraude princesse, soyez toujours heu- Minerve avoit enveloppe ce héros d'un épais nuage

Page 1