L'ODYSSÉE. PRÉCIS DU LIVRE XXIV
Cela est impossible, répoiuiii Llysse, à moins qu'on n'aii scie les i»ie(is de ce lil qui eloieiil allucIk's au plancher.
A ces mois la Ueine tombe presque évanouie; elle ne doute plus que ce ne soil son ciier l 'vsse. Enfin , revenue de sa loibicsse , elle court à lui , le visajie baii;ué de pleurs; et en l'embtassanl avec toutes les mar(|ires d'une véritable tendresse , elle lui dit : M{)i\ cheillysse, ne soyez |)()int irrité contre rttoi , ne me laites |ilus de reproches. Depttis voire départ j'ai élé dans itne appréhension conlinuelle (jue (|uci(|it'un ir«^ viril ttre sirrprendre par des apparences Ironrpeirses. (iorrrbien d'cxcnrples de ces surprises! Ibdcne iricuu' , riuoique (il!c de Jupiter, ne fut-elle pas trompée i' Prtsentctneiil que vous ni'cn donnez des preuves si Tories, je voirs reconnois pour mon cher llysse que je pleure depuis si long-temps.
Ces paroles alltndr ircirl l lysse, et le ninplirenl d'admir-alion jiour la vtrtu el la pnidcnce de \\'.nelope. Helas ! lui dii-il alors en soupirant^ noirs ne sommes pas encore à la litr de tous nos travaux ; il m'en reste un à entreprendre, et c'est le plus long et le plus dillicile , comme Tirésias me le <léclara le jour ([ue je descendis dans le ténébreux palais de Plulon pour consulter ce devin sur les moyens de retourner dans ma patrie.
Quel est-il? répliqua Pénélope : comment se terminera-t-il?
Heureusement, lui répondit Ulysse, el le devin m'a assuré que la mon ne tranchèroit le fil de m^-s jours qu'au bout d'une longue et paisible vieillesse, qu'après que j'aurois rendu mon peuple heureux et florissant.
Ulysse lui raconta ensuite tout ce qu'il avoit éprouvé de malheurs^ tout ce qu'il ayoil couru de dangers depuis son départ de Troie : il commença par la défaite des Ciconitns; il lui fit le détail des cruautés du cyclope Polyphé!ne,et de la vengeance qu'il avoit tirée du meurtre de ses compagnons , que ce monstre avoit dévorés; il lui raconta son arrivée chez Eole, les caresses insidieuses de Circé, sa descente aux enfers pour y consulter l'ame de Tirésias; il lui peignit les rivagi s des Sirènes, les merveilles de leurs chants el le péril qu'il y avoit à les entendre; il lui parla des écueils effroyables de Charybde el de Scylla , de son arrivée dans l'ile de Trinacrie, de l'imprudence de ses compagni ns qui luèreni les bœufs du Soleil , du naufrage et de la mon de ses compagnons en punition de ce crime, et de la pitié que les dieux eurent de lui en le faisant aborder seul dans l'ile de Calypso ; il n'oublia pas les efforts de la déesse pour le retenir, ni les offres qu'elle lui fit de l'inmionalité. Enfin il lui raconta comment , après tant de travaux, il étoit arrivé chez les Pbéaciens, el de là à Ithaque.
H finit là son histoire: le sommeil vint le délasser de ses fatigues; el , quand l'aurore parut, il partit pour aller embrasser son père , en ordonnant à Pénélope de se tenir dans son appartement, et de ne se laisser voir à personne.