PRÉCIS DU LIVRE XXIV
("i:i'iir<i)A?< r IMcrcure avoit assemblé les amcs des poiirsdivans de Pénélope. Il lerioil h la main sa verge d'or, et ces amcs b; suivoicnt avec trne espèce de frémisscmcni. Arrivées ilans la prairie d'Asphodèle , où habitent les ombres, elles trouvèrent lame d'Achille, celle de Patrocle , celle d'Aiililo(|iie. celle d'Ajax , le plus beau et le plirs vaillant des (irccs après le fils de Pelée. L'anre d'Agamcnrnoir èloit venue les joindre. Achille, lui adressant la parole, lui dit : Fils d'Atrée, irons pensions que de tous les héros vous élit z le plus ctréi i dir maître dir tonnerre; la Parque iriexoralrlea donc tranche le fil de vos jours avant le li irrps ?
Fils de Pelée, lui ré[)ondit Agamemnon, rpre vous cies heureux d'avoir lerniirré votre vie sur le rivage d'Ilion! les plus braves des Grecs et des Troyens fureirt tués aiiloirr de vous , el jamais guerrier ne fut pleuré plus amèrement , jamais monarqire ne reçut tantd'bonrieuis au nromenl de ses funérailles. La déesse voire mère, avertie par nos cris de votre mort funeste, sortit de la mer avec ses nymphes; elles environnèrent votre bficber; el qirand les flammes de Vulcain eurent achevé de vous constrmer, elle nous donna une urne d'or, présent de Bicchus et chef-d'œuvre de Vulcain, pour renfermer vos cendres précieuses avec celles de votre ami Patrocle. Toute l'armée travailla ensuite à vous élever un magtrifique tombeau sur le rivage de rtlellespont. Oui, divin Achille, la mort même n'a eu aucun pouvoir strr votre nom ; il passera d'âge en âge, avec votre gloire, jusqu'à la dernière postérité. El moi , quel avantage ai-je retiré de mes travaux ■? J'ai péri honteusement, victime du trailre Egisihe et de ma délesiablc femme.
l's s'enlrctenoienl encore, lors juc Mercure leur piéscnla les amcs des poursuivans. Achille el Agamemnon ne les virent pas plus tôt, qu'ils s'avancèrent au-devant d'elles : ils reconnurent le fils de Mélanthée, le vaillant Amphimédon. Quel accident, lui direnl-ils, a fait descendre dans ce séjour ténébreux une si nombreuse elsi vaillante jeunesse?
C'est, répondit Amphimédon, la coIèred'Ulysse : nous le croyions enseveli sous les eaux; noirs poursuivions la main de Pénélope : elle ne rejeioit ni n'accepioil aucun de nous ; mais elle nous faisoit de vaines el inutiles promesses , dans l'espérance que son cher et vaillant Ulysse viendroil tôt ou lard la délivrer de nos poursuites. Il est arrivé après vingt ans de courses et de travaux ; et aidé de son seul Télémaque, il s'est, comme vous le voyez , cruellement vengé de noire témérité el de notre insolence.
Ah ! s'écria aussitôt Agamemnon, que vous êtes heureux, fils de Laërte , d'avoir trouvé une femme si sage et si vertueuse! Quelle prudence dans cette fille d'Icarius ! quelle fidélité pour son mari ! La mémoire de sa verlu ne mourra jamais, el pour l'instruclion des mortels, elle recevra l'hommage de tous les siècles. Pour la fille de Tyndare, elle sera le sujet de chants odieux et tragiques, el son nom sera à jamais couvert de honte et d'opprobre.
Ainsi s'enirelenoientces ombres dans le royaume
L'ODYSSÉE. PRÉCIS Kl I.IVlii: WIV. 7ir>
dePluloD. CejHMhIaul l'iyssc el Téléinaqucarrivt'ul JiMiiaiidai. Je vous en dirai le nombre cl l'espèce, à la (-aiiipa^'iii' «lu ^i^•ux l.tu'rlc : elle foiisisloil <ii A cis mois , |o cdur el les nemnn maii(|(ient à (]iiil(|ii(S pii'tes lie lerrecui'il avoil ;nij;meiiHfS |>ar Laêrle; mais leviiiu Imiiiol ;i lui, il s'eiiie : (Jiaml si's soins el par son iravail , tl ilans une p('iit(; Jupiter ! il y a donc encore des iliuiix <lans K Hvnipe, maison qn'il avoil Italie ; tout auprès l'on \oyoii pursqiie ces impies poursnivans onl cic punis de une espèce de ferme oii logeoienl ses donie>li(|in s leurs violences el de leurs injuslices! Mais ne voupeu nombreux qu'il a\oil conserves : il av(til au- droit-on pas venger leur morl!' près lie lui iim^ vieille femme de Sicile, qui '^nu- Ne craij,'nez rien . repon I llvsse : allons dans vernoil sa maison , el prenoil un urand soin de sa voire nKiison , où j'ai cnvove 'l'clemaqiie avec KuvieilUsse dans ce déserl où il s'eloil conline. l lysse m<-e el l'Iiileliiis , pour nous préparer a mander, urdonna à son (ils et aux bergers qui l'acconipa- Ils enlrt ni : la vieille Sicilienne bai^'ne son t;iioienl , lie se retirer dans la maison, d'y porter m titre l.aerle, le parfume d'essences, el lui donne ses aimes et d'y préparer le diner. Pour lui, il nn habit ma;;nilique pour bonorer ce grand jour, s'avança vers un ;;rand verger où il lron\a son jière l>olius arriveaussi avec sts enlaiis : nouvelle recoiiseul, occupé à arracher les mauvaises herbes qui noissanee irés-aliendrissanle. On se met à table; croissoienl autour dun jciine arbre ; il étoii velu el a peine a l-on diné, qu'on appreii I quKupilbès, d'une tuni(|iie fort usée, porloit de vieilles botlines à la léte des liabilans (1 libaiiue, (|n'il avoil soude cuir, avoil aux mains des gants forl épais, el levés po\ir venger la morl de son li!s Antinous, sur ht télé un casque de peau de chèvre. ariivoii pour ailaipier l Ivsse.
Quand riysse aperçut son pi re dans cet étiuipage On prend les armes. Laerle et Dolius s'en coupauvre et lugubre, il ne put reienir ses larmes : vretit (ommi; b-s autres , quoiqu'ils soient accablés |»uis , se déterminant a l'aborder, el craignant de sous le poids ih s ans. l l\sse. lailouviir les portes; se laire connoilre trop prompieinent , il leignil il sort licreineiil à la têt' île sa petite troupe , el d'être un eiraiiger iiiii doutoil s'il éioit dans l'île dit à Tebinaque : Mon fils, voici une occasion de ti'lthaque. Il lui demande donc quelle est la région vous distinguer, el de nrontrer ce que vous êtes ; où il se trouve , le félicite sur le succès de ses ira- ne déshonoiez pas vos ancêtres , dont la valeur est vaux , la propreté de sou jardin, et l'abondai;ce de célèbre dans tout l'univers.
légumes el de fruits qu'il lui procuioii. Vous êtes, Mon père . répondit ïeleniariuc , j'espère que ni
ajouia-l-il, vêtu comme un pauvre esclave, et vous, niLaèrle, vous n'aurez point a rougir de
c<'peii<lanl vous avez la mine d'un roi ; que ne moi , el que vous reconnoilrcz votre sang,
jouissez-vous donc du repos el des avantages que Laërle, ravi d'entendre ces paroles pleines d'une
vous pourrit z avoir? si noble lierté, s'ecrie : Quel jour pour moi! quelle
Il lui p. tria ensuite dLlysse, de riiospilalité qu'il joie! Je vois de mes yeux mon lils et mon petii-
lui avoil tlonnée . des présens (|iril lui avoil faits. lils disputer de valeur, el se monlrer a l'envi dignes
Helasî s'ecria Laëiie au nom d'I lysse , mon cher de leur naissance.
lils n'est plus! s'il etoil vivant, il repondioil a votre H s'a\ance , el , lortilié par Minerve (ju'il in-
generosité. voque , il lance sa pi<[ue avec roideur ; elle va
Après Ces mots, le vieillard lombe presque de donner dans le casipie dijipilhès , dont elle perce fttiblesse. l Ivsse se jille alors tendrement à son el brise le crâne, l lysse alois cl son généreux lils cou , el lui dit : Mon père, je suis celui que vous se jellenl sur la troupe , déconcertée de la mort de pleurez. Si vous êtes l lysse , ce (ils si cher , ré- leur chef; ils portent la luorl dans tous les rangs, pondil Laerle, donnez-moi un signe certain qui el il ne s'en seroii pas échappé un seul, si Mime force à vous croire. nerve , en inspirant aux ennemis une telle frayeur
L lysse alors lui montre la cicatrice de l'énorme que les armes leur tomboienl des niains, n'eût
pl.iie «lue lui (il autrefois nn sanglier sur le nionl aussi ins|>iré a Ulysse des sentimens île coinpas-
l'ainasse, lorsqu'il alla voir son grand-père Aulo- sion el de paix. Celle déesse, sous la ligure du
Ivcus. Si ce signe ne sullil pas, jt; vais vous mon- sage Mentor, en dicta les conditions , et l'on ne
trer dans ce jardin les arbres que vous me donnàles songea plus qu'à les cimenter par les sacrilices et
autrefois, lorsque dans mon cnlance je vous ks les scrmens accoutumés.