‹ Œuvres complètes de Fénelon, archeveque de Cambrai. Précédées de son histoire littéraireChapitre 3 sur 271 · M DEUX IETTRB8 DE PÉ^■K · texte numérisé non relu

M DEUX IETTRB8 DE PÉ^■K

1» I\ n'y a point d'ame qui ne dût être convaincue qu'elle a reçu des grâces pour la convertir et la sanctifier, si elle repassoit dans son cœur toutes les miséricordes qu'elle a reçues. Il n'y a qu'à admirer et à louer Dieu , en se méprisant et se confondant soi-même. Il faut conclure de ces grandes grinces reçues , que Dieu e^t infiniment libéral , et que nous lui sommes horriblement infidèles.

2° Il faut éviter la dissipation , non par une confinuelle contention d'esprit qui casseroit la tête, et qui en useroil les ressorts, mais par deux moyens simples et paisibles : l'un est de retrancher, dans les amusemens journaliers , toutes les sources de dissipation qui ne sont pas nécessaires pour relâcher l'esprit à proportion du vrai besoin ; l'autre est de revenir doucement et avec patience à la présence de Dieu , toutes les fois qu'on s'aperçoit de l'avoir perdue.

3° Il n'est point nécessaire de mettre toujours en acte formel et réfléchi tous les exercices de piété : il suffit d'y avoir l'attention habituelle et générale, avec l'intention droite et sincère de suivre la fin qu'on doit s'y proposer. Les distractions véritablement involontaires ne nuisent point à la volonté qui ne veut y avoir aucune part; c'est la lendance réelle de la volonté qui fait l'essentiel.

4° Conservez sans scrupule la paix simple que vous trouvez dans votre droiture , en cherchant Dieu seul. L'amour de Dieu donne une paix sans présomption : l'amour-propre donne un trouble sans fruit. Faites chacjue chose le moins mal que vous pourrez pour le bien-aimé. Voyez ce qui vous manque sans vous flatter ni décourager; puis abandonnez- vous à Dieu, travaillant de bonne foi, sans trouble, à vous corriger.

5" Plus NOUS serez vide de vos jjropres biens el de vos ressources humaines , plus vous trou-

^ÎAM'ÊL DE PIT^:TK.

verc7, une lumière et iino forct^ iuliino . (jui vous sonlicndronl au besoin, en vmis laissant toujours sentir votre loiiilesse , eoninie si vous alliez tomber à cliaque pas. Mais n'allende/, point ce secours comme un itien qui vous soit (lu : vous niérilcricz de \v perdre, si vous présumiez de l'avoir. Il faut se croire indigue de tout, et se jeter lumddement entre les bras <le Dieu.

6° Quand c'est l'amour qui vous attire, laissez-vous à l'amour; mais ne com|^tcz point sur ce qu'il jieut y avoirde sensible dans cet attrait, pour vous en faire un appui Ualtcur : ce seroil tourner le don de Dieu en illusion. Le vrai amour n'est pas toujours celui cpTon sent et qui charme; c'est celui qui humilie , (jui détache , qui apetisse l'ame, qui la rend simple, docile, patiente sous les croix, et prête à se laisser corriijer.

1° Marchez dans les ténèbres de la foi et dans la simplicité évangélique , sans vous arrêter, ni au goût, ni au sentiment, ni aux lumières de la raison, ni aux dons extraordinaires. Contentez-vous de croire, d'obéir, de mourir à vousmême , selon l'état de vie où Dieu vous a mis.

2° Vous ne devez point vous décourager pour vos distractions involontaires qui ne viennent que de vivacité d'imagination et d'habitude de penser à vos affaires. Il suffit que vous ne donniez point lieu à ces disfractions qui arrivent pendant l'oraison, en vous donnant une dissipation volontaire pendant la journée. On s'épanche trop quelquefois; on fait même des bonnes œuvres avec trop d'empressement et d'activité; on suit trop ses goûts et ses consolations : Dieu en punit dans l'oraison. Il faut s'accoutumer à agir en paix, et avec une continuelle dépendance de l'esprit de grâce , qui est un esprit de mort à toutes les œuvres les plus secrètes de l'amour-propre.

3" L'intention habituelle , qui est la tendance du fond vers Dieu , suffit. C'est marcher en la présence de Dieu. Les événcmens ne vous trouveroient pas dans cette situation, si vous n'y étiez point. Demeurez-y en paix, et ne perdez point ce que vous avez chez vous, pour courir au loin après ce que vous ne trouveriez point. J'ajoute qu'il ne faut jamais négliger, par dissipation, d'avoir une intention plus distincte: mais l'intention qui n'est pas distincte et développée est bonne.

1° La paix du cœur est un bon signe , quand

on veut <l'ailleurs de bonne foi obéir à Dieu [lar amour, avec jalousie contre l'amour-propre.

r>" Prolitez de vos imperfections pour vous déliiclier de vous-même, et pour vous attacher à Dieu seul. Travaillez à a(Hpiérii- les vertus , non poin* y chercher une dangereuse complaisance , mais pour faire la volonté du bienaimé.

()" Demeure/, dans votre sim|)Iicilé, retrancliaul les retours inquiets sur vous-même , que l'amour-propri" fournit sans cesse sous de beaux prétextes. Us ne feroient que troubler votre paix , et que vous tendre des pièges. Quand on mène une vie recueillie , mortifiée , et de dé- ))en(lance , par le vrai désir d'aimer Dieu, la délicatesse de cet amour reproche intérieurement tout ce qui le blesse; il faut s'arrêter tout court dès qu'on sent cette blessure et ce reproche au cœur. Encore une fois , demem'ez en paix. Je prie Dieu tous les jours à l'autel qu'il vous maintienne en union avec lui , et dans la joie de son Saint-Esprit.

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