‹ Œuvres complètes de Fénelon, archeveque de Cambrai. Précédées de son histoire littéraireChapitre 35 sur 271 · XXX' JOUR · texte numérisé non relu

XXX' JOUR

SlR l'amour QIE NOrS DEVONS AVOIR POCR DIEP.

Qu'ai-je à désirer dans le ciel , et que puis-je aimer sur la ferre, si ce n'est vous, i> mon Dieu? Ps. lxxm. 25.

I. Soi VENT , quand nous disons à Dieu que nous l'aimons de tout notre cœur, c'est un langage, c'est un discours sans réalité : on nous a appris à j)arler ainsi dans notre enfance; cl nouscontiinions. (juanfl nous sommes grands, sans savoir bien souvent ce que nous disons. ,\imer Dieu, c'est n'avoir point d'autre volonté

' Pv CXX. 1.

' I Cor. XVI. Q2.

MANUEL DE PIÉTÉ

que la sienne, c'est observer fidèlement sa sainte loi. c'est avoir horreur tlu péché. Aimer Uieu, c'est aimer ce (jne .Jésus-Christ a ainié, la pauvreté , les humihations , les souIVrances: c'est haïr ce que Jésus-Christ a hav, le monde, la vanité, les passions. Peut-on croire qu'on aime un objet auciucl on ne voudroil pas rossi-nibler? Aimer Uieu , c'est s'entretenir volontiers avec lui, c'est désirer d'aller à lui; c'est soupirer, languir après lui. 0 le faux amour , que celui qui ne se soucie pas de voir ce qu'il aime!

n. Le Sauveur est \enu apporter un leu divin sur la terre, et son désir est que ce l'eu brûle ' et consume tout, t^lependant les hommes vivent dans une froideur mortelle. Ils aiment un peu de métal , une maison, un nom, un titre en l'air , une chimère qu'ils ajipellent réputation. Ils aiment une conversation , un amusement qui leur échaj)pe. Il n'y a que Dieu pour qui il ne leur reste point d'amour: tout s'épuise pour les créatures les plus misérables. Ne voudrons-nous jamais goûter le bonheur de l'amour dix in ? Jnsqucs à quand préférerons -nous d'aimer les créatures les plus empoisonnées ? 0 Dieu ! régnez sur nous malgré nos infidélités ! Que le feu de votre amour éteigne tout autre feu ! Que pouvonsnous voir d'aimable hors de vous, que nous ne trouvions parfaitement en vous, qui êtes la source de tout bien ? Accordez nous la grâce de vous aimer , et nous n'aimerons plus que vous, et nous vous aimerons éternellement.

et je ne me possède plus. O amour sacré , qui avez blessé mon amour, et qui de vos propres traits, vous êtes vous-même blessé [)our moi , venez me guérir , ou plutôt venez rendre la blessure que vous m'avez faite encore plus profonde et |)lus vive. Séparez-moi de toutes les créatures : elles m'incommodent , elles m'importunent : vous seul me suffisez , et je ne \eux plus que vous.

IL Quoi ! il sera dit que les amans insensés de la terre porteront jusqu'à un excès de délicatesse et d'ardeur leurs folles passions , et on ne vous aimeroit que l'oihlemenl et avec mesure! Non , non , mon Dieu, il ne faut pas que l'aniour profane l'emporte sur l'amour divin. Faites voir ce que vous pouvez sur un cœur qui est tout à vous. L'accès vous en est ouvert, les ressorts vous en sont connus. Vous savez ce que votre grâce est capahie d'y exciter. ^'o^ls n'attendez que mon consentement et que l'acquiescement de ma liberté. Je vous donne mille et mille fois l'une et l'autre. Prenez tout : agissez en Dieu ; embrasez-moi ; consumez-moi. Foible et impuissante créature que je suis, je n'ai rien à vous donner que mon amour. Augmentez-le, Seigneur , et rendez-le plus digne de vous. 0 si j'étois capable de faire pour vous de grandes choses ! 0 si j'avois beaucou{) à vous sacrifier ! Mais tout ce que je puis n'est rien. Soupirer, languir, aimer, et mourir pour aimer encore davantage , c'est désormais tout ce que je veux.

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