DE L AMOUR DU PROCHAIN
Soyez attentifs à vous aioier les uns les autres d'un ainoni fraternel. / Kp. de S. Pierre, i. ii.
Cet apôtre veut, par ces paroles, que notre charité soit toujours attentive pour ne pas blesser le prochain. Sans cette attention, la charité, qui est si fragile en celte vie , se perd bientôt. iln mot dit avec hauteur ou avec chagrin, un air sec ou dédaigneux peut altérer les es|)rits foibles. Il faut ménager des créatures si chères à Dieu, des membres si précieux de Jésus-Christ. Si vous manquez de cette attention, vous manquez aussi de charité ; car on ne peut aimer .sans s'ap|)liquer à ceux qu'on aime. Celle attention de charité doit rem[)lir tout, l'esprit et le cœur. Il me semble que j'entends Jésus- Christ vous dire comme à saint Pierre : Paisst'Z i/i«'s brehia.
Apprenez de moi que je suis doux et liunible de cœur. S. Matth. XI. 29.
Il n'y avoit que le Fils de Dieu qui pût nous faire cette divine leçon, lui qui, étant égala son Père, s'est anéanti, connue dit saint PauP, en prenant la forme et la condition d'un esclace. Que n'a-t-il pas fait pour l'amour tie nous ? Que n'a-t-il pas souffert de nous , et que ne souffre-t-il pas encore t II a été mené, dit hiîie -, comme wie victime qu'on va égorger , et on ne l'a pas entendu se plaindre. Et nous, nous nous plaignons des moindres maux, nous sommes vains, délicats, sensibles.
il n'y a point de douceur véritable et constante sans humilité. Tandis que nous serons [)leius de nous-mêmes , tout nous choquera en autrui. Soyons persuadés que rien ne nous est du, et alors rien ne nous aigrira. Pensons souvent cl nos misères, et nous deviendrons indulgens pour celles d'antrui. Il n'y a point de page dans les Ecritures , dil saint Augustin, où Dieu ne fasse; toimer ces grandes et aimables paroles : Apprenez de moi que je suis doux et humble de cd'ur.
» Fliilip. 11. c fi 7. — < l>. un.
MANUEL DE PIÉTÉ
DE I.V VKlUTAItLK GKANDKIR.
Quicoiuiuc s'exalte sera Imiuilié, et qiiicoiiiiue s'iiuiuilie sera exalté. N. Lia-, xiv. 11.
PiisyiK nous aiinous tant l'éK'\atii)ii, chorcli(ins-la uù elle est, clicirlions celle qui durera toujours. 0 l'adinirable auiliitioii, que celle de régner éternelleuienl avec le Fils de Dieu et d'être assis à jamais sur un même trône avec lui ! Mais quelle auibitiou , quelle jalousie d'enfant , que de s'empresser pour a\oir des noms parmi les houuues. pour parxeuir à une réputation encore moins solide que la fumée qui est le jouet du vent ! Faut-il se donner tant de peine pour avoir quehpies gens qui se disent nos amis saus l'ètiv. et pour soutenir de vaines apparences ? As[)irons à la véi'itaMc grandeur ; elle ne se (rouve qu'en s'abaissant sur la terre. Dieu confond le superbe dès cette vie; il lui attire l'envie, la critique et la calomnie ; il lui cause mille traverses, et enfin il l'humiliera éternellement : et l'humble qui se cache, qui veut être oublié, qui craint d'être recherché du monde, sera, dès cette vie, respecté pour n'avoir pas voulu l'être, et une éternelle gloire sera la récompense de son mépris pour la gloire fausse et méprisable.
Sl'R QUOI NOUS DEVONS FONDER NOTRE JOIE.
Réjouissez-vous, je vous le dis encore, réjouissez-vous : que votre modestie soit connue de tous les hommes , car le Seigneur est proche. Ep. aux Philip, iv. 4 et 5.
C'est le dégoût de nos passions et des vanités du monde qui doit être la source de notre joie. Nous ne devons fonder notre joie que sur l'espérance , et nous ne devons espérer qu'autant que le monde nous déplaît. Ce doit être l'attente de Jésus-Christ , qui va venir nous couronner , qui doit nous rendre modestes et constans : il faut se tenir prêt à le recevoir, être bien aise qu'il vienne : ce sera le juge du monde et notre consolateur. Qu'il est doux d'attendre Jésus-Christ en paix , tandis que les enfans du siècle craignent qu'il arrive ! Ils trembleront, ils frémiront; et nous, nous verrons venir avec joie et confiance notre aimable délivrance. Heureux état, état digne d'envie !
Que ceux qu'y n'y sont pas encore y aspirent : c'est notre lâcheté et nos amusemeus qui nous éloignent de cet élat de conliance et de consolation.