POL'R LE SAMEDI SAINT
Ce qui se présente à moi aujourd'hui, c'est Jésus entre la mort qu'il a soufferte et la vie qu'il va reprendre. Sa résurrection ne sera pas moins réelle que sa mort , et sa mort n'est qu'un passage de la misérable \ieà la vie bienheureuse. 0 Sauveur, je vous adore, je vous aime dans le tombeau , je m'y renferme avec vous; je ne veux plus que le monde me voie , je ne veux plus me voir moi-même; je descends dans les ténèbres et jusque dans la poussière ; je ne suis plus du nombre des vivans. 0 monde ! ô hommes ! oubliez-moi , foulez-moi aux pieds ; je suis mort , et la vie qui m'est préparée sera cachée avec Jésus-Christ en Dieu.
' Luc. xx!i. ki.
MANUEL DE PIl'Ti::.
Ces vrritt's étonnent ; à peine les ^^ens de l>ien peu\cnl-ils les su|>|)orter. Onesi-rnilie ilnne Ip baptême par lequel , eoni nie l'Apôtre n<nis lassure ', nous avons été tinis onserelis arec Jésus- Christ par sa mort ? <){\ est-elle cette inoil , que le eaïaitère ehivtien doit opc-rer en nous ? où esl-elle cette sépulture? Hélas! je \eu\ |)arnître, èlreapprou\é. aimé, distin^'ué : je \t'u\ occuper mon prodiain, posséder son co'ui'. me l'aire une idole de la réputation et de l'amitié. Dérobera Dieu l'encens ixrossier (]ui Itiùlr sur ses autels, n'est rien en comparaison du larcin sacrilé^'e d'une ame ipii \eut enle\er ce (jui est dû à Dieu et se faire l'idole des autres créatures.
Mon Dieu , quand eesserai-je de m'aimcr, jus(ju'à \ouloir (ju'on ne m'aime et qu'on ne m'estime plus'.' A \ons seul, SeiL'ueur, la gloire, à vous seul l'amour. Je ne dois plus rien aimer qu'en vous, pour vous, et de voire pnr amour : je ne dois plus m'aimer moi-même que par cliarité , connue on aime un étraufrer. Ne devrois-je donc pas avoir honte de vouloir être estimé el aimé '.' Ce (jui est le plus étranjije , et ce qui fait voir l'injustice de mon amourpropre . c'est que je ne me contente pas d'un amour de cliarité. L'oserai-je dire , ô mon Dieu? ma vaine délicatesse est blessée de n'a- \oir rien tpie ce qu'on lui accorde à cause de vous. 0 injustice ! ô révolte ! o aveugle el détestable orgueil! Punissez-le, mon Dieu. Je •suis pour vous contre moi ; j'entre dans les intérêts de voire gloire el de votre justice contre ma vanité. 0 folle créature, idolâtre de toinii'ine ! (ju'as-tu donc, indépendaumienlde Dieu, (jui mérite celle tendresse, cet attachement . cet amour indépendant de la charité. 0 qu'il faut de charité pour se supporter dans celte injustice, de vouloir q\ie les autres fassent pour nous ce que Dieu nous défend de faire pour nousmêmes! Amour (jue Dieu inq)rime dans le fond de ses créatures , est-ce là l'usage (ju'il en \eut tirer? Nenousa-t-il faits capables d'aimer, qu'afin que nous nous détournions les uns les autres de l'unique terme du pur amour? Non. UKtn Dieu . je ne veux plus (ju'on m'aime; à peine faut-il (ju'on me soi dire pourl'amour d<' vous : plus je suis délicat el scnisible sur cet amour des autres, plus j'en suis indigne , et dans le besoin d'en être privé.
11 en est, ù.'>eigneur, delà réputation connne de l'amitié : donnez f>u citez selon vos desseins : que celle réj)ulalion, plus chère (|ue la vie ,