‹ Œuvres complètes de Fénelon, archeveque de Cambrai. Précédées de son histoire littéraireChapitre 55 sur 271 · MV · texte numérisé non relu

MV

poni i.r JOUR DE l'ascension.

11 me semble ipie j'acc<inqtagne avec les disciples Jésus- Christ juscpi'à IJélhanie. Là il iimiilc an ricl à mes yeux ; je l'adore , je no pui- me lasser de le regarder, de le sni\re

MAMFL HE PFÉTT'.

cralVectioii , et de goûter au fond doiiKni ((i-iii' hoiironx pour cliantcr 1(^ canliqne de l'Agneau

los pai'oK's de \icqni sont sorties les deniii-ivs vain(]i)(Mii' : troj) hcin'eux , ô Jésus, de souffrir

de sa bnudie sacrée quand il a quitté la (erre, dans cet exil |)()in- vous glorifier ! Votre pré-

(> Sauveiu'. vmis ne cessez point d'êlre avec sence sensible , il est vrai , est le plus doux de

moi et de me parler! Je sens la \érité de cette tous les parlinns; mais ce n'est pas pour moi

])roniesse : \oi/n que je suis arec vous tous /es que je vous cherche , c'est pour vous. 0 si je

Joufs Jvsfjif'n la cotisfintuiotion des .svV'Wc.s'. me regardois moi-même . qu'est-ce qui pour-

Voiis êtes a\C(' nous non-seulement sui' cet autel sensiltle , où vous appelez tous vos enlans à manger le pain descendu du ciel : mais vous êtes encore au dedans de nous, sur cet autel in-

mit me consoler, dans cette misérable vie , de ne vous avoir |)oint , de vous déplaire par tant de taules , et de me voir sans cesse en risque de vous perdre éternellement? Qu'est-ce qui

visible , dans cette église et ce sanctuaire inac- seroit capable d'adoucir mes peines , et de me

cessible de nos âmes , où se fait l'adoiation en espiit et en vérité. Là vous sont olfertes les pures victimes ; là sont égorgés tous les désirs propivs , tous les retiMirs intéressés siu" nousmêmes , et tons les goûts de l'amour - |)ropre.

fairesupporter la vie ? Mais j'aime mieux votre volonté que ma sûreté propre,

.le vis donc, puiscpie vous voulez que je vive. Cette vie. qui n'est qu'une mort , durera autant que vous voudrez. Vous le savez, o Dieu

Là nous mangeons le véiitable |)ain de vie dont de mou cœur, que je n'y veux tenir à rien qu'à

votre chair adorable même n'est que la superficie sensible ; là nous sommes nourris de la pnic substance de réternelle xérité ; là le Verbe fait chair se donne à nous connue notre verbe intérieur, connue notre pai'ole , notre sagesse, notre vie, notre être, notre tout. Si nous l'avons connu selon la chair et par les sens , pour V rechercher un goût sensible , tious ne

votre ordre. Je ne suis dans cette terre étrangère qu'à cause que vous m'y tenez. Je vous aime mieux que mon bonheur et que ma gloire. Il vaut mieux vous obéir que jouir de xous; il vaut mieux soufiVir selon vos desseins, que goûter vos délices et voir la lumière de votre visage. En me privant de vous , privez-moi de tout; dépouillez, arrachez sans pitié; ne lais-

îe connoissons plus de même ; c'est la pure foi et sez rien à mon ame. ne la laissez pas elle-

le ])ur amour qui se nourrissent de la pure vé- même à elle-même.

rite de Dieu l'ail une même chose avec nous. Si la présence du Sauveur a dû nous être 0 règne démon Dieu ! c'est ainsi que vous ve- ôtée , que doit-il nous rester? Si Dieu a été nez à nous dès cette vie misérable. 0 volonté jaloux d'une si sainte consolation pour les apôdu Père! vous êtes par là accomplie sur la très, avec quelle indignation détruira-t-il en terre connue dans le ciel. 0 ciel ! pendant qu'il nous tant d'amusemens qui nous conservent plail à Dieu do me tenir hors de vous dans ce certains restes secrets d'une vie propre! Quelle lien d'exil , je ne vais point vous chercher plus consolation sera aussi pure que celle de voir loin . et je vous trouve sur la terre. Je ne cou- Jésus? Et par conséquent en reste-t-il quelnois ni ne veux d'autre ciel que mon Dieu , et qu'une dont nous osions encore refuser le samon Dieu est avec moi au milieu de cette val- crifice ? 0 Dieu, n'écoutez plus ma lâcheté; lée de larmes. Je le porte , je le glorifie en mon dépouillez , écorchez , s'il le faut ; coupez juscœur ; il vit en moi. Ce n'est pas moi qui vis ; qu'au vif. Quand tout sera ôté , ce sera alors c'est lui qui vil, triomphant dans sa créature que vous resterez seul dans l'ame. de boue, et qui la fait vivre eu lui seul. 0 bienheureuse et éternelle Sion , où Jésus règne

avec tous les saints! que de choses glorieuses

sont dites devons! Qucj'aime ce règne de gloire ^y

qui n'aura point de fin! A vous seul. Seigneur,

l'empire, la majesté, la force , la toute-puis-

' .■\^^^^A^c• .îiolo^ POL'R LE JOUR DE LA PENTECOTE.

sance aux siècles des siectes.

Seigneur Je us , bien loin de m'affliger pour

nous de ce que vous n'êtes pas visible sur la Vous avez commencé , Seigneur, par ôterà

terre , je me réjouis de votre triomphe ; c'est vos apôtres ce qui paroissoit le plus propre à

votre seule gloire qui m'occupe. Je joins ici- les soutenir, je veux dire la présence sensible

bas ma foihle voix avec celle de tous les bien- de Jésus votre fils : mais vous avez tout détruit

pour tout établir : vous avez ôté tout pour ren-

» .V/U//A. XXVIII. 20. dre tout avec usure. Telle est votre méthode.

M A M Kl. I»K PIÉTK.

Vous vous plaisoz à iriiNorsci- Idnlii' <lii si-iis linrnuin.

Après avoir Me ri'llo |)(is>t'>si(>ii sciisililc de Jt'siis-Christ , voii^ avez (l(»niic xntrc Saiiit- Ksprit. ( > privalioii . (]uc \oiis êtes prériciisc «M pleine de \erlu. puisque nous opérez |tius que la |tossessi()u ilu Fils de Dieu nièiue ! < • aines làelies ! ponr(|U(»i vous eroyez-vous si jiauvresdans la prixalion, puisqu'elle enrichil plus que la possession du plus }rrand trésor? Bieidicureux eeux qui manquent de tout et qui manquent île Dieu même . c'est-à-dire de Dieu LTOÙIé et a|tereu ! Heureux ceux pour qui Jisus se cache et se retire! L'iispril consolateur xiendra sur eux; il apaisera leur douleur, et aura soin d'essuyer leurs larmes. Malheur à ceux qui ont leur consolation sur la terre , qui trouvent hors de Dieu le repos , l'appui et rattachement de leur volonté! Ce hou li^sprit pioinis à tous ceux qui le demandent nest point envoyé sur eux. Le Consolateur envoyé du ciel n'est que pour les aines qui ne tiennent ni an monde ni à elles-mêmes.

Hélas! Seigneur, où est-il donc cet Esprit qui doit être ma vie? il sera l'anie de mon amo. Mais où est-il ? je ne le sens, je ne le trouve point. Je n'éprouve dans mes sens que fragilité, dans mon esprit que dissipation et mensonge , dans ma volonté qu'inconstance et que partage entre votie amour et mille vains amusemcîîs. "ù est-il donc votre Esprit? Que ne vienl-il créer en moi un cœur nouveau selon le vôtre ? 0 mon Dieu , je comprends que c'est dans cette aine appauvrieque votre Esprit daignera habiter, pomvu qu'elle s'ouvre à lui sans mesure. C'est celte absence sensible du Sauveur et de tous ses dons qui attire l'Esprit saint. Venez donc, ô Esprit-, vous ne pouvez rien trouver de plus pauvre . de plus dépouillé , de plus nu , de plus abandonné , de plus foible que mon cœur. Venez, apportez-y la ])aix, non cette paix d'abondance qui coule comme un lleu\e, mais celte paix sèche , cette paix de patience et de sacrifice: cette paixamère, mais paix véritable pourtant, et d'autant plus pure , plus intime , )»lus profonde, plus intarissable, qu'elle n'est fondée que sur le renoncement sans réserve.

0 Esprit ! i) amour ! ù vérité de mon Dieu ! ô amour lumière ! ô amour, qui enseignez l'aine sans parler, qui faites tout entendre sans rien dire , qui ne deinandez rien à l'ame, et qui l'entraînez parle silence à tout sacrilice ! 0 amouiqui dégoûtez de tout autre amour, qui faites qu'on se hait , qu'on s'oublie el qu'on s'abandonne ! 0 ainiiur (pii coule/ au trave;'- du co-iir

comme la l'oiilaine de \ ie. (jiii ])oiirra vous connaître . sinon c(dm en qui vous serez? Taisez- \ons. hommes aveugles, l'amour n'est point en \oii.~. Nous ne sa\ez ce (jne NOUS dites; vous ne \o\e/. lien, vous n'entendez rien. F.e vrai Doileiir ne \onsa jam;iis enseignés.

C e>t lui (pii rassasie lame de ta vérité sans aucune Mience distincte. C'est lui qui fait naître au fond de lame les \éi ités (|ue la |)arole sensible de .lésus-Christ n'a\oit exposées qu'aux veux lie l'esprit. ( hi goûte, on se nourrit, on se l'ait une même chose avec la vérité. Ce n'est |duselle qu'on \oit comme ninjbjet hors de soi ; c'est elle i|ui devient nous-mêmes, et (juenous sentons inlimemenl comme l'aine se sent ellemême, (t quelle puissante consolation sans chercliei' à se consoler ! On a tout sans rien avoir. Là on trouve en unité le Père , le Fils et le Saint-Esprit ; le Père créateur, qui crée en nous tout ce qu'il veut y faire pour nous rendre des enfans semblaliles à lui ; le Fils \'erbe de Dieu , qui devient le verbe et la parole intime de l'ame, qui se tait atout pour ne laisser plus parler que Dieu ; enfin l'Esprit , qui souffle où il veut . qui aime le Père et le Fils en nous. 0 mon amour, quiètes mon Dieu, aimez-vo\is, gloritiez-vous vous-même en moi. Ma paix , ma joie, ma vie, sont en vous , qui êtes mon tout , cl je ne suis plus rien.

pocii LA fAtk dc s. sackemf.nt.

J'adore Jésus-Christ au saint Sacrement où il cache tous les trésors de son amour. 0 octave trop courte pour célébrer tant de mystères de Jésus anéanti ! Je n'y vois qu'amour, que bonté el que miséricorde. Hélas! Seigneur, que vou- Icz-vuus? I*ourquoi cacher votre majesté éternelle? Pour(|uoi l'exposer à ringratitude des aines insensibles , à l'irrévérence des hommes? Ah ! c'est que vous nous aimez, vous nous cherchez, vous vous donnez tout entier à nous. xMais encore de (luelle manière faites-vous ce don? sous la ligure de l'aliment le plus familier. 0 mon pain , ô ma vie , ô chair de mon Sauveur, venez exciter ma faim ! je ne veux ]dus me iiourrir que de vous.

( ) \'erbo , A Sagesse , ô Parole , ù Vérité éternelle, vous êtes caché sous cette chair, et cette chair sacrée se cache sous cette apparence grossière Au pain. '• Dieu caché, je veux vivre

MANUEL 1>K IMKÏÉ.

caché avec vous pour vivic de voliv vio (li\iiR'. Sous toutes iiu's misères, mes l'oihlesses , im-s iuiliuiiités, je caelierai Jésus; je deviondi'ai le saereuionl de sou amour : on uc verra que le voile grossier du sacreuu-ul . la eiéaluri" iiuparlaite et fragile , mais au dedans vivra le vrai ])ieu de gloire.

Iléliis ! o Dieu d'anioiu'. niiand \ it'ndivz-\ous doni"? Quand est-ce (jue je vous iùmerai? Quand est-ce (jue vous serez le seul aliment de mou eipur. et mon jtaiu au-dessus de toute substance? Le pain extérieur, cette créature fragile, sera brisé et exposé à toute sorte d'accidens ; mais.Iésus. inuuortel et im[)assible , sera eu elle sans division et sans cliangi-meut. Vivant de lui . je ne vivrai plus (|ue p'ur lui . <■! il vi- \vi\ tout seul eu moi.

Verbe divin, vous parlerez . el mon ame se taira poiu" vous entendre : cette sim[)le parole (jui a fait le monde se fera enlendi'(> de sa créatui'c, el elle fera eu tout ce qu'elle exprimera : elle formera sa nouvelle créature comme elle forma l'univers. Taisez-vous donc , mon ame ; n'écoutez plus rien ici-bas; uc vous écoulez plus vous-même dans ce silence (jui est l'auéantissemeul de l'esprit. Laissez parler le Verbe fait chair: o qu'il dira de choses ! Il est lui seul toute vérité. Quelle didérence entre la créature qui dit eu passant quelque vérité, et qui dit ce qui n'est point à elle mais ce qui est comme em[)runté de Dieu , et le Fils de Dieu qui est la vérité même! 11 est ce qu'il dit; il est la vérité eu substance : aussi ne la dit-il point comme nous la disons; il ne la fait point passer devant les yeux de notre esprit successivement et par pensées détachées ; il la porte elle-même toute entière dans le fond de notre être; il l'incorpore en nous el nous en elle : nous sommes faits vérité de Dieu. Alors ce n'est point par force de raisonnemens et de science, c'est par simplicité d'amour qu'on est dans la vérité; tout le reste n'est plus qu'ombre et mensonge. On n'a plus besoin de discourir el de se convaincre en détail : c'est l'amour qui imprime toute vérité. D'une seule vue on est saisi du néant de la créature et du tout de Die\i. Cette vue décide tout , elle entraîne tout , elle ne laisse plus rien à l'esprit : on ne voit qu'une seule vérité, et tout le reste disparoît.

0 monde insensé cl scandaleux . on ne peut plus vous voir ni vous entendre. (> amour-propre, vous faites horreur; on se supporte patiemment comme Jésus-Chrisl s\ipporloitJudas. Tout passe de devant mes yeux , mais rien ne m'importe, rien n'est mon allaire , sinon l'af-

faire uni(|ue de faire la volonté de Dieu dans le moment i>réseut,el de vouloir sa volonté sur la terre connue on la veut dans le ciel.

0 .lésns, voilà le vrai culte (pie vousatlendez. Qu'il est aisé de vous adorer |)ar des cérémonies el des louanges ! mais (ju'il y a peu d'ames qui vous rendenl ce culte intérieur ! ilélas ! on ne voit partout (pi'nue religion en ligure , qu'une religion judaïcpie. On voudroit pai- es[)rit posséder- votre vérité, mais on ne veut [loinl se laisser posséder par elle : on veut participer à votre sacrifice , et jamais se sacrilier avec vous. A moins qu'on ne se pei-de en vous , jamais on ne sera fait une même chose avec vous. 0 Dieu caché, (jue vous êtes iucomni aux hommes ! O amour, on ne sait ce que c'esl (pie d'aimer. Enseignez-le moi, elcesera m'enseigner toutes les vérités en une seule.

POUR LA FÊTE IJE SAINTE MAGDELEIXE.

Je voudrois , mou Sauveur, comme sainte Magdeleine, vous suivre par amour jusque dans la poussière du tombeau. C'étoit d'elle. Seigneur, que vous files sortir sept démons. Que j'aime à voir que les saints que vous avez tirés de l'état le plus affreux sont ceux qui vous cherchent avec plus de courage elde tendresse ! Tous vos disciples, Seigneur, s'enfuient ; Magdeleine seule, qui a été la proie de tant de démons, arrose votre tombeau de ses larmes ; elle est inconsolable de ne plus trouver votre corps ; elle le demande à tout ce qu'elle trouve ; dans le transport de sa douleur, elle ne mesure point ce qu'elle dit, elle ne sait pas même les paroles qu'elle prononce. Quand l'amour parle, il ne consulte point la raison.

Je cours en pleine liberté , comme vos vrais enfans, à l'odeur d(; vos parfums. Je cours , ô mon Dieu , avec Magdeleine vers votre tombeau; jecours,sansm'arrêter, à la mort entière de tout moi-même ; je descends jusque dans la poussière ; je m'enfonce dans les ténèbres et dans l'horreur de ce tombeau. Je ne trouve plus , (') Sauveur , aucun reste sensible de votre présence , aucune trace de vos dons. L'époux s'est enfui, tout est perdu ; il ne reste ni époux, ni amour, ni lumière : Jésus est enlevé. 0 douleur ! ô tentation ! ô désespoir ! Perdre jusqu'à mon amour même ! Jésus caché et enseveli au fond de mon cœur ne s'y trouve plus ! Où est-

MANUEL DE PltTl'.

il ? qn'cst-il Hcvcmi ? .lo le iloman<1o à loiifo la nature, cl toute la nature est muette ; il ne me reste de mon amour, que le trouble de l'avoir perdu. Où est-il? Honnez-lc-moi . ôtez-moi tout le reste, je l'emptirterai. Pauvre ame , (]ui ne sais rien de ee (jue tu dis. mais trop lieiireuse, juiisque tu aimes, sans savoir (jue c'est l'amour qui te fait parler!

n amour, vous voulez des âmes qui osent tout, et qui ne se promettent rien, qui ne disent jamais : .le le puis , ou , .le ne le puis pas. On peut tout en vous; on ne peut rien sans vous. Ouiconque aime parfaitement ne se mesure plus sur soi ; il est prêt à tout, et ne tient [dus à rien.

XVHl.

POCn LE JOLIl pp. L ASSOMPTION.

0 mon Dieu, je me présente aujourd'hui à VOUS avec Marie mère de votre Fils. Donnezmoi des j)ensées, donnez-moi un cœur <]ui répondent aux pensées et au cœur de Marie. O .lésus, voilà votre mère qui quille la terre pour se réunir à jamais à vous, .le la quitte ; avec elle mon cœur s'élève vers le ciel pour n'aimer que vous. 0 Esprit, qui descendîtes sur cette Vierge pour la rendre féconde . descendez sur moi pour me purifier.

Oue vois-je dans Marie pendant les derniers temps de sa vie ? Elle persévérait , dit saint Luc ' , dans la prière arec les autres femmes, c'est-à-dire qu'elle ne faisoit au-dehorsque ce que les autres fuisoient. La perfection, qui étoit sans doute dans la mère du Fils de Dieu, ne consiste dune pas dans des actions extraordinaires et éclatantes, Nous ne voyons ni prophéties, ni miracles, ni instruction des peuples, ni extases ; rien que de simple et de commun. Sa vie étoit toute intérieure : cWe prioit R\ecperséréraHce: voilà son occupation oii elle se hornoit: mais , sans se distinguer, elle [)rioit avec les autres femmes. O cond)ien sa prière dcvoit-elle être |)lus pure et plus divine ! Mais ces trésors dcmeuroient cachés: au dehors on ne voyoit que recueillement, simplicité, vie comiiume.

Adoration eu esprit et en véiité, dont Marie est le modèle, quand est-ce (pie les honimesvous cunnoîtront 't Ils vous cherchent oii vous n'êtes pas, dans les grands projets, dans les conduites pleines d'austérité. Toutes ces choses ont leur

temps, et Dieu yappelle quamlil lui plaît ; mais le vrai culte, le [»ur amour ne dépend point de toutes ces choses. Aimer en silence , ne vouloir (pie Dieu s(>ul, ne tenir à rien, pas même à ses dons pour se les approprier avec complaisance; sdiilViir l(uit eutsprit ; sduIVrir la vie couuue les maux dont elle est pleine, par ahaudon à Dieu, el dans ledépouilh-ment intérieur, comme Marie \i\oit dans celte amère séjjaration d'avec sitn l'ils : ne se conqiler plus pour rien dans toutes les choses (pion a à l'aire ou à soiiIVrir; ne se croire ni capahle ni incapahie d'aucune chose , mais se laisser mener comme un petit enfant , ou comme Marie se laisse donner par son Fils à .lean pour être conduite par lui ; n'avoir plus rien à soi, et n'être plus à soi-même; vivre, mourir avec un coiur égal, ou plut<-it n'avoir ni cœur ni volonté, mais laisser Dieu uniquement vouloir et s'aimer soi-même sans mesure au dedans de nous : ô vous voilà, adoration pure , simple et parfaite ! c'est de tels adorateurs que le Père cherche.

Mais, hélas ! où les trouvcra-t-il '? On craint toujours d'aller trop loin, et de se perdre en se donnant à Dieu. La pure foi ne suffit point aux âmes timides et intéressées. Elles veulent voir et posséder des dons sensibles ; s'appuyer, comme dit l'Ecriture , sur un bras de chair ou sur la force de leur sagesse. Marcher comme Abraham, sans savoir où l'on va , est une chose qui révolte les sens et la raison déliante. Hélas ! on veut servir Dieu , mais à condition de régler tous ses pas, d'arr;uiger ses affaires, de se faire un genre de vie doux et commode. On ne veut rien , dit-on. Hé ! ne veut-on pas les commodités de la vie , la consolation de l'amitié , le succès des choses qu'on croit bonnes, la conservation d'une réputation avantageuse ? 0 Dieu de vérité , faites luire vos plus purs rayons de grâce dans ces âmes timides et mercenaires ! Montrez-hnir qu'elles veulent tout, quoiqu'elles ne croient rien vouloir. Poussez-les sans relâche de sacrifice en sacrifice. Elles reconnoîtront, à chaque chose qu'il faudra sacrifier, qu'il n'y en avoit aucune à hupielle elles ne se tinssent fortement. Ouelles agonies (piand Dieu nous prend au mot, et ne fait que prendre ce que uftus lui avons tant de fois abandonné! 0 abandon , on parle de vous sans vous connoître ! 0 sacrifice de vérité , vous êtes dans la bouche , et point dans lecieiir ! O mon ame, je ne me li(^ plus à vous : je lie me lie qu'à Dieu seul, (]ui m'arrachera à iiini-même. O Marie, mère de .li'sus! je veux vi\ie et mourir avec vous dans le jiur amour.

MANUEL Ï)K PIKTK.

POl n I.E JÛi;i\ PK SAINT AlGtSTIN.

Que vois-je , SiMu'iKMir. t'ii saint Aii^ii^liti ? le romlilc dv sa misère, cl puis imo misri'ioonit' <]iii la suipasso. (> (jn'iiiio aine l'oible et niiséra- Itle est consolée à la vue d'un tel e\eni|)le ! C'est ainsi, ô mon Dieu, que vous aimez à sauNer ce qui étoit perdu, à redresser ce qui éloit égaré, à remettre dans votre sein tendre et paternel ce qui étoit loin de vous et livré à ses |)assions. 0 aimable saint, vous m'êtes mis devant les yeux pour in'a[)prendre. dans l'aliime de mes ténèbres, à espérer et à ne me décourager jamais , puisque la source des miséricordes ne tarit point pour les cœurs pénitcns ; entinà me supporter moi-même en tout ce que je vois en moi de plus Inimiliant.

n amour de mon Dieu , que n'a\ez-\ous pas fait dans le cœur d'Augustin ! En lui , onavoit vu l'amour aveugle, l'amour égaré, l'amour insensé ; ô amour , vous êtes retourné à votre centre vers la vérité et la beauté élernelle : cet amour, qui avoil si lon^^temps couru après le mensonge, est devenu l'amour parfait : c'est l'amour humble, c'est l'amour qui s'anéantit pour mieux aimer. Augustin ne s'aime plus luimême, tant il aime Dieu ; il ne voit plus rien par son propre esprit ; il est abattu , ce grand génie , si fécond , si vif, si étendu , si élevé , si hardi pour contempler les plus hautes vérités. Ou'est-il donc devenu cet honnnc qui perçoit les plus grandes difticultés , qui raisonuoit si subtilement, qui parloit, qui décidoit avec tant d'assurance ? Qu'en reste-t-il ? Hélas! je ne vois plus que la simplicité d'un enfant; il suit sans voir , il croit sans comprendre; l'amour simple et anéanti est devenu son unique lumière ; il ne cherche plusà counoître par ses propres lumières, mais l'onction de l'amour lui apprend toute vérité ; il la trouve l'enfermée dans le méprisde tout lui-même, et dans l'amour de Dieu qui est l'unique bien. Qui suis-je? s'écrie-t-il. Rien qu'une voix qui crie : Dieu est tout, et il n'y a que lui.

0 profonde doctrine ! la lumière la plus précieuse est cette lumière éternelle qui anéantit les lumières humaines : c'est cet état d'obscurité , où sans rien voir en l'homme , l'amour parfait voit tout d'une manière divine : c'est ce goût intime de la vérité, qui ne la met plus devant les yeux de la chair et du sang, mais qui la fait habiter au fond de nous-mêmes. 0 chère science de Jésus, en comparaison de laquelle tout n'est

rien, qui vous donner-a à moi ? qui me donnera à ^ous ? l'Lnseignez-moi, Seigneur , à aimer , et jesaurai toutes vos Ecritures. Toutes leurs pages m'enseignent que l'ame qui aime sait tout ce (|ue vo\is voulez qu'on sache. U amour , instiiiisez-mui par le cteur , et non par resi>rit. Désaltusez-moi d(î ma vaine raison, de ma pi'Udence aveugle, de tous désirs indignes d'une ame qui vous aime. Que je meure, connue Augustin, à tout ce qui n'est pas vous.

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