‹ Œuvres complètes de Fénelon, archeveque de Cambrai. Précédées de son histoire littéraireChapitre 56 sur 271 · POUR LA FETE DE TOL'S LES SAIMS · texte numérisé non relu

POUR LA FETE DE TOL'S LES SAIMS

L'intention de l'Eglise est d'honorer anjourd'imi tous les saints ensemble. Je les aime , je les invoque, je m'unis à eux , je joins ma voix aux leurs pour louer celui qui les a faits saints . Que volontiers je m'écrie avec cette Eglise céleste : Saint, saint, saint !à Dieu seul la gloire ! que tout s'anéantisse devant lui !

Je vois les saints de tous les âges, de tous les tempéramens, de toutes les conditions . il n'y a donc ni âge, ni tempérament, ni condition qui exclue de la sainteté. Ils ont eu au dehors les mêmes obstacles, les mêmes combats que nous; ils ont eu au dedans les mêmes répugnances, les mêmes sensiblités, les mêmes tentations, les mêmes révoltes de la nature corrompue ; ils ont eu des habitudes tyranniques à détruire, des rechutes à réparer , des illusions à craindre , des relâchemens flatteurs à rejeter , des prétextes plausibles à surmonter , des amis à craindre , des ennemis à aimer, un orgueil à saper par le fondement, une humeur àréprimer, un amourpropre à poursuivre sans relâche jusque dans les derniers replis du cœur.

Ah ! quej'aimeà voirlessaints,foiblesconune moi, toujours aux prises aveceux-mêmes, n'ayant jamais un seul moment d'assuré ! J'en vois dans la retraite livrés aux plus cruelles tentations; j'en vois dans les prospérités les plus redoutables et dans le commerce du siècle le plus empesté. 0 grâce du Sauveur , vous éclatez partout, pour mieux montrer voire puissance , et jiourôler louteexcuse à ceuxqui vous résistent! Il n'y a ni habitude enracinée, ni tempérament ou violent ou fragile, ni croix accablantes, ni prospérités empoisonnées , qui puissent nous excuser , si nous ne pratiquons p;rs l'Evangile. Cette foule d'exemples décide : la grâce prend toutes les formes les plus diverses, suivant les

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divers bosoins : elle fait aussi aiscinoiil dos rois humbles, que dos solilaircs pOiiilciis l't ifciioil lis . ■ tout lui est raoiiiM|uaiul nous ne résistons pas à son attrait.. l'enltMids la voix duSei},Micur qui dit que IMeu sait cbanjjer les pierres nïénies on enl'ans d'Abraliain. O.lésus. ô Parole, mais Parole d'êteruello \ôrilo ! acouniplissez donc cette parole en moi, moi pierre dure et insonsibio. moi qui ne puis être taillé que sous les coups red<uiblés du marteau , moi rebelle , indocile et incapable de tout bien. M Seipneur . prenez celte pierre; gloriliez-vous. amollissez mon cœur: animez-le de votre Esprit : rendez-le sensible à vos vérités éternelles ; formez en moi un enfant dWbraham, qui marche sur les vestiges de sa foi.

Dirai-je avec le monde insensé: Je veux bien mesauver. maisjene prétends pas être un saint? Ah 1 qui peut espérer son salut sausla sainteté? Hien d'impur n'entrera au royaume des cieux ; aucune tache n'y peut euh'cr ; si légère qu'elle puisse être, il faut qu'elle soit effacée, et que tout soit purifié jusque dans le fond par le feu vengeur de la justice divine, ou en ce monde ou en l'autre : tout ce qui n'est pas dans l'entier renoncement à soi et dans le pur amour qui rapporte tout à Dieu sans retour, est encore souillé. 0 sainteté de mon Dieu, aux yeux duquel les astres mêmes ne sont pas assez purs ! 0 Dieu juste, qui jugerez toutes nos imparfaites justices! mettez la vôtre au dedans de mes entrailles pour me renouveler ; ne laissez rien en moi de moi-même.

POrn LA COMMEMORATION DES MORTS.

Mon Dieu, je regarde avec consolation cette cérémonie de votre Eglise qui met la mort devant nos yeux. Hélas ! faut-il que nous ayons besoin qu'on nous en rappelle le souvenir! Tout n'est que mort ici-bas ; le genre humain tombe en ruine de tous côtés à nos yeux ; il s'est élevé un monde nouveau sur les ruines de celui qui nous a vus naître; et ce nouveau monde, déjà vieilli , est |)ièt à dispaioitre : chacun de nous meurt insensiblement tous les jours ; l'homme, comme l'herbe des champs, (leurit le matin ; le soir il languit , il se dessèche, il est flétri, il est foulé aux pieds. Le passé n'est qu'un songe ; le présent nous édiappc dans le clin d'œil où nous voulons le \oir : l'aNOnir n'est [loinl à nous, [lOut-tMre n'y sora-t-il jamais ; et.

quaiiil il V soioit , (m'en faudroit-il croire? Il vient, il s'approche , le voilà, il n'est déjà plus, il est tombédans cet abimo ilii passéoîi tout s'ongouIVro ot s'auéaiilil.

U Diou , il n'v a (juo nous: \(ius seul êtes l'être véritable ; tout lereslo n'est (ju'une image trom|iouso do l'être , qu'une ombre qui s'enfuit. < » vt'rilé, 6 tout ! je me réjouis de ce que je ne suis rien: à vous seul a|)parlient d'être touj<Jurs: vous êtes le vivant au siècle des siècles. U hommes aveugles , qui croyez vivre, et qui m' faites (jue mourir !

Mais cette mort, qui fait frémir toute la nature, la craindrai-je lâchement ? Non , non ; pour les enfants de Dieu , elle est le passage à la vie ; elle ne nous dépouille que de la vanité et de la corruption; c'est elle qui doit nous revêtir des dons éternels. 0 mort . ô bonne mort ! quand voudras-tu me réunir à ce que j'aime uniquement ? (iiiatid viendras-tu me donner le baiser de l'Epoux? Quand est-ce que les liens de ma servitude seront rompus ? 0 amour étei nel ! ô vérité qui ferez luire un jour sans fin ! ô paix du royaume de Dieu , où Dieu lui-même sera tout en tout ! ô céleste patrie ! ô aimable Sion. où mon cœur enivré se perdra en Dieu ! qui ne vous désire, que désirera-t-il ?

Mais, ô mon Dieu et mon amour, c'est votre gloire, et non mon bonheur, après quoi je soupire ; j'aime mieux votre volonté que ma béatitude : je consens donc, pour l'amour de vous , à demeurer encore loin de vous dans ce lieu d'exil, dans cette vallée de larmes, autant que vous le voudrez. Vous savez que ce n'est point par attachement à la terre nia ce corps de boue, ce misérable corps de péché, mais par un sacrifice de tout inoi-mêiue à votre bon plaisir , que je consens à languir encore ici-bas. Mais faites que je demeure à tout avant que de mourir : éteignez en moi tout désir ; déracinez toute volonté ; arrachez tout intérêt propre : alors je serai mort, et vous vivrez, vous, en moi : ahn's je ne serai plus moi-même.

0 précieuse mort qui doit précéder la naturelle î 0 mort, qui est une mortdivineet transformée en Jésus-Christ, en sorte que notre \ie est cachée avec lui dans le sein du Père céleste ! 0 mort, après laquelle on est également prêt à mourir ou à vivre ! <> mort qui commence sur la terre le royaume du ciel ! 0 germe de l'être nouveau ! Alors , mon Dieii , je serai dans le monde connue n'y étant jias; j'y paroitrai comme ces morts sortis du tombeau , que vous ressusciterez an dernier iuir.

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