EXPLICATION DE LA MESSE
D'abuud le prêtre et les assistans disent un Psaume pour se préparer au sacrifice. Il est bon d'entendre ce Psmviie , ou de l'avoir traduit en français, atin de s'attacher au sens, et d'exciter dans son coeur les sentimens que ces paroles peuvent inspirer.
Ensuite le prêtre dit le Confiteoi', pour s'accuser devant Dieu , et se purifier avant que de monter à l'autel. On doit s'accuser avec lui , et demander à Dieu la pureté de cœur nécessaire pour participer avec fruit à une action si sainte.
Le prêtre , étant à l'autel , dit encore une prière de préparation, oîi il faut s'unir à lui : puis il dit ce qu'on appelle V Introït , c'est-àdire le commencement d'un Psaume. Autrefois on en disoit un tout entier , mais on n'en dit plus que quelques paroles : ces paroles sont pleines de ferveur et d'onction ; ainsi on ne peut lien i'aiie de plus saint que d"y être attentif.
Immédiatement après, le prêtre vient du côté de l'Epître au milieu de l'autel : il le baise, après avoir imploré la miséricorde du Seigneur, en répétant [)lusieurs fois le Kyrie eleison ; ensuite il se tourne pour saluer le peuple, en lui disant : Le Seigneur soit avec vous. Celte cérémonie de baiser le milieu de l'autel vient de ce qu'il y a toujours en ce lieu des reliques; anciennement on élevoit les autels sur les tombeaux des martyrs.
Après le Kyrie eleison , et avant de baiser'
MANLKL DK l'IKTi:.
l'autel, le piètre, aux jours de fêtes, dit le Uloria 1)1 vxcebig. Le Gloria in exce/sis est un composé de louanges pour Dieu et |)onr Jésus- Clirist, pendant lequel il tant sunir à IKglise, qui les glorilie , et qui se réjouit à la vue de leur gloire. Ou ne le dit point dans les tenqis (le pénitence , et il est réservé pour les solennités.
Le prêtre étant revenu au cuin de l'Lpîtrc , il dit une ou plusieurs oraisons; il tant demander avec lui ce qu'il demande à Dieu. Après l'Ecriture sainte , nous n'avons rien de plus vénérable et de plus touchant (|ue ces oraisons de l'Eirlise.
L'Epitrese lit inunédiatement après. L'ElMIsc nous veut préjtarer ausacriticepai' l'instruction, et nous remplir de l'esprit de Jésus-Christ par les paroles des apôtres on des prophètes , avant (jue de nous donner pour nourriture sa chair et son sang. La parole de Dieu et le corps de .lésus- Christ sont deux nourritures, dont l'ime prépare à recevoir l'autre dignement et a\ec t'iuit.
Après l'Epîlre , on lit encore quelques paroles des Psaumes , comme à V Introït. Ces deux endroits-là ont été destinés au chant du peuple lidèle . et à une j)ieuse joie qu'on doit ressentir on louant Dieu. Il faut se conformer à celle intention de l'Eglise; on doit alors élever son cœur vers le ciel , se joindre au chœur des auges, et tâcher d'imiter leur joie à la vue des bienfaits de Dieu.
Le prêtre vient ensuite au milieu de l'autel ; il y fait une admirable prière pour purifier son co'ur et ses lèvres avant de prononcer le saint Evangile.
Puis il va le commencer en faisant sur lui le signe de la croix, parce que Jésus-Christ crucifié est l'objet princijjal que nous jjrésente l'Evangile, et que nous devons porter la croix avec lui pour être dignes de le suivre et de l'écouter. Il faut adorer la sagesse et la vérité même dans toutes les paroles de l'Evangile; Jésus-Christ \ parle pour nous : et qui écouterions-nous, si ce n'est celui r/xi « (les /uirolcs fie rie éternelle ' ?
L'Evangile est suivi du Credo, dans les fêtes considérables, parce que c'est dans ces solennités que le [)euple fidèh; . plein d'un même esjirit , doit renouseler , à la face des saints autels, la profession d'une même foi et l'adoration de tous nos mystères. Nous devons exciter en nous une vive foi , en prononçant cet abrégé (le la religion, qui est aussi ancien que l'Eglise.
' Joan. M. 69.
L'OIVertoire étoil anciennement im Psaume, (|u'on chantoil pendant (jue les fidèles olfroient leurs dons |)our le sacrifice, (k's dons étoient grands , et enqjortoient un tenq)s considérable. Maintenant , le refroidissement de la charité a accourci cette cérémonie ; on ne dit plus que quebjues paroles d'un y\s«u/«e, (pi'il faut U\cher d'inqirimer dans son cwur. Alors le j)rêtre offre à Dieu le jtain et le vin qu'il va consacrer, et (elle ollVaude doit être accompagnée de celle de nos cii'urs.
Après la bénédiction et l'oblation des dons , le prêtre lave encore une fois ses mains, par respect pour les divins mystères qu'd \a toucher , et jioin- mar(pier la pureté intérieure avec laquelle il faut approcher du Saint des saints. Il dit un Psaume très-convenable à cette action , et on ne peut mieux faire que de le suivre pour les paroles et pour les senfimens.
Puis il revient au milieu de l'autel , et y fait une prière où il diMuamle à la sainte Trinité, par tous les mystères de la vie de Jésus-Christ , la grûce de profiler d'un sacrifice si précieux.
Cela fait, il se tourne vers le peuple qu'il exhorte à prier.
Après ({uoi il dit l'oraison qu'on nomme Secrète . dans laipielU' le prêtre prie Dieu de recevoir favorablement les offrandes qui lui ont été faites par les fidèles, afin que les dons offerts par chacun d'eux . pour la gloire de son nom , soient utiles à tous pour leur salut.
Immédiatement après, vient la Préface ,qn'\ est une espèce de conclusion de toutes les prières précédentes. Dans ehaque fête solennelle , on y ajoute quelques paroles qui expliquent le mystère : tout y est destiné à élever les cœurs vers Dieu . et à marquer la joie de l'Eglise.
Elle est suivie du Canon , qui signifie règle, en grec. Il a été appelé ainsi , ])arce que c'est la règle et la forme des prières de l'Eglise pour le sacrifice. Cette forme que nous avons est trèsancienne . et pleine des plus grands sentimens de religion : on y voit toutes les demandes que l'Eglise fait par les seuls mérites de Jésus- Christ ; l'intercession des saints a[)otres et martyrs y est pourtant très-expresse. Cette partie de la messe se dit t(»ul bas , non pas qu'on veuille la cacher an peuple, (jue les pasteurs en doivent au contraire instruire, mai> c'est que la première partie de la messe n'étant presque composê-e qui' du rliant des Psaumes et des instructions tirées de I livaiigile et des Epitres des ajxMres , celle seconde partie est destinée à une prière plus recueillie et plus intérieure. Cependant on ne doit pas laisser, quoique chacun
MANUEL DE PÏÉTÉ.
prie en secret, de s'unir en esprit les uns aux autres, et de se coiitoruier au prêtre qui jiarle toujours à Dieu au nom de tous. Le prtMre tait souvent des signes de croix sur lui et sur les choses otrertes : les hérétiques se moquent de cette cérémonie comme d'une superstition, mais ilsdevroieut se souvenir C()ud)ien ce signe étoit ordinaire et iVéqueut dans la plus sainte antiquité. Qu'y a-t-il de [>lus naturel que de représenter sans cesse Jésus-t^lu'ist crucilîé. dans une action qui est le mémorial de sa mort douloureuse , et où il se donne lui-môme à nous pour renouveler sans cesse son sacrilîce?
Quand le prêtre veut consacrer, c'est-à-dire changer le pain et le vin au cor|)s et an sang du Sauveur, il cesse de parler en homme : revêtu de la puissance de Jésus-Christ , il en prend les paroles ; c'est Jésus-Christ mémo qui parle par sa houche ; nous n'en doutons pas, fondés sur le précepte formel de Jésus-Christ même , qui nous a dit : Faites ceci, c'est-à-dire, les mêmes choses qu'il a faites. Dès lors , ce n'est plus du pain ni du vin , c'est Jésus-Christ tout entier sous chaque espèce : car encore que l'espèce du pain contienne et signifie sa chair, et celle do vin son sang, et que ces deux espèces séparées représentent la séparation violente qui se lit de son sang et de sa chair sur le (Calvaire , nous savons néanmoins que Jésus-Christ ressuscité ne sauroit plus mourir, et que , dans l'état glorieux et impassible où il est , son corps et son sang ne sauroient plus être réellement séparés. Ainsi, qui reçoit l'une des espèces, reçoit tout Jésus-Christ.
Jésus-Christ étant devenu présent , selon sa promesse , le prêtre l'adore en fléchissant le genou, et l'élève pour le montrer au peuple, afin qu'il soit adoré de tous. Dans la suite , toutes les fois qu'il découvre ou couvre le calice, il fait par respect une nouvelle génuflexion. Ayant Jésus-Christ ainsi entre les mains, le prêtre conjure par lui Dieu son père pour les vivans et pour les morts. Nous voyons que tous les siècles de l'Eglise ont fait de même , et nous croyons que la présence de Jésus-Christ intercède pour nous, et rend nos prières très-efficaces.
Ensuite le prêtre, plein de joie à la vue de ce mystère , élève sa voix , et fait solennellement avec tout le peuple cette divine prière que nous tenons de Jésus-Christ même : Notice Père qui êtes, etc.. prière à laquelle nulle autre ne mérite d'être égalée , et à laquelle nous ne pouvons refuser notre principale confiance sans faire injure à Jésus-Christ.
Quand elle est finie ;, le prêtre prend l'espèce du jiain, et la rompt , pour signifier que le corps de Jésus-Christ a été rompu et immolé pour nous; puis il en met une parcelle dans le calice , pour marquer la réunion de son corps avec son sang dans sa résurrection triomphante.
F.nsiiite , arrêtant les yeux sur l'espèce du pain, il dit, à la vue de Jésus-Cdirist , en frappant sa poitrine, les paroles que dit saint Jean-Da])tiste lorsqu'il vit le Fils de Dieu : Agneau de Dieu , etc.
Cela est suivi de trois prières ferventes pour demander à Dieu le fruit du sacrifice de la communion. Avant de la faire, le prêtre s'en reconnoît indigue , et frappe encore sa poitrine , diseint ces paroles touchantes du centenier : Seigneur, je ne sttis pas digne , etc. Après avoir mangé le jiain céleste, il boit le sang précieux. Faut-il s'étonner que Jésus-Christ ait voulu être notre nourriture pour s'incorporer à nous? 11 n'a pris notre chair que pour la sanctifier, et pour devenir lui-même en nous un principe de vie éternelle. En s'abaissant sous l'apparence d'un aliment si familier, il ne peut rien perdre de son éternelle majesté; et en frappant ainsi nos sens par cette humiliation extérieure , il exerce notre foi et excite notre tendresse. Ainsi quoiqu'il s'humilie , rien ne l'avilit ; tout est digne de lui dans ce sacrement ; c'est une suite de ses bontés.
Après la communion du prêtre , vient celle du peuple; car ils doivent tous être faits un avec Jésus-Christ dans ce mystère d'union. Y assister sans y participer, c'est manquer à suivre l'institution de ce sacrement. Malheur, il est vrai , à celui qui , s'en approchant avec une conscience impure, boiroit et mangeroit son jugement ! Mais quand on est pur, comme les Chrétiens doivent toujours l'être , on ne peut , ni se dispenser de communier dans la célébration de ce mystère, ni communier dans une autre heure à sa commodité . sans s'écarter de l'intention de Jésus-Christ.
La communion est suivie des deux ablutions, l'une pour faciliter le passage des espèces sacrées , l'autre pour recueillir avec respect les parcelles et les gouttes précieuses qui pourroient rester dans le calice.
Puis le prêtre va dire au côté droit l'antienne de la Communion , à laquelle on ajoutoit anciennement le chant d'un psaume comme à ï Introït. Après cela, le prêtre revient au milieu de l'autel, qu'il baise, et se tourne pour saluer le peuple ; de là, il va encore au côté droit dire une ou plusieurs oraisons pour rendre grâces
MANUEL 1)1-: l'IKTK.
^ Dieu , a|)ivs quoi il retouriio au iniliou Ae I aiilel , où il luiise ciuoro li- lieu des reliques. • lela lait, il siilue encore le peiiple , et l'averlit que la messe esl linie ; il y ajoute sa héiiéilictiou. qu'il donne au nom de Dieu , et a|)ivs l'avoir invoqué, (l'est inie coutume df l'aucieime et de la nouvelle alliance, que los pivlics lu-nisseut les peuples, c'est-à-dire qu'ils Icm- souiiaitent les biens du ciel. !,a piété des tierniers temps a introduit la coutume, que le [)iètre, avant d'allei' quitter ses habits de cérémonie* lit le commencement de rM\an}^ilede saiul Jean , où est marquée en termes si sublimes la divinité de Jésus- Christ , et la grandeur des desseins éternels qui ont fait descendre le Fils de Dieu sur la terre. Toute la religion est com|M'ise dans ces paroles.