DE LANNKF. SAINTE 1 TOI
Après une traduction de la bulle de notre saint père le pape Clément XI, et la désignation des églises à visiter pour gagner le Jubilé dans le diocèse de Cambrai, raonseipeur l'archevêque parle ainsi à son peuple.
François , par la miséricorde de Dieu et lu grâce du saint Sié^^c apostolique , archevêque duc do Cambrai, priuce du Saint-Empire, comte du Cambrésis, etc. , à tous les fidèles de notre diocèse, salut et bénédiction.
Nous avons trouvé à propos , mes Irès-cliers Frères , de faire publier, le premier dimanche de l'Avenl , leJuldlé de l'aiiuée sainte, que notre saint pèrr le Pape a bien voulu accorder en faveur de nos diocésains. En vous donnant la traduction de la bulle de Sa Sainteté , nous commençons par dési|;ner les églises qu'il faudra visiter en chaque lieu. etc.
il ne nous n-ste, mes très-chers Frères, (ju'à vous représenter lombit-n les dons de Dieu sont terribles contre ceux qui les méprisent, llélas 1 les jours de bénédictions s'écoulent, et le péché règne toujours. Le ciel verse ime rosée abondante , et la terre demeure stérile en fruits dignes de pénitence. Ne reverrons-nous pas encore
FtNELO.N. TOME VI.
après le Jubilé les mêmes déréglemens , les mêmes habitudes, les mêmes scandales! Les fidèles courent avecempressement pour obtenir cette grâce : mais ils veident apaiser Dieu sans se convertir ni se corriger. La religion se tourne en vaine cérémonie. Un pécheur veut payer Dieu des ap|)arences dont il n'oseroit payer un ami oiïensé. 11 donne à Dieu tout le moins qu'il peut dans sa réconciliation. Il semble regretteitout ce (ju'il lui donne , et le compter comme perdu. 11 se prosterne au\ pieds d'un prêtre, et prétend lui faire la loi ; il frappe sa poitrine, et (latte ses passions : il avoue sa fragilité , et refuse de se délier de lui-même ; sa fragilité sert d'excuse à ses rechutes, et ne lui fait sentir le besoin d'aucune [jrécaution : il veut apaiser Dieu , mais à condition de ne se gêner en rien. «C'est aux pénitens (juc je |)arle , disoit saint » Augustin. Hue faites-vous? Sachez que vous » ne faites l'ien. A (pini vous seil cette hiimi- » lialion apparente, sans cliangement de vie? » (Jaid est quod (Kjitis'] Scitote , nihil agitis. » Quid jjntdrsl quiu lnoiiilUuniiù , si non mu- » tainiiii? ' »
Faut-il (pie les Chrétiens retombent dans le judaïsme, et (jiie les cfi'urs soient loin de Dieu |)endanl qu'on l'honore des lè\res? (Vest parler de pénitence, sans se repentir; c'est réciter des prières , sans prier véritablement ; c'est tourner le remède en poison, et rendre le mal incurable.
' Srriii . 1 (I M II , .il. //" 1>. I5U0.
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MANDR.MKNTK.
L'exercice de la loi se réduit à n'oser conlrodire les nivslères iiii'om[)ivlu>nsil)les, àré|;ard desquels une oei'taiiio souuiissiiMi vajiue ne coûte rien. Mais les maximes de la |>au\ieté et de riiumilité évanuéliqne, (jui sont ivvélées comme les mystères, et qui attaquent l'aniour-propre, ne soullVent-elles pas en toute occasion une contradiction, et une déiision scandaleuse? On craint K; moindre mépris du monde [tins que les ju{j;emens de Dieu , et la moindre perte des biens temporels, |)lusquc celle du salut. On a lionte de faire le bien, la [)arole de Dieu ennuie, on est dégoûté du pain descendu du ciel , la table sacrée est déserte ; prescpie |)ersonne ne porte sérieusement et avec docilité le joug de la loi divine. (» Seigneur. ai)proclions-nous de ces temps où vous avcx dit que le Fils de rimiiiinc tron\(M-(iit à peine quelque foi sur la terre? Jetez un regard de compassion sur vos enfans. Envoyez votre Esprit , et ils seront créés . et vous renouvellerez la lace de la terre. Rallumez le feu de votre amour dont vous avez voulu embraser le monde. Après avoir été justement irrité , ressouvenez-vous de votre miséricorde. Rappelez pour votre gloire ces anciens jours, où votre peuple bien-aimé. n'étant qu'un co'ur et (ju'uneame sous votre main , usoit de ce monde comme n'en usant pas, et ne seconsoloit que dans l'amour de votre beauté élernelle.
Donné à Cambrai le ITide novembre 1701.
MANDEiVlENT POUR LE CARÊME
DE l'année 1'Î04.
François, etc., à tous les lidèles de notre diocèse , salut et bénédiction.
Pendant la dernière paix nous avons cru devoir nous appliquer à rappeler nos diocésains à la parfaite observation de la pénitence du Carême, qui est aussi ancienne que l'Eglise , et qu'elle a pratiquée pendant tant de siècles avec une exactitude incomparablement plus rigoureuse qu'en nos joins. Dans cet intervalle de tranquillité publique,, nous avions déjà accoutumé les peu pies à se priver de l'usage des o'ufs, que les malheurs de la guerre avoient rendu autrefois nécessaire. Mais une guerre nouvelle a suspendu malgré nous le parfait rétablissement de cette discipline. Nous nous bornâmes l'année
dernière à résister aux désirs de ceux qui demaudoieut tiu'ou permît la viande. Nous ne crûmes pas devoir autoriser un relàcbement d'une si dangereuse consé([uence , et qui avoit été inoui dans les Pays-Ras catholiques , même pendant lis jihis longues guerres et les plus alIVenses di-solalions. Nous savions que les peuples de ce [)ays , malgré les ravages et les misères incroyables des leiM|)S passés , avoient loujouis eu le zèle d(î s'abstenir de manger de la \ iaiide pendant tous les Carêmes , étant jaloux de conserver cette glorieuse marque de discipline de l'Eglise catholique , qui les distinguoit des Proteslans leurs voisins.
Maisenlin, cette anné(î , l'entière cessation de commerce avec la Hollande prive les Pays- Bas de toutes les provisions de poisson qu'ils avoient accoutumé d'eu recevoir ; et notre saint père le Pape nous inspire par sa sagesse paternelle une indulgence (îxlraoï-dinaire pour ce cas singuliei', autant que notre conscience et la connoissance exacte que nous avons sur les lieux des vrais besoins de notre troupeau nous le permettront.
Des raisons si puissantes nous déterminent à permettre , pendant le Carême prochain , à la partie de notre diocèse qui est sous la domination du Roi Catholique , l'usage de la viande pendant trois jours de chaque semaine, savoir, le dimanche , le mardi et le jeudi. Nous en exceptons néanmoins le jeudi qui arrive le lendemain du mercredi des Cendres, le dimanche des Rameaux , le mardi et le jeudi de la semaine sainte. Quoique nous leur permettions ainsi l'usage de la viande pour certains jours, nous conservons le commandement de l'Eglise dans toute sa force, à l'égard du jeûne, non-seulement pour tous les autres jours , mais encore pour les jours mêmes où ils mangeront de la viande. Plus la nourriture qu'on prend est forte , plus on est en état de garder la règle du jeûne en ne faisant chaque jour qu'un seul repas avec une petite collation.
De plus, nous exhortons les riches à suppléer par des aumônes, au-delà même de celles qu'ils font d'ordinaire , la pénitence qu'ils ne feront point du côté de leur nourriture. Enfin nous conjurons tous les peuples en général de pratiquer quelque autre mortification , qui tienne lieu de celle dont nous les dispensons. Jamais temps n'a montré plus que celui-ci une pressante nécessité d'apaiser la colère de Dieu par des humiliations et par des pénitences extraordinaires. Il fjint que sa justice soit bien irritée [)ar les péchés des hommes , puisque nous
MANDEMENTS
voyons toutes Ips nations do la chrétionlc'- dans des friiL'rii's si'iiil)lal»les à celles (jui oui l'ié pivditcs pour la liu dos sit'clos.
A l'égard de la partie do iiolro diocèse qui eit sous la d<uiuuation do Franco , nous lui pciniotlons soulouioul , et on couiuuui avec la partie qui est sous la doniiuatiou d'Espa^Mio, l'usage dos œufs , exceptant néanmoins les quatre premiers et les quatre derniers jours.
Do plus, commo les militaires reviennent à poino d'une longue campagne, et sont à toute heure sur le point do se remettre en marche pour roconuuoucor leurs fatigues , nous leur pormollous de manger de la viande cinq jours do chaque semaine, savoir, le dimanche, le lundi , le mardi , le mercredi et le jeudi , exceptant néaiuuoius le mercredi dos ( A'udros, le jour suivant , et toute la souiaino sainte.
Mais nous ne prétendons point comprendre dans celte dispense, par rapport à la viande, aucun des ot'ticiers dos états-majors dos places; parce que, demourant tranquillement chez eux dans les villes, ils peuvent encore plus facilement que le peuple se contenter des œufs , qui leur sont permis.
Nous espérons du zèle des peuples soumis à la France dans notre diocèse, qu'ils ne seront nullement jaloux de la condescendance particulière dant nous usons à l'égard de ceux qui ohéissent à l'Espagne ; et qu'ils se croiront heureux au contraire de pouvoir, par leur situation plus éloignée de la guerre , faire un peu plus qu'eux pour garder la règle. Selon saint Augustin , ceux-là sont les plus riches en Jésus-Christ, qui ont plus do courage pour supporter la privation ; car il est hien plus avantageux d'être au-dessus des besoins, que d'avoir de quoi y satisfaii-e. IIUp se exisliment flitiorcs ,quœ fuerint in snstiiienda ijarcit(Ue pirtiores. Me/ius est eniin minus egere , (/tiàrn jAus hubere '. Mais enfin les uns et les autres doivent en cette occasion suivre ce que saint Paul disoit aux premiei-s fidèles , dont les uns usoient d'une lilierté que les autres se rofusoient : Que celui qui matif/e ne utrpfise point relui qui ne rmnuje pas ; et que celui qui ne mange pas ue juije point celui qui mange *. Au milieu de ces petites diversités passagères que certaines circonstances causent dans la discij)liiie , tous doivent demeurer dans une |»arfaile unité de co.'ur, ou allcndaut (juo les uns puissent revenir au plus lot au même point où les autres auront la gloire en Jésiis- Clirisl d'être demeurés fermes.
' A."/<. Il Al , II. 'i : I. M.ji. Tsl. — ' Kuin. mu. 3.
Au reste, mes très-cliors Frères, nous avons appris avec douleur qu'un graml nombre d'entre vous, ayant entendu |)ul)lier dans le pays de la domination d'Espagne nu ordre de la puissance séculière, qui éloil borné à la simple police, pour avertir de bouuo lieuro les boucliers, marcliaiiils de [loisson et autres cpii l'ont les provisions publicjuos , oui cru pouvcjir manger aussitôt de la viande tous les samedis , sans attendre que la voix do l'Eglise leur mère les instruisit dosa volonté. Vous devez savoir que c'est ri'^gliso seuil! à laquelle il appartient nonseulomonl de dispenser, mais encore do publier elle-même ses |>ropros dispenses sur les comniandemens qu'elle a faits toute seule. Le commandement du jeune du Carême est sans doute un des plus anciens et des principaux commandomons cpie celle sainle mère ait faits à ses enfans pour leur faiio praticjuor la pénitence, sans laquelle nul honnne ne peut expier ses péchés, vaincre les tentations , et se rendre digne du royaume du ciel.
Comme les ministres de l'autel sont infiniment éloignés de s'ingérer dans aucune alVaire qui regarde l'autorité lemporelle , et qu'à cet égard ils donneront toujours à tout le reste des sujets des rois l'exemple de la soumission la plus parfaite et du zèle le [)lus ardent ; aussi les rois vraiment chrétiens et catholiques n'ont garde do décider jamais sur les choses purement spirituelles , telles que les conniiandemens de l'Eglise pour l'expiation des péchés par la pénitence. Quand ils ont besoin de quelque dispense à cet égard pour leurs personnes sacrées mêmes, ils sont les premiers à se soumellre humblement à l'autorité des pasteurs, pour en donner l'exemple à tous les peuples de leurs Etats. Souvenez-vous donc pour toujours , mes très-chers Frères , que c'est de l'Eglise seule que vous devez apprendre les dispenses qu'elle acc(jrdo sur ses propres commandomens.
Domié à Cambrai le dernier jour de l'année ITO.'t.
MANDEMENT rnl'H EE CAHEME
iiK i.'anme 17(>r».
l'K\Nrol> , etc. , à tous |i s iidèlos de noire (lioièse , salut el béuéihcliou.
JGi
MANDEMENTS
Tl y a déjà environ quinze cents ans (iiieTcrtullien rapporloit comnie une tradition la coutunn: oùétoient les ('n'y tics d'ordonner /es /câncs jxiiir tout le peuple ; et dès lors l'abstinence de certains oliinens fnisuit une partie de cette /jénitence : portionale jeJHuiuni '. C'est suivant cette tradition, (jui remonte jus(iu'au.\ apiMres, que les pasteurs doivent l'époudir à Dieu des niorlilicalions du troupeau (tour l'expiation des [técliés. Mais uous remarquons avec douleur que la sainte discipline du Carême a été très-dangereusement altérée dans cette frontière par la lonifueur des guerres. Nos peuples , autrefois si jaloux de conserver cette marque qui les dislinguoit des Frotestans leurs voisins, seudtlent avoir oublié celte ancienne ferveur. Ceux qui auroient refusé des dispenses dans leurs plus pressans besoins . en demandent cliacjue année avec empressement, l.a ])énitence diminue pendant que son besoin augmente. L'inicjuité couvre la face de la terre. La main de Dieu est étendue et s'appesantit sur toute la chrétienté. 11 semble dire à tant de nations désolées par des guei'rcs sanglantes : Super i/no perculiain ros ultra? Que me reste-t-il à frapper? quelle plaie puis-je encore ajouter? Mais les bommes, loin d'affliger leurs âmes pour apaiser sa colèj-e, ne cherchent qu'à élargir la\oie étroite.
Ceux , dit saint Augustin, qui manquent de véritables raisons \)ouv obtenir des dispenses, sont ingénieux pour s'éblouir eux-mêmes par de fausses nécessités. Falsas faciunt, quia verus non inveniunt *. On devroit, dit-d , passer ces jours d'humiliation dans le yém'issement de l'oraison, et dans la mortification du corps. D'un côté, il faudroit que l'oraison fut /;o?</v'/e /J«r le jeune, selon le langage deTertullien. Enefl'et l'oraison étant toute spirituelle, elle n'est parfaite qu'à proportion qu'elle sépare l'ame de la chair, pour l'unir à Dieu dans la vie de la foi. D'un autre côté , les hommes sont occupés de leurs corps, comme s'ils n'avoient point d'ame. Ils craignent de laisser jeûner leurs corps , et ils laissent tomber leurs âmes en défaillance dans un funeste jeune de la parole de vie , et d*î l'Eucharistie , qui est le pain au-dessus de toute substance. Ils s'alarment avec lâcheté sur les moindres infirmités de ce corps , dont ils ne peuvent que retarder un peu la corruption : mais ils ne sentent ni les tentations , ni les maladies mortelles de l'ame , qui est faite pour vivre éternellement.
On allègue contre le Carême la misère pu-
1 De .leJiiH. cap. ix ; j,. .-j/,;). '- Serin, icv. dr Qiindr.iij. VI, 11. 12 : t. V, p. 032.
blique : raison que la vénérable antiquité n'auroit eu garde d'approuver. Dans ces premiers temps , les riches jeùnoieiit [lour donner aux pauvres ce qu'ils épargnoient dans le jeune. Saint Augustin disoit à son peuple : Que Jésus- » Christ . souffrant la faim en la personne du » pauvre, reçoive de vos mains raliment que » le jeune vous retranche.... Que la pauvreté t) volontaire du riche devienne l'abondance » dont le pauvre a besoin. Voluntaria copiosi » inopia fiât necessaria inopis copia. » De là vient que ce Père veut que le jeune aille jusqu'à souffrir la faim et la soif. Il faut , dit-il , que les riches se dégradent , s"a[)pauvrissenl , et se VDurrissenf comuw les ))auvres , [>our les secourir.
Mais en nos jours le Carême s'approcbe-t-il, les pauvres sont ceux qui s'en plaignent le moins , et leur misère sert de prétexte à la délicatesse des riches. Les dispenses ne sont pres- (jue pas pour les jiauvres : toute leur vie est un Carême perpétuel. Qui est-ce donc qui élève sa voix contre la pénitence? Les riches qui en ont le plus pressant besoin pour corriger la mollesse de leur vie. Ils ne savent que trop éluder la loi , lors même ([u'ils ne peuvent en secouer le joug. La pénitence se tourne chez eux en raftinemens de plaisirs. On dépense en Carême plus que dans les temps de joie et de licence. La volupté même , dit saint Augustin , ne voudroit pas perdre la variété des mets que le Carême a fait inventer. Ut ipsa faucium eoncupiscentia nolit (Juadragesinuim prceterire.
Hélas! où en sommes-nous? Arrivons-nous à ces derniers temps où saint Paul assure qu"//ir ne souffriront plus la saine doctrine, et dont .lésus-Christ même dit : Croyez-vous que le Fils de r homme trouvera de la foi sur la terre ? On se dit chrétien , et on veut se persuader à soimême qu'on l'est. On va à l'Eglise, et on auroit horreur d'y manquer. Mais on réduit la religion à une pure cérémonie , comme les Juifs. On ne donne rien à Dieu, que ce qui ne coûte presque rien à l'amour-propre. On lui refuse tout ce qui humilie l'esprit, ou qui afflige la chair. On vit comme si on ne croyoil point d'autre vie que celle du corps. Ne craignons pas d'employer une expression de l'Apôtre : Le ventre de ces hommes sensuels est leur dieu. Cependant ce corps qu'on flatte , qu'on orne, et dont chacun fait son idole, se flétrit comme une fleur qui est épanouie le matin , et qu'on foule aux pieds dès le soir. Il se défigure , il meurt tous les jours : il est le corps de mort et de péché , comme dit l'Apôtre. Hélas ! le jour de la per-
MANDEMENTS
dition est déjà proche, et les temps se hâtent darriter. Voilà la loiiclusion de saint Augustin. « Plus le jour de la mort est incerlain , et » le jour passajier de celte vie plein d'ainer- » tuMie . [»lus nous devons jeûner et piiei' ; car » nous mourrons demain. » Mais pourquoi . dit Terlullien , le jeune , qui est très-salutaire aux pécheurs , est-il si triste et si iteniliU' j)our eux ? Cur eniin triste . quad suhiturc ' ?
\oilà. mes très-diers Frères, ce qui nous a tant fait désirer de maintenir la pénitence du tJaréme. Nous avons, malgré nous, l'ait ijueUiue peine à ceux que nous aimons le plus . et dont nous voulons le plus être aimés pour Dieu. Mais nous leur disons, comme l'ApoIre : Sij»' vous contriste . eh qui est-ce qui rue consolera . si ce n'est celui qui a été contristé par moi'.''
MANDEMENT POUR DES PHIÉRES
Kiiam;ois , etc., à tous les tidèles de notre diocèse . salut et bénédiction.
Dieu . dit saint Augustin ', partage les temps entre sa justice et sa miséricorde. Tantôt il Itrise le geme liunuiin parles guerres, et tantôt il le console par la paix. Mais la nécessité des guerres, ajoute ce Père % loin d'adoucir ces N'êtes-vous pas notre joie et notre cowonne en grandes calamités, est au contraire ce qu'elles Jésus-Christ ? Malgré cette fermeté que nous ont de plus rigoureux ; [)uisqu'il n'y a rien de avons crue nécessaire , nous n'avons pas laiss»'- plus déplorable dans les maux, que de ne poude relâcher heaucouj) par rapport à la sainteté \oir les é\iter |)ar sa sagesse. A la vue de tant d'une discipline apostolique, et par rapport de malheurs , dont une guerre [iresque univeraux péchés innombrables des honmies. La con- selle afllige la chrétienté, ne devons-nous pas descendance que nous eûmes l'année dernière conclure , mes très-chers Frères , que les peuparoîl encore nécessaire en celle-ci. La cessa- pies ont profondément péché? profundè peccatioa du commerce continue. La voix du saint rerunt ". Puisque Dieu , ce père si tendre et si Père, qui nous invile à lindulgcnce dans ce miséricordieux . nous frap[)e si terriblement, il cas singulier . nous rassure contre la crainte où faut que nous soyons des enfans ingrats et dénous étions de laisser les pécheurs prescrire natures qui aient attiré sa colère. Non-seulecontre la loi. Ainsi nous permettons encore ment , dit le même Père \ ceux qui ont oublié pendant le Carême prochain , etc. Dieu, et foulé aux pieds toutes ses lois, doivent
La docilité édifiante de tous nos diocésains de tiembler sous les coups de sa puissante main . la domination île France , (jui a éclaté l'année mais encore ceux qui n'ont point à se reprocher dernière dans l'inégalité que nous avons cru un orgueil insolent , une volonté impudente, devoir mettre entr'eux et nos diocésains soumis une insatiable avarice, une injustice cruelle, à l'Espagne, ne nous permet pas de douter une scandaleuse impiété, doivent s'humilier qu'ils ne veuillent montrer encore le même avec les inéchans pour apaiser la justice dizèle cette année. Heureux ceux qui ont le cou- \nic : Flaf/rllantur ciiimsiniul, non quia simul rage de donner un grand «'xemple damour afpint nudani vitom . srd qtiin simul amant tempour la loi! Qu'ils soient à jamais bénis , pour jioralem vitant. Il est juste qu'ils sentent awc avoir soutenu dans un tem|)s fâcheux une si les impies l'amertume de cette vie périssable, pure disci[)line, et pour n'avoir point regardé puisqu'ils en ont aimé avec eux la fausse doud'un omI jaloux le soulagement de lenis frères 1 ceur. (Jucî nous reste-t-il donc, sinon de nous Nous espérons que les autres , également zélés ranimer par ces paroles du Saint-Esprit : pour la règle , se hâteront , dans la suite, de h!t maintenant , dit lo Scifjtu-ur'^ , convertis-
faire autant qu'eux , pour être la bonne r.deur sez-rous à moi de tout votre ranir dans le jeûne , de Jésus-Christ. dans les larmes et dans les gémissemens. Déchi-
Donné à Cambrai le -2.') janvier 170.%. rez vos cwurs , et non vos habits. Convertissez-
vous au Seigneur votre /lieu ; car il est bon . > De Jrjiin. niiu/jutissanf . patient . riche en miséricorde ,
niiintnl mieujà fairr le bien qu^'le iiud. (Jui sait s' il ne sera pas lui-uiéaie changé . pour uous par-
' l)f tiiil. lin. hl). \. .ai'. \MI : I. Ml, 1'. «;t'.i. — » Ibiil. lil). MX, <Ji>. Ml : 1'. SM. — ' (h»'\ \\. 0. — ' /V ( ii'il. I)ri , lil'. I . 'H'. i\ : I. Ml , \i. « 'I *■). — '• h. \\.
MANDEMENTS
donner , et s il ne /uisaern /luint ujiri's lui sa bénédiction , pour recevoir nos sao-ifices ? Sonnez de la trompette au milieu de S ion. Appelez tout le peuple ; purifiez-le : assemblez les vieillards; amenez même les en/ans ipti sucent la nunnelle. Que l'époux se lève , «pie l'épouse (pdtte son lit nuptial. Entre le vestibule et l'autel . les prêtres et les ministres diront en pleurant : Pardonnez, Seigneur , pardonnez à vot)'e peuple , et n'abandonnez point votre héritage à l'opprobre et à la domination des (lentils. Souffrirez-vnus cpie ces peuples disent de nous : (J'u est leur Dieu ?
Comme nos infidélitcs ont attiré la guerre , lîàtons-nous de ramener la paix par nos pi'ières , et par nos \ertus demandons à Dieu qu'il comble de ses grâces la persnmie du Hoi , (juil bénisse ses armes , qu'il protège sa juste cause , et qu'il dissipe tous les projets de ses ennemis. Faisons même ime demande qui ne sera pas moins pour uns ennemis que pour nous. Demandons une paix commune, où personne ne combatte plus que contre les vices . où l'on ne voie plus les liommes verser des larmes que pour leurs péchés , où le ciel ramène sur la terre la beauté des anciens jours , et où tous les enfans de Dieu , sans distinction d'aucun pays, ne soient plus qu'un cœur et uneame.
Pour obtenir ces grâces du Ciel , nous ordonnons qu'on chantera tous les dimanches et toutes les fêtes , à la fin de la messe , pendant tout le reste de cette guerre , dans toutes les églises , tant exemptes que non exemptes , etc.
Donné à Cambrai le 18 d'août 1705.
MANDEMENT POUR LE CARÊME
DE l'année 1700.
François, etc., à tons les fidèles de notre diocèse, salut et bénédiction.
Pendant les premiers siècles de l'Eglise , les Chrétiens vivoient de foi , dans le jeûne , dans la prière , dans le silence , dans le travail des mains. Ils usoieni de ce monde comme n'en usant pas , parce que c'est une figure qui passe dans le moment où l'on s'imagine en jouir. Leur conversation étoit dans le ciel.
Que si quelqu'un venoit à décheoir de cet heureux état , chacun le regardoit comme un astre tombé du ciel. Aussitôt toute l'Eglise étoit
en pleurs et en géniissement pour lui. Ce pécheur , trop heureux de taire pénitence, se lenoit à la porte de la maison de Dieu, frappant sa poitrine , criant miséricorde aux pieds du |);»stcur , et se jugeoit indigne de la vue du saint autel. Lu grand nombre d'années s'écouloit dans cette humiliation, avant qu'il fût rappelé au festin sacré de l'Agneau. Les empereurs même du monde (le grand Théodose en est un merveilleux exemple ) , loin de l'aire la loi à l'Eglise en ce point, ne lui étoient nas moins soumis que le reste de ses enfans pour cette discipline salutaire. L'Eglise étoit jalouse de ne souffrir pas que les saints martyrs allant répandre leur sang, accordassent aux pécheurs (]uelquc adoucissement de cette l'ègle rigoureuse. Combien eût-elle été indignée, si elle eût vu les pécheurs eux-mêmes vouloir se rendre les juges de leurs propres péchés, et prétendre lui extorquer des dispenses , pour en éluder l'expiation !
Loin de voiries pécheurs vouloir s'épargner comme des hommes innocens , on voyoit les justes les plus éditians qui se punissoient sans cesse comme coupables. Non-seulement les solitaires dans les déserts pratiquoient une abstinence qui paroissoit miraculeuse , jusque dans la plus extrême vieillesse , et vivoient comme des anges dans des corps mortels , mais encore les fidèles de tous les états sembloient regretter tout ce qu'ils ne pouvoient refuser à leur corps sans le détruire. Im sainte pâleur du jeûne éioii peinte sur les visages, pour parler comme saint Basile. « J'ai connu à Rome , dit saint Au- » gustin * , beaucoup d'hommes qui menoient
» une vie tout ensemble libre et sainte J'ai
» appris qu'ils pratiquoient des jeûnes entière- » ment incroyables. Non-seulement ils se bor- » noient à manger une seule fois chaque jour à » l'entrée de la nuit , ce qui est très-ordinaire » en tous lieux , mais encore ils passoient trois » jours de suite, ou un plus long temps, sans » boire ni manger. Cette coutume se trouvoit » parmi les femmes, aussi bien que parmi les » hommes. »
C'est ainsi que les amis de Dieu affligeoient leur chair, pour nourrir plus facilement leur esprit dans une prière continuelle. Mais dans ces derniers temps, qui sont devenus les jours de péché , plus les hommes pèchent, plus ils s'irritent contre la pénitence. Le malade repousse avec indignation la main charitable du médecin qui se présente pour le guérir. Nous
1 De Moribut Ecoles. Caihol. lib, i , cap. xxxiii , ii. 70 : t. 1, p. 7H.
MANOEMENTS.
n'oserions lo diif, si lAptMiv ne l'aNoil pas dil: ils semblent n'avoir plus d'aulro dieu (jiie leur ventre, lis sont ( nous le disons en jtlruranl ) /es ennemis de hi rru'x de Jésus-Christ : ils mmiK'iiI /"("'{•rtn/o-. Ils lu' ilicrclicnt qu'à scllatlcr; ils n'ôcoulent (|ik' k'ur diMiiatcssi' ; ils se l'ont accroire à eux- nuM nos (pi'ils ont besoin df \\\vv dans une mollesse dont les anciens tidèles auroient en liorreur. Ils ne crai{,'nent <jiie |)oiir leurs corps, sans se mettre jamais en peine de leurs âmes. Axant le l'arème ils n'ont (jue trop de forces pour pécher, et ils ne deviennent inlirmes que pendant le (-arème. pour secouer- le joug de la pénitence. Ils se livrent à rintem|»érance qui détruit leur santé, et rejettent la sobriété, qui ne guériroit pas moins leurs corps que leurs âmes. On ne trouve plus en eux ni honte ni reirret de leurs péchés les plus scandaleux, ni déliance d'eux-mêmes après tant de rechutes , ni précautions sincères contre leuipropre frafrilité, ni docilité pour l'Eglise , qui voudroit les guérir j)ar la pénitence, (lune remarque plus en eux que la sensualité de la chair avec l'orgueil et la présomption de l'esprit. Ils ne tendent qu'à abolir insensiblement le Carême, sans révérer ni l'exemple de Jésus- Christ, ni une tradition aussi ancienne que les apôtres.
Ils allèguent la pauvreté des peuples. Mais ce discours peut-il être sérieux? Les uns attirent chez eux cette pauvreté par la délicatesse de leurs repas et par leurs excès les plus odieux. Les autres refusent de la diminuer dans leurs fauùllcs par une sobriété laborieuse. Ilfaudroit, dit saiut Augustin , que Jésus-Clirist. qui souffre la faim en la personne du pauvre , reçût le j>ain dont le riche se priverait par son Jeûne '. La pénitence volontaire de Fun ferait la nourriture de l'autre. N'oilà le vrai remède à la pauvrelé. Mais hélas 1 les riches sont ceux qui crient le plus haut contre le Carême. Ils murnmrenl, comme le peuple juif dans le désert , contre une nourriture trop légère. Ils se servent du prétexte de la misère des pauvres, pour nous obliger à flatter leur sensualité et leur impénitence. Si la misère des pauvres les louchoit véritablement, ils ne songeroient qu'à jeûner, et qu'à garder une plus austère abstinence pour les [)ouvoir nourrir. Le jeûne et l'aumône iroienl d'un pas égal.
Ecoutez saint Augustin , mes tro-chers Frères; vous verrez dans s<*s paroles un portrait naïf de ces mau\ais riches, rpii croient le
• Serin, ccx , m Oundruij. m, ii. li : I. \ , ji. \iii.
CarêuK^ impossible, à moins qu'ils n'y puissent trouver couuuodément de quoi être sensuels jusque dans la pénitence. « Il y a, dit ce Père ', K certains observateurs du Curêmc (jui le font )' avec plus de v(dupté (|uc de religion. Hk; i- » ( losi rorus yi \M KKi.i(;io>i. Ils cherchent bien » plus de nouveaux plai^irs, (juils ne punis- » sent leurs anciennes sensualités. Far l'abon- " dance et par la diversité ries fruits , dont ra|)- " prêt leur i:oùte beaucoup, ils lAchenl de siir- 1' passer la variété et le goût evriiiis de leurs » \iandes oi'dinaires. Us craindroieiit de louj) cher les vases où l'on a fait cuire de la viande, )) comme s'ils éloient impurs; mais ils ne crai- » gnent point de souiller leurs propres corps par » le plaisir impur de leurs rejjas excessifs. Ils » jeûnent . non \w\\\' diminuer par la sobriété » leur volupté ordinaire, mais [)our exciter dan \antage l'avidité de leur appétit, en retardant )j leur nourriture: car aussitôt que leur heure » arrive, ils se jettent sur leurs repas exquis, ») comme les bêtes sur leurs pàtuies. Labon- » dance des uiels accable leur esprit, et appe- » santit même leurs corps. Mais de peur que » l'abondance ne les dégoûte, ils réveillent » leur appétit par de nouvelles modes de ra- » goûts étrangers. Euliu ils prennent plus d'ay> limens qu'ils n'en pourroient digérer même en » se privant long-temps de toute nourriture... » Qu'y a-t-il de moins raisonnable, que de pren- » dre le temps où il faudroit châtier la chair » avec plus de sévérité , pour lui procurer de » plus grands plaisirs, en sorte que la délica- » tesse des hommes aille jusqu'à craindre de » perdre les ragoûts du Carê.ne! Qu'y a-t-il de » plus contraire à l'ordre , que de choisir les » jours d'humiliation, pendant lesquels tous les » riches devroieut se réduire à la nourriture » des pauvres, pour vivre avec tant de délica- » tesse, que si ou vivoit toujours de la sorte, » à peine les biens des riches y pourroient-ils » suffire ? »
Nous voyous tous ces maux , mes très-chcrs Frères. Nous trendilons pour ceux qui ne tremblent pas eu les couuneltaut. Nous craignons d'en être conq)lices devant Dieu, par une pernicieuse complaisance, dans le teni[is même où l'on se plaint de notre sévérité. Nous demandons huiid)lement la lumière du Saint-Esprit pour trouver un juste milieu entre la rigueur et le relàcheuieul. Notre (-onsolatioti est de ra[iporter ici le sf)nvenir de cette excellente maxime de saiut Augustin '. Les pasteurs ne sont pas
' Srrvi MX, (H Ouaiiriiij. m. n. \{\ e\ \\ : y. 931 il <)V1. — - />< Mi'iib.t.irli-.f.Ctilliiil. I. i,c. WMi.u.Oy : l.l,l>.7it.
MANDEMENTS
moins chargés îles hoiiiiiies inaUules nui ont besoin d'être guéi-is, que de ceux qui étant guéris sont sains et parfaits. « Il faut, ajoute ce Père, » souffrir les dérégleinens de la multitude , » pour se mettre à portée de les guérir, et to- » lérer la contagion même, avant (jue de pou- » voir y remédier. J'crpcfienda siint citia r/iul- » titudinis utcurentur, et pi-iàs tulcrnnda quant » sedanda est pesti/entio. »
(Vest dans cet esprit que nous voulons bien encore une fois user d'une extrême condescendance , ot faire soulVrir , pour ainsi dire , la loi , dans l'espérance de mieux inspirer aux peuples l'amour de la loi même. Nous espérons que les tidèles . touchés de cette tendresse de l'Eglise et de sa patience au-delà de toutes les bornes , ouvriront enliu les yeux. 11 est temps qu'ils se ressouviennent ç\ue leurs pères auroient généreusement refusé les dispenses que ceux-ci veulent maintenant nous arracher ; tant leurs pères craignoient de [)erdre leur couronne en Jésus-Christ : tant ils étoieut jaloux de se distinguer des Protestans par celte sainte discipline, qui étoit connue la marque de la catholicité dans les Pays-Bas. C'est uniquement dans l'attente de voir au plus tôt un renouvellement de cette ancienne ferveur , que nous permettons encore, etc.
« Il ne faut point , dit saint Augustin , que » les uns regardent les autres comme plus heu- » reux , parce qu'ils prennent une nourriture » qu'eux-mêmes ne prennent pas; mais, au » contraire , ils doivent se congratuler eux- » mêmes de ce qu'ils ont une force qui man- » que aux autres. Xec illis feliciores putent , » quia sumunt quod non swnunt ipsi , sed sibi » potius gratulentur , quia valent quod non vain lent illi. » Nous ne doutons point que ceux que nous ménageons encore sans mesure ne soient enfin touchés d'une pieuse émulation, et qu'ils ne veuillent faire , pour l'expiation de leurs péchés, ce qu'ils voient faire pendant trois Carêmes à leurs frères dans leur voisinage. Aussi tiendrons- nous ferme à l'avenir pour ramener tout selon la justice à l'égalité, et pour rétablir la discipline apostolique du Carême. Que si quelqu'un a des besoins extraordinaires, il doit se souvenir que c'est à l'Eglise seule qu'il doit avoir recours, pour être dispensé de ses commandemens.
Donné à Cambrai, le 10 février 1706.
MANDEMENT POI'R DES PRIÈRES
François, etc.. à tous les fidèles de notre diocèse qui sont sous la domination du Roi Catholique, salut et bénédiction.
Jamais l'Eglise ne fut dans un plus pressant besoin , qii'en la conjecture présente , de demander le secours du Ciel. Toutes les nations chrétiennes sont sous les armes les unes contre les autres : celles qui avoient joui de la plus longue paix sont maintenant exposées aux malheurs d'une sanglante guerre. Nos Pays-Bas , accoutumés depuis si long-temps à être le tliéâtre de ces grands mouvemens , voient encore aujourd'hui des armées innombrables qui sont prêtes à combattre. Un jeune roi, vraiment catholique par ses mœurs pures, par sa piété sincère, par son zèle pour l'Eglise, expose actuellement sa personne sacrée aux dangers de la guerre pour défendre les royaumes que le titre le plus légitime lui a acquis , et où le désir de tous les peuples l'a appelé. Demandons au Dieu des armées qu'il bénisse celles qui combattent avec tant de justice et de nécessité ; soupirons après une prompte et heureuse fin de tant de maux qui désolent l'Europe. Disons d'un cœur humble et soumis à la puissante main de Dieu : Malheur à nous, parce que nous avons péché. Tâchons d'apaiser la juste colère de Dieu. Attirons enfin pas nos vœux et par nos bonnes œuvres cette paix opulente, que Dieu promettoit autrefois à son peuple par la bouche d'un prophète. Souhaitons cette paix, moins pour jouir des prospérités dangereuses de la terre , que pour être plus libres de nous préparer au bienheureux repos de notre patrie céleste.
C'est dans cet esprit que nous ordonnons, conformément à la lettre écrite par Son Altesse électorale de Bavière, au nom de Sa Majesté Catholique , que l'on fera le trente-et-unième de ce mois et les deux jours suivans des prières publiques dans toutes les Eglises , tant collégiales que paroissiales, tant des communaMtés séculières que des régulières de ce diocèse, qui sont sous la domination d'Espagne, pour demander la prospérité des armes de Sadite Majesté, et pour obtenir une paix constante entre
MANDEMENTS
k'S Chrétiens. Nous voulons que lo tri s-vénôrablr .'^arronicnt soit exposé dans toutes les églises ledit jour et les deux suivans , depuis six heures du matin jus(iues à six heures du soir, et que le tout soit terminé par un salut solennel. Dans les villes on fera une procession générale, où tous les rorps seront invités, et où tout le clergé tant séculier que régulier se joindra à celui de l'église principale.
Donné à Avesnes . dans le c<»urs de nos visites, le vingt-cinquième mai ITOti.
MANDEMENT POLH DES PRIÈRES
François, etc.. à tous les fidèles de notre diocèse, salut et bénédiction.
La guerre , quoique aussi ancienne que le genre humain, devroit nous étonner, comme si elle étoit nouvelle parmi les honunes. Us sont accablés du poids de leur mortalité , et ils se hâtent de se détruire , comme s'ils ne se trouvoient pas assez mortels. Ils ne veulent qu'être heureux , et ils agissent comme s'ils étoient ennemis de leur bonheur. Ils cherchent toujours la paix, et ils la troublent eux-mêmes. Ils ont inventé un art, auquel ils ont attaché toute leur gloire, pour augmenter les maux presque infinis de riiumanité. Ce spectacle est terrible. La justice d'en-haut les livre à leurs passions, atiu qu'ils se |>unissent eux-mêmes . et qu'ils vengent Dieu de leurs péchés.
Ce (ju'il y a de plus dépl<Mable, est de voir qu'en nos jours le sang chrétien est presque le seul qui |iaroît couler sur la tei're, pendant (|ue les natif)ns inliddes jouissent d'un profond repos. Ceux qui devroient n'être qu'un co'ur et une ame, ceux qui composent la famille du l'ère céleste, ceux qu'on devroit reconnoîtrc à la marque de l'amour mutuel, sont tous armés les uns contre les autres.
Mais le combb' du mallieiir pour les guerres, l'est qu'elles sont souvent inévitables. In jeune prince doux , modéré , courageux , exemplaire dans ses inrrurs, vraiment digne de porler le nom de Roi Catholi(pie par son zèle jjour I Eglise, est appelé au trône d'Espagne |iar le testament du feu roi son oncle, par la demande «olennellc de tonte la nation espagnole, par les
acclamations de tous les peuples d'une si vaste monanhie. Aussitôt des pinssances jalouses et conjurées pour le détrôner , mettent en armes toute l'Europe. Le Roi |)eut-il abandonner la boime cause de son petit-lils ".' Ne faut-il pas es|)érer que Dieu le protégera dans une défense si juste et si nécessaire '! Prions donc pour demander au Dieu des armées (ju'il dissipe cette (•onfi'iléralioii, et qu'il donne enfin à la chrétienté une paix dont elle fasse un saint usage.
L'Apôtre nous recommande de faire des
pn'h'cs pour les i-ois et pour tous ceux qui
sont dans l'autorité, afin que nous menions une vie })aisil)lç et tvnnijuillc en toute piété, etc. ' .
En elVet, la paix et le bon ordre de l'Eglise dépendent beaucoup du repos des royaumes chrétiens. Ainsi c'est prier pour nous-mêmes, c'est prier pour toute l'Eglise, que de prier pour les rois fidèles, (^est dans cette vue (juc saint Augustin disoit* . « Pendant que les deux » cités sont niêlées ensemble iri-bas, nous nous » servons de la paix de Babylone même. » La tranquillflé du monde sert à l'Eglise pour épargner à ses en fans foibles et fragiles un surcroît de tentation ilans le pèlerinage de cette vie. A Dieu ne plaise que nous cherchions une paix qui amollisse , qui enivre, qui empoisonne les cœurs. A Dieu ne plaisse que nous soyons jamais du nombre de ces hommes dont saint Augnslin dit qu'ils font à Dieu des prières et des ollrandes pour en obtenir, non la grâce de guérir leurs passions, mais une prospérité mondaine pour les assouvir •*. Craignons d'être du nombre de ces lâches et mercenaires Chrétiens qui usent de Dieu pour jouir du monde. Joignons-nous à ceux qui usent de ce monde pour jouir de Dieu '" . Ne demandons à Dieu la paix, qu'alin (pi'elle ramène la beauté des anciens jours, qu'elle fasse fleurir la pure discipline, et que .lésus-Christ règne encore plus au-dessus des rois que les rois régneront au-dessus des peuples. Demandons, pour la consolation de l'Eglise, la lin de ce^ jours de coli-re, de trihulation et d'angoisse, de ces jours de calamité et de misère, de ces jours de ténèbres e/ d' obscurité, de ces jours de nuages et de tourbillons , de ces jours oh la trompette sonne sur les places fortes'^: eidi'i où l'Eglise ne peut qu'à demi instruire, exhorter, consoler, corriger. Regardons toutes les nations ennemies avec des xeux de foi et de charité. Désirons-leur le même bien qu'à nous. Prions le souverain Père de
' / ///;/, II. — •' M <ii. Ihi. Iil.. M\. ij|>. WM : I. vil, i". 562. — ■* //;/(/. Iil). XV, ra|i. vu, ii. { : y. 38.'». — " Ihiil. — ^ Sn,,l,. 1. r..
MANDEMENTS
faniillo do réunir dans sa maisou tons ses cnfîins, afin qu'ils soient nioir)s touchés de ce qu'ils sont des peuples séparés en diveis Etais, que de ce (juils sonl hoinuies , clnétiens et enfans de Dieu.
Prions afin que le ter du ylaive soit c/iaïujc en soc de ckarnie ; que les armes tombent des mains des jieuples ; qu'ils oublient à faire lu guerre; que chacun soit a:<sis à l\nnhre de sa vigne ou de son figuier : que nul ennenii n'ose /es troubler , parce que la bouche du Seigneur des armées aura parlé pour annoncer la paix ; que tous les peuples marchent ensemble sans jalousie ni déliancc , chacun ou nom de son Dieu; que cette paix dure jusqu'à la fui des temps et au-delà , et que le Seigneur l'ègne à jamais sur eux dans la montagne de Sion '.
C'est dans ce dessein d'attirer la bénédiction de Dieu sur les armes du Roi, et d'obtenir une paix prompte et imiverselle, que nous ordonnons , etc.
Donné à Cambrai, le "21 août 1700.
MANDEMENT POUR LE CARÊME
DE l'année 1707.
François, etc., à tous les fidèles de notre diocèse, salut et bénédiction.
Nous avions espéré , mes très-chers Frères, que nous pourrions enfin cette année rétablir la pénitence du Carême. Cette discipline, qui a été si austère, et pratiquée avec tant de ferveur dans toute l'antiquité, n'est plus qu'une ombre de ce qu'elle a été autrefois. Mais plus elle est affoiblie , plus nous devons être jaloux d'en conserver les précieux restes. Saint Augustin montroit aux Manichéens la pureté des mœurs de l'Eglise catholique, en disant qu'un grand nombre de fidèles observoient un je mie quotidien, et le continuoient même d'une manière incroyable *. 11 assure que beaucoup de Catholiques, même des femmes , ne se contentoient pas de jeûner, « en ne prenant aucune nour- » riture qu'à l'entrée de la nuit; ce qui est, » dit-il , partout Irès-commun ; mais encore B qu'ils ne buvoient ni ne mangeoient rien pen- » dant trois jours de suite , et très-souvent
• Mich. IV. 3. — * De Morih. Eccl. Cathol.Wh. i, cap.xxxm, p. 70 ; t. I, p,7H. Contra Fniist.Wh.y, tap. ix : t. vu, p. 200.
» encore au-delà. » Il ajoute qu'il y avoit des Chrétiens accoutumes à jeûner (de ce grand jeune jusqu'à la nuit) le mercredi, le vendredi et le sa>nedi, comme le j)euj)le de /{inne, dit- il '. le fait souvrnt. Il assure qu'»/? grand nombre de ces Chrétiens , et surtout de solitaires, jeûnoient cinq jours de la semaine, et le continuoient toute leur vie. a Nous savons, dit en- » core ce Père "■', que quehiues fidèles l'ont fait, » c'est-à-dire (pie , passant au-delà d'une » semaine entière sans prendre aucune nourri- » turc , ils ap|)rochoient le plus qu'ils pou- » voient du nombre de quarante jours ; car des » frères très-dignes de foi nous ont assuré qu'un » lidèhî est parveiui jusqu'à ce noud)re. » Dans ces bienheureux siècles, ou voyoit de tous côtés des Chrétiens iiniocens qui se punissoient comme s'ils eussent été de grands pécheurs. Un solitaire n'avoit besoin dans le désert que d'un palmier et d'une fontaine pour satisfaire à tous ses besoins. Ils ne vivoient que d'alimens secs, et sans les faire cuire.
\o')\h , mes très-chers Frères , ce que nos Chrétiens relâchés ne peuvent pas même croire quand ils le lisent, loin d'oser essayer de le mettre en pratique. Avez-vous moins de tentations à vaincre , moins de péchés à expier, moins de récompenses à obtenir ? La vie estelle moins fragile et moins courte, ou l'éternité moins longue? Dieu est-il devenu moins aimable ? Devez-vous moins à Jésus-Christ? La nature des corps humains u'est-elle plus la même? Quelle différence reste-t-il donc, sinon que les premiers Chrétiens étoient du nombre de ces violens qui ravissent le royaum.e du ciel, et que nos Chrétiens qui ont dégénéré , n'ayant , comme parle l'Apôtre, d'autre dieu que leur ventre, se jugent eux-mêmes indignes de la vie éternelle ?
Il n'y a donc rien de plus important que de rétablir cette discipline aussi ancienne que les apôtres. Elle ne fut jamais si nécessaire qu'en ces jours de péché. Quand est-ce que nous jeûnerons, comme les Ninivites, sinon en un temps où les crimes énormes de la terre ont attiré la colère du Ciel, et où toutes les nafions semblent animées à s'entre-déchirer pour venger la loi de Dieu méprisée ? Quand est-ce que nous frapperons nos poitrines pour apaiser Dieu , si ce n'est lorsque son bras est levé sur nous.
Mais les malheurs que la guerre entraîne sont eux-mêmes l'obstacle qui retarde encore l'entier rétablissement d'une discipline si révé-
1 .4d Casul. Ep. xxxvi , cap. iv , n. 8 : 1. ii , p. 7t. — - Ibid. cap. xii , n. 27 : t. ii , p. 78.
MANDEMENTS
ni
rée do tous les suVlos. Maljriv laiit de raisnius |trossantes do la ivt.iMir. wnis usons oiicoro d'une dornière in<iidj:ouco dans cos temps de contusion et de désordi"c. (Vest pourquoi nous permettons, etc.
Enfin nous ne sauiimis trop loilonioiil avei'tir les riches sur deu\ points (pie saint .\ut:ustin e\pli(juo toucliaut le joùne. l.o preniior est que cette niortilicatiou so tourne en volupté, par les délicatesses qu'on y introduit : iSeyolium ventns agitui\ non religiouis ', Ce n'est plus une peiiio imposée au cor|)s par reliirion ; c'est un raflinomont de table, ^\m tonriie on jeu la pénitence même. Le second puint est «qu'il ne suflit pas de jeûner. Votre jeune, » dit ce Père *, abat votre corps, mais il ne
D relève pas celui de votre prochain A qui
» donneroz-vous ce que vous vous refusez à » vous-même ? Comhiou ce ropas retranché » aujourd'hui peut-il nourrir de pauvres ! » C'est dans cet esprit que nous recommandons à chacun de ceux qui mangeront des œufs pendant ce Carême, en vertu de la présente permission, de donner au moins trois sous en aumônes. Il n'y aura que les pauvres qui soient exempts de donner une si petite somme. D'ailleurs nous exhortons tous ceux qui sont en plus grande commodité, de donner davantage à proportion de leurs moyens. Ces aumônes seront n)ises entre les mains de la trésorière de l'assemblée de la charité dans les villes on l'on a établi de telles assemblées pour les pauvres malades. Dans tous les autres lieux chacun remettra sa petite somme au pasteur, pour être employée au même usage.
Donné à Cambrai , le 13 février 1707.
MANDEMENT POUR LE .lUBILÉ
riE l'an.nke 1707.
François, etc., à tous les lidôles de notre diocèse, salut et bénédiction.
Saint Aupuslm dit que la forro est agitée par les guerres, comme la mer l'est par les tempêtes *. En elfct, le genre humain a ses orages : tels sont les tristes jours où nous voyons que
' /h P$al. i.xxiM, n. 9 ; l. i\, y. 9-i5. — - In I'miI. xi.il, ■• • : p. «70. — ' l)f Civ. Dci. Iib. v, « ap. xxii; l. vu, p. IS».
le cii'lsoudde cuuvori do tous côté-s ; tout paroîl entraîné malgré soi dans ce tourbillon do guerre uuivorsollo. < »u allrg»io , dit oiicnic ce Père ', « que le sage fait des guerres justes. Mais )> connue ce sage se souvient qu'il est homme, » sa peine n'en est que plus grande, de se voir
» réduit à siMilonir dos giioi-ros nécessaires
» SMiDJVrir nu voir oos maux, sans (>u être aflligé, » ce seroit être d'autant plus malbouroux. on a se croyant heiueux, (ju'on auroit perdu jusy> qu'au sentiment de l'humanité.
» Ceux . dit le saint l>octour *, qui font la » guerre a\ec tant <lo fatigues cl de dangers » pour vaincre un ouuomi. et pour donner un » repos à la répuliliquo , méritent sans dnute » une louange ; mais on acquiert une gloire » bien plus solide, en exterminant la guerre par n les paroles de paix . qu'en exterminant les » emiemis j)ar les armes — La condition de » ceux qui coudjattent est nécessaire ; mais la » condition de ceux qui épargnent les combats » est plus heureuse. »
Le saint pontife que la main du Très-Hant amis malgré lui sur la chaire apostolique, voit d'un lieu si élevé l'alfreux spectacle de tant de nations animées à se détruire. Il voit des ruisseaux de sang qui coulent dcp-iis sept années, et ce sang est celui des enfans de Dieu. Le père commun sent ses entrailles déchirées ; il gémit sur la montagne sainte ; il lève des mains pures au ciel; il tâche d'apaiser Dieu, alin que Dieu apaise les hommes ; il nous envoie un nouveau Jubilé, afin que l'esprit de paix descende sur les cœurs désunis. Joignons, mes très-chers Frères, nos vœux aux siens. Hâtons-nous de demander ce que nous avons un si pressant besoin d'obtenir. Soupirons après cette paix d'ici-bas, |)uisqu'elle peut servir pour nous prc*parer à celle de la Jérusalem d'en-haut. Demandons des jours sereins qui soient l'image de ce beau jour, de ce jour sans nuage et sans fin, où nous verrons la lumière dans la source de la lumière même ; de ce jour où nous n'aurons plus d'autre soleil que Dieu et d'autre lumière que l'Agneau; de ce jour où les douleurs, les gémissemens et les maux s'enfuiront à jamais. Mais le vrai moyen de linir la guerre causée par nos |)ochés est de linir los péchés qui la causent. Dieu ne la permet, dit saint Augustin, que pour humilier les aines et pour exercer leur jiatience. C'est le grand bien que nous pouvons tirer de tant do maux. (Jue chacun re/mssr ses nniirrs tlnns famerlume de son ame ; que tout
' Dr Ctv, l>ri. Iili. \\\ , rap. vu : p. 551. — ' f^p. ccxxix , ad Ditritnn, n. i : t. n , p. 836.
MANDEMENTS
enfant prodigue revenu de ses égaremens s'écrie : 0 Père, j'ai pôclié contre le ciel et contre cous! Gardez-vous bien, mes Irès-chers Firrcs. (le regarder le .luhilé ((Mimu' im asile du rolàcbenicut contre la iiéiiiteine. Ia' .lubilé , tout au contraire, est un adoucissenient de la pénitence extérieure, qui invile les lioiuiues ;\ redoubler la pénitence du cœur. Déchirez vos cœurs et non pas rus cètcnicns , dit l'Eglise a|)rès l'Ecriluri'. L'Eglise relàclie de grandes peines, il est vrai ; mais elle ne dis|iense point de la douleur d'avoir [)écbé. Au contraire, c'est celui à qui il est le pins remis, qui doit le plus aimer, le plus sentir l'excès de la bonté qui ré[)argne, le plus délester son ingratitude, le plus liuïr tout ce (|u'il a aimé et (pie l)ieu n'aime pas. L'indulgence n'élargit point la voie étroite. Elle ne nous dispense poiïit de suivre Jésus- Cbrist en portant la croix avec lui, ni de nous renoncer nous-mêmes. Elle soulage seulement notre foiblesse ; elle nous supporte dans notre découragement , en attendant que nous croissions eu Jésus-Cbrist, et que nous soyons devenus robustes clans la foi. 0 vous tous qui êtes fatigués et cliargés , venez à Jésus-Christ , il vous soulagera ; venez , goûtez , et voyez coni- Inen le Seigneur est dmix ! Du moins ayez le courage d'en faire l'expérience, et bientôt vous direz conune le prophète : J'ai couru dans la voie de vos commandemens, dès que l'amour a élargi mon cœur. Qu'on se défie de soi, qu'on se fie à Dieu, qu'on se livre à un bon confesseur^ qui, plein de l'esprit de grâce, mène tout a sa fin avec force et douceur. Qu'on ne se confesse que pour se convertir et pour se corriger. Qu'on cherche le confesseur qu'on avoit toujours craint , parce qu'il ne fiatfe pas , et qu'on craigne celui qu'on cherchoit, s'il est vrai qu'il flatte. Que la grâce du Jubilé se fasse sentir par les fruits , et qu'elle change les mœurs corrompues. Que les pauvres deviennent humbles, exempts de faste et charitables. Que la sancfificafion du jour du Seigneur répande ses grâces sur tous les autres de la .semaine. Que l'ivrognerie , qui exclut du royaume de Dieu , selon l'Apôtre, fasse horreur aux Ghréfiens ; que l'impureté ne soit pas même nommée parmi eux. Qu'on se détache d'une vie qui échappe à tout moment; qu'on se prépare au royaume de Dieu, qui ne finira jamais, et qui sera bientôt le nôtre, si nous le désirons ; qu'efin l'amour, loin d'être un commandement onéreux , soit l'adoucissement de tous les autres, et qui nous rende nos croix légères par ses consolations.
Profitez donc, mes très-chers Frères, de la grâce qui vous est otferte ; n'endurcissez pas vos coHU's en ce jour de miséricorde. C'est par la pénitence (pu* vous désarmerez la colère de Dieu pour l'appeler la paix sur la terre. Venez, vous tous qui avez la bienheureuse soif, vous puise?vz avec joie dans les fontaines du Scaweur.
Nous avons jugé à propos de ne faire gagner le Jid)ilé au\ peuples de notre diocèse que pendant la (piinzaiu(> qui commence précisément le lundi d'après le dimanche de la Passion, et qui linit le dimanche de Pâque, afin que chacun soit plus touché et plus recueilli dans le concours de la grande soleimilé de Pâque avec la grâce du Jubilé. Ainsi tout le temps du Garènie servira à se préparer à ces deux grandes actions réunies dans une seule.
Mais comme les malades peuvent ne vivre pas jusqu'à ce temps-là, et que les militaires peuvent être obligés de partir avant ce terme, nous donnons aux uns et aux autres la consolation de pouvoir gagner le Jubilé dès le commencement du Carême, quand leurs confesseurs les trouveront suffisamment préparés.
Au reste , comme il faut , selon la Bulle, faire quelque aumône, nous réglons que chaque particulier qui ne sera pas dans une impuissance véritable donnera au moins trois sous pour les pauvres malades, exhortant tous ceux qui sont en état de donner davantage de le faire à proportion de leurs facultés. Us mettront leurs aumônes entre les mains de leurs pasteurs, qui les remettront entre les mains des trésorières de la Charité, s'il y a dans leur lieu des assemblées de charité pour les pauvres ; sinon ils les distribueront eux-mêmes aux pauvres de leurs paroisses selon leur prudence.
La bulle détermine suffisamment les autres choses qu'on doit faire pour gagner le Jubilé. Il ne nous reste qu'à désigner les églises qu'il faudra visiter, et où chacun devra faire ses prières, etc.
Donné àt'ambrai, le douzièmede mars 1 707.
MANDEMENT POUR DES PRIÈRES
François, etc., à tous les fidèles de notre diocèse qui sont sous la domination du Roi, salut et bénédiction.
MANDKMENTS.
Nous n'avons jamais eu, mes très-chers Frères , un si pressant besoin de prier pour la tranquillité publique, qu'en ce temps où lu paix semble s'éloigner, et où les maux de la guerre augmentent.
11 est vrai , comme le remar()ue saint Angtislin , que si les honuues gardoii'ut les ivgles du christianisme , ils conserveroient , même au nnlieu des combats , une sincère bieuveilUmcf pour les peuples ennemis. Les bons . dit ce Père ' , combattroient sans perdre jamais le sentiment de compassion , (jue Ibumanité inspire. « La Nolouté. ajoute ce Ferc ', doit garder la » paix, quoique la nécessité réduise à faire la » guerre ; ciU' on ne clierclie point la paix pour u recounneucer la guerre. Au contraire, on fait » la guerre pour s'assurer de la paix. » Mais où est-ce, dit encore ce saint docteur \. « qu'on » nous donnera une armée couq)osée de soldats » tels que la doctrine de Jésus-Christ les de- » mande? » De plus, une armée qui observeroit inviolablement cette disci[>line évangélique auroit le malheur de répandre malgré elle le sang humain. Elle ne seroil assemblée que i)Our faire, dans l'espérance des biens à venir, des niaux présens dont elle auroit horreur. Quelle déplorable nécessité !
Il faut donc demander à Dieu qu'il abrège ces jours de péché , <le licence , de scandale et de tentation, oîi les canu's même les plus justes, les plus modérés et les plus humains sont entraînés par le torrent , et ne peuvent donner une borne certaine aux maux qu'ils sont contraints de tolérer.
Prions Dieu, mes très-chers Frères, qu'il bénisse les armes du Roi. Ce n'est point pour sa propre cause que ce prince combat. Il se borne à défendre son petit-lils. que la nation espagnole est \t'nue lui demander pour le mettre sur le troue de son oncle , en vertu de son testament. Il ne fait que prêter son secours à la monarchie d'Espagne , sans aucune vue d'ambition pour la sienne. Des intentions si droites nous font espérer pour lui le secours d'en-haut. <Jue nos emiemis se glorifient fie leurs forces ; pour nous c'est au nom du Seigneur <|U(! nous mettons notre conliance. Quoique la France , après tant de pertes, se montre encore de tous ailés supérieure à ses ennemis; (juoique rien ne semble |>ouvoir épuiser les ressources (jn'elle trouve dans son courage, dans sa patience, et dans son /.èlo pour son Koi , nous levons néanmoins les yeux \ers l»'s montagnes, pour voir
' Pp. r\xxviii , n. H : 1. ii , p. 416. — * Hj). i;i.xxxi>. u. 6 : p. C'jO. — ^ /.y/. lx.\mii, ii. 15 : j». 3to.
d'où nous viendra le vrai secours , et nous disons : C'est du Seigneur qu'il nous viendra, t^est en nous humiliant ; c'est en nous défiant di' nous-mêmes; c'est en a|»aisant la colère de Dieu , (jue nous a|>aiserons la jalousie des nations voisines. Disons à Dieu . ("est par vous (juc lions (lissijjcruas les années do nos ennemis , el c'est en votre nom que nous mépriserons ceux t/ui s'élèvent contre nous. Je n'espérerai point en mon arc, et ce n'est point mon r/laive (/ni misauvera^. Demandons à Dieu, njes très-chers Frères . non des triom[)hes imitiles , non la perte de nos ennemis, |)uis(ju'ils sont nos frères, mais des succès qui anjènent une paix solide et constante pour réunir toutes les nations chrétiennes. Demandons ce (ju'un pro[>hèle a promis au nom du Seigneur. Je briserai l'arc, leylaive, et la (juerre , et je les ferai dormir avec confiance. .. : et voici ce qui arrivera en ce jour. J'exaucerai , dit le Seigneur, j'exaucerai les deux, et les deux exauceront la terre, et la
terre répandra le blé , le vin et l'huile Je
dirai : Vous êtes mon peuple , et il répondra : ] ous êtes mon Dieu *. Soupirons donc après cette paix de la terre ; mais gardons-nous bien d'oublier jamais celle du ciel , pour laquelle seule nous devons demander celle dici-bas. « Si la paix Innnaine . dit saiui Augustin ', est » si douce pour la consei'vation temporelle des » honnnes mortels , cond)ien plus sera douce » cette paix divine, qui fait le salut éternel des » esprits célestes? Ainsi quand nous entendons » ces paroles : Que les coeirs soient en hait ; » prenons garde que notre réponse ne soit pas » uw mensonge, et que nous ne répondions )i faussement : Nous les tenons élevés au Sei-
» GNEUR. »
A ces causes, etc.
Donné à Cambrai , le 18 d'août 1707.
mandkmi:nt l'oi h le carême
i>E l'année 170S.
Fkvnçois, etc., à tous les fidèles de notre diocèse, salut et ln''nédiction.
Saint Augustin, mes très-chers Frères, représente à son peuple (jue la discipline du
' /N. \l III. 7. — « (>*f, Il ,10.-3 £p, ( ixxxix, n.