Oyy
MANDEMENTS
Carême est autorisée dnmt l'ancienne loi . dans les proplictes et dans l' h'canyile '. Il ajoute que les conciles des Pères.... ont persuadé au monde chrétien qu'il doit se pré parer ainsi à la célébration delà Pà(/ue -. Saint Ainlti'oise t'ait i-eiiiouter le joùno juscju'à l'ori^Mne du ninude. (Vcst eu maugeaut le tVuit déleudii, dit-il, que l'iiounne fut chassé du paradis terrestre , et c'est par l'abstinence qu'il y rentre : « En jeûnant Moïse » reçut la loi ; Pierre eut la révélation 4ii '»'ys- » tèie de la \oiation des fienlils au baptême; » Daniel l'ernia les «gueules des lions , et décou- » vrit les temps à venir ^. »
Remarquez que dans les siècles où ces Pères parloient , le jeune étoit très-rigoureux , et trèsreligieusement observé. Maintenant il est trèsradouci , et violé sans scrupule. Autrefois on jeûnoit jusqu'au soleil couché, et on ne prenoit que de vils alimens ^. Aujourd'hui on élude la règle pour la quantité , en mangeant dans un seul repas presque autant qu'on mange d'ordinaire en deux , et pour la qualité on tourne en délicatesse de ragoûts l'abstinence même.
Mais quoi ! les raisons de jeûner furent-elles jamais plus pressantes qu'en notre temps?
On doit jeûner pour réprimer les tentations. Et quand est-ce que les hommes furent plus tentés? Tout est piège, tout est scandale; la pudeur est tournée en dérision; le mal s'appelle bien. La loi du monde semble avoir prescrit contre celle de Dieu.
Le jeûne doit donner à la nourriture du pauvre ce qu'il retranche à celle du riche. Mais le monde eut-il jamais tant de pauvres? Le ravage des guerres appauvrit moins les hommes, que le luxe, le faste et la mollesse. Les pauvres sont abandonnés, parce que les riches sont appauvris eux-mêmes sous le joug des vaines bienséances qui les tyrannisent.
Le jeûne doit servir à expier les péchés du peuple : ainsi plus on a péché , plus on doit jeûner. Mais nos jours ne sont-ils pas les Jours du péché? L'ambition et l'avarice ne font plus qu'une seule passion , qui enlève tout pour tout dissiper. Le faste répandu dans les mœurs rend la probité presque impossible. La justice n'est plus qu'un beau nom. L'impiété passe pour force d'esprit. Vous trouvez presque partout , ou le scandale, ou la superstition, ou l'hypocrisie. L'Église n'est plus écoutée ; les pé-
cheurs lui font la loi jusque dans le tribunal de la |)énilence,
Entin le jeûne doit apaiser Dieu. Hélas ! quand est-ce (|u'il fut ])lus irrité contre nous? ('()Md)ien y a-t-il d'années que les Chrétiens se déchirent , pendant ([ue les Intidèles vivent en paix. 11 semble que Dieu nous punit les uns par les autres. On s'accoutume à cet alîreux spectacle; on le voit sans horreur; on ne gémit plus pour en obtenir l;i lin.
Tant do fortes raisons nous faisoient désirer ardemment de rétablir entin la sainte discipline du Carême, que l'état violent de cette frontière a altérée depuis quehpies années. Mais il faut avouer, mes Irès-chers Frères, que les malheurs de la guerre , qui devroient redoubler la pénitence des peuples, sont précisément ce qui nous contraint d'user encore cette année de quelque relâchement à leur égard pour le Carême. Nous protestons devant Dieu, que c'est pour soulager les véritables pauvres dans ce triste temps, et non pour flatter les riches voluptueux dans leur mollesse , que nous usons encore de condescendance.
C'est dans cet esprit que nous permettons l'usage des œufs à tous nos diocésains , exceptant néanmoins les quatre premiers et les quatre derniers jours du Carême.
De plus , comme les militaires reviennent d'une rude campagne , et sont à toute heure sur le point de se remettre en marche, pour recommencer leurs fatigues, nous leur permettons de manger de la viande cinq jours de la semaine, savoir, le dimanche, le lundi, le mardi, le mercredi et le jeudi, exceptant néanmoins le mercredi des Cendres et toute la semaine sainte.
Mais nous ne prétendons pas comprendre dans cette dispense , par rapport à la viande , aucun des oftlciers des états-majors des places , parce que , demeurant tranquillement chez eux dans des villes , ils peuvent encore plus facilement que le peuple , se contenter des œufs qui leur sont permis ".
Au reste , quoique nous permettions à tous nos diocésains l'usage des œufs, et aux militaires celui de la viande en la manière ci-dessus exphquée , nous conservons néanmoins le commandement de l'Église dans toute sa force à l'égard du jeûne, pour tous les jours du Carême,
1 In Psal. ex , 11. 1 : I. IV, p. 1244. — ^ Ep. lv , ad Januar. n. 27 : t. ii , p. 135. — * S. Ambr. Ep. i.xm , n. 16 : I. 11, p. 4026. — * S. Aie. ^erm. ccx, n. 11 : I. V , p. 932.
a Le Muiiiloiuenl du 15 fi-vrier 1707 csl absolument conforme a celui-ci, pour les adoucissements que Ft'nelon apporte il lu loi du CarOme. C'est pour cela «lue nous en avons omis le dispositif.
>fANI)EMRNTS;.
oîi la loi de l'I^iilist» l'oM^'C. Plus on csl dispcnsi'- (le l'absliiicnce, et soutenu par uiu' l'orli' nouiriluro, plu» on est en état de ne laiie ([u'uii seul repas, avec une lé^'ère collation.
Il faut ijue les rirlies entrent dans lessentiniens de rKj:lise en faveur des pauvres, alin (jue la charité };agne en cette occasitm ce (pie la pénitence semble perdre. Ainsi tous ceux qtn mangeront des (rnfs, et qui peuvent donner trois sous en aumt'ine . les doimeront. Nous exhortons tous ceux (jui peu\ent ilouner plus al)()ndannnent , à faire pour leur salul éternel une partie de ce qu'ils font tous les jours pour le faste du siècle. Nous désirons que les aumônes soient mises entre les mains de la trésorière de rassemblée de la ciiarité dans les villes où l'on a établi de ttdles assemblées pour les l)auvres malades, atiu qu'elles soient distribuées •le concert avec les [lasleurs, et que, dans tous les autres lieux , chacun donne son aumône an pasteui- pour le même usafre.
Donné à ('ambrai le I i février 1708.
MANDEMENT POUR DES PRIÈRES
François, etc., à tous les fidèles de notre <liftcèse qui sont soiis la domination du Roi , salut et bénédiction.
Si le monde n'avoit jamais vu la guerre allumée entre les nations voisines, il auroit peine à croire que les honniies pussent s'armer les uns contre les autres. Eux qui sont accablés de leur rnisèi-cetde leur mortalité, ils augmentent avec industrie les plaies de la nature , et ils in- \ententde nouvelles morts, ils n'ont que quelques momens à vivre , et ils ne peuvent se résoudre à laisser couler en paix ces tristes momens. Ils Kul devant eux des régions immenses qui n'ont point encore trouve de possesseur, et ils s'entre-déchirent pour un coin de terre. Ravager, réjjandre du sang, détruire l'humanité . c'est ce qu'on appelle l'art des grands hommes. Mais les guerres ne sont, dit saint Augustin, que des spectacles, oi'i le démon se joue triiellement du geiu'e humain : hidi (hrimnuiin.
Les princes les plusjusteset les [)lus modérés
* Voyor, an nujc» «li- i-i- Mamli'iiifiil , la li-tlrc di- h'i-n<>l<>ii ■u I'. I.aiiii , Ixii.'iJiiliii, (lu 30 ii">. KO», httil. (If I fis.,
sont réduits A prendre les armos. Malheur d'autant plus déplorable, dit saint .\ugustin , qu'il est devenu nécessaire! Dieu même fait entrer la guerre dans ses desseins de miséricorde, ciiuune ou fait enti'er les [toisons les plus mortels daus la couqxisilion des remèdes les phis salutaires. Ilélas! (juelle tloitétre l'extrémité de nos maux , puisque nous avons besoin d'un si violent remède ! « Une longue paix, dit saint » Uy[irien '. corrompt la disci|dine que Dieu » avoit dotmée aux hommes. Il faut qu'un cliA- » liment céleste vienne réveiller notre foi abal- » tue et comme endormie. » Dieu pimit les peuples les uns par les autres, parce (jue tous ont péché. Il frappe ces grands coups (jui ébranlent la terre , dit saint Augustin , pour doinijtcr l'ortjiœil di'<i médians, et [)nur exercer la patience des bons. Il y a déjà huit ans, mes trèschers Frères, que la main est levée, et on ne la reconnoît pas. Les pécheurs sont abattus sans être convertis. Jamais on ne vit tant de faste et tant de mollesse; jamais tant de bassesse pour l'intérêt , et tant de hauteur contre la vertu. Le luxe ne vit que d'injustice. L'état violent où chacun se jette sape les fondeniens de tonte probité, et corrompt le fond des mœurs des nations entières. L'humilité est foulée aux pieds, et la simplicité est tournée en dérision. La curiosité et la présomption sont au comble. L'autorité de l'Eglise n'est plus qu'un grand nom. Seroit-ce que nous approcherions des derniers temps, où la charité sera refroidie, l'iniquité abondante , et où le Fils de l' homme trouvera à peine de la foi sur la terre y Ne cherchons point ailleurs qu'en nous-mêmes la source de nos maux. Nos péchés sont nos plus grands ennemis. Ils nous attirent tons les autres. Nous combattons contre les antres ; et loin de vaincre ceux-ci, nous nous livrons lAchemenl à eux. Nous ne pouvons calmer la tempête (jui agile toutes les nations chrétiennes . (ju'eu apaisant la juste colère de Dieu. Il aime à être désarmé par des coeurs contrits et humiliés. Après s'être irrité , il se ressouvient de ses anciennes miséricordes. Demandons-lui, non la destruction de mts ennemis, qui ne cessent jamais d'être iKts frères, mais notre réunion avec eux par une bonne paix. Demandons-lui cette paix , non pour llatter nos passions . pour nous attacher aux douceurs trompeuses du pèlerinage . et pour nous faire oublier notre véritable patrie, mais au contraire atiu (|ue nous soyons plus libres , plus tran(|uilles , plus recueillis et jilus préparés au royaume de Dieu.
' Ih Liipsis, i>. <8i.
MANDEMENTS
repos céleste.
A ces causes , etc.
Donné à Canibnii , le 1-2 mai ITOH.
Prions pour la prospérité des armes du Roi, atîn » trui, ou emporté de colère, ou ruiné par le qu'elles nous procurent , selon ses desseins , un » jeu , ou abruti par l'evcès du vin , ou rongé repos qui console l'Ejjjlise aussi bien que les » d'envie, ou infime par vos impuretés, ou peuples, et qui soit sur la terre une image du » cruel par votre vengeance ; et vous vouséton-
» nez de ce que la colère de Dieu croît pour n punir le geiu'e liumain , pendant que les pé- » ibés(in'il iloil punir «l'oissent de jour en jour. » Vous vous [tlaignez de ce que l'ennemi vous » fait sentir les maux de la guerre , et vous ne » voyez pas (jue si vous n'aviez au debors aucun » ennemi, vous deviendriez bientôt vous-même » votre propre ennemi au milieu de la paix. » En efTet, le luxe et le l'aste, qui dérèglent toutes les mœurs et qui confondent toutes les conditions; l'avarice, l'ambition el l'envie, qui rendent tous les lionnnes inconq)atibles , ne ruinent j)as moins un peuple que la guerre même. Vous n'avez, dit le môme Père ^,qn' une impatience toujours criante et plaintive , au lieu de la patience forte, religieuse et tran(/uille que Dieu demande à ses enfans : cessez de critiquer témérairement ce qui est au-dessus de vous , et remédiez aux maux publics par une humble correction de vos moeurs qui en sont la véritable cause. Quoi , dit encore ce Père ^, « tant » de coups terribles de la main de Dieu ne vous » rappellent point à la règle et à l'innocence...! » Dieu est tout prêt à finir nos peines; mais » l'indignité des pécheurs l'empêche de nous
» secourir Ce qui l'irrite le plus est de voir
» que tant de châlimens ne peuvent nous con- » vertir. » Il est donc vrai, mes très -chers Frères, que, loin de chercher des adoucissemens au jeûne du Carême, nous devrions l'augmenter à proportion de nos péchés et des maux
Mil
MANDEMENT POUR LE CARÊME
DE l'annke 1709.
François, etc., à tous les fidèles de notre diocèse , salut et bénédiction.
Vous savez, mes très-chers Frères, que nous n'avons point cessé de maintenir dans ce diocèse la loi du Carême, malgré les vives instances qui nous ont été faites depuis quelques années , pour nous obliger h en interrompre l'observation. Il nous a paru que les malheurs de la guerre , loin de devoir ébranler une si sainte discipline, la rendent plus nécessaire que jamais. Les pécheurs doivent-ils cesser de faire pénitence . parce que la colère de Dieu éclate sur eux ? Nous éprouvons ce que Jérémie disoit du peuple juif * . Ils ont semé du blé , et ils ont moissonné des épines; ils ont acquis des héritages, et ils leur seront infructueux; c'est la colère du Seigneur qui confmdr a \ os, es])érance?' pour les fruits de vos champs. Faut-il s'étonner que Dieu frappe la terre qu'il voit couverte ^Pi i*^ attirent sur nous, d'un déluge d'iniquités '> « Vous murmurez, Mais Dieu daigne se contenter de ce que
» disoit saint Cyprien aux infidèles % de ce que notre bonne volonté lui offre , dans l'impuis- » Dieu est irrité, comme si vous méritiez par sauce défaire mieux. Les sources du commerce » vos mauvaises mœurs de recevoir quelque pour le poisson de mer nous sont fermées ; la » bien de lui,; comme si toutes ces calamités rigueur de l'hiver nous prive des légumes; la » qui viennent fondre sur vous n'étoient pas campagne désolée manque d'œufs; ce qui a » douces et légères en comparaison de vos échappé aux ravages de la guerre devient né-
» crimes. Vous qui vous mêlez de juger les )) autres hommes , soyez enfin juge de vous- » même ; pénétrez jusque dans les replis cachés » de votre conscience, ou plutôt regardez- vous » vous-même , tel que tout le monde vous voit
cessaire el presque insuffisant aux troupes innombrables qui remplissent tout le pays ; à la cherté se joint la misère. Nous cédons enfin à une si triste nécessité. L'Eglise , cette mère pleine de tendresse et de compassion , descend
» à découvert; puisqu'il ne reste plus en vous jusqu'aux derniers besoins de ses enfans. Elle
» ni crainte ni pudeur, qui vous détourne de ne souffre ni relâchement, ni mollesse, ni vains
» pécher , et que vous faites le mal comme si prétextes pour éluder la loi : mais elle a appris
» vous en deviez tirer des louanges. Vous êtes de son Epoux que le grand-prêtre dans une
» ou enfié d'orgueil, ou ravisseurdu bien d'au- pressante nécessité donna à David et aux siens
1 Jei-, MU. 3. — '^ Ad Demelr. p. ilti cl bcq.
» Ad Demetr. — ^ Ibid.
MANDEMENTS
les pains consacres . que les prêtres seuls a mien t permission deninnf/er. Elle sait que le Seigneur, qui est nutitre du sn/ibat ' , no lest pas mitiiis (lu CaiviiR" , et (ju'Dn peut iliiv île rmslilutiun »Ie ce m-aticl jeùue ce tjiie le Fils de Uieu a dit deriiistitulioudu saint repos : Le sabbat est fait pdur f/ioninie, et non l'homme pour le sabbat *. Telle est la condescendance de l'Eirlise. Comment ne relAclieroil-elle pas un peu de sa discipline présente. t'Ile qui, comme dit saint AuuMislin, juire que la paix qu'elle conserve a\ec les foibles la dédommage de ce qu'elle souffre certains rehkhemeus contre la lui ? Pacis ipsius rompensatione sanaretur '.
C'est dans cet es[>rit , mes trcs-chers Frères, que nous permettons les choses suivantes , etc.
Nous voyons avec une sensible douleur que la plus grande partie des peuples qui n'observeront pas le Carême avec la régularité ordinaire no pratiqueront ipie trop par leur misère une abstinence forcée. Leur consolation doit être de. la tourner en mérite par une humble patience. « Le jeune . dit saint Augustin * , nous repré- » sente la mortilication universelle de nos » corps. » Ceux mêmes qui ne pourront pas se retrancher l'usage de la viande , doivent se modérer dans la dispense qui leur est accordée, et ne se permettre rien de superflu dans les commodités sensibles. Enlin les peuples qui nous sont confiés peuvent voir , par les égards que nous avons pour leurs besoins, combien nous sommes éloignés d'une sévérité dure et rigoureuse. C'est ce qui doit nous préparer dans leurs cœurs une pleine confiance pour les temps plus heureux, où nous ne manquerons pas de rétablir dans son intégrité cette salutaire pénitence, que les apôtres , instruits par l'exemple de Jésus-Christ même, ont transmise de siècle en siècle jusqu'à nous.
11 faut que les riches entrent dans les sentiniens de l'Eglise eu faveur des pauvres , aliii que la charité gagne en cette occasion ce que la pénitence seud)le perdre. Ainsi tous ceux qui useront de la |)réseute disj)ense, et qui peu\ent donner trois sous en aumône, les douiieronl.
Nous exhortons tous ceux (jui peuvent donner plus abondamment, à faii-e pour leur salut éternel ime partie de ce qu'ils font tous les jours jiour le faste du siècle. Nous désirons (jue ces aumônes soient mises entre les mains de la trcwirière de l'assemblée de la Charité dans les villes où on a établi de telles assemblées pour
' Luc. VI. * Pt 5. — * .Viirr. ii . 27. — ' Fp. CLXXXV , ad liimif. w. k\ : I. ii, i>. f.i.o. — • Dr jirrj. Jiis'il. Iiom. cap. Mil, il. 18 : I. \, I'. \7\.
FÉNELON. TOME VI
les [tatnies malades, alin qu'elles soient distribuées de concert avec les [)asteurs, et que dansions les autres lieux chacun donne son aumône au pasteur pour le même usage.
Uonné à Cambrai, le 3 février 1709.
MANDEMENT
POrn DES PRIÈRES PIRLIQUES.
SLK I.A STÉniLITli.
François, etc., à tous les fidèles de notre diocèse , salut et bénédiction.
Nous apprenons, mes très-chers Frères, avec une sensible douleur, qu'on doit craindre une grande stérilité. La terre paroît comme morte : elle ne promet ni fruits ni moisson , et le printemi)S même ne la ranime point. D'où viennent ces u)alheurs? Les honnnes n'ouvriront-ils jamais les yeux? ne sentiront-ils jamais la main qui les frappe? lis ont oublié Dieu. Ils se sont oubliés eux-mêmes. Ils ont contraint, pour ainsi dire, leur Père céleste à les oublier. Hélas ! voici la neuvième année où l'on voit couler des ruisseaux de sang dans toute la chrétienté! Mais les hommes sont punis , sans être corrigés. Si nous n'a[)aisons au plus tôt la juste colère de Dieu, au glaive vengeur se joindra la faim, plus cruelle que le glaive même.
Dieu , dit le Psalmiste ' , o appelé la faim sur la terre ; aussitôt elle accourt, et tout appui du pain est brisé. Voilà , dit Isa'ie * , le Seigneur dominateur des armées qui ôtera de Jérusalem
et de Juda toute force du pain. Les enfan.^,
dit Jérémic ', ont demandé ou est le pain ,
en rendant le dernier soupir dans le sein de leurs
mères La langue de l'enfant à la mamelle
se dessèclie de soif dans sa bouche. Les petits ont demandé du pain, et personne ne leur en rompt. Ceux qui vivoieiit dans In volupté, tombent en défadiance au milieu des chemins. Ceux qui se nourrissoient avec délicatesse , se jettent avec
aridité sur l'ordure Ceux que le glaive abat
sont moins ii plaindre que ceux qui périssent de faim : car ceux-ci sont desséchés et consumés par la stérilité de la terre.
• Pf. i.iv. 16. —» /j. III. I.
4 , s il 9.
— * llirfii. H. li ; el i\,
MANDEMENTS
« \/d faim cl la soif, ilil saint Augustin ' , » sont do véritables douleurs, qui nous hrùlcnt, )D et qui nous consument eoinnie laliè\re, à » moins que le remède des alimens ne vienne » nous secourir. Mais couuue ce remède est » tout prêt, i') mon Dieu . à nous soulafj:er par » la libéralité de vos dons, et connue le ciel, la » terre et l'eau nous servent dans notre inlir- » mité, les bonunes donnent à celle calamité le » nom de délices. » Non, il n'y a que la main de Dieu qui retarde chaque jour par ses dons la défaillance prochaine du genre humain. Les viontognes, dit le Tsalmisle '" , se sont élevées, et les caïujKujnes sont descendues en la place que Dieu leur a marquée C'est lui qui fait couler les forrens dans les vallons au pied des montagnes j)our désaltérer tous les animaux 0
Dieu, la terre est jrtssasiée du fruit de vos mains. £ lie produit ses herba(/es pour les ajiimaux qui sont au service de l' homme. La terre est pleine de vos biens. Tout est dans l'attente de la nourriture que vous distribuez à chacun en son temps. Dès que vous donnez , ils recueillent. Ouvrezvous votre main . tout est comblé de biens. Mais détournez-vous votre face , ils sont dans le trouble. Refusez-vous l'esjirit de vie , ils tombent en défaillance, et rentrent dans la poussière. Pendant que les hommes s'enivrent de vaines espérances, il ne faut qu'une gelée après une fonte de neige, ou qu'un brouillard, suivi d'un rayon de soleil , pour confondre tous leurs projets. Aussitôt le ciel devient d'airain au-dessus de leurs tètes , et lu terre qui les porte est de fer pour eux *.
Que reste-t-il donc, sinon d'apaiser Dieu ? Sa main est déjà levée sur nous : mais nous savons que dix justes suffisent pour sauver un peuple innombrable ; non delebopropter decem '' . 0 peuples consternés , écoutez ces douces et fortes paroles : Voyez, dit Dieu à ses enfans % oïl est-ce que vous n'avez pas commis des abominations ? C'est ce qui a empêché la pluie
d'engraisser vos champs 0 enfans , revenez
en vous tournant vej's moi , et je vous guérirai
après voségaremens 0 Israël , tes voies
et tes pensées ont attiré sur toi tous ces maux. C'est ta malice qui se tourne en amertume , et qui blesse ton cœur. . . . Mon peuple insensé ne m'a point co7inu. Mes enfans sont sans sagesse et sans cœur. Ils ne sont sages que /jour faire le mal , et ne savent pas faire le bien J'ai rassasié vos enfans , et ils ont commis des crimes
1 ConJ, lib. X, cap. xxxi, n, 43 : t. i , p. 185. —
* Ps. cm. — 3 Deut. xxviii. 23. — * Gen. xxvin. 32. —
• Jcrem. iii-xii.
infâmes Quoi donc ? est-ce que je ne visitet^ai
point leurs péchés, et que je ne me vengerai point de ces peuples.... ? Jusques à quand la terre serait-elle en deuil, et l'herbe de ses champs sera-t-elle desséchée par la malice des peuples
qui l'habitent y ils ont semé du blé , et ils
ont moissonné des épines. Ils ont acquis des héritages , et ils n'en jouiront pas. Soyez confondus par les fruits mêmes de vos te7'res.... Mais ap}'ès que je les aurai arrachés, je changerai mon cœur pour eux, j'en aurai pitié , et je rétablirai chacun d'eux dans la jouissance de son héritage.
Telles sont nos espérances pour vous, mes trèschers Frères. C.elui qui menace craint de frapper. Il ne nous montre les maux qu'il prépare, qu'afin que nous les détournions de dessus nos tètes. La terre , qui refuse ses biens aux peuples ingrats et inqiénitens , germera en faveur des peuples humiliés et convertis. Qu'est-ce qu'un cœur contrit ne peut pas sur celui de Dieu ? Que si sa justice vouloit nous éprouver par de plu.s longues peines , au moins nous aurions la consolation de souffrir, avec amour et confiance , ce que les impies soulîriroient avec révolte et désespoir. Quelle différence entre ceux que le Père châtie comme ses enfans bieu-aimés et qui portent la croix avec Jésus-Christ pour régner bientôt avec lui, et les ennemis qui sont punis sans consolation et sans espérance. Après tout, si vous êtes détachés du monde et si vous vivez de la foi, que pouvez-vous perdre, si ce n'est une vie qui n'est qu'une mort continuelle pour passer à la vie véritable? De quoi pouvez-vous manquer pendant que Dieu ne vous manquera point ? Vos maux seront-ils sans consolation , pendant que vous porterez au dedans de vous le véritable consolateur? Les hommes, dit saint Augustin ' , ne peuvent être dépouillés sur la terre que des faux biens , dont ils n'auront pas fait le sacrifice à Dieu. Hoc enim potuit in terra perire , quod jnguit inde transferi^e. Pour tout le reste , ils se dédommagent d'une légère perte, par un profit inunense et éternel. Magnis sunt lucris levia damna solati *. En quelque extrémité de misère où ils puissent être réduits, seront-ils jamais dans un état où ils ne trouvent plus leur Dieu? Hoc sanè miserrimum est , si aliquô duci potuerunt , ubi Deum sxmm non invenerunt ' ? Croit-on que Dieu cessera d'être père ? Croit-on que celui qui prépare à ses enfans le royaume du ciel , leur refusera le pain quotidien sur la terre , quand ils seront péni-
* De Civ. Dei. lib. i , cap. x , 2 Ihid. — « Ibkl. cap. XIV : p. U.
t. vu , p. H. —
MAMU'.MKNTS.
teos , soumis , sobres et laborieux ? 0 deux , louez le Seigneur ; ô terre, réjouissez-vous ; ô tnnntagnes , chantez de joie! Le Seigneur C(nisole son peuple . et il aura pitié de ses jjuueres. Sion a dit : Le Seigneur m'a abandonnée , et il ne se sourient plus déniai. Quoi! est-ce qu'une mère peut oublier son enfant , et n'avoir aucune pitié de celui qu'elle a porté dans ses entrailles y et quand même elle F oublieroit , pour moi . je ne vous oublierai jamais '. (Vcsl ainsi , mes Irèsebers Fri'-res , que parle le Pi-re de miséricorde et le Dieu de toute consolation. Ne doutons jamais de sa provideuce. C'est de nous , et non de lui, qu'il faut se délier. Nous rendrons la terre fertile , quand nous cultiverons dans nos cœurs les vertus , et que nous en arracberons tous les vices.
C'est dans un besoin si pressant que nous or* donnons, etc. Donné à Cambrai, le 20 avril 1 709.
MANDEMENT POUR DES PRIÈRES
François etc., à tous les fidèles de notre diocèse qui sont sous la domination du Roi, salut et bénédiction.
Nous avions espéré , mes très-chers Frères , que Dieu s'apaiseroit enfin , et qu'il laisseroit respirer son peuple. Mais sa main est encore levée pour nous frapper. Il est juste que nous souffrions encore , puisqu'on ne cesse point de pécher. Le mensonge et la fraude sont encore sur les lèvres et dans le c<eur de presque tous les bommes. La misère, loin de les détacher des faux biens , irrite de plus en plus leur avarice ; le faste et le luxe croissent avec la ftauvreté. La délicatesse et la volupté la plus raffinée n'ont point de honte de paroUre avec la famine ; on ne voit ijue la bassesse la plus houleuse, et que l'orgueil le plus insolent. L'Eglise n'est plus écoulée. Chacun se croit soi-même, au lieu de la croire avec une humble docilité. Les hommes sont écrasés, et ils ne furent jamais moins convertis. Faut-il donc séloimer si Dieu ne s'apaise point? Il se sert des hommes dans les combats l)Our les punir les uns par les autres de leurs propres mains. Le ravage des provinces, les batailles
' II. XU\. 13. i\ Il IS.
sanglantes , le renversement des empires sont If jugement de Dieu sur les peuples coupables, qu'il faut exécuter parles coupables mêmes. Ceux (|ui pensent le moins à Dieu sonl dans sa main , sans l'apeiccvoir, les uistrumens de ses vengeances. Ils s'imaginent exécuter leurs vaifis projets, et ils ne font que suivre aveuglément une volonté su|)érieure. a Dieu , dit saint Au- » guslin ' , opère dans les cœurs même des
» mrchans tout ce qu'il lui plaît Le Toul-
» Puissant produit au dedans des b(umnes le » mouvement même de leurs volontés , pour » l'aire par eux ce qu'il veut qu'ils fassent. » Il envoie à son choix dans les plus puissantes armées ou le courage et la victoire, ou la peur et la fuite. C'est lui qui donne ou l'esjirit de sagesse cl de force , ou celui d'ivresse et de vertige. Les nations , dit le Roi prophète - , ont été troublées , et les royaumes ont penché vers leur ruine. Dieu a fait entendre sa voix. La terre a été ébranlée : mais le Seigneur des armées est avec nous. Le Dieu de Jacob nous soutient. Venez, et voyez les œuvres du Seigneur et les prodiges qu'il fait sur la terre : il fait cesser la guerre jusqu'aux extrémités du pays ; il brise l'arc , il rompt les armes , il fond les boucliers. Ecoutez encore le Sainl-Espiit * : Dieu dessèche les racines des nations superbes, et il en plante d'autres qui sont humbles. Cessons donc de chercher dans les honunes les véritables causes de ce qui leur arrive ; remontons plus haut. Leur sagesse et leur puissance ne sont qu'empruntées. Dieu commande aux passions, comme aux veufs et aux tempêtes. Tu viendras , dit-il à la mer * , jusqu'ici : tu n'iras pjas plus loin , et tu briseras ici l'orgueil de tes flots. On , si nous voulons rentrer en nous-mêmes, ne cherchons que dans nos péchés les sources de nos malheurs. Effaçons l'iniquité par la pénitence, et tous nos maux disparaîtront. Prévenons Dieu, humilionsnous, et il ne nous humiliera point. Mettons notre confiance , non dans nos armes , mais dans nos prières. Aimons Dieu en sorte qu'il nous aime , et nous n'aurons plus d'ennemis. La douleur, dit-il ^ , et le gémissement s'enfuiront. C'est nun , c'est moi qui vous consolerai. Eh ! qui ètes-vous pour craindre quelque chose d' un homme mortel, du fils (f un homme, qui sèche comme l'herbe des champs ? ]'ous avez oublié le Seigneur votre créateur, qui a tendu les deux, et qui a fmdé la terre. Vous avez craint sans cesse à la vue de la colère de celui
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— » P$al M.v. <J. — î AVf/i. X. 18. — * Job. xxxvHi. 11.
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MANDEMENTS
qui vous accablait , et qui se préparait à vous perdre. Et maintenant qu est-elle devenue cet te
colère ? Dieu ne vous exterminera paint , et
son pain ne vous manquera pas. Craignons Dieu, et nous serons délivrés de tonte autre crainte — Ae Seigneur, disoit un roi % est mon salut ; qui craindrai-je ? Le Seigneur protège ma vie ; qui m'intimidera ? Pendant que mes ennemis m'environnent pour me nuire et pour me dévorer, ceux mêmes qui viennent pour m' accabler s' affaiblissent et tombent. Si les ennemis ont leur romp autour de moi, mon cœur ne craindra ?'ien; et si le combat commence , alors j'espérerai.
C'est avec celte lumiMe conliance. nu;s trèschers Frères , que nous àevous demander à Dieu qu'il bénisse les armes du Roi. 11 est moins jaloux de sa gloire et de ses conquêtes, que du soulagement de ses peuples. Prier pour le succès de ses désirs dans celte guerre, c'est pour une heureuse et constante j»aix. Demandons pour lui . connue il fut demandé pour David , que la paix vienne de Dieu sur lui , sur sa postérité , sur sa maison et sur son trône â jamais. Demandons que , comme Salomon * , il soit environne de la paix. Qu'il dise comme Ez.écliias : Que la paix ci la vérité régnent en }nes Jours ^ Que Dieu dise pour lui avec complaisance : Je donnerai en Israël la paix et la tranquillité pendant tous ses jou7\<i '*. Demandons que Jérusalem loue le Seigneur, parce qu'il affermira ses portes, qu'il bénira les en fans nourris dans son sein . que la paix sera comme la garde de ses frontières, et qu'elle sera rassasiée des fruits de la terre ^ Mais en demandant le soulagement des peuples, demandons aussi leur conversion. Demandons encore plus ardemment la fin de nos péchés que celle de nos peines. La paix qui ne serviroit qu'à nous amollir, qu'à nous enivrer d'orgueil, qu'à nous faire oublier Dieu , seroit un don funeste.
A ces causes, nous ordonnons, etc.
Donné à Cambrai, le 18 juin 1709.
MANDEMENT POUR LE CARÊME
DE l'année 1710.
François, etc., à tous les fidèles de notre diocèse, salut et bénédiction.
11 t'audroil sans doute, mes très-chers Frères, renouveler en nos joui's la plus rigoureuse discipliui' de l'ancienne Eglise sur le Carême, pour la projH)rtionner aux péchés des peu|iles. Toute chair a corrompu sa voie; ceux qu'on nomme Chrétiens semblent n'en porterie nom que pour l'avilir : l'esprit qui doit réprimer les passions ne sert qu'à les llaltter; on joint un orgueil de démon à la sensualité des hèles : le faste croît avec la misère. L'un, malgré sa basse condition, dépense à proportion de ses biens mal acquis. L'autre, enivré de sa condition , dépense, non son [U'oprebien, mais celui d'aulrui qu'il emprunte. Tous vivent d'injustice ; tous veulent paroitre ce qu'ils ne sont i)as. Le commerce est plein de fraude , les procès de chicanes , la conversation de médisances et de moqueries. Les hommes ne disent vrai que quand il n'y a ni commodité ni vanité à mentir. La société cache sous une politesse tlalteuse une jalousie, une envie et une critique envenimée. Les hommes ne peuvent ni se passer les uns des autres, ni se supporter. Les riches ne comptent pour rien les pauvres, quoiqu'ils soient hommes autant qu'eux. Les pauvres semblent avoir oublié qu'ils soûl hommes autant que les riches. Ils se dégradent et ne cherchent que la vie animale ; encore n'ont-ils pas le courage de la chercher, tant ils sont lâches et paresseux. Ils aiment mieux devoir leur nourriture à la mendicité ou au larcin , qu'à un travail honnête. Ils ne travaillent qu'à demi pendant six jours de la semaine ; et le septième, que Dieu réserve au saint repos pour son culte, ils font un travail que Dieu ue peut bénir, et qui n'est digne de leur rapporter que des ronces et des épines. Le jour du Seigneur est devenu celui du démon; c'est celui qu'on réserve au péclié et au scandale. On n'a point de honte d'y préférer le cabaret à la maison de Dieu , les chansons impudiques aux cantiques sacrés, et les excès les plus brutaux à la pure joie de se nourrir du pain des anges. L'ignorance résiste à toute instruction. Un pasteur dénonce-t-il aux peuples la vengeance divine j)rêle à éclater sur leurs têtes? sa parole ne leur semble qu'un jeu : visus est eis quasi ludens loqui^. Pendant l'illusion de la vie la religion n'est pour eux qu'une belle cérémonie, qu'un grand spectacle : à la mort elle devient tout-à-coup, et trop tard, un objet affreux. Il semble que voici le temps réservé au feu vengeur pour la fin des siècles. Dieu cherche dix Justes, en faveur desquels il puisse épargner
» Ps. XXVI. 1 — * m Reg. 11. 33. — » IF Reg. xx. 19. — * / ParaUji. \\\i. 9.-5 Ps. cxLvn.
' Cencs. XIX. Ji.
MANOKMFNTS.
inulo la nmltilndc innombrable. Oui , dix justes lui siiftirnient pniii- paniimiuM* à tous, cl ces iliv justes lui manquent jioiir arrêter son bras. Faut-il donc s'olonncr sil frappe ces grands coups , (jui brisent les nations superbes? C'est lui qui envoie le ^lai\e pour l'enivrer de sang ; au plaive se joint la famine ; à la famine se joint la maladie , qui devient contagieuse. Que mes l/eux , dit Jôrémie ', pleurent nuit et jour, et t/ue )Hft douleur ne se taise point , ear lo fille de )non peuple est écrasée et courerte d'une horrible plaie. Si Je rais dans la campayne , vuilù les ciidarres des honinies tués ; si je rentre dans la ville , voilà les vivons exténués par la faim. Le prophète et le prêtre s'en sont en fuis en ferre incmnue. 0 Dieu, est-ce que vous avez rejeté sans retour votre peuple? Votre ame a-t-elle abandonné Sion avec horreur ? Pourquoi donc nous frapjiez-vous encore, après dix ans detribulation qui ont abattu la clirétienlé? M'i/ a-t-il plusde santé pour nous ? Mous avons attendu la paix , et aucun bien n'arrive; nous avons espéré le temps de la (juérison, et voici le trouble. Ce n'est ni dans le conseil des sages , ni daus la force des courageux guerriers que les nations doivent mettre leur confiance ; c'est le Seigneur seul qu'il faut désarmer. C'est dans le ciliée et sur la cendre qu'il faut lui demander la paix. Que cbacun frappe sa poitrine plutôt que l'ennemi. C'est en nous réconciliant avec Dieu, que nous réconcilierons toutes les nations entre elles. L'Europe entière devroit être, comme Ninive , dans la prière . dans les jeunes et dans les larmes , pour apaiser Dieu.
Mais la juste main qui nous frappe nous a 'Mé jusqu'aux moyens d'observer religieusement les lois de la pénitence. La terre , pour venger Dieu , refuse aux hommes pécheurs ses fruits dont ils sont indignes de se nourrir. A jteinc les jieuples trou\eri)nt-ils pendant ce (^.aréme de quoi soutenir leur vie languissante , en ramassant sans distinction tous les alimens gras et maigres qu'ils pourront trouver. Le prix le plus modique des alimens est devenu unecherté pour les familles épuisées. Dans collt' déplolable exlréiiulé, la misère de nolie[)ays ne nous répond que trop de l'abstinence et du jeune f'^rcé des peuples. Heureux , s'ils tournent par amour en pénitence volontaire cette dure et aicablaiilc nécessité! Heureux, si la main qui l''s afflige . les consoli! et essuie leurs larmes! « Tpnt ce qur riidiiHiK' souIVre ici-bas, ditsaint » Augustin '. s'il st-rt à le convertir, n'est qu'une
* Jer. XIV. 46 »'l si'ij. — * De i'rU. exrid. c.-ij». vu ol Mil •