‹ Œuvres complètes de Fénelon, archeveque de Cambrai. Précédées de son histoire littéraireChapitre 8 sur 271 · E LA CONFIRMATION · texte numérisé non relu

E LA CONFIRMATION

Ce sacrement ne se donne qu'une fois. Il imprime aussi un caractère qui est un signe s[)iriluel qui nous distingue comme étant initiés et fortiliés [>ourla milice s[)irituelle. 11 demande qu'on soit en état de grâce pour le recevoir dignement.

Quoique ce sacrement ne soit pas absolument nécessaire pour le salut, il est néanmoins d'une extrême importance que cliacun ne manque [las de le recevoir. C'est le don du Saint-ICsprit pour résister aux tentations continuelles de cette vie. Plus nous sommes foibles et attaqués, plus nous avons besoin de recourir à un si puissant secours. Le négliger c'est se rendre indigne d'une grâce si précieuse , et mériter de tomber, comme tombent les âmes téméraires qui ne se détient point delles-ujèmes , et «pii négligent les grâces olVertes.

Ce sacrement a été institué pour aiigmenler

t'[ aiVermir en nous la grâce du iJaplème , alin que nous n'ayons jamais de honte de confesser .lésus-Cbrist ciiicilié, rpir nous méprisions les railleries des libertins, et même s'il le falloit, l;'s persiVutions des ennemis de notre salut ; afin que nous soyons disposés à répandre notre sang dans le martyre pour chacune des vérités de la foi lîu particulier, et (pie nous avons un courage humble , simple et modeste roiitre toutes les Icnlalioiis (pic iioiis n'aurons pu fuir.

])]•: l.A PKMTKNCE.

<Jn est-ce (jui conserve sans aucune tache la robe nuptiale reçue au iJaptème ? Hélas 1 nous |ioitons ce trésor dans des vases d'argile. Si (juc/fju'ttit (rentre nous , dit saint Jean ', use nssi(/-t'r ((u il est exempt de /jôc/té , // se trumjje, et hi rérifi- n'est pus en lui. Les justes mêmes , en cette V ie mortelle, quelque saints qu'ils soient, quoique Dieu ne les abandonne pas après les avoir justiliés, quoique l'esprit de Jésus-Cbrist coule sans cesseen eux, tombent cependant quelquefois [)our le iiiitins dans des fautes légères , qui se foui tous les jours , et (]u'on appelle péciiés véniels. C'est tout ensemble avec humilité et vérité qu'dss'accusent et qu'ils disent : Xotrc Père qui êtes aux deux , pardonnez-nous nos offenses. C'est par cet aveu humble et sincère qu'ils obtieimcul le pardon de leurs péchés de tous les jours; c'est parraumône qu'ils les racliètent: c'est par le jeune, ou par le cruciliement de leur cliair qu'ils les expient. Mais les fautes de précij)itation ou d'inadvertance ne sont fien, en coinj)araisou île celles où l'on veut , de jiropos délibéré , partager entre Dieu et le monde un co'urque Dieu demande tout entier ; où on ose estimer ce que Jésus-(^dirist condamne, et vivre autrement qu'il ne le prescrit ; où on détourne les yeux de dessus les conrmandemens du Tout-Puissant , pour se livrer aux désirs d une cbair corrompue et révoltée, il est de la justice de Dieu de [tniiir ces crimes, ou dans ci'lle vie , ou après cette vie. Seigneur, s'écrie saint .Vngustin, brûlez, cou|)ez ici bas les njembres (pie j'ai fait servir à rini(juité , et épargnez-moi, au jour de l'éternité, ces ténèbres extérieures, ces flammes vengeresses, ce ver rougeur et immorlel , dont vous m'avez cll'iavé. Dieu ne veut |>as la mort du pécbeur,

< I Ju.iii. I. 8.

MAMKL DE PIKTK,

pourvu qu'il lovicnno à lui uvco un cd'ur contrit el humilié. (Judque monstrueux que soient nos crimes par leur nombre et par leur énormilé, ne désespérons pas; ce seroit le crime de Caïn et de Judas : la miséricorde de Uieu es! [)lus grande que notre malice. Dieu aime mieux tpie nous nous punissions nous-mêmes dans le temps, par une pénitence volontaire cajjahle d'apaiser sa justice , que d'être obligé de nous jjunir dans l'éternité, par des peines infinies (jui ne pourroieut plus le lléchir. (Jnelle bonté! s'écrie saint Augustin , quelle miséricorde , quelle patience ! Nous péchons , et la \ie nous est continuée! nos péchés se umltiplienl , et Dieu, que nous oll'ensons , ne tranche point le fil de nos jours! Dieu entend tous les jours qu'on blasphème son saint nom ; il voit tous les jours sa loi violée par les hommes , celle de ses créatures (ju'il aie plus gratifiées, et il ne laisse pas de taire luire son soleil sur les bons et sur les médians. Il fait plus; de tous côtés il rappelle les pécheurs à leur devoir ; il les invite de tous cotés à la pénitence. Au dehors , il appelle par un directeur, par lui prédicateui', en laissant le temps de se repentir ; au dedans, il appelle par une pensée intime , par un sentiment de consolation, par une im])ression affligeante. Le bon pasteur laisse nouante-neuf brebis dans le désert, pour aller chercher celle qui s'est égarée. Le Père céleste court au-devant de l'homme pécheur qui vient avouer ses fautes; les anges dans le ciel se réjouissent de sa conversion. Mais prenons garde d'abuser de cette patience si longue , si pleine de miséricorde , de peur d'amasser contre nous un trésor de colère au jour de vengeance et du juste jugement de Dieu. Ah! plutôt (pie de périr dtuis notre naufrage , hàtons-nous de [)rendre la planche que Jésus -Christ a la bonté de nous oflrir, et sauvons-nous. Recourons au sacrement de Pénitence; c'est le remède que le Sauveur du monde a institué pour ellacer les péchés commis après le Haijtêjué, et pour nous appliquer de nouveau les mérites de sa passion. Adressons-nous aux prêtres qu'il a établis juges de la lèpre du cœur humain , et à qui il a conlié le pouvoir de remettre ou de retenir les péchés, avec assurance que ce qu'ils auroient fait sur la terre , en exerçant ce ministère de la réconciliation , seroit ratifié dans le ciel.

EXAMEN DE CONSriENCE.

Repassons donc d'abord , dans l'amertume de notre cœur , les égaremens de notre vie

passée, an moins depuis notre dernière confession.

l" Rendons-nous tous les jours nos devoirs à Dieu qui nous a créés, qui nous conserve, qui répand avec profusion sur la terre nos alimens, nos vêlemens ? l'adorons-nous comnie notre souverain Seigiieiu'? l'aimons-nous au-dessus de tout, comme un père infiniment aimable ? le remercions-nous comme notre bienfaiteur universel ? IMéditons-nous sa loi , l'aimonsnous , la [>rali(pioiis-nous ? Notre ingratitude ou notre indifférence à l'égard de Dieu est le j»lus grand di; tous nos })échés : c'est la source de tons les antres. Si nous étions fidèles à nous occuper de Dieu , à l'aimer préférablement à tout, à n'aimer tout ce qu'il a fait que par rapport à lui. je l'ose d'we, nous ne pécherions pas, ou nous ne pécherions guère : nous respecterions son nom ; nous ne le prendrions point en vain pour appuyer le mensonge, et jamais nous n'al)userions de ses dons pour l'outrager.

2" Pensons-nous au Fils de Dieu fait homme pour nous ? Sommes-nous assez instruits des obligations que nous lui avons de s'être livré à la mort pour nous racheter de l'esclavage du péché et du démon? Qu'avons-nous fait jusqu'ici pour lui marquer notre reconnoissance ? Croyons-nous toutes les vérités qu'il est venu nous enseigner? Son Evangile fait-il nos délices? en vivons-nous? nos œuvres ne le démentent-elles pas ? N'avons-nous jamais négligé d'aller entendre les pasteurs et les prédicateurs qui nous instruisent en son nom ? Sommes-nous exacts à nous unir, fêtes et dimanches , aux fidèles assemblés pour le prier, le remercier, chanter ses louanges ? nous tenons-nous alors dans les Eglises avec la modestie et la révérence qui sont dues aux lieux que le Seigneur honore plus particulièrement de sa présence ? N'est-ce pas en ces jours tout consacrés à son service, que nous nous occupons à un travail mercenaire . et que nous l'offensons davantage ?

.3" Savons-nous que nos membres sont , même ici bas , les temples du Saint-Esprit , comme nos corps sont les membres de Jésus- Christ ? Combien de fois nous est-il arrivé de les profaner, de les faire servir à l'iniquité, de les prostituer? Parures recherchées et indécentes, qui ont servi de pièges au prochain ; paroles ou chansons contraires à la pudeur ; lectures ou visites dangereuses; yeux immodestes, privautés, etc. qui mènent à l'impureté; autres excès encore plus criminels , dont saint Paul veut que le nom même soit Itanni d'entre les

MAM lii. i»i-: iMi-yn:.

(idèlos, ctduiil le dt'sir s<'iil ol un poilu'- ^ricf. N'avoz-voiis |>as ciicoro l'ait uiU' idoU- ilc votre ventre, par trop do Itoiino cliôro ot do l'riaiidiso, mangoam on glontoii, binant on ivrogne? (>n pèclio encore oonlre le Saint-l^s[)iit on n'ôcontant pas sa \oix dans le fond du ciriir. on no suivant j>as sos inspirations, on t'aisani le mal opjiosô au Ition qu'il daigne nous suggéi'or.

■l" Croyons-nous que Jésus-Christ n'a l'ondô qu'une Kglise , dans huiuello quiooncpio veut être sauvé doit entrer, et hors laquelle il n'y a point do salut? C'est oolle on président les souverains pontifes, saint Pierre et ses snocessenrs dans le siège do Kouio , marchant à la tèle dos autres évècpies pour «ouiluire les lidèles. C'est avec cette Eglise que Jésus-Christ demeure, enseigne, baptise et remet les péchés jusqu'à la fin du monde ; c'est contre elle qu'il assure que les portes de l'enfer ne préxaudronl jamais. La regardons- nous oonmio sa tidolo épouse, comme notre sainte mère ? respectonsnous ses décisions? lui obéissons-nous avec une parfaite soumission? Jeùnons-nous, faisonsnous abstinence ? assistons-nous aux offices, fréquentons-nous les sacremens lorsqu'elle l'ordonne? Evitons-nous les hérétiques et les schismaliqucs qu'elle condamne? Jetons -nous au feu, ou porlons-nous à nos évèques les livres qu'elle proscrit ?

ri" N'avons-nous jamais manqué au respect, à l'amour . à l'obéissance, à l'assistance que nous devons à nos parons, ou à nos supérieurs? Pères et mères , maîtres et maîtresses, avezvous veillé avec soin à l'éducation, à l'instruction et à toute la conduite de vos enfans, de vos inférieurs, de vos domestiques? leur avez-vous donné bon exemple ?

r>" Quel est notre amour pour le prochain ? quelle idée en avons-nous ? le regardons-nous comme frère , enfant du même Père céleste, destiné connue nous pour vivre ici bas dans le sein de IT^glise , épouse du Eils do Dion, et pour jouir avec nous là-haut «les biens étoinels? Dans cette vue l'avons-nons anné autant qu(^ nous, sain ou malade, pauvre ou riche, maître ou domestique, ami ou ennemi ; nous réjouissant du bien qui lui arrive : connjatissant à ses peines ; le seoourant dans ses besoins, par nos services, [)ar notre bourse, par nos instructions ? F^'excès de notre amour-propre n'a-t-il point étouflé dans notre ccrur ces sonlimens d'iiumanitc et de christianisme? A leur place, n'y avons-nous pas laissé rroitro une hanlour orgueilleuse, le désir de vengeano(>j la colère, le mépris, l'onvio, la jalousie, le noir rhagriti.

rauli|iatliio, la frauilo et la li'onqiori*^ ? N'a- \ous-uous |ias attenté à son honneur par des soupious ou jugemens téméraires, par des médisances, des oalonmies, des faux témoignages? no l'avons-nons jamais injurié, frap[)é, blessé? l.'aMKjur immoiléré des rioliesses, qui est une espèce d'idolâtrie, ne nous a-t-il jamais portés à di'-siror sos biens, à les ;olonir malgré lui, à on jouir sans son a\ou , à les lui enlever par \ol, usure, gain excessif et illicite?

7" Huolle a él('' nolie fidélité à nos promesses, à nos Vioiiv, à nos règles, à notre oraison, à nos lectures spirituelles, à nos examens ? n'a- \oiis-nous l'ien à nous reprorhor sur la tiédeur avec bupiolle nous a|)pro(hons des sacremens, ot sur le [leu de fruit que nous en retirons? quels ell'orts faisons-nous pour nous corriger (le nos défauts ? ne présumons-nous pas que nion nous sauvera, quoique nous abusions de ses grâces , et que nous ne conformions pas notre volonté à la sienne ? Le temj)S nous est donné pour travailler à notre salut avec crainte et trend)lement : nous devrions l'employer ontièremont à faire de bonnes œuvres, chacun suivant notre état et condition ; cond)ien en perdons-nous au lit par |)aresse, à la toilette, au jeu, on loctiu'e de romans, en visites inutiles ?

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