CHASSE DE DIANE
Il y avoit dans le pays des Celtes , et assez près du fameux séjour des Druides , une sombre forêt dont les chênes , aussi anciens que la terre , avoient vu les eaux du déluge , et conservoientsous leurs épais rameaux une profonde nuit au milieu du jour. Dans celte forêt reculée étoit une belle fontaine plus claire que le cristal , et qui donnoit son nom au lieu où elle couloif. Diane alloit souvent percer de ses traits des cerfs et des daims dans cette forêt pleine de rochers escarpés et sau^ages. Après avoir chassé avec ardeur, elle alloit se plonger dans les pures eaux de la fontaine, et la Naïade se glorifioitde
faire les (lélirr> de la déossc et de toutes les Nymphes. Lu jour Diane cliassii en ces lieux un sanglier plus grand et plus furieux que celui do C.alydon. Son dos étoit armé d'une soie dure, aussi. lu-rissée et aussi liorrilde cpie les iiitpies d'un bataillon. Ses veux élitifelanscloii'iil pleins tie sang et de feu. Il jetoit d'une gueule lu'ante <'t enllamuîée une écume mêlée d'un sang noir. Sa hure monstrueuse ressemhloit à la proue recourbée d'un naNire. Il étoit sale et couvert de la houe de sa hauge où il s'étoit vautré. I,c souille brûlant de sa gueule agiloit l'air tout autour de lui, et faisoit un bruit ellroyable. Il s'élançoit rapidement connue la foudre ; il renversoit les moissons dorées, et ravageoil toutes les campagnes voisines; il coupoil les hautes liges des arbres les plus durs pour aiguiser ses défenses contre leurs troncs. Ses défenses étoienl aiguës et tranchantes coniine les glaives recourbés des Perses. Les laboureurs épouvantés se réfugioicnt dans leurs villages. Les bergers , oubliant leurs foibles troupeaux errans dans les pâturages, couroient vers leurs cabanes. Tout étoit consterné; les chasseurs mêmes, avec leurs dards et leurs épieux . n'osoient entrer dans la forêt. Diane seule . ayant pitié de ce pays , s'avance avec son carquois doré et ses (lèches. Une troupe de Nymphes la suit , et elle les surpasse de tonte la tête. Elle est dans sa course plus légère que les zéphirs, et plus prompte que les éclairs. Elle atteint le monstre furieux, le perce d'une de ses flèches au-dessous de l'oreille, à l'endroit où l'épaule commence. Le\oilà qui se roule dans les flots de son sang : il pousse des cris dont toute la forêt retentit, et montre en vain ses défenses prêtes à déchirer ses ennemis. Les Nymphes en frémissent. Diane seule s'avance , met le pied sur sa tête , et enfonce son dard ; puis se voyant rougie du sang de ce sanglier, qui avoit rejailli sur elle, elle se baigne dans la fontaine, et se retire charmée d'avoir délivré les campagnes de ce monstre.