‹ Œuvres complètes de Fénelon, archeveque de Cambrai. Précédées de son histoire littéraireChapitre 89 sur 271 · ES · texte numérisé non relu

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petits animaux. Mais Minerve, qui préside aux arts , lui représenta cpiil y avoit une autre espèce (|ui (lisputoit aux abeilles la gloire des in\entiouN utiles. .Iu[»iter voulut en savoir le nom. ('e sont les vers à .soie, ré|)ondit-elle. Aussitôt le pt-re dt-s dieux ordomia à Mercure de faire M'uir sur les ailes des doux zéphirs des (lé|)utés de ce petit peu|)le, alin (ju'on pût entendre les raisons des deux partis. L'abeille ambassadrice de sa nation représenta la douceur du miel (|iii est le neilar des hommes , son utilité , l'artiliie a\ec le(|uel il est coiiqjosé ; puis elle vanta la sagesse des lois (pii |)olicent la république volante des abeilles. !Sulle autre espèce d'aninuiux, disoit l'orateur, n'a cette gloire; et c'est une récompense d'avoir nourri dans un antre le père des dieux. De [)lus, nous avons en partage la valeur guerrièi-e , quand notre roi anime nos troupes dans les condjats. C-ounnent est-ce que ces vers, insectes vils et méprisables, oseroient nous disputer le premier rang? Ils ne savent que ramper, pendant que nous prenons un noble essor, et que de nos ailes dorées nous montfins jusque vers les astres. Le harangueur des vers à soie répondit : Nous ne sommes que de petits vers, et nous n'avons ni ce grand courage pour la guerre, ni ces sages lois; mais chacun de nous montre les merveilles de la nature . et se consume dans un travail utile. Sans lois , nous vivons en paix , et on ne voit jamais de guerres civiles chez nous, pendant que les abeilles s'entretuent à chaque changement de roi. Nous avons la vertu de Protée pour changer de forme. Tantôt nous sonnnes de petits vers composés d'onze petits anneaux entrelacés avec la variété des |)lus vives couleurs qu'on admire dans les fleurs d'un parterre. Ensuite nous filons de quoi vêtir les hommes les plus magnifiques jusijue sur le trône, et de quoi orner les temples des dieux, dette parure si belle et si durable vaut bien du miel, qui se corrompt bientôt. Enfin, nous nous transformons en fève, mais en fève qui sent, qui se ment, et qui montre toujours de la vie. Après ces prodiges, nous devenons fout-à-'roiqi des papillons avec l'éclat des plus riches couleurs, (l'est alors que nous ne cédons [tins aux abeilles pour nous élever d'un vol hardi jusque vers l'Olympe. Jugez maintenant , ô père des dieux. Jupiter, embarrassé pour la décision . déclai-a i-nlin que les abeilles liemlroient le premier rang, à cause des droits qu'elles avoient ac(piis depuis les anciens temps. Hui'l moyeu, dit-il, de les dégrader? je leui" ai trop d'obligation ; mais je crois (jue les hommes (loivcnt rncun» plus aux vers à soie.

FABLES

fASSEMBI.ÉE DK? ANIMAI \ POl H CHOISIR IN ROI.

Le lion étant mort , tous les animaux accoururent dans son antre , pour consoler la lioune sa veuve , qui l'aisoit retentir de ses cris les montagnes et les forets. Apri'S lui avoir lait leurs comi)limens, ils commem-èrent l'élection d'un roi : la couronne du dél'unt étoit au milieu de l'assemblée. Le lionceau étoit trop jeune et trop foible pour obtenir la royauté sur tant de tiers animaux. Laissez-moi croître . disoit-il ; je saurai bien régner et me l'aire craindre à mon tour. Kn attendant, je veux étudier l'iiistoire des belles actions de mon jière, pour égaler ini jour sa gloire. Pour moi, dit le léopard, je prétends être couronné ; car je ressemble plus au lion que tous les autres prétendaus. Et moi, dit Tours, je soutiens qu'on m'avoit fait une injustice , quand on me préféra le lion : je suis fort, courageux , carnassier , tout autant que lui ; et j'ai un avantage singulier, qui est de grimper sur les arbres. Je vous laisse à juger, messieurs, dit l'élépbant^ si quelqu'un peut me disputer la gloire d'être le plus grand, le plus fort et le plus brave de tous les animaux. Je suis le plus noble et le plus beau , dit le cheval. Et moi , le plus lin, dit le renard. Et moi , le plus léger à la course, dit le cerf. Où trouverez-vous , dit le singe , un roi plus agréable et plus ingénieux que moi? Je divertirai chaque jour mes sujets. Je ressemble même à l'homme , qui est le véritable roi de toute la nature. Le perroquet alors harangua ainsi : Puisque tu te vantes de ressembler à l'homme , je puis m'en vanter aussi. Tu ne lui ressembles que par ton laid visage et par quelques grimaces ridicules : pour moi , je lui ressemble par la voix , qui est la marque de la raison et le plus bel ornement de l'homme. Tais-toi, maudit causeur, lui répondit le singe ; tu parles, mais non pas comme l'homme; tu dis toujours la même chose , sans entendre ce que tu dis. L'assemblée se moqua de ces deux mauvais copistes de l'homme , et on donna la couronne à l'éléphant , parce qu'il a la force et la sagesse , sans avoir ni la cruauté des bêtes furieuses, ni la sotte vanité de tant d'autres qui \e ulenttoujours paroilre ce qu'elles ne sont pas.

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