CHAPITRE XVI
Le village des Quatre-Coios, oii étaient campés les dragons, se composait d'une demi-douzaine de masures délabrées, au milieu desquelles deux routes se coupaient k angles droits. Le plus imposant de ces édifices «lait une auberge oii on logeait à pied et à cheval. Deux piliers, qui ressemblaient à des potences, soutenaient à la place d'une enseigne détruite une planche grossière sur laquelle on avait écrit avec de la sanguine : Hôlel d'Elisabeth Flanagan.
L'hôtesse était veuve d'un soldat qui était mort an service, et qui, né comme elle dans une île lointaine, était venu chercher fortune dans les colonies de l'Amérique du Nord; elle exerçait la profession de vivandière et de blanchisseuse, et suivait constamment les troupes. Aussitôt qu'elles faisaient halte, ne fût-ce que pour deux jours, on voyait l'active commerçante arriver avec sa charrette chargée des objets qu'elle croyait propres à la faire bien venir. Elle s'installait et se mettait à l'œuvre avec une célérité qui semblait presque surnaturelle. Quelquefois la charrette môme lui servait de boutique ; souvent les soldats lui bâtissaient un grossier abri. Mais, dans les circonstances actuelles, elle s'ét.iit emparée d'une maison vacante, elle avait remplacé les carreaux cassés par du linge aale et de vieilles culottes, car le froid commençait h être piquant, et il devenait essentiel de s'en garantir. Elle préteri- Aail s'être ainsi procuré une habitation des plus élégantes. Les soldats s'étaient établis dans les granges voisines, et les officiers étaient J'éunis il riiûtel Flanagan.
Elisabeth connaissait tous les dragons et les appelait par leurs noms de l)a])l('nic ou leurs sobriquets au gré de sa fantaisie. Quoiqu'elle fût insupportalilc pour quiconque n'av.^it pas élé jl même d'apprécier ses vertus, eli • était généralement aimée dans ce corps de partisans.
Ses défauts étaient un léger penchant pour les liqueurs fortes , une grande malpropreté et un profond méprii pour fa décence dans ses expressions. Ses vertus étaient un amour sans bornes pour son pays adoptif, un excellent caractère et de la probité dans les relations commerciales; ajoutez à cela qu'elle avait inventé une liqueur ii la menthe qui avait obtenu un grand succès.
Insensible aux boudées du vent du nord, Elisabeth Flanagan se présenta îi la porte de son hôtel pour recevoir le capitaine Lawton et son ami le chirurgien.
— Par mes chances d'avancement , s'écria l'officier en mettant pied âi terre , je suis charmé de vous voir. Ce vent qui nous arrive du Canada m'a glacé jusqu'aux os; mais la vue de votre fraîche physionomie me réjouit comme un feu de ]\ocl.
— Vous êtes toujours complimenteur, capitaine Jacques! répondit la vivandière. Dépêchez-vous d'entrer, mon très-cher, les haies de ce pays n'abritent guiîre , et vous trouverez chez moi de quoi vous réchauffer le corps et l'âme.
— Ma foi, reprit froidement le capitaine, je crois que je ne goûterai pas à votre Mhiskcy d'ici à un mois; il ne me fait plus envie depuis que j'ai bu certain liquide qu'on m'a servi dans le cristal taillé, sur un plateau d'argent.
— Vous ne trouverez chez moi ni argent ni or , repartit Elisabeth , mais une boisson qui mériterait d'être bue dans un vase de diamant.
— Que veut-elle dire, ArcMbald? demanda le capitaine. En vérité, je n'y comprends rien.
— Ses facultés sont sans doute altérées par l'abus des boissons alcooliques, répondit le chirurgien; et passant résolument sa jambe gauche par-dessus le pommeau de la selle, il se laissa glisser du côté droit de son cheval.
— Je m'attendais à vous voir débarquer ainsi , mon cher bijou de docteur ! dit Elisabeth. Les dragons descendent à gauche , mais vous n'avez jamais pu parvenir à faire comme eux. Pendant votre absence je me suis chargée d'alimenter les blessés.
— Jliséricorde ! s'écria le médecin frappé de terreur ; peut-on donner à manger à des hommes qui ont fa fièvre ? Femme , vous mettriez en défaut toute la science d'Hippocrate.
— Voilà bien du, bruit pour un peu de vvhiskey, dit Elisabelh, j'en ai partagé un galon entre deux douzaines d'hommes. C'était pour les faire dormir, en manière de soporifique.
Lawton et son compagnon entrèrent dans la maison , et le spectacle qui frappa leurs yeux expliqua le sens caché des paroles d'Elisabeth. Au milieu de la grande salle s'étendait une longue table en planches sur laquelle était étalée toute fa poterie de fa maison. D'agréabtes parfums s'échappaient de fa cuisine adjacente; maisi'objet fe pfus remarquable était une dame-jeanne remplie d'un vin délicieux , qui avait été envoyé des Sauterelles au major Dunvoodie par son ami le capitaine Wharton.
— C'est un don vraiment royal, dit l'officier qui fit cette expfication ; ie major nous régate en t'hoaneur de notre victoire , et , comme vous fe voyez , fes frais de ta guerre sont supportés par l'ennemi.
Le capitaine de dragons fut ravi de la perspective de terminer la journée aussi agréablement qu'if f'avait commencée ; if fut bientôt entouré de ses camarades, qui lui demandaient le récit de ses aventures.
D'énormes feux pétillaient dans fes cheminées de fa maison, et feurs clartés éblouissantes rendaient les chandelles inutiles. La société se composait d'une douzaine de jeunes gens , tous soldats éprouvés dont les manières se ressentaient à fa fois de fa brusquerie du partisan et de la fréquentation du beau monde. Leurs costumes étaient simpfes mais propres, et feur conversation roulait ordinairement sur le mérite respectif de leurs montures. Ceux qui ne prenaient pas part à la conversation essayaient de dormir sur les b:incs disposés le long des murs. Parfois , lorsque la porle de la cuisine s'ouvrait, les émanations appétissantes des mets et les sifflements de la friture causaient une émotion générale ; les plus assoupis levaient alors la tète , et ouvraient les yeux pour reconnaître l'état des préparatifs.
Dunwoodie s'informa de la santé de Singleton , et pendant qu'il parlait un respectueux silence régna dans l'assemblée; lorsqu'il eut interrogé le docteur, il s'assit auprès du feu, et resta étranger aux causeries, plongé dans des réflexions qu'aucun des officiers n'osa troubler.
La disposition du service inquiétait peu madame Flanagan , et César aurait été scandalisé de voir le désordre dans lequel les plits étaient mis sur la table. En s'asseyant, les convives observèrent avec soiU les lois de la préséance; car, iivilgré la liberté qui régnait dans le corps, l'étiquette militaire y était l'objet d'une sorte de vénération religieuse. La plup irt des convives étaient à jeun ; mais le capitaine I.awton, qui avjîl bien dîné, ne put voir sans dégoût les provisions entassées par Elisabeth , et il se permit d'injurieui commentaires sur l'état des couteaux et la blancheur douteuse des assiettes. Le bon naturel de la vivandière supporta tranquillement toutes ces attaques. Lawton , après avoir mis dans sa bouche un morceau d'une viande noir&tre, demanda avec l'affectation d'un eufaut gâté:
— Comment appelait-on cet animal de son vivant, madame Flanagan?
— C'était ma vieille vache , répondit la vivandière avec une affliction cau3(;e par les plaintes de son favori et par la perte de la défunte,
L'ESPION
— La vieille vache ! s'écria le capitaine en laissant tomber sa fourchette.
— Celle qui a fait avec nous la dernière campagne? dit un autre convive.
— Elle-même , répliqua la maîtresse d'hôtel d'un air piteux ; c'était une bien bonne bête, qui vivait au besoin de l'air du temps. Assurément, messieurs, il est triste d'être obligé de manger une ancienne amie.
— Ma foi , dit le lieutenant Mason en mettant de côté son couvert avec une sorte de désespoir, mes mâchoires se refusent à dévorer les restes d'une ancienne connaissance.
— Buvez un coup, répondit Elisabeth en lui versant du vin de la dame-jeanne dans une tasse , cela vous fera passer la vache.
La glace était rompue ; on présenta un verre de vin à Dunwoodie, qui, saluant ses compagnons, but au milieu d'un profond silence. Différents toasts patriotiques furent portes avec les formalités d'usage ; mais bientôt le vin produisit son effet accoutumé , et l'on ne songea qu'à se divertir. Le docteur Sitgreaves , qui était allé visiter les blessés, ne revint pas à temps pour goûter à la vache; mais il reçut sa bonne part du présent de Henry Wharlon.
— Une thanson , une chanson, capitaine Lawton , s'écrièrent plusieurs hommes de la bande.
— Messieurs, dit Lawton , je ne suis pas un rossignol; néanmoins j'essaierai de souscrire à vos vœux.
— Allons, dit Sitgreaves en lui faisant un signe, rappelez-vous les couplets que je vous ai appris; attendez, j'en ai une copie dans ma poche.
— Excusez-moi, bon docteur, dit le capitaine en remplissant son verre , j'aime mieux vous donner quelque chose de mon cru.
— Silence pour entendre la chanson du capitaine Lawton ! hurlèrent ï la fois cinq ou six convives , et l'officier commença d'une voii pleine sur un air bachique bien connu ; le chœur fut répété par ses camarades avec une ardeur qui fit trembler le frêle édifice :
Mes corr.pagnons , buvons , et que les pots De main en main circulent à la ronde; • Un boulet peut demain, dans l'autre monde, Nous assurer un éternel repos.
Sous ce vieux toit, mieux que sous une tente , Nous affrontons novembre et l'ouragan ; Répétons donc d'une voix éclatante : Honneur, honneur à l'hôtel Flanagan I
De la bataille oublions le danger ;
Au champ d'honneur , lorsque Fon nous convio.
Nous sommes prêts à risquer notre vie;
Mais profitons d'un moment passager.
Cpr tôt ou tard nous remontons en selle;
Aux ennemis il faut jeter le gant.
En attendant, que le bon vin ruisselle I
Honneur, honneur à l'hôtel Flanagan I
Assez longtemps la superbe Angleterre Sur notre sol osa nous in.sulter; Nous resterons maîtres de cette terre.
Ou dans le ciel nous irons habiter.
Soyez-en sûrs , nos braves escouades Triompheront de l'Anglais arrogant.
A cet espoir buvons, chers camarades; Donnez du vin, madame Flanagan I
Elisabeth se conforma à l'invitation avec une satisfaction qtii fut partagée par les chanteurs; elle était à leur niveau , car elle s'était amplement lestée d'un breuvage plus agréable à son palais blasé que l'insipide et fade présent du capitaine Wharton.
Des applaudissements unanimes accueillirent les couplets du capitaine, les bravos et les bravissimos étouffèrent un moment tous les autres bruits ; le chirurgien seul manifesta son mécontentement en ces termes :
— Je m'étonne, capitaine Lawton, que votrerause se soit consacrée à chanter les louanges d'une simple vivandière.
— Eh bien ! est-ce que je ne les mérite pas? s'écria l'hôtesse en prenant une attitude menaçante.
— Silence! dit Dunwoodie d'une voix un peu plus troublée que de coutume. Elisabeth , laissez-nous ; et vous, docteur, restez à votre place et n'interrompez pas l'ordre des réjouissances.
— Le major Dunwoodie voudra-t-il bien nous honorer d'une chanson ? dit Lawton avec cet air de gravité qu'il savait si bien prendre.
Le major hésita un instant , et chanta ces deux stances :
D'autres peuvent vanter ton ardeur accablante, Soleil qui du Midi rougis les horizons I Pour moi, j'aime bien mieux la lumière tremblante Que la lune, à minuit, verse sur les gazons.
D'autres peuvent vanter l'éclat qui t'environne, Orgueilleuse tulipe aux changeantes couleurs; La rose , que l'Amour choisit pour sa couronne, Semble à mes jeux ch.irmés la plus belle des fleurs.
La voix de Dunwoodie ne perdait jamais son autorité sur ses inférieurs, et les applaudissements qui suivirent sa chanson, sans être aussi bruyants que ceux qu'on avait accordés au capitaine , furent certes beaucoup plus flatteurs.
— Si vous vouliez , dit Sitgreaves , mêler quelques allusions classiques aux produits de votre imagination , vous seriez un poëte amateur très-recommandable.
— Les critiques doivent être à même de composer, dit Dunwoodie avec un sourire ; je réclame du docteur Sitgreaves un échantillon du style qu'il admire.
— Une chanson du docteur Sitgreaves ! une ode classique du docteur ! s'écrièrent tous les convives avec transport.
Le chirurgien inclina la tête avec complaisance, vida son verre, et après plusieurs hems préliminaires, il murmura d'une voix fausse et fêlée :
Si je lis bien dans ta pensée , Jeune fille aux yeux languissants, Un mal secret trouble tes pas ; De ses dards Amour t'a blessée :
Hélas! hélas I Hippocrate n'en guérit pas.
— Vivat ! cria Lawton , Archibald surpasse les muscs elles-mêmes. Sous le rapport de la mélodie , ce chantre mélancolique tient le milieu entre le rossignol et le hibou.
— Capitaine Lawton I s'écria l'opérateur exaspéré , celui qui méprise les beautés classiques s'expose à être taxé d'ignorance.
En ce moment un grand bruit se fit entendre à la porle de la maison ; les dragons se turent et prirent instinctivement leurs armes pour se préparer à combattre; la porte s'ouvrit; et les écorcheurs entrèrent, traînant avec eux le colporteur plié sous le poids de son ballot.
— Oii est le capitaine LaM'ton? dit le chef de la troupe en promenant ses yeux autour de lui avec un certain étonnement.
— Que me voulez-vous? dit sèchement le capitaine, dont les fumées du vin ne troublaient jamais la tète.
— Je viens vous livrer un traître condamné , l'espion Ilarvey Birch. Lawton tressaillit, regarda en face son ancienne connaissance , et dit
i l'écorcheur :
— Vous parlez bien librement de vos voisins; mais cette affaire ne me regarde pas ; voici le commandant, auquel il faut vous adresser.
— Non , reprit l'écorcheur, c'est en vos mains que je désire remettre le colporteur, et c'est de vous que je réclame la récompense promise.
— Vous vous nommez Harvey Birch ? dit Dunwoodie en s'approchant de l'espion d'un air d'autorité qui fit reculer l'écorcheur dans un coin de la chambre.
— Oui , dit Birch avec fierté.
— Vous avez Iralii votre pays , ajouta le major avec sévérité; savezvous que j'aurais le droit d'ordonner votre exécution ce soir?
— Ce n'est pas la volonté de Dieu qu'une âme soit appelée si précipitamment en sa présence, dit le colporteur d'un ton solennel.
— Vous avez raison , repartit Dunwoodie , et votre existence sera prolongée de quelques heures. Votre crime est le plus odieux qu'un soldat puisse concevoir ; il faut que la vengeance soit éclatante et publique: vous mourrez demain.
— Que la volonté de Dieu s'accomplisse.
— J'ai employé plusieurs heures à m'emparer du scélérat, dit l'écorcheur, et j'espère que vous me donnerez un certificat pour toucher la récompense : on m'a promis de me payer en or.
L'officier de service entra dans la salle, et dit au major Dunwoodie :
— Les patrouilles viennent m'annoncer qu'une maison a été briîlée auprès du champ de bataille.
— C'est celle du colpolteur, murmura le chef des pillards; il y a plusieurs mois que je l'aurais brûlée , mais j'en avais besoin comme d'un traquenard pour prendre l'animal.
— Vous semblez un fin patriote, dit Lawton. Major Dunwoodie, j'appuie la requête de ce digne maraudeur, et je me charge de le récompenser, lui et ses camarades.
— Accordé , dit le commandant. Quant à vous , malheureux , apprêtez-vous à mourir demain avant le coucher du soleil.
— La vie n'a plus rien qui me tente , dit Harvey en jetant des yeux hagards sur l'assemblée.
— Allons, dignes enfants de l'Amérique, s'écria Lawton, suivezmoi , et venez recevoir votre récompense.
La bande accepta avec empressement cette invitation , et se dirigea vers tes quartiers assignés au détachement du capitaine. Dunwoodie ^ qui ne voulait pas humilier tm ennemi abattu, garda le silence pen-> dant quelques instants.
— Harvey Birch, dit-il enfin, vous avez déjà été jugé; il a été re^f connu que vous étiez un ennemi dangereux pour la liberté de l'Amérique.
— Reconnu ! répéta le colporteur ; et il se redressa de manière à faire voir que le poids de son ballot n'était rien pour lui.
— Oui, c'est un fait établi, vous rôdiez sur les flancs de notre armée pour avoir connaissance de ses mouvements, et voua en intitrui-
L'ESPION
siez 1rs Angluis, ahn de les mettre à même de déjouer les plans de AVosliiii|jlon. .
— Croyez-vous que Washiiiglon parlerait ainsi?
— Sans doute, c'est sa j isticc qui vous condamne.
— INon , non , s't'cria le colportcui' d'une voii allërve, Washington a des vues supriiiurcs à celles des prétendus patriotes ; n'a-t-il pas risqué toute sa fortune sur un coup de dé? le gibet qui m'attend n'a-t-il pas aussi été dressé pour lui? Âon, non, \\ asliington ne m'enverrait pas au supplice.
Ces mots tirent éprouver au major une vive surprise.
Dunwoodie et le docteur Sitgreaves.
— Infortuné , dit -il , avez-vous quelque réclamation à adresser au j;énéral en chef? Son intervention peut-elle vous empêcher de mourir ?
Birch trembla , car de violentes émotions bouleversaient sa poitrine ; sa figure prit la pâleur livide de la mort , et il tira des plis de sa chemise une boite d'étain qu'il ouvrit : elle contenait un papier sur lequel ses yeui s'arrêtèrent un instant; il l'avait déjà présenté a Dunwoodie, lorsqu'il retira précipitamment la main en s'écriant :
— Non ! ce secret doit mourir avec moi ; je connais les conditions de mon service, et je n'achèterai pas la vie en les trahissant.
— Rendez-moi ce papier et vous pourrez peut-être obtenir votre grâce , dit Dunwoodie , qui s'attendait à une déouverte importante.
— Il mourra avec moi, répéta Birch; et ses traits pâles brillèrent d'un éclat inaccoutumé.
— Emparez-vous du traître , s'écria le major, et arrachez-lui ce papier des mains !
Cet ordre fut immédiatement exécuté , mais le colporteur avait déjà avalé le papier. Les officiers furent frappés de stupeur , et le chirurgien dit avec vivacité :
— Tenez-le bien , je vais lui administrer de l'émétique.
— Arrêtez, reprit Dunwoodie, le crime est grand, mais la punition sera exemplaire.
— Marchons, dit Ilarvey en mettant à terre sa pacotille et en s'avançant vers la porte avec une incompréhensible dignité.
— Oii? demanda le major avec étonnement.
— Au gibet.
Dunwoodie recula d'horreur en répondant :
— 11 n'en sera pas ainsi : mon devoir exige que je fasse exécuter votre arrêt , mais pas si précijiitamment; vous aurez du moins jusqu'à neuf heures pour vous préparer à la mort.
Dunwoodie communiqua tous ses ordres à l'un de ses officiers, et fit signe au colporteur de se retirer. Cette scène lugubre mit un terme aux plaisirs de la table ; les officiers se dispersèrent pour aller se livrer au repos, liienlot on n'entendit plus que les pas cadencés de la sentinelle qui arpentait la terre glacée devant l'hûtcl Flanagan.