CHAPITRE XIV
Ajirès avoir accompli ces devoirs, les femmes se remirent en sentinelle, et Ruth quitta les appartements pour aller jeter un coup d'oeil dans la cour. On n'y pouvait distinguer les moindres objets, car malgré la position des bâtiments intermédiaires, des lueurs éclatantes la traversaient constamment, et au-dessus, le ciel avait des teintes d'un rouge sinistre. Les sauvages demi-nus rôdaient d'abri en abri, à portée de flèche des palissades, et il n'y avait pas un seul tronc>d"arbre qui ne protégeât la personne d'un infatigable ennemi. On pouvait compter les Indiens par centaines, et il était évident qu'ils voulaient vaincre à tout prix. De grands cris retentissaient sans cesse autour de la place, et les sons réitérés d'une trompe révélaient l'artifice que les sauvages avaient si souvent employé au commencement de la nuit pour attirer la garnison hors des palissades. Les assiégés faisaient un feu de tirailleurs, en ayant soin de viser presque à coup sûr. Le petit canon du blockhaus était silencieux, car le puritain ne jugeait pas nécessaire d'en amoindrir la réputation par un trop fréquent usage. Ce spectacle remplit Ruth de tristesse. La longue sécurité de son habitation rustique était détruite par la violence, et des scènes d'horreur succédaient à un repos qui était comme l'image de la paix spirituelle qu'elle ambitionnait. Les alarmes d'une mère devaient naturellement revivre dans un (lareil moment ; et avant qu'elle eût pris le temps de réfléchir à la lueur de l'incendie, elle s'avança rapidement dans un labyrinthe de corridors, pour aller retrouver ses enfants.
— Tu n'as pas regardé dans les champs? dit-elle à sa fille eu entrant dans sa chambre. Remerciez Dieu, mes amis; jusqu'il présent les efl'orts des sauvages ont été vains , et nous sommes encore maîtres de notre habitation.
— Pourquoi la nuit est-elle si rouge? Viens ici, ma mère, on peut voir dans les bois comme si le soleil les éclairait.
— Les païens ont incendié nos greniers, et ce que tu vois est la lueur des flammes. Mais heureusement ton père et nos serviteurs combattent. Tu t'es mise à genoux, sans doute, ma chère Ruth, et tu as prié pour ton père et pour ton frère?
— Je vais recommencer, murmura l'enfant en se jetant à genoux et en cachant ses traits dans les plis des vêlements de sa mère.
— Pourquoi cette attitude ? Pourquoi ne pas lever les yeux au ciel avec confiance?
— Ma mère , je vois l'Indien, il me regarde, et il a, je crois, la pensée de nous faire du mal!
— Tu n'es pas juste envers Miantonimoh , répondit Ruth en cherchant des yeux l'Indien, qui s'était modestement retiré dans un coin sombre de la chambre. Je te l'ai laissé pour protecteur et non pour ennemi. Maintenant, pense à ton Dieu, ma fille, et sois confiante en sa bonté. Miantonimoh, je te laisse de nouveau avec elle, en te chargeant de la défendre.
Ruth avait déposé un baiser sur le front glacé de sa fille, et elle s'était rapprochée du captif. Un cri terrible la rappela.
— A moi, ou je meurs ! disait la petite Ruth.
Un sauvage nu , bigarré de sa peinture de guerre , avait saisi d'une main les cheveux soyeux de la jeune fille, et brandissait déjà la hache au-dessus d'une tète vouée à la destruction.
— Pilié ! pitié! s'écria Ruth d'une voix étouffée, et elle tomba à genoux, moins pour supplier que faute de pouvoir se soutenir.
Les yeux de l'indien s'abaissèrent sur elle. Mais il semblait plus disposé à compter le nombre de ses victimes qu'à changer de résolution. Avec un sang-froid qui dénotait une profonde habitude, il enleva par les cheveux la petite fille frémissante et muette d'effroi. Le tomahawk avait fait son dernier tour, et il allait frapper, lorsque le prisonnier l'arrêta brusquement dans ses évolutions. Le sauvage témoigna sa surprise par une sourde et gutturale exclamation , et il laissa retomber l'enfant.
— Va , dit Miantonimoh d'un ton d'autorité , les guerriers blancs t'appellent par ton nom.
— La neige est rouge du sang de nos jeunes gens , répondit l'autre avec fureur, et il n'y a pas une chevelure à nos ceintures.
— Ceux-ci m'appartiennent , répondit le captif avec dignité en allongeant le bras de manière à montrer qu'il étendait sa protection à toutes les personnes présentes.
Le guerrier paraissait hésiter. Il avait affronté un trop grand danger en franchissant les palissades , pour être aisément détourné de son projet.
— Ecoute! reprit - il après un moment de silence pendant lequel l'artillerie du puritain gronda de nouveau. Le tonnerre est avec les Anglais! Nos jeunes femmes s'éloigneront de nous en nous appelant Péquods, s'il n'y a pas de chevelures séchant à nos perches !
Cette objection produisit quelque effet sur le captif, et l'autre sauvage , qui le suivait des yeux avec impatience , reprit sa victime par les cheveux.
— Jeune homme , si tu n'es pas avec nous. Dieu nous abandonne ! s'écria Ruth avec désespoir.
— Elle m'appartient, dit fièrement le captif. Entends-moi, Wompahwisset; le sang de mon père br^le dans mes veines.
Le sauvage s'arrêta et fixa des regards étonnés sur le jeune héros, dont la main levée le menaçait d'un châtiment immédiat s'il osait dédaigner sa médiation. Les lèvres du cruel guerrier s'entr' ouvrirent pour murmurer doucement le nom de Miantonimoh. Puis, entendant au dehors une explosion de cris affreux, il s'éloigna comme un limier lancé sur une nouvelle piste de sang.
— Hue tu sois pa'ien ou chrétien, murmura la mère, il y a quelqu'un qui te bénira.
Le prisonnier interrompit par un geste briKque l'expression d'une profonde gratitude, et indiqua le sauvage qui disparaissait, en faisant avec le doigt le tour de sa tête, d'une manière significative.
— Le jeune visage pâle a une chevelure, dit-il avec l'accentuation marquée d'un Indien.
Ruth n'en entendit pas davantage, et avec une rapidité instinctive elle descendit pour avertir Marc des féroces intentions de l'ennemi. Lorsque le bruit de ses pas eut cessé, le captif, qui avait si efficacement employé sou autorité, reprit son attitude de méditation aussi tranquillement que s'il n'eût pas été intéressé aux événements de cette nuit terrible.
La situation de la garnison était éuiinemment critique. Un torrent de feu avait passé de l'estrémilé des granges la plus éloignée à la partie qui avoisiuait les fortifications, et les palissades étaient échauffées au point de prendre feu. Ce danger imminent avait été déjà signalé, et Ruth rencontra daus la cour la jeune Foi qui allait chercher du secours. *
— As-tu vu Marc? demanda la mère.
— Il est avec son père et le capitaine étranger. Ruth respira plus librement.
— Nous reste-t-il encore quelques chances de salut?
— Nous gardons nos positions, grâce au courage denos jeunes gens. C est merveille de voir les exploits de Reuben Ring, et même de Dudley, qui a failli vingt fois se faire tuer.
— Et quel est celui qui est tombé là? murmura Ruth en indi ;uant un corps humain qui gisait à l'écart loin du tumulte du combat.
Les joues de Foi devinrent blanches comme le linge que, même au milieu du désordre , une main amicale avait trouvé moyen de jeter par décence sur le cadavre.
— (Ju'est-ce? dit la jeune fille en tremblant; ce n'est pas mon frère Reuben, qui est placé près d'une meurtrière de l'ouest. Ce n'est pas non plus W'ithal ; quant à l'étranger, il tient conseil avec le jeune capitaine sous le parapet de la poterne.
— En es-tu sûr?
— Je les ai vus tous deux à la minute. Plût au ciel que j'entendisse la voix de Dudley, madame!
— Lève le linge, dit Ruth avec calme. Sachons lequel de nos amis a été rappelé de\ant Dieu !
Foi hésita , et lorsque par un puissant elïort qu'un secret intérêt détermina aussi bien (|ue l'obéissance , elle accomplit l'ordre de sa maîtresse , ce fut avec la résolution du désespoir. Après avoir levé le drap mortuaire, les deux femmes aperçurent les traits pâles d'un individu qui avait eu la tète traversée par une flèche à pointe de fer.
— C'est le jeune homme qui est entré le dernier à la métairie! s'écria Foi avec un transport involontaire.
— Quoique ce ne soit pas un ancien ami , il est mort pour notre défense , et je donnerais beaucoup pour qu'il n'eût pas succombé et pour qu'il eût eu le temps de se préparer à comparaître. Mais ne nous laissons pas aller à la douleur. \ a répandre l'alarme et annonce qu'un sauvage qui s'est introduit dans nos murs médite une attaque secrète. Ordonne à tous d'être prudents, et si le jeune Marc se rencontre sur ta route, signale-lui deux fois le danger. Il pourrait peut-être néglîper un avis donné trop précipitamment.
Les deu\ femmes se séparèrent et Ruth alla retrouver son époux , qui délibérait avec l'étranger sur les moyens d'arrêter les progrès de l'incendie. Les sauvages, assez maltraités dans leurs assauts, semblaient tout attendre des flammes, et ils s'étaient mis à couvert en attendant le moment favorable. Le sentiment d un danger terrible fit oublier à Ruth l'objet de sa démarche, et elle demeura muette auprès de son mari.
— Un soldat ne doit pas se plaindre inutilement, lui dit l'étranger en se croisant les bras, comme s'il eût senti linutilité des efforts humains, autrement j'aurais reproché à celui qui a tracé cette enceinte de ne lavoir pas garnie d'un fossé.
— Faut-il faire tirer de l'eau? demanda Ruth.
— C'est inutile; les flèches atteindraient tes servantes, et d'ailleurs on ne peut déjà plus endurer la chaleur de cette fournaise.
Comme il parlait, les flammes atteignirent un coin de la palissade , suivirent en voltigeant les contours du bois échauffé et s'étendirent rapidement depuis le sommet jusqu'à la base de l'enceinte. Un cri de triomphe s'éleva dans les champs, et une grêle de traits tomba en signe de défi dans l'intérieur des fortifications.
— Retirons-nous au blockhaus , dit Content; assemlHe tes servantes, Ruth, et fais tous les préparatifs nécessaires.
— J'y vais; mais n'expose pas inutilement ta vie pour ralentir 1» marche de l'incendie. Nous aurons le temps d'effectuer notre retraite.
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LE COLON D'AMftniQUR.
— ,1c tic sais , icpril Snumissinii]; l'alliiqnc inind un nouveau carictciT.
Iliidi (h'nicura ininioliilc cl comme cloncc à la terre en voyant ce (|iii avait attire l'altenlion di' l'i't ranger. Une flèclic cnfl.imnn^e, qui lii'erivit en l'air une eourhe lumineuse comme celle d'un météore, ]iassa au-dessus de leur U'te et s'aballil sur les latles d'un liAtimcnt qui taisait partie du carré de la cour intérieure. ()e projectile incendiaire avait été habilement dirigé , et il produisit un effet immédiat sur des matériaux presque aussi combustibles que la poudre.
— Sauvons notre habitation ! s'écria Content, et la main de l'étraur;er s'appuya avec force sur son épaule.
Au même instant, une douzaine de flèches de même nature tombèrent sur la toiture en feu. Il était impossible de penser à préserver la maison, et cliacun dut s'occuper de sa sûreté jiersonnelle.
Ruth s'empressa de faire transporter au blockhaus toute espèce de provisions. Les éblouissantes clartés qui pénétraient dans les plus sombres corridors de l'édifice empêchaient de dérober à l'ennemi les allées et venues des assiégés ; mais la fumée s'étendait devant eux comme un voile et les garantissait des flèches que l'ennemi faisait pleuvoir sur eux.
Bientôt Content fut averti que le blockhaus était prêt à les recevoir et le signal de la retraite fut donné à son de trompe. Tous les défenseurs de la place se dirigèrent vers la citadelle centrale, et Ruth, qui avait déployé la plus grande énergie , s'arrêta à la porte en appuyant les mains sur ses tempes, comme pour ra])pek>r ses idées.
— Et le mort? le laisserons-nous mutiler?
— Non sans doute , répondit Content : aide-moi à le transporter , Dudiey... Ah ! nous avons encore perdu un des nôtres ! Le trouble dans le(iucl cette découverte avait jeté Content fut bientôt partagé par tous les assistants. Il était facile de voir que deux corps étaient cachés sous les plis du drap mortuaire, et les assiégés se regardèrent les uns les autres pour savoir celui qui manquait. Il importait défaire cesser au plus tôt cette incertitude, et Content leva le linge qui couvrait le jeune homme dont la mort avait été constatée; mais on reconnut avec horreur que sa tête, encore fumante , venait d être dépouillée de sa chevelure par la main impitoyable d'un sauvage.
— Prends garde à l'autre! s'écria Ruth avec effort au moment où son époux achevait d'ôtcr le linceul funèbre.
Cet avertissement n'était pas inutile, car le linge qu'enlevait Content s'agita avec violence , et un Indien farouche se dressa au milieu du groupe épouvanté. Le sauvage décrivit avec sa hache un cercle autour de lui, poussa son cri de guerre et se précipita vers la porte du principal corps de logis avec tant de vitesse, qu'on ne pouvait penser à le suivre. Lcsbrasde Ruth se tendirent convulsivement du côté où il avait disparu, et elle allait s'élancer sur ses traces lorsque Content l'arrêta.
— Yeux-tu risquer tes jours pour sauver quelques bagatelles?
— Lâche-moi, répondit-elle avec désespoir; la terreur a égaré ma raison. J'ai oublié mes enfants!
Coûtent ne lui opposa plus de résistance , et elle disparut à la suite du sauvage.
C'était le moment choisi par l'ennemi pour profiter de ses avantages. D'épouvantables clameurs le précédaient dans sa marche, et une décharge générale faite par les meurtrières du blockhaus apprit suffisaramcnt à ceux qui restaient dans la cour que la place était envahie.
— Entre , dit Content à l'étranger en lui montrant la porte de la forteresse. Moi je vais au secours de mes enfants.
Soumission ne répliqua point , mais poussant de sa main puissante le mari presque stupéfié, il lui fit franchir la porte et ordonna à tous les traînards de rentrer. Ils obéirent , et il se croyait seul dehors, mais il remarqua qu'un individu s'était attaché à contempler d'un air morne les traits du cadavre. C'était Whilall Ring, dont l'épaisse intelligence semblait ne pas comprendre le danger. Il lui fit signe de le suivre , et tous deux s'aventurèrent dans les couloirs du principal édifice.
— Silence! dit l'étranger en entrant dans la chambre secrète ; notre espoir est dans le mystère.
— Et comment échapper sans être découverts, demanda Ruth en montrant la lumière qui pénétrait par tous les arbres du bâtiment. Le soleil .à midi ne brille guère plus que cet affreux incendie.
— Dieu est dans les éléments , et sa main nous indiquera la route. Mais liàtons-nous, car le feu a déjà pris a la charpente : suis moi, et n(^ parle pas.
Ruth entraîna ses deux enfants et descendit sur les traces de Soumission. Il fallait agir avec la plus grande fermeté et la plus grande eircnnspeclioii , car les Indiens étaient déjii maîtres de tout le domaine. Leur |)remier soin avait été de mettre le feu dans tous les endroits que l'incendie avait jusqu'alors respectés , et des craquements sinistres se mêlaient aux cris des condtaltanls et aux détonations qui partaient sans relâche de la citadelle, La cour était vide, la mousquetcrie et la chaleur croissante écartant encore les sauvages, il élait presque im|iossil)le de traverser en sûreté l'espace qui séparait la maison du bloeUliaus.
— Il I iMilyriit ipie la porte du bloekh.iU'i lût prête, à nous recevoir,
murmura Soumission : ce serait la mort que de rester un seul instant exposé ;i cette flamme ardente , et nous n'avons aucun moyen....
— \'eu\-tu que j'aille? demanda le captif en touchant le bras de l'étranger. Celui-ci fit un geste d'assentiment; et Mianlonimoli se ren.lit tranquillement dans la cour avec le sang-froid qu'il aurait montré dans un moment de sécurité complète. Il leva !(• bras vers les meurtrière» en signe d'amitié, et se retourna ensuite vers les sauvages^ l.a lueur de l'incendie l'éelairail en plein ; il fut reconnu, et les cris de ses compatriotis cessèrent un instant.
— Viens-tu en ])aix , où est-ce encore un artifice indien ? demanda Content par un guichet pratiqué dans la porte du fort.
Le prisonnier leva la paume de la main droite, et posa l'autre main sur son sein nu.
— As-tu quelque chose à me dire au sujet de ma femme et de mes enfants ?
Miantonimoh s'acquitta de sa commission.
— J'ai confiance en toi , reprit Content ; le ciel te punira si lu trompes des êtres innocents et faibles.
Miantonimoh fit un signe pour recommander la prudence , et se retira à pas mesurés. Quand il eut rejoint Ruth cl l'étranger, il les conduisitdansun endroit d'où on pouvait embrasser d'un regard une route si courte et si périlleuse. La porte du blockhaus s'cntr'oiivrit alors pour se refermer ensuite. L étranger hésita, car il croyait impossible de traverser la cour ini])unément.
— Jeune homme, dit-il, toi qui as tant fait pour nous, fais ]>lus encore. Demande merci pour ces enfants, de manière à toucher le cœur de tes compatriotes.
Miantonimoli secoua la tète, et montra le cadavre étendu dans la cour en répondant ;
— L homme rouge a goûté du sang.
— Il faut donc tenter l'épreuve ! mère dévouée , si lu veux sauver ta vie, laisse-nous le soin de ces enfants.
Ruth le repoussa de la main, et pressa contre son cœur sa fille muette et tremblante. Soumission la lui abandonna et ordonna à Wliitall, qui se tenait près de lui, de se charger de la petite Marthe : lui-même se plaçait devant Ruth pour la proléger , lorsque le battement d'une fenêtre située à l'arrière de la maison annonça que l'ennemi y avait pénétré. Il n'y avait pas de temps à perdre, car il était certain qu'une seule chambre les séparait de leurs cruels adversaires. Par un sentiment généreux, Ruth arracha l'orpheline des bras de Whilall Ring, et essaya d'envelopper les deux enfants dans les plis de sa robe.
— Je suis avec vous, murmurai elle ; ne criez pas, mes amies, votre mère est là I
En entendant le bruit de la fenêtre ébranlée et des vitres qui se brisaient. Soumission s'était jeté à l'arrièrc-gaidc, et il était déjà aux prises avec le sauvage dont nous avons parlé , et qui servait de guide à une douzaine d'Indiens.
— ^Au blockhaus! cria l'héroique soldat en se faisant un rempart du corps de son antagoniste.
Ruth avait perdu toute présence d'esprit, et ses yeux se fixaient avec égarement , à travers une épaisse fumée , sur la bande qui s'avançait en hurlant. Tout est perdu ! cl elle emporta l'une de ses filles dans ses bras, tandis que Whilall Ring protégeait l'autre. Les clameurs, le sifilcmcnt des balles et des flècfics achevèrent de troubler la mère éplorée, mais lui donnèrent en même temps une vigueur surnaturelle. Elle courut à la porte ouverte du blockhaus avec la rapidité des traita qui fendaient l'air. Wliitall Ring voulut la suivre, mais il eut le bras traversé d'une flèche , et se retourna en fureur pour maudire celui qui l'avait blessé.
— Avance , imbécile ! lui cria l'étranger qui passait, toujours protégé par le corps d'un sauvage qu'il élreiguait d'une main puissante : avance ! il s'agit de ta vie et de celle de l'enfant !
Ce conseil venait trop lard. Un Indien s'était déjà emparé do l'innocente victime et levait sur elle sa hache acérée. Une balle partiu des meurtrières le renversa ; mais la jeune fille devint la proie d'un autre Indien, dans lequel les assiégés reconnurent avec horreur leur prisonnier. Le nom de î\lianlonimoli relenlil dans le blockhaus. En le voyant rentrer dans la maison avec sa proie , tous éprouvèrent uno douloureuse stupeur qui suspendit un moinent leurs coups. Deu\ Indiens en profitèrent pour relever Whilall Uing et pour l'entrainer dans llialiilation incendiée. Au même instant, Soumission repoussa violemment son adversaire, <|ui tomba sur les armes dirigées par ses compagnons contre l'intrépide homme blanc. La porte de la forleresso se referma dès que celui-ci fui entré, et les sauvages enlendireiil lo bruit des barres de fer qu'on plaçait pour la consolider. Un cri donna le signal de la retraite, cl bientôt il ne resta plus dans la cour quo des cadavres.