‹ Œuvres complètes de Fléchier, avec une notice du discours préliminaire sur la vie et les ouvrages de ce célèbre orateurChapitre 105 sur 292 · LETTRE XLIV · texte numérisé non relu

LETTRE XLIV

»i coi(«oi.Anoi( kv niuE , si)& lX hoat il» B4 fille.

Je prenois autrefois plaisir^ monsieur, à recevoir de vos lettres, qui m'apprenoient-des nouvdles de votre famille. Présentement je tremble quand j'en reçois ; elles m'annoncent toujours quelque mort , et par contéquent quelque affliction qoe Dieu vous envoie. Il est vrai que ce sont des morts précieuses, devant Dieu et devant les hommes , qui couronnent une sainte vie, qui devroieut être bénites et non pas pleurées, et sur lesquelles il faudroit plutôt louer les miséricordes du Seigneur que de pleurer les fragilités humaines-, mais enfin, quelques consolations que donne la foi , on ne peut refuser quelque

douleur à la oature. Vous venez de perdre une fille qui avoit reçu de grandes grâces du ciel , et qui en avoit fait un bon usage -, qui joignoit beaucoup de modestie à beaucoup d'edprit, et qui avoit toujours conserve au milieu du monde , qu'elle mëprisoit , une candeur et une innocence de mœurs admirable. Le récit que vous me faites de la consommation de son sacrifice est touchant et édifiant tout ensemble. Quelque tristesse que vous ayez des deux dernières pertes que vous avez faites, vous devez reconnoitre qu'il n'y eut jamais de plus heureux père que vous* J'en dis de même de madanfe de Richemont. Dieu vous avoit donné des enfans qui ont été votre couronne et votre joie , qui ne vous ont donné d'autre déplaisir que celui que vous avez de leur mort. Vous leur aviez appris à bien vivre , et ils vous apprennent à bien mourir. Je vous plains d'avoir perdu ces deux saintes filles , et je vous loue de ne les plain^ dre pas ^ puisqu'elles sont bienheureuses. Je prie le Seigneur qu'il donne à madame de Richemont et à vous la patience dans vos maux et la consolation dans vos douleurs ^ et je vous assure que personne ne s'intéresse plus que moi à tout ce qui vous regarde, et ne peut être plus parfaitement que je suis, monsieur^ votre , etc.

A Nismes, ce it août 1700*

os FLÉCHIER. 69

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