LETTRE LIV
DS CIVIL1TS £T ]>\fFA111«> DU TEMPS, A M. l\bBB IIIKA10.
Vous avez bien fait , monsieur, de passer une partie de Yété à la campagne.. Je n ai pu en faire autant, quoique les chaleurs aient été excessives cette année , parce que nos ëtats se sont assembles plus tôt qu à l'ordinaire , pour régler la capitation de cette province. Vous savez le séjour que nous avons fait à Carcassonne , et les dons considérables que nous y avons faits au roi. Nous n'avons plus qu'à faire des vœux pour la conservation de sa personne sacrée , et pour la prospérité de ses armes. La campagne d'Italie n'a pas été si heureuse qu'on avoit lieu de l'espérer. Il me semble que je vois de grands orages qui se préparent pour l'année prochaine , si Dieu ne les dissipe cet hiver par des inspirations dé paix. Le roi et le royaume ont besoin de repos. J'ai eu l'honneur de voir la reine d'Espagne , et de la loger dans ma maison. Elle est arrivée à Barcelonne , où le roi d'Espagne l'attendoit depuis q^uclque temps ^ elle est trèsagréable et très- gracieuse.... Je vous souhaite une bonne santé , et suis de tout mon cœur , monsieur, vôtre, etc.
A !Nismes , ce 5 novembre 1701.
DS CITILITÉ BT DB PIBTB A M. LB PBLLBTIBR, DOHT LB GBRDBB
AVOIT OBTBRO VKB CHABGB.
J'ai appris, monsieur, la grâce que le roi vient d'accorder à M. d'Aligre, en .lai donnant la charge de président à mortier qai ^toit vacante , sur la recommandation que vous lui en avez faite. J'ai su que vous aviez eu Fhonneur d'écrire à sa majesté qu'elle avoit été touchée de votre lettre -, que le bienfait avoit promptement suivi la demande ; que la reconnoissance et le devoir vous avoient fait sortir pour peu de temps de votre retraite ; que vous aviez été reçu du maître avec honneur et avec bonté ; et que vous aviez regagné votre solitude avec les mêmes sentimens qui vous y avoient conduit quand vous y entrâtes. Je me réjoiiis , monsieur, de cette prospérité qui tombe sur votre famille , et qui ne vous élève pas le cœur. Lo public voit avec plaisir monter ^ur les premiers tribunaux de la justice des sujets que vous avez formés vous-même par vos soins et par vos exemples , et que vous avez rendus dignes et capables d'en exercer les principales fonctions. La réputation de sagesse et Hntégrité que monsieur votre fils s'est acquises dans sa compagnie doivent y faire recevoir avec beaucoup d'agrémentet d'approbation monsieur votre gendre. C'est pour vous un sujet de louer la bonté du roi , et plus encore celle de Dieu , qui lui inspire de faire de si bons choix. Je suis persuadé que ce ne
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sont pas les bënédiclions temporelles qae vous cherchez ; vous en avez fait , par la grâce de Jésus-Christ, une abdication solennelle ; mais vous éprouvez que le monde même honore ceux qui le quittent, et qu'on trouve, sans y penser, en cherchant le royaume des cieux , les consolations de la terre qu'on regarde, non pas comme le bonheur , mais comme le soulagement de la vie. Que ne puis-je aller traiter avec vous cette matière dans votre retraite , et vous témoigner en même temps rattachement sincère et respectueux avec lequel je suis, monsieur, votre, etc. !
A M. Binotr, lOBiTSum db botb , four LB FRIBB DB PROPOBBB
«C ICCOMHODBMBRT A OH SUPBBIBOR, TOCCOAitT LB PBCULB
d^'h bbligibux, disfvtb par decx courBiis.
J'ai cru , monsieur^ que vous voudriez bien vous donner la peine de voir le père prieur des pères Augustins d'Avignon , touchant une affaire qui les regarde , et h laquelle je suis obligé de m'intéresser en qualité d'évêque de Nismes. U est mort depuis quelque temps un religieux de leur ordre , nommé le père Fongas , dans leur couvent d'Avignon , qui a laissé une somme assez considérable d'argent qui est présentement disputée par le couvent d'Avignon et celui deNismes. Cebon père avoitété plusieurs années dans cette ville supérieur du couvent sans inférieurs ^ car il étoit seul jouissant de tout le petit revenu de la maison , et des gratifications assez amples qu'il
relîroit par son savoir-faire d'an emploi que monsieur Tintendant lui avoit donne pour la construction des églises de mon diocèse , parce qoMl s'entendoit un peu en architecture... Il m'a dit plusieurs fois qu'il ëpargnoit et amassoit de l'argent pour rétablir le couvent de Nîsmes et le mettre en état d'entretenir une communauté de religieux. Je ne vous dirai pas les raisons que j'eus de le faire sortir de mon diocèse. Il n'y laissa point son argent ; ses confrères voulurent , le lui enlever au couvent de Cremieux •, il en fut le martyr el ne voulut point le découvrir. II se réfugia dans celui d'Avignon , qui relève immédiatement du général. Il y fut reçu et honoré moyennant quelque bâtiment qu'il y fit ; il y est mort. Le pécule qu'il laisse est encore considérable. Le couvent d'Avignon prétend que l'argent doit rester au monastère où il esc mort. Celui de Nismes prétend qu'il appartient au monastère où il a été acquis. Les uns veulent pour juge le général ^ les autres ont eu recours au parlement de Toulouse , où l'affaire se va juger. L'argent est en France, Je suis obligé de donner protection à mon couvent. M. de Basville, qui sait comme cet argent a été acquis, va se joindre à moi. Le provincial de cette province et le couvent de la ville poursuivent ; nous espérons un bon succès. Le provincial vient de foire sa visite ici , et nous avons considéré que le procès coutoit ; qu^on alloit publier dans une audience beaucoup de choses indignes et déshonorantes pour le particulier et pour Tordre ; qu'il ét(Ht fâcheux pour deux couvens du même ins-
litut de disputer un pécule d'un religieux qui devoit être pauvre , el qui s'est enrichi par de mauvaises voies. Sur cela j'ai voulu me charger de savoir si les Augustins d'Avignon veulent bien se porter à la paix, et accommoder cette affaire avant que nous la fassions juger. La considération que j'ai pour leur ordre et même pour le couvent m'engage à leur faire cette propo^on , et à voqs prier de voir de ma part le père prieur et le syndic de la maison , pour savoir d'eux, le plus tôt que vous pourrez, leurs sentimens et la délibération de leur chapitre. Si j'avois Thonneur de les connoitre, je leur aUrois écrit. Pardonnez la peine que je vous donne, et croyez -moi parfaitement , monsieur, etc •
A Niâmes, oe 3o décembre 1701.