‹ Œuvres complètes de Fléchier, avec une notice du discours préliminaire sur la vie et les ouvrages de ce célèbre orateurChapitre 121 sur 292 · LETTRE LXX · texte numérisé non relu

LETTRE LXX

Dl CiriUli A M. LB PILLBTIia, tUB L^^TAT DU DIOOBtS

D^AROBBt^ BT BDB CBLÔI DB 1II8IIBS, PBKDART

LBB TBOCBLBB l>BB PARÂTIQCBS.

J*Ai lu avec plaisir, monsieur, ce que vous m'avez fait Thonneur de m'ëcrire sur Tétat florissant du diocèse d* Angers où vous avez fait un voyage. Un prélat appliqué à tous ses devoirs ; dès prêtres élevés dans les règles et dans les fonctions de leur sacerdoce ; des peuples solidement instruits; Tordre établi dans les paroisses de la ville et de la campagne ; la religion connue et pratiquée; la cathédrale ornée et bien seryie ; les maisons épiscopales ou bâties ou réparées , et tout cela par les soins d'un évéque et par les secours d'un abbé, vos fib tous ^eux selon la chair et selon l'esprit; c'est pour vous, je l'avoue, une consolation de patriarche.... J*y suis d'autant plus sensible, monsieur, que je connois que vous en êtes touché , et que je vois nos églises dans un état bien différent de celui-là. Une troupe de révoltés, sous le nom de fanatiques , s'est glissée dans nos diocèses depuis quelque temps. Ils se sont appliqués à pervertir

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la jeunesse sur laquelle nous fondions nos espérances pour la religion. Us ont gagné les enfans sous prétexte de leur communiquer le Saint-Esprit , et leur ont appris quelque jargon tiré de FÉcriture , qui leur faisoit attendre la délivrance d'Israël. Ik appuyoient cela du passage de Joël , que le temps étoit venu que les garçons et les filles prophétiseroient. Ces enfans joignoient à leurs discours des convulsions et des tremblemens qu*on regardoit comme des opérations de Tesprit de Dieu. lies pères étoient ravis d*avoir de petits prophètes dans leurs familles. Les voisins s'assembloient pour les ouïr, le libertinage sY méloit , et les gens même d'ailleurs raisonnables croyoient voir quelque chose de miraculeux dans ce qui favorisoit leur religion.... De là venoient les assemblées d abord la nuit ; après , le courage croissant, en plein jour. On tâchoit de les dissiper. On arrétoit y on punissoit quelques-uns des plus coupables. La crainte retenoit un peu les esprits, mais il étoit aisé de s'apercevoir qu'elle n'ôtoit pas la mauvaise volonté.

L'affaire de M. l'abbé du Gheila arriva en ce tempslà. Environ quarante ou cinquante de ces mutins s'attroupèrent et vinrent fondre sur sa maison et le massacrèrent, etc.

A Montpellier y ce a9 norembre 1703.

DK FLAcHIER. 109

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