‹ Œuvres complètes de Fléchier, avec une notice du discours préliminaire sur la vie et les ouvrages de ce célèbre orateurChapitre 146 sur 292 · LETTRE XCVIII · texte numérisé non relu

LETTRE XCVIII

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Que tous êtes heureuse , madame , de vous être tirée de Fennui et de la sujétion du couvent, d'avoir trouvé une retraite aisée et Kbre , d'être logée commodément, et ce que j'estime par -dessus tout , près de madame de Guénégaud! Quelle douceur pour vous et pour elle de mener ensemble une vie pieuse et tranquille , de prier le Seigneur que vous avez à votre porte, de parler quelquefois du monde, dont les noQvelles vont jusqu'à vous, d'avoir le plaisir de vous trouver sans avoir la peine de vous chercher , et d'être enfin , ce qu'on appeloit autrefois, des amies de^toqtes les heures! Jouissez long -temps Tune et Fautte d'un repos que le ciel vous donne et que vous avez mérité, et faites-moi la grâce de souhaiter, ou qu'il m'en arrive un pareil , ou que je puisse aller prendre part au vôtre.

Vous avez raison de me plaindre dans la triste situation où "je me trouve ici depuis près de deux ans, voyant les nouveaux convertis de mon diocèse qui , comme vous savez , sont en grand nombre dans la ville et dan$ la campagne , que j'avois instruits , servis, assistés, irai tés avec beaucoup de douceur et de charité depvis leur conversion , presque tous entièrement pervertis et devenus tout^H'un coup enne*

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mis de Dieu , du roi , des catholiques , et sortout des prêtres. L'exercice de notre religion est presque abiJi dans trois ou quatre diocèses , plus de quatre miHe catholiques ont été «égorges à la campagne, quatrevingts prêtres massacres, près de deux cents églises brûlées. Voilà l'état de l'afiaire en général.

Four nous , nous sommes dans une ville où notu n'avons point de repos ni de plaisir , non pas même de consolation. Quand les catholiques sont les plus forts , les autres craignent d'être égorgés ; quand la fanatiques sont en grand nombre près d'ici , les catholiques craignent k leur toor. Il faut que je console et que je rassure tantôt les uns , tantôt les antres. Nous sommes ici comme bloqués , et l'on ne peut sortir de la ville cinquante pas sans crainte et sans danger d'être tué; il' n'est pas permis de se promener ni de prendre l'air. J'ai vu de mes fenêtres brûler toutes nos maisons de campagne îmjiun^ment. Il ne se passe presque pas dejourque jen'apprenneàmon réveil quelque malheur arrivé hi nuit. Ma chambre est souvent pleine de gens qu'on a ruinés', de pauvres femmes doni maris, de cnrà

fugitifs qui v misères de lenis

paroissiens. 1 l'ait pitié; je sais

père , je suis ir les uns, adon-

cir les autres ous. On a défait

une grande t et l'on croit que

tout est fini. On se trompe, les esprits sont si gâl^ que leurs pertes ne font qiie les'irriter. C'est là moa état et mes occupations. Quelquefois de vos non-

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velles et de celles de notre fidèle et vertueuse amie ; vous me devez cette consolation. Je grossis mon pa^ quel de deux lettres pastorales qui vous feront mieux connoitre nos malheurs^ et je vous prie de croire qu'on ne peut être plus parfaitement que je le suis , madame , votre , etc«

A Niâmes y ce 37 avril 1704*

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