‹ Œuvres complètes de Fléchier, avec une notice du discours préliminaire sur la vie et les ouvrages de ce célèbre orateurChapitre 182 sur 292 · LETTRE CXLVI · texte numérisé non relu

LETTRE CXLVI

tlOUPLlIirXT AU!l DAHBS DB TOKMaC BELIGIEUSRS, SUA LA. MOBT DB LBOR PZKB.

J'ai voulu , mes chères filles , vous laisser quelques

jours à vous-mêmes après la mort de M. votre père

pour rendre à Dieu , et même à la nature , le premier

tribut de voslarmes ^ et pour demandera l'Esprit con*-

solateur les premiers adoucissemens de votre douleur. 10. 14

aïO LETTRES

Je VOUS témoigne prësentemeni U part que j'y ai prise, tant par le regret que j'ai eu de perdre un ami que par Ja peine que j'ai ressentie de vous savoir affligées. Il semble que Dieu, jpour éprouver votre vertu et pour vous détacher pleinement du monde, ait voulu vous faire voir de près cette mort dont voiis deviez être si touphées. Quoique son âge fût avancé y sa santé pouvoit vous donner des espérances d'une plus longue vie. Il revenoit des états content de tout le monde et de lui-même. Il passoit avec plaisir pour voir dans votre monastère la plus grande et la plus heureuse partie de sa famille. Un accident imprévu l'arrêle et l'enlève presque sous vos yeux. Vous avez, sans doute, tiré vos instructions des causes de voire tristesse. Vous avez vu mourir un père que vous aimiez ^ mais vous l'avez vu mourir en chrétien, souffrant ses douleurs avec patience, s'oSrant au Seigneur en sacrifice, se résignant à ses volontés , çt sortant du monde avec la même constance avec laquelle vous y avez renoncé. Ce doit être une grande consolation pour vous. Ou diroit que la Providence vous l'avoit amené pour vous laisser ces bons exemples. Je suis persuadé qu'au milieu de votre tristesse vous avez fait toutes les réflexions qui peuvent vous porter à remplir tous les devoirs de votre état, à profiter de tous les\Domens d'une vie qui est si fragile et si courte , et qui a tant de relation à l'autre qui est éternelle. Je vous souhaite toutes sortes de bénédictions, et suis avec affection , mes chères filles, entièrement à vous, etc.

A Plûmes, ce as fdrrier 1706.

DE FLUCniEB. 211

LETTRE CXLVIl.

A HADBMOISBLLX SB BOKCtAB Lk VABB, iQB LA MOBT l>B M, DB TOBSTAC,

son OVCIiB.

Vous avez perdo, mademoiselle , M. le marquis de Tocnac votre oncle. Il ne s'ëtoit jamais mieux porte qu*à ces derniers ëtats, où il remplissoit exactement tousses devoirs. Il avoit encore toute sa vigueur, et sa santé lui proroettoit plus de vie que son âge. Cependant peu de jours après il est emporté par un accident imprévu* Vous êtes fille à réflexions, et je m'assure que sur tons les événeniens qui vous peuvent regarder vous pensez toujours ce qu'il faut. Les bonnes filles de Sommières ont vu mourir leur père sous leurs yeux^ et Dieu semble leur avoir réservé ce triste spectacle pour leur {aire voir de plus près la fragilité du monde qu'elles ont quitté , et les en détacher pliis parfaitement.

«Tai appris des-noavelles de votre santé par M« votre frère, par M. de Vence, et par quelques autres personnes. Chacun parle de vous comme je le puis souhaiter. U semble qu'on s'est donné le mot pour me dire du bien de vous. Mais comme ils ne savent pas tout l'intérêt que je prends à votre réputation , et que d'ailleurs on ne peut avoir un si grand nombre de flatteurs, je ne puis douter qu'ils ne disent la vérité. Je les crois , et j'aime à les croire. Le père de Roussi , jésuite , a bien répondu à la bonne opinion que vous

nous aviez donnée de lui. Il prêche bien, il sait vivre, il est honnête homme et bon religieux. Je vous prie de nous donner souvent de vos nouvelles, comme il convient à une amitié filiale ; et d'être persuadée de Taffection véritablement paternelle avec laquelle je suis , mademoiselle , votre , etc.

A IfiNnes, ce m fôTrier 1706.

Page 1