‹ Œuvres complètes de Fléchier, avec une notice du discours préliminaire sur la vie et les ouvrages de ce célèbre orateurChapitre 19 sur 292 · PIÈGES D ÉLOQUENCE · texte numérisé non relu

PIÈGES D ÉLOQUENCE

éteints , et vous ne craignez pas qu il en renaisse. Vous n'êtes plus foules par les fréquens passages des gens de guerre ; vous cultivez paisiblement les héritages de vos pères.

Si Ton ne peut vous déchaîner entièrement du fardeau qu€ vous portez , le roi travaille tous les jours à vous le rendre plus léger. C'est à vous à recon- Boître les grâces qu il vous fait et celles qu'il vous destine, et à chercher les occasions de lui plaire ^ tandis qu'il cherche les moyens de vous soulager.

Nous laissons à M. de Bâville à vous expliquer, avec son éloquence ordinaire , les intentions de sa majesté ; et, si nous vous exhortons à les suivre, ce n'est pas tant pour réveiller votre zèle que pour exécuter nos ordres , et pour nous conformer à la coutume.

HARANGUE

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JxLoNSEIGNEUR,

Si c*est un bonheur pour les peuples de connoitre les princes qui sont nés pour leur commander, de voir ce caractère de grandeur que Dieu a gravé sur leur front auguste , de remarquer dans leurs actions et dans leurs personnes je ne sais quel mélange de dou-

DE^PLÉCHIER. gS

ccar et d'autorité , cpii produit le respect et la con* fiance , et de chercher dans leurs favorables regards des marques de bonté ou des espérances de protec-* tion , ce doit être aussi un plaisir pour les princes de voir ces motiTemens affectueux d'une multitude em* pressée , d^entendre ces acclamations de joie , d'ad^^miration, de tendresse, et de recevoir les hommages de tant de cœurs uniquement occupés du désir de les hoaorer et de leur plaire.

Le roi ne pouvoit nous donner un spectacle plus digne de lui. Il iâit partir du centre de sa grandeur les plus vifs rayons de sa gloire ; il communique au dedans , au dehors même du royaume , ce qu^il a de plus dier , ce qui lui ressemble le plus ; et , se multi^ pliant , pour ainsi dire , en la personne de ses petite fils, il se plaît à faire voir au monde une postérité dqà capable de le gouverner.

Vous avez vu sans envie, monsdgneur, tomber des sceptres à vos côtés dans la main d'un prince de votre sang ; vous lui avez rendu tous les offices d'une piété fraternelle \ vous Favez conduit jusqu'au pied du trône on voui aviez droit detaiohter vous-même, si vous n'aviez préféré aux couronnes que les humâmes donnent celle que Dieu vous a destinée* Vous venez de remettre ce dépôt sacré qui vous avoit été confié , d'abattre ces bornes fetales qui divisoient la Fntnce d'avec l'Espagne , d'unir l'ecrpritet les intérêts de Tune et de l'autre monarchie , et de serrer à la vue de deux nations les nœuds d'une alliance éternelle.

11 étoit juste , monseigneur , que nos provinces

g6 PIECES D*ÉLOQUENGE

fassent ensuite honorées de votre présence, que le roi qui vient de faire tant de grâces à des étrangers marquât en même temps la bonté qu'il a pour ses peuples , et qu après avoir donné des rois à nos voisins pour sa gloire il montrât pour notre consolation ceux qu'il nous réserve.

Nous voyons en vous , monseigneur, et en ce prince que la gloire conduit avec vous , et que les grâces accompagnent , tout ce qui peut faire la félicité et les délices du royaume. Héritiers de la piété d'une mère dont le ciel s'est hâté de récompenser les vertus *, formés sur les exemples d'un roi qui vous enseigne Tart de commander , d'un père qui , tout grand qu'il est, vous apprend celui d'obéir *, vous avez joint à l'éclat de la naissance le mérite de l'éducation.

De là vient cette grandeur d'âme que la nature , l'étude et la religion ont formée en vous «, cet esprit juste et pénétrant qui examine avec soin et décide avec connoissance ; cet amour des lettres qui inspire aux grands des principes de vérité et de sagesse ; cette bonté qui s'intéresse à tous les soulagemens publics ou particuliers. Ce sont les qualités que l'Église a droit de louer par nos ministères -, elle va vous conduire au pied des autels, chanter hautemeot les cantiques du Seigneur qui lui élève de tels protecteurs , et faire ensuite des vœux ardens pour votre conservation , pour votre gloire temporelle , et pour votre bonheur éternel.

DE FL&CHIBR. 97

DISCiOURS

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dVih bataillov suimb.

Cest un usage sagement et saintement établi parmi les chrétiens d^apporter au pied des autels les drapeanx et les étendards , pour reconnoître que les guerres ne peuvent être heureuses sans le secours et la bénédiction du Dieu de& armées -, que c'est du ciel que vient la supériorité de force et de puissance sur la terre ; que c'est le zèle de la religiou et de la justice qui forme les véritables courages \ et que les étendards et les drapeaux ne peuvent conduire à la gloire , si le Seigneur ne marque les voies à ceux qui les portent , ou qui les suivent.

C*est ainsi que, selon les termes de FÉcriture, nous bénissons les armes, nous sanctifions les guerres que nos rois entreprennent pour la défense de leurs droits, pour la sûreté de leurs peuples , pour la protection de rÉglise. C'est ainsi que nous invoquons le nom et la vertu du Très-Haut, afin qu'il fortifie par sa grâce des cœurs que leur propre valeur anime, et qu'il imprime la crainte de ses jugemens dans ceux qui sont destinés à porter contre ses ennemis la crainte et les. effets de ses vei^eances.

Nous voyons, tous les jours, avec plaisir éclater 9- 7

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votre zèle pour l'honneur et pour l'intérêt de la France. L'inclination produit en vous les mêmes sentimens que la naissance nous a donnés pour notre patrie. Vous servez le roi moins par considération comme étrangers que par affection comme sujets. Tout ce qui lui résiste vous offense, et vous lui sacrifiez votre vie avec la même ardeur que les François la lui doivent sacrifier.

Nous ne pouvons assez louer une nation, toujours amie de la nôtre, qui a su conserver sa liberté au milieu des plus grandes puissances du monde; qui, sans être dominée par aucune, se voit recherchée par toutes , ayant de quoi se soutenir par ses propres forces , et de quoi même en prêter aux autres-, disant de sa bonne foi une partie de sa politique , et joignant à un courage invincible une fidélité inviokble.

La Providence divine vous appelle ici à une espèce de guerre fatigante , difficile , et en apparence peu glorieuse , mais qui n'en est pas moins importante, puisqu'il s'agit d'arrêter le cours des meurtres et des incendies qui coûtent à nos citoyens tant de sang et Unt de larmes -, de combattre les ennemis de la loi de Dieu et de l'autorité souveraine 5 d'étouffer ITiérésie et la rébellion tout ensemble, et de rétablir la religion et la paix dans une des plus florissantes provinces du royaume.

Recevez ces drapeaux des mains de l'Église, faitesles servir à sa défense, et regardez la béhédiction que nous leur donnons comme un signe de bonheur et un présage de victoire.

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