‹ Œuvres complètes de Fléchier, avec une notice du discours préliminaire sur la vie et les ouvrages de ce célèbre orateurChapitre 18 sur 292 · AU ROI, AU 8UJBT DB LA PAIX, BR · texte numérisé non relu

AU ROI, AU 8UJBT DB LA PAIX, BR

Lorsque nous allions tous les ans reconnoitre au pied des autels la protection du Dieu des armées dans les victoires que vous remportiez sur vos ennemis, quelque grande que fût notre joie, elle ne pou- ?oit être parfaite. Le ciel, qui nous étoit si favorable, ne laissoit pas d'être irrité. Nous nous réjouissions des évéaemens glorieux d'une guerre qui pouvoit être fatale, et qui devoit recommencer. Votre majesté elle-même n'étoit pas moins sensible à nos pertes qu'à ses propres avantages ; et, si vos peuples étoient touchés de votre gloire , vous l'étiez , sire , des besoins et des gémissemens de vos peuples.

Mais aujourd'hui tous nos souhaits sont accomplis. La discorde s'éloigne du monde chrétien sans espérance de retour. Nous voyons finir non-seulement les dangers présens, mais encore les craintes de l'avenir ,

90 PIECES DKLOQUENCE

et nous n'avons. filu» rien à demander au ciel, dans les douceuriS de la paix dont nous jouissons, que le repos et la conservation de celui qui nous Ta donnée.

Tant de princes jaloux qui sembloient avoir conjure la ruine de cet état ont enfin reconnu, sire, que voire puissance et votre grandeur étoient au-dessus de Tenvie; qu'ils ne pouvoient espérer d'autres avan* tages que ceux que vous voudriez bien leur céder -, que votre justice et votre bonté étoient la seule ressource qui leur restoîtj et que, ne pouvant résister à la force de vos armes, la seule gloire qu'ils a voient à gagner sur vous étoit de mériter votre bienveillance.

Vous leur avez offert par modération , sire , la paix qu'ils n'osoient presque vous demander ; et, prévenant le besoin qu'ils en avoient , vous avez cru qu'il y avoit plus de générosité à les satisfaire qu'à les accabler. Dans un temps où votre puissance sembloit croître par la continuation de la guerre vous leur avez dressé vous-même le plan et le projet de leur fortune , en leur rendant , par religion ou par grandeur d'âme , des places que votre valeur vous avoit justement acquises. Lors même que vous pouviez attendre de nouveaux succès , non seulement de la bonté de votre cause, mais encore de la supériorité de vos armes , vous .ivez bien voulu sacrifier au repos public les conquêtes que vous aviez faites et celles que vous étiez en état de faire , et payer ainsi de votre propre gloire le bonheur que vous procurez à vos peuples.

Ces villes , sire , que votre majesté remet comme

DE FLÉGHIER. 9I

en dépôt à leurs anciens possesseurs y tant qu'ils auront le cœur pacifique , seront pour eux un monument étemel de votre puissance et de votre généreuse équité. Us auront sans cesse devant les yeux ce qu'ils avoient perdu par leur foiblesse , ce qu'ils cfnt recouvré par votre libéralité, et ce qu'ils pourroient perdre encore par leur mauvaise conduite.

Pour nous , sire , nous voyons avec plaisir revenir ces jours heureux qui doivent couronner un règne aassi glorieux que le vôtre. Par vos ordres et par vos soins le commerce se rétablit. Nos ports s'ouvrent dans l'une et dans l'autre mer. Les richesses étrangères vont aborder de toutes parts. Ceux qui étoient nos ennemis deviennent nos hôtes. Ennuyés de la disette de leurs climats , ils ont recours à la fertilité des nôtres , et votre majesté répand déjà sur nous ses grâces à pleines mains. Votre cœur , sire , n'a pu retenir plus long-temps sa tendresse pour ses sujets j la paix est à peine conclue que vous leur en faites goûter les douceurs. Vous leur ôtez une partie du fardeau dont vous allez bientôt les décharger entièrement, et vous ne témoignez pas moins d'impatience ^ les soulager que vous avez eu de persévérance à les défendre.

H ne nous reste plus , sire , qu'à demander à Dieu qu il donne k votre majesté de longues et tranquilles années -, et qu'après lui avoir fait sentir tous les plaisirs que donne la gloire il verse dans son cœur toutes les douceurs de la paix. Ce sont les vœux , are, de, etc.

g% PIÈGES d'Éloquence

FKOSOBCS A lVuVBRTUEB DBS BTAT8 DB L45GUBIIOC.

Juessieurs,

Comme c'est l'honneur et le devoir des souverains de gouverner leurs sujets avec sagesse et avec justice y de n'exiger d'eux qu'une obéissance et un service raisonnables , et de les protéger contre ceux qui veulent troubler leur repos et la tranquillité publique ; c'est aussi l'honneur et le devoir des sujets de respecter la grandeur et la majesté de leurs souverains j d'être soumis à leurs volontés , de contribuer à leur gloire , et de leur fournir les secours dont ils ont besoin , soit pour conserver leurs états , soil pour y établir ou pour y maintenir le bon ordre.

Quelle province s'acquitte de ces obligations plus fidèlement que la vôtre ? Nous n'avons besoin , messieurs ^ ni de persuasion , ni d'adresse , pour faire valoir ici les ordres du roi -, il nous suffit de vous les expliquer. Vous naissez tous bons sujets et bons citoyens ; l'amour du prince et de la patrie est profondément gravé dans vos cœurs. Le roi coiuioit depuis long-temps l'intérêt que vous prenez au bien public et à sa gloire. Il n'use point de son autorité sur votre assemblée , il se confie en votre afiection ; quoiqu'il n'exige rien de vous , vous êtes en posses^

DE FLÉCniRR. gi

sion (le ne rien refuser de ce qu'il souhaite ^ et, quelque libres que tous soyez dans les demandes qu'il vous fait , TOUS n'avez jamais pris que la soumission en partage.

Lorsque la guerre ëtoit allumée dans toute l'Europe , et que le roi , pour la défense de l'état , avoit besoin de secours extraordinaires , vous avez suivi ses inlenlions aussitôt qu'elles vous ont été comiues. Vous avez dans les occasions prévenu même ses demandes. Les sentimens de votre cœur l'ont emporté sur les raîsonnemens de voire esprit , et sur la timidité que pouvoit vous donner votre impuissance , et votre zèle a souvent servi d'exemple et de règle à tout le reste du royaume.

Vous avez mérité par cette conduite l'estime d'un maître qui n'oublie pas les services , et qui a autant d'impatience de vous donner des marques de sa bienveillance que vous en ^vez d'en ressentir les effets. Vous jouiriez déjà de tous les adoucissemens qu'il vous prépare , si la guerre , source funeste de'tant de maux, ne laissoit encore après elle un reste de malignité et de confusion dans les affaires , qui ne se dissipe qu'avec le temps.

Le domaine engagé, les finances diminuées, le nombre des troupes qu'on ne peut s'empêcher d'entrelenir obligent encore l'état à de grandes charges. 11 faut réparer , pour ainsi dire , les ruines des temps malheureux. L'abondance suit ordinairement la paix , mais ne va pas si vite qu'elle. Les impôts dont vous étiez surchargés sont déjà presque tous

Page 1