LETTRE CLVI
iCE LA CAOIX Dt tÀUIT-CEATAlI , 4 M. L^BvIqOB D| HOXTPBLUBA.
Puisque vous désirez d'apprendre l'histoire de notre croix , la voici , monseigneur. Un berger de Provence, passant dans notre diocèse de temps en temps pour quelque commerce , remarqua dans la paroisse de Saint - Gervasi , à deux lieues de Nismes, une petite montagne comme une espèce de
petit calvaire , où il jugea qu'on pourroit dresser une rroiic , et réparer en quelque façon dans un canton catholique les profanations et les outrages que les fanatiques avoient faits à la croix en tant d'endroits où ils avoient été les maîtres. U me communiqua son xlessein, je l'approuvai. La croix fut faite , bénite, posée i les paroisses voisines y vinrent en foule y et je ne sais pourquoi ni comment il se forma en ce lieu -là tout d'un coup une dévotion qui s'échaufià , se multiplia , s'étendit. Il parut qu'il y avoit quelque chose d'extraordinaire. Les malades s'y firent porter, plusieurs se sentirent soulagés, quelques-uns se crurent guéris. Des personnes sages et dignes de foi le témoignent , le bruit s'en répand dans les provinces voisines^ de celles-là dans les plus éloignées. Le concours de peuple ne cesse point. Dieu veut peutêtre se glorifier dans un pays où il a ^té si offensé? Le sang de tant de martyrs peut avoir obtenu grâce non -seulement pour leurs frères, mais encore pour leurs meurtriers. Ce qui est de vrai et de consolant, et que je regarde comme le véritable miracle ce sont la ferveur, la vénération, le silence, l'ordre qui s'observent dans ces multitudes de gens de pays difierens. Il y a eu jusqu'à six ou sept mille personnes en un jour. Jusqu'ici je n^ai rien voulu décider. Je n'ai fait que retrancher quelques abus et louer la piété. Je suis , votre , etc.
A ^'ismcs, ce a juillet 1 70G.
DE FLicHiBR. aa5
LETTRE CL Vil.
t>B C1TIL1TI A M. LS CnBTÀLIta DB H.... IL T BST PAtLB DBS AFFA111B8 POBLIQnSS DU TEMPS.
J'ai eu , monsieur , un très -grand plaisir de recevoir de vQs'nouvelles. Nous ne savions où vous étiez » et nous craignions que vous ne fussiez enveloppé dans quelqu'un des malheurs qui nous fatiguent depuis quelque temps. Cependant , bonae santé , bon régiment, bonne espérance pour Tavenir j que peuton vous souhaiter de plus ?
Il est vrai que cette malheureuse bataille < et les suites fâcheuses qu'elle a eues nous avoient tous consr ternes. Personne n'osoit plus écrire de nouvelles , personne n'osoit plus en demander. 11 n'y avoit plus ni vigueur ni confiance françoises. M. de Vendôme vient relever la gloire de la nation , et la remettre dans son émulation et dans son habitude de vaincre. J'espère tout de l'armée qu'il vient commander, et je ne saurois m'empécher de craindre un peu pour celle qu'il a quittée , quelque sage et vaillant que soit le prince qui lui succède ; ce jeune Scipion ^ ne connoit pas assez les ruses âfi FAnnibal 3 qu'il a pour adversaire. Nous apprenons que le siège de Turin
' Bataille gagnëe en Flandre par Marlboroogh, contre M. de Vaieroy.
* Monseigneur le duc dK>rléans.
' Le prince Eugène.
prend un bon train, et que Menin fait une vigoureuse résistance. Dieu nous a humiKës , parce que nous étions trop orgueilleux ; les ennemis le sont devenus, ils auront sans doute le même sort.
Nous sommes ici , grâces au Seigneur , dans une grande tranquillité , contens que Cavalier soit embarqué dans la flotte angloise. Ce vaisseau périra sans doute , étant chargé de tant de crimes ; quelque orage imprévu se lèvera et le brisera contre quelque effroyable rocher ; aussi bien ce scélétat seroit • il venu périr ici sur une roue.
Tons nos amis se portent bien. Faites -nous savoir votre destinée, et mandez^ nous ce qui se passera en vos quartiers. On ne peut , monsieur , être à vous plus que je le suis , etc.
A IVismeii, ce i5 août 1706.
LETTRE CLVIIl.
D> llODVRi.Ll« sot Ltt ArrAtmf rURLIOOK*! A MADAMB nt HARBAcr.
3W déjà eu Thonneur , madame , de vous mander que cette flotte si terrible qui jette la frayeur depuis si long-^tempd sur nos côtes, suivant toutes les apparences , va secourir les Portugais qui se sont engagés mal à propos en Espagne , et qui ont suivi trop légèrement les conseils téméraires des Ânglois. M. le duc de Barwick nous mande qu'il croit les tenir, et quil espère faire périr cette armée dépourvue et dépaysée. Le bruit court déjà qu'ils ont été rudement battus.
DR FLÉCHI KR. %11'J
Le roi de Portugal se trouve sans troupes, se piaipt, et il faut aller Tassister , ou du rooins le consoler. Ainsi il vous en aura beaucoup coûté pour vous for* lifier , mais vous aurez eu le plaisir de vous dtre om en sûreté contre les malheurs qui pouvoient vous arriver.
Pour nous , madame , nous vivons asses douce«> ment. Il s'élève pourtant de petites troupes de nonveaux scélérats qui ont déjà tué deux ou trois prêtres* On veille ^ on punit. Mais, si le duc de Savoie et le prince Eugène faisoient lever le siège 4b Turin , nous ne serions pas lo{pg-temps en paix. Dieu est le roidtre 9 il faut Fapaiser par notre soumission et par nos prières.
Je vous renvoie la lettre de M... que j'avois hen« reusement gardée , et suis plus que personne , madame, etc.
A Nismea , ce 8 seplembre 1 706,