LETTRE CCXVII
DE CIVIUTÎ VT DE PIETE, A H. LB TBLLRTISa, PttVR LE REXBRCIBR
d'un de ses livres.
«pATTEiifDois , monsieur , avec impatience , et j'ai reçu avec plaisir le livre qu# vous m'avez fait rhonneur de m envoyer. Il m'accompagnera aussi bien qu« vous dans les jours avancés de motii pèlerinage, et m'apprendra les devoirs d'une sainte et sage vieillesse. Diou veuille que j'en profite au milieu de mes occupations comme vous le faites dans le sein de votre solittide! car, encore que nos ministères soient fondés sur la . charité , et que notre; sollicitude regarde le salut des âmes , il ne laisse pas de naître de Ces soins extérieurs une dissipation presque inévitable dans ces temps d'agitation , ou une triste lassi«* tude dans l'âge où nous sommes. Ce pays-ci est fort affligé. La perte des blés que l'hiver a étouffés dans la terre , et des oliviers qu'il a desséchés jusqu'à la racine , a désolé toute cette province que les charges publiques avoient déjà bien fatiguée. Cette misère particulière , qui est devenue générale dans tout le royaume, nous doit bien faire souhaiter et demander au ciel cette paix si nécessaire au monde, et que Dieu seul peut lui donner. Je ne doute pas, monsieur, que du port où vous avez heureusement abordé avant les tempêtes vous ne voyiez avec douleur les troubles et les malheurs d'un État que nous avons vu si florissant. Le Seigneur le veut ainsi. 11 nous
humilie , il nous punit. Le roi et ceux qui gouvernent sous lui sont bien à plaindre. J'ai entoyë à M. de Basville l'exemplaire dç votre livre qui lui ëtoit destiné. 11 Ta* reçu , et vous recevrez son remerdment presque aussitôt que le mien. Sa goutte et son travail le vieillissent plus que ses années. Vous avez été des premiers à connoltre'et à faire vafloir son mérite. Personne ne sert le roi avec plus de capacité, plus d'affection ^t plus de succès que. lui. Nous voudrions bien pouvoir nous rendre soljtaires pour quelques jours avec vous, et nouï remplir des réflexions que vous faites à loisir dans votre retraite ; mais nous sommes liés également à nos empLpis, qdoique différens. Je prie. le Seigneur qu'il vous conserve ce que l'âge donne de vénérable, et qu'il vous adoucisse tout ce qu'il peut avoir d'incommode. Je suis toujours avec un respectueux attachement, monsieur, votre, etc.
A Nismes, ce aS avril 1709.
LETTRE CCXVIII.
DK CtVlLITB ET DE PIETE, A M. LE PELLETIER.
J'ai appris, monsieur, dans le beau livre que vous m'avez fait l'honneur de m'envoyer, que la vieillesse ne doit pas être paresseuse , moins encore dans les évéques que dans les autres hommes ; parce qu étant chargés de la conduite des fidèles sujets à misères , à foiblesses, à ignorances, à déréglemens, ils doi-
OE FLÉcHiER. a8g
vcpt sans cesse on les consoler , oji les instruire , ou. les corriger, La disette , qui fait gëmir aujourd'hui presque toute la France , a tenu tout ce pay»-ci , par* la perte des blës et des oliviers, et par la mortalité même des bestiaux ,-llaris une désolât ioj^ et dans une. inquiétude particulières. Les pauvres, c'est-à-dire, les peuples , ont beaucoup soufiert par l'avarice de» usuriers et par la crainte de .la famine. Nous pooa sommes donné de grands mouvemens. M. de Basville a pris et prend encore beaucoup de peine , et jusqu'ici le. pain n'a pas manqué, et les petits grains dans six semaines mettront le monde en repos. Qu!est devenu , monsieur, ce royaume que nous avons va si florissant ? J'ai cru être obligé , pour l'instruction et pour la consolation de mes diocésains et de ceux qui sont dans le même cas, de faire imprimer la lettre pastorale que je prends la liberté de vous envoyer. I^ paix pourroit nous faire espérer l'abondance ; il faut l'attendre du ciel. Je suis toujours avec un tendre et respectueux attachement, monsieur, votre , etc. *-
A Plisraes, ce 3i mai 1709.