‹ Œuvres complètes de Fléchier, avec une notice du discours préliminaire sur la vie et les ouvrages de ce célèbre orateurChapitre 28 sur 292 · ELEGIE · texte numérisé non relu

ELEGIE

I40BSQ11E sûos )e plii»)ii8^ et le plus grand des princes

L'ahowlance et la paix régnent dans mes protinces ,

Rome, par quel deslm tes Romains irrités

S'opposent-ils ao cours de mes pro^ëritës?

Après avoir gagné Ticteire sur victoire ,

Et porté ma valeur an comblé de la gloire ;

iprès avoir contraint par mes illustres faits

Mes rivaux orgueillenx i recevoir la paix ,

J'espérois d'établir nnespdnte alliance ,

D'unir les intérêts de Rome et de la France,

Et de porter bien loin, par mes rares exploits,

La gloire de mes lys., et celle de ta croix.

Mon prince, couronné de lauriers et de palmes,

Faisojt Aewir tes Uns dans ses provinces calmes;

Et, disposant son bras à quelque saint emploi.

Nie voulait plus combattre et vaincre que pour toi.

n t'offroit son pouvoir et sa valeur extrême , Mais tu veux l'obliger à te vaincre toi-même; Et, par un attentat et lâche et criminel,

176 POÉSIES FRÂMÇOISBS

Tu fais de ses Caveiirs un mépris solennel. On voit régner lecrimef avec la violence * Où doit r^ner la paix avecque l'innocence; On Yoit tes assassins courir a^ec ardeur , Jusqu'au palais sacré de *mon ambassadeur , Porter de tous côtés leur fureur sans seconde , Et violer les droits les plus sacrés du monde.

Je savois bien ^ue Rome élevoit dans son sein Des peuples adonnés au culte souverain , Des héros dans la paix , de savons politiques Experts à démêler les afl^es publiques , A conseiller les rois, à régler les états ; Mais je ne savois point que Rome eût des soldats. Lorsque Mars désoloit nos campagnes fertiles , Tu maintenons tes champs et tes peuples tranqoiUes. Tout le monde , Sigité de tant de monvemens , Suivoit le triste cours de ses déré^emens ; Toi seule dans le port, à l'abri de l'orale, Tu voyois les écueils où nous faisions naufrage. Des princes irrités modérant le courroux , Tu disposob le siècle à devenir plus doux^ Et, sans prendre intérêt aux passions d'un autre , Tu gardois ton repos , et tu pensois au AAtre ; Tu voyois à regret cent actes inhumains , Et tu levois au ciel tes innocentes mains. Tu recourois aux vœux quand nous courions aux armes , Nous répandions du sang , tu rép'andois des larmes ; Et , plaignant le mfdheur du reste des mortds , Tu soupirois pour eux au pied de tes autels. Tu demandois au ciel cette paix fortunée. Et tu me la ravis dès qu'il me l'a donnée- A peine ai -je fini mes glorieux travaux ,

Dfi FLÉCHIEB. l'jj

Qne tu vem u'engager à des combato nouveaux . Reine de l'univeis , arbitre de la terre » Tu me prêchois k paix au milieu de la guente ; J'ai suivi tes conseils et tes justes souhaits; £t tu me fais la guerre au milieu de la paix !

Détruisant les erreurs, et punissant les crimes, Pai soutenu llidunenr de tes saintes maximes; J'ai remis autrefois, en dépit des tyrans. Dans leur trAne sacré tes pontifes errans; Et, faisant triompher d'une même vaillance Ou la France dans Rome, on Rome dans la France, J'ai maintenu tes droits, j'ai protégé ta foi; Et tu prends aujourd'hui les armes contre moi !

Quel intérêt t'engage à devenir si fière? Te reste-t-il encor quelque vertu guerrière ? Crois-tu donc être encore au siècle des Césars, Où , parmi les horreurs de Bellone et de Mars , Jalofuse de la gloire et du pouvoir suprême, Tq foulois à tes pieds et sceptre et diadème ? Dans cet heureux état où le ciel t'avoit mis. Tu ne demandois plus que de grands ennemis; Et, portant ton or^nieil sur la terre et sm* l'onde, Tu bravois le destin des puissances du monde , Et tu faisois marcher sous tes injustes lois Tes simples citoyens sur la tête des rois. Ton destin ne t'offroit que de grandes conquêtes , Ta foudre ne tomboit que sur d'illustres têtes, Et tu montrois en pompe aux peuples étonnés Des souverains captifs et des rois enchaînés. Mais, quelques grands exploits que l'histoire renomme , Tu n'es plus cette fière et cette grande Rome ; Ton empire n'est plus ce qu'il fut autrefois ,

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