‹ Œuvres complètes de Fléchier, avec une notice du discours préliminaire sur la vie et les ouvrages de ce célèbre orateurChapitre 70 sur 292 · D'UN HOMME PRUDENT · texte numérisé non relu

D'UN HOMME PRUDENT

Lb docte et pienx Raphaël de Yolaterra , dans son Institution chrétienne adressée ao pape Léon X , décrit ainsi Thomme prudent.

C'est celai qoi écoute plus volontiers qu'il ne parle; qui ne croit pas tout le monde , et qui ne croit pas légèrement ^ qni est pins disposé à accorder et à donner ce qui lui appartient qu'à demander o« à rechercher ce qui est aux autres ; qot eicamine les raisons et le droit de chacun avant que de juger ; qnî parle bien de tout le monde , et qai loue pins volontiers qu'il ne blâme ;.

Qui défend la réputation des absens contre ceux qui en médisent; qui n'est pas flatteur, mais complais saut ; qui sourit modestement , sans éclater ; qui ne méprise personne de quelque état qu'il puisse être ; qui honore ceux qui sont au-dessus de lui ; qui attribue la gloire à ceux qui la méritent plutôt qu'à soi-même; qui conserve toujours ses amis sans faire d'injustice en leur faveur;

Qui aime à faire plaisir à ceux mêmes qu'il ne connoit pas ; qui , pour assister l'un , ne nuit jamais à l'autre , parce que ce n'est jamais une grâce que celle qui offense ou qui désoblige quelqu'un ; qui est ferme et constant dans l'adversité; résolu , avec le secours

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dn ciel , de faire toujours ce qu'il doit , et inébranlable cbns ses bonnes résolutions -,

Qui considère soigneusement les choses avant que de les faire ; et qui ne les fait jamais avec chagrin ; qui se confie en Dieu ^ sage dans ses actions , véritable dans ses paroles, fidèle dans ses promesses; qtti se fie à ceux qu'il connoit, et qui aime mieux se mettre au hasard d'être trompé que d'être perpétuellement sur ses gardes.

Il va lentement en toutes choses , et se ménage avec tout le monde. Il prie peu , il admire rarement; il ne raille pas les misérables, et ne dit rien d'otlënsant à ses amis. Plus on le loue, moins il croit les louanges qu'on lui donne. II entend sans jalousie dire du bien de ses ennemis mêmes, lorsqu'ils ont fait quelque action louable.

Quoiqu'on l'écoute avec approbation , et qu'on lui fasse des questions , il ne dit jamais ce qu'il ne sait pas. Il ne se mêle pas de donner conseil s'il n'en est pressé, et ne condamne jamais personne dans les choses qui ne sont pas de sa profession. Il se contente de sa fortune , et il a toujours plus de crédit qu'il n'en fait paroitre. 11 ne fait rien par jalousie , ni par esprit de contradiction ; et , lorsqu'on l'oflfense , il aime mieux se taire que de se défendre , estimant que la vraie générosité consiste à vaincre par la modestie et par la patience.

Ainsi rien ne le trouble et ne l'empêche de faire son devoir ; il ne se lasse point de donner de bons avis à ses amis. Il n'importune jamais les grands sei-

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gneurs ni les princes , et il ne prétend 'aucune chose par force ou par violence. Il évite les procès , aimant mieux perdre quelque chose en s'accommodant. Enfin il craint Dieu sur toutes choses , vivant comme 6 il de voit mourir chaque jour; et , s'il ne désire pas la mort , au moins ne la craint - il pas avec lâcheté.

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