‹ Œuvres complètes de Fléchier, avec une notice du discours préliminaire sur la vie et les ouvrages de ce célèbre orateurChapitre 76 sur 292 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

BOISTE FILS AIKÉ. BEBQUET, DUFOUR ET &■

I>B CORSOLATIOn ET DE ri^TB A MADAME SA SOEUR, EBLIGIBUSB DB 8AIKTB-CLAIBB A BBEIBRS , SUE LA. ftOKT DB LECR MCRR.

SILk TRÈS-CHÉRE SOEUR,

Si je n'ëtois assuré de votre vertu et de la sainte constance de votre esprit , j'appréhenderois de vous renouveler une affliction qui ne vous peut éti^e que très-sensible , en vous consolant après la mort de notre ' très-honorëe mère ; mais je sais que vous avez un cœur tout religieux, et que vous savez adorer la conduite et les jugemens de Dieu dans les occasions les plus funestes. Ce n'est pas que je condamne ces douleurs modérées, qui sont des effets d'une piété naturelle , et non pas des défauts de résignation ^ il faut donner quelque chose à nos affections ^ et la grâce de la vocation , qui nous fait vivre selon Tesprit de Dieu , ne nous ôte pas les sentimens raisonnables du sang et de la nature ^ nous devons néanmoins plutôt considérer les ordres du. ciel que la violence de nos mouvemens-, et, quoique notre perte soit très-fâcheuse, nous devons être fort modérés à la ressentir. 11 faut

lO. I

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que les prières soient les plus fidèles interprètes de nos cœurs devant Dieu ; et notre tristesse seroit indiscrète et mal roglée , si elle ne commençoît par ce devoir de reconnoissance. Pour moi, je vous avoue que je fus extrêmement surpris , lorsqu'on me donna des nouvelles si dësavantageusesà notre maison ^ une mort si inespërëe ne me permit pas de faire réflexion sur mon état , et je suivis peut-être un peu trop la force des inclinations naturelles ; mais je crois que je ne suis coupable que par surprise; et, après m'étre consolé avec Jésus-Christ, je suis de ce sentiment, qu'il falloit baiser la main qui nous afflige , et que Dieu ne sauroit être que très-doux dans ses plus rudes châtimens, et dans la plus sensible dispensation de ses amertumes. En effet , je m'imagine qu'il a voulu récompenser la vertu de notre très-honorée mère, et donner mi petit exercice à la nôtre. Il faudrait ne l'avoir pas connue pour douter de son salut; tous ces beaux actes de patience qu'elle a pratiqués me donnent quelque sorte d'assurance qu elle nous servira dans le ciel , et pour notre avancement spirituel , et pour la prospérité de toute sa famille; et nous avons tous les sujets du monde de croire qu elle a été choisie pour le ciel , puisque sa vie ne fut qu'une préparation continuelle à bien mourir ; si bien que nous pouvons dire que nous avons encore notre mère, mais qu'elle ne doit plus rien à la nature ; et qu'elle est vivante d*uoe façon plus parfaite et plus assurée que nous qui sommes encore dans les dangers et dans les attaques contiattelles de nos passions ; et certes, peut-être que Dieu

DE FLliCHlEft^ 3

nous Veut priver des personnes sr chères pour nous avertir de suivre ses lumières avec plus d'amour et de fidélité ; c'est peut-être une punition de nos fautes» on une incitation à une plus haute perfection. Le Seigneur sait si bien nous attirer ù lui par des petites éroix, des afflictions inespérées , des accidens subits et des mortifications quelquefois sanglantes! Il dégage de la façon les attachemens du monde-, et, si nous prenons garde aux intentions adorables de notre bon Dieu , nous trouverons qu'il nous appelle à soi -, et ces occasions si fatales à nos désirs sont d^s voix fortes dont il se sert pour nous exciter à son service ^ et des instructions qui ne peuvent que nous toucher , puis^ ^'elles viennent de si près. Vous m'excuserez, ma très-chère Sœut* , si je vous parle des choses que vous pourriez m'enseigner depuis long-temps \ vous ave2 trop de charité pour n'agréer pas la liberté que je prends. Je voudrois avoir plus de commodité de vous témoigner mes respects^ les maladies que j'ai eues m'en ont un peu excusé jusqu'ici. Je serai dorénavant plus exact à vous écrire , comme étant , ma très-chère sœur, votre très -humble et très- obéissant serviteur et frère, etc.

A Draguignan^ ce t4 août i653.

Dfe PISTÉ SOa LES MALADI&ft, A LA HBME.

Jb reçus dernièrement votre lettre , ma très-^chère MBur, et en même temps un sensible déplaisir du mau«

vais ëtat de votre «anté et des incommodités que vous apporte, sans doute, une fièvre violente. Je juge de vos douleurs par les miennes propres , et je ne saurois que vous plaindre beaucoup , puisque j'ai de la peine à ne me plaindre pas moi-même. Il y a deux mois que je suis ou malade ou languissant; et, après avoir souffert toutes sortes de petites fièvres^ je suis enfin tombe dans la fièvre quarte , qui me donne un peu d'exercice , mais qui n est pas si rude ni si difficile que le vôtre. Dieu, qui est un bon juge de la vertu, vous a donné plus de peine , parce qu'il a connu que ^ons auriez plus de patience ; c'est l'ordre qui le tient daas la dispensation de ses croix. Il sonde nos forces avant que «de nous charger et distribuer le fiel de son calice à ceux qui le peuvent soufiHr comme vous. Les maladies, disoit un grand saint, sont des leçons que Dieu nous fait pour nous détacher de la terre ; car, en voyant la foiblesse de noire nature et l'inconstance de notre vie , nous sommes appelés intérieurement k une vie toute céleste, et nous tâchons d'avoir notre conversation dans le cieL Saint Paul n'étoit jamais plus puissant que lorsqu'il étoit infirme; et sainte Thérèse ne recevoit jamais plus de consolations spi* rituelles que lorsqu'elle étoit accablée de maux» Souffrons, ma chère sœur, en ce monde, le ciel vaut bien un peu de peine , et la couronne que votre époux vous prépare a quelques épines ici bas ; mais dans le ciel , elle n'aura que des roses. Ce sont des témoignages d'amo.ur -qae Dieu nous donne ^ il veut vous épurer comme Vùr dan^ le feu de la tribolatiou ; re-

mettez-vous entre ses mains ^ c'est un bon ëcanofn« de souffrances^ il n'en donne jamais frfns qu'il faut. Si mes prières pouvoient quelque chose , vous recevriez beaucoup de soulagement. J'en attends des vôtres qui sont plus efficaces. Je suis , etc.

A Narboone, ce 8 Dovembre i655.

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