LETTRE III
PJI CORTROVBRSB, ET DES UOTERS OE RÉl'RIR LES DEUX COMIIUMION^,
A M. VICIEE, AVOCAT.
Il y auroit loug-temps, monsieur, que j'auroî^Td^ pondu à la lettre que vous eûtes la bonté de m'écrire il y a près de six mois. Mais l'absence de AL de Gon-r dom , à qui vous m'aviez chargé de la communiquer, la résolution que j'avois prise d'aller à mon abbaye , où j'aurois eu peut-être occasion de conférer avec vous, le voyage de Strasbourg que je fus obligé de faire subitement y et le désir que j'avois de savoir si dans l'assemblée du clergé on traiteroit des affaires dont vous souhaitiez d'être éçlairci , m'ont empêché ou ra^ont fait différer de vous écrire jusqu^ici. Je ne sauroi^ assez louer l'amour que vous faites paroitre pour la paix de l'Église, et le dessein qne vous avez de ohercher les moyens les plus faciles et les plus efficaces pour réunir les esprits que la différence, de religion a divisés, et que les préventions des uns, et peut-être le zèle inconsidéré des autres, aigrissent encore tQU3 les jours. J'avoue que la violence et l'oppresaion ne sont pas les voies que l'Église nous a mar*
qaëes , et dont Jësos-^Christ s*cst servi poar gagner \et âmes et pibur établir sa foi. Nous savons que la reli-^ gioD se persoade et qu'elle ne se commande point; qu'il faut gagser le cœur par ie cœur, et que rien ne conduit si naturellement à la vérité que la charité. Nous sommes assurés que le roi ne prétend faire aucune peine à ses sujets -, et que , si sa piété lui fait souhaiter avec passion de les ramener à la pureté et à Tunité de la religion , sa bonté 1 m fera toujoui*s pren-* dre les moyens les plus doux et les plus justes pour y réussir. Ainsi, monsieur, quand vous auriez raison de' vous plaindre des sévérités indiscrètes qu'on a exercées contre vous, vous avez lieu d'espérer que sa majesté les fera cesser dès qu'elles lui seront connues, et j'apprends même qu'il y a déjà de grands adoucissemens là-dessus. Vous pourrez dohc travailler avec plus de repos à l'ouvrage que vous méditez ; et comme vous n'avez que des pensées de paix, et que vous n'agissez que par de& motifs de charité et par un désir sincère du salut commun y comme vous le témoignez dans voire lettre , il est à croire que vous recueillerez le fruit dé votre travail , et que vous serez utile à vos frères. Il est vrai que ce n'est pas un dessein facile à exécuter. La préocciipation , la coutume, l'intérêt, la passion, la piété même, quand elle est anihiée d'un zèle amer, ou qui n'est pas selon la science , sont des obstacles presque insurQH)ntables dans les réunions. L'esprit humain ne se plait pas i céder , et il n'avoue pas volonliers qu'il s'est trompé. Aussi nous avons vu jusqu'ici le peu de succès qu'ont
eu toutes ces wélhodes de rëconciliaiion qu'où a bt^posées, qui n'ont servi qu'à faire voir qu'il y a peu de fl&ns équitables , et que l'amour du parti |>révaut presque toujours à celui de la vérité. Mais, monsieur, puisqu'un homme sage comme vous, et reconnu tel , prend la peine d'examiner ce qu'il y a eu de défec* tueux dans des moyens qu'on a proposés inutilement , et d'en chercher de plus faciles et de plus justes, vos bonnes intentions , votre bonne foi , avec les lumières que vous avez , pourront beaucoup contribuer à faire revenir les personnes pacifiques et raisonnables. Si vous faites voir, dans la réponse que vous faites à M. Arnaud , que votre morale est entièrement conforme à la nôtre, ce sera déjà une grande avance. Il »'est pas probaUe que vous autorisiez les choses que nous condamnons dans la pratique-, mais il est dangereux de poser des principes dont on peut tirer des conséquences aussi dures que celles qu'on a tirées des vôtres sur le sujet de la justification. Pour ce qui regarde les dogmes et la police de l'Église , il seroit à souhaiter que vous eussiez trouvé ce tempérament raisonnable que l'une et l'autre communions pussent approuver, ie m'assure qu'on vous tendra les mains pour vous recevoir , dès que vous vous approcherez de nous sincèrement , et que vous trouverez toutes les dispositions que vous pouvez attendre de la charité , quand nous pourrons connoitre que vous êtes disposé à suivre la vérité. Vous ne demandez , monsieur , qu'une démarche à l'église romaine , c'est qu'elle remette l'usage du calice au peuple , et vous espérez que
m LETTRES
la division cessera ^ et qa'il n'y aura pins qu'an troupeau. S'il ne tenoit qu'à ce seul point , la paix seroit bientôt conclue. Je ne crois pas que les honnêtes gens de votre parti , après avoir franchi toutes les autresdifficultés y voulussent s'arrêter à celle-ci qui n'est pas si essentielle, et je suis persuadé que le pape accorderoit volontiers une chose que nous estimons indifférente, et qui n'a été refusée que parce qu'on l'a jugée inutile. Je conviens avec vous que cet article de la eommunion sous les deux espèces n'a rien qui répugne à la parole de Dieu , ni aux décisions des conciles , et qu'on a remis au pape le pouvoir de la permettre selon les besoins. Mais il n'est ni de sa dignité m de sa sagesse de le faire , s'il n'en prévoit des avantages assurés et considérables pour la réunion. Plusieurs princes sollicitèrent à Rome et au concile de Trente , pour obtenir qu'on se relâchât sur ce point ; mais le concile , bien informé de l'éloignement ou ëtoient les protestans de toutes sortes d'accommodé^ mens , jugea bien qu'après avoir obtenu ce point ils insisteroient sur d'autres, et qu'il n'étoit pas à propos que l'Église changeât ainsi sans aucun fruit sa discipline et ses usages. L'empereur Maximilien II , ayant depuis demandé au pape la même chose pooc l'Allemagne, s!en désista par prudence, et reconnu! que c'étoit un piège qu'on lui avcHt tendu ; et que les protestans ne demandoieut qu'on leur accordât l'usage de la coupe que pour avoir lieu d'accuser l'Église d'avoir erré en le défendant, et de prendre sa condescendance pour une preuve de son erreur. Je sai»
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bien , monsiear , que les afikires de la religion ne sont phis dans le même ëtat, que les esprits sont autre-^ ment disposés , qu'on se lasse de cette division , et que peut*^tre il y a parmi vous un petit nombre d'honnêtes gens qui neseroient pas fâches d'avoir une ouverture et une raison apparente de leur conversion. Mais vous jugez bien qu'on n'engagera pas les puissances à faire une démarche de cette importance , si l'on ne voit clairement le grand succès qu^elle doit avoir. C'est à yous à prendre vos mesures là-dessus. Le clergé n'est pas assemblé pour traiter de ces matières. Pour moi , je sonhaiterois avec passion de contribuer au salut de tant d'âmes , et au dessein que vous avez de les ramener à la foi de l'Église *, et je m'estiraerois heureux si , en procurant la gloire de Dieu , je pouvois vous témoigner que je suis très-sincèrement , monsieur y votre , etc.
A SuiDt«Germain-en-Laye, ce i4 décembre i68a.
A MADAMB DB KICUBM05T, Blf LUI BKVOYANT QCBLQUB3 OUVRACBS^
Si la saison avoit été moins rigoureuse, et que les ouvriers eussent pu travailler à l'impression , il y a long-temps, madame, que vous auriez reçu le paquet que je vous envoie par le messager. Je n'ai pas voulu vous l'envoyer sans y joindre quelques exemplaires de l'oraison funèbre de la reine que j'ai prononcée il y a près de deux mois. Ce n'est pas que je croie que le présent soit considérable par lui-même ; je
sais que le plaisir que j ose espëter que vous aurez à le recevoir viendra tout entier de la bonté que vous avez pour moi , et qu'en lisant ce petit ouvrage vous exercerez votre patience et non pas votre jugement; mais, quand je devrois perdre un peu de la bonne opinion qu'on vous en a donnée , j'y gagnerai toujours la salisfaction de vous Tavoir présenté , et de m'étre acquitté d'un devoir très-juste et trèsagréablç. J'ai fait mettre dans le paquet quelques exemplaires pour M. Fromentin, et pour le révérend père Quesnel, pour M. l'intendant, s'il n'en avoit pas encore reçu; vous voudrez bien, madame, leur faire savoir combien je les bonore. Vous trouverez deux dictionnaires, dont l'un est latin et fait par Racine, dont on s'est servi pour faire apprendre les mots latins à monseigneur le Dauphin ; et l'autre est françois-latin, imprimé depuis peu et estimé, qui sert à la composition. Je m'imaginç que monsieur votre fils est déjà au-dessus de ces livres-là ; s'ils peuvent pourtant lui être de quelque usage, j'en serai ravi. Que je serois heOTeux si je pouvois contribuer à son éducation, et seconder les soins que vous prenez à le rendre honnête homme et bon chrétien ! Je suis avec tout l'attachement et tout le respect possible, madame, votre, etc.
A VersaUIo», ce 30 iénier i6S\^
DE PtÉGRIEH. It
&B ClTriLITlî A M. BBKOIT, AUDITEUR DB BOTB, 8UB LM FAUX BBUIT QUI ATOIT COUBU QU^lb BT011 ROMMB A L^BVBCHÏ D^OBANGB.
J'ai toute la reconnoissance que je dois avoir pour loutes les marquea d'amitië que je reçois>incessamvent de vous, monsieur. Les souhaits et les vœux que vous faites pour ce qui regarde ma fortune sont capables de m'attirer de grandes prospérités. Je le& prends pour des présages heureux de quelque biem qui doit m'arriver, et ce qui me touche encore dayantage, pour des témoignages de la bonne opinion que vous avez de moi *, ainsi je vous en rends trèshumbles grâces. Le bruit qui à couru chez vous de ma notniàation à Tévéché d'Orange n'est pas véritable. Je n'ai point demandé cet évéché , et ne l'ai pas même désiré •, ce n'est pas que je ne le croie bien au-delà de mon mérite; mais j'ai résolu de laisser agir les bontés du roi à mon égard, et d'attendre sans m'impa tien 1er les grâces qu'il m'a fait l'honneur de me promettre; outre que j'estimerois beaucoup plus un établissement un peu moindre , qui ne m'éloigneroit pas de la cour. Ainsi, monsieur, vous pouvez désabuser ceux qui, par un excès d'estime ou d'amitié qu'ils ont pour moi, auroient pu croire ou souhaité que je fusse destiné à un honneur dont je nem'estime pas digne. Je vous envoie un petit livre qui contient deux discours, et quelques poésies qui furent prononcés k l'Académie où j'avois l'honneur de pré-
la LETTRES
sider à la réoeption d'un des plus savans hommes de notre siècle. Pour le discours que je fis au roi à la tête de TAcadëmie , lorsque sa majesté revint de sa conquête de la Franche-Gomtê , je ne manquerai pas de vous en faire part dès que je Taurai fait imprimer. Conservez-moi, s'il vous plaît, toujours, monsieur, Thonneur de votre amitié, et faites-moi la grâce de croire que je suis plus que personne du monde , etc.
A VefsaiUes, ce 16 octobre i68^|.
LETTRE VK
DE CIVILITÉ CHRÎTISNNE, ▲ MAOAMB DB RICUBMOKT.
Je vous rends très-humbles grâces, madame, et de la joie que vous avez eue de la grâce que le roi m'a faite , et des souhaits que vous ayez faits vous* même. Vous me croyez sans doute meilleur que je ne suis^ quand vous désirez de me voir chargé d*uo fardeau que je sens bien que je ne serois pas capable de porter. L^ bons ouvriers que vous jugez, avee raison , si nécessaires à l'Église ont bien d'autres vertus et d'autres talens que, nous; et il faut les tirer des lieux d'oraison et de retraite , et non pas du pays de tumulte et de dissipation où nous sommes. Ainsi , madame, bornez vos désirs, et demandez à Dieu q«e j'use chrétiennement des biens qu'il me donne , et que je songe efficacement à mon salut , pendant que de plus gens de bien que moi travailleront à celui des autres.... J'ai bien de la joie d'apprendre que votre famille s'élève et se perfectionne insensi-»
DE FLÉGHIER. l3
blement par vos instructions et par vos exemples. En quelque état que Dieu appelle des enfans aussi bien nës et aussi bien instruits que les vôtres , ils produiront les fruits d'une éducation chrétienne , et vous verrez germer et croître la bonne semence que vous jetez dans leurs esprits et dans leurs cœurs. Quoi que vous me puissiez dire de mademoiselle votre fille aînée , je ne laisserai pas de tenir mon sermon ton* jours prêt, quelque parti qu'elle prenne. Je suis persuadé qu'elle en remplira fidèlement tous les devoirs ; et que , soit dans la religion , soit dans le monde, elle servira Dieu comme vous le souhaitez. Pai bien envie d'aller encore disputer de théologie avec la cadette, et de voir jujsqu'où son bon sens et la vivacité de son esprit sont allés depuis que je ne l'ai vue. Il n y a qu'à lui souhaiter de la santé , le père Quesnel et vous , avec la grâce de Dieu , ferez le reste. Pour monsieur votre fils, je me réjouis d'apprendre qu'il profite dans son innocence et ses bonnes mœurs, et qu'il s'avance doucement dans ses études. Le fond de la vertu demeurera , et l'esprit s'ouvrira de plus en plos. 11 ne faut pas le presser ; il ne faiît que lui montrer le chemin et lui aider à marcher. Dieu bénira vos bonnes volontés et les siennes. Au reste , madame , vous voulez bien que je le remercie ici d'une lettre latine qu'il m'écrivit autrefois ; car vous ^vez que je fais quelquefois mes remercîmens un peu tard* ENe étoi( .fort bien faite , et je me sopviens eocore qu'il y àvoit même de l'élégance. J'espère dans le printemps prochain voir eu passant les pro-
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grès qu'il aara faits dans son latin. Je suis en peine de ce que vous m'écrivez, madame, de l'incommo^ dite de M. de Richemdnt ; j*espère que ce ne sera qu'une fluxion passagère : cependant il faut qu'il se ménage et qu'il conserve ses yeux. Pour vous, madame, faites-moi la grâce d^élre bien persuadée quQ je suis très-sensible à tout ce qui vous touche, et que je suis , etc.
A Versailles I et s5 novembre i6S{.
LETTRE Vil.
▲ M. ariT, AACm ÉviQUk D^VBARCBBS. OR BXAMiftB 8UB QUI TOMBBnT. LBfl FBAIS DE LA rOUBBOITB DBS PB^TBBS DiBBGLBS.
Vous avez bien raison, monseigneur, de croire que la distance de deux cents lieues u'a rien diminué de l'attachement et du respect que j'ai toujours eus pour vous. Je voudrois trouver des occasions de vous le témoigner plus considérables que celles que vous m'en donnez par votre lettre du i6 mars. Je l'ai reçue dans le cours de ma visite , et je n'ai pu y répondre plus tôt, parce que j'ai été toujours errant. J'ai consulté les plus anciens officiers de mon cha^ pitre, et leur ai demandé Tusage qu'ils ont eu dans la poursuite des mauvais ecclésiastiques, quand le revenu du sceau et du greffe n'y suffît pas. Us m'ont tous répondu que ce diocèse n'étoit pas tombé dans le cas y et qu'il n'y avoit point de pratique fixe Ijh dessus , soit parce que le diocèse est de peu d'étendue, ' n'y ayant que soixante-six cures, sbit parce qu'il a
DE FLÉCHIER. ' ï5
toujours été assez réglé , soit parce que Tëvéque y ayant une pleine autorité et sur le chapitre et sur tout le reste il retient plus aisément tout le monde dans le devoir. Un grand vicaire que j*ai qui a gouverné le diocèse sous cinq évéques , et qui est con^sommé dans les affaires ecclésiastiques ^ a dressé sur le droit un mémoire que je vous envoie, ne pouvant rien mander sur le fait.... Je me suis informé de Tusage de l'église de Toulouse , et le grand-vicaire m'a assuré que M. Tarchevéque ne fournissoit pas à ces sortes de frais , et qu'on les imposoit sur le clergé. L'usage de Castres est le même, et Tévéque n'est pas chargé de cette dépens^ , lors même qu'il est sacré ; à plus forte raison un évéque nommé qui n'exerce aucune juridiction. Voilà, monseigneur, ce que j'ai pu savoir depuis mon arrivée , et que j'ai mieux aimé vous mander promptement que de vous faire attendre de plus longues recherches. Je ne laisserai pas d'en faire encore et de vous témoigner, en cette rencontre et en d'autres , l'attachement et le respect avec lequel je suis, monseigneur, etc.
A LaTAur , ce ao atril i685.
LETTRE VHI.
COHPLIMBUT a m. ^.^ABBB BAITIDB , qui L*AT0IT riiLICITB ftOR SJk PBOHOTIOIf A L^BvAcHB DB LAtADB, BT QUI LUI ATTOIT FAIT PBBSBBf 1>1J PAinÎGTaïQUB BB SAIMT .IBKÔHB.
En quelque temps, monsieur, que me vieuneoile» marques de votre amitié ^ elles me sont toujçur»
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agréables ] et la joie que vous me témoignez de ma promotion à Tëpiscopat, quoiqu'elle vous paroisse tardive , ne laisse pas d'avoir pour moi les agrëmeos de la nouveauté. J'ai Ju avec beaucoup de satisfaction le panégyrique de saint Jérôme , que vous m'avez fait la grâce de m'envoyer ^ et je suis bien aise que la censure qu'on en avoit faite vous ait attiré toutes les louanges et les approbations qu'on vous a données. Je vous rends trè&^humbles grâces de ce présent que j'estime beaucoup , et je vous prie de croire que je suis véritablement , monsieur , votre , etc.
A Lavaur, ce a février 1686.
HVMBLB BT PItVSB HBUOITTRAHCB àV ROI VODB BBFDSBB L^BV^CHB
DB (TUIIBS. •