LETTRE XVIII
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Vous m'avez fait , madame , le plus grand plaisir du monde de me donner de vos nouvelles et de celles de votre famille. Je sais que vous vous entretenez dans les exercices de piété ^ et que vous profitez tous les jours des grâces que Dieu vous a faites^ en vous faisant connoitre l'importance de votre salut , et vous désabusant des vanités du siècle dés votre première jeunesse. Je sais que vous êtes entièrement occupée comme une mère vraiment chrétienne à l'éducation de vos enfans , et que vous avez pris soin de vous sanctifier, soit dans les douceurs, soit dans les tribulations du mariage. Puisque l'inclination de monsieur votre fils n'a pas été tournée du côté de TÉglise, vous avez bien fait de lui laisser la liberté de son choix, et il vaut mieux qu'il soit un bon gardemarine qu'un eiiclésiastique sans vocation. Le courage et le zèle qu'il témoigne pour cette espèce de service vous doit persuader que Dieu l'y appelle ^
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d'ailleurs il pourra s'avancer par sou mérite, et se mettre en état de ne vous être pas à charge. C'est dëjà un grand point qu'il ait de l'honneur et. de la sagesse, et vous devez espérer que Dieu le bénira dans son état. J'apprends aussi avee plaisir que ma* demoiselle votre fille. ainée continue à se per£ection-* ner dans le bien; qu'elle s'instruit elle-même, et qu'elle joint deux choses assez rares à son sexe , le savoir et la modestie. Pour la cadette , il m'a paru qu'encore qu'elle soit vive elle a de la vertu et même de la retenue. Je ne doute pas que vous ne pensiez à l'établir , si vos affaires vous le permettent. La providence de Dieu fera naître quelque occasion pour cela quand vous y penserez le moins. Je vous plains beaucoup d'avoir perdu une sœur qui étoit votre plus douce consolation ; ce sont des vides qui se fout dans votre cœur, et qu'il faut que Dieu remplisse. Cette perte vous donne lieu de faire, par votre résignation, un sacri&ce agréable au Seigneur, et d'exercer votre charité par le soin que vous prenez d'une famille S4ns mère. Je suis assuré que vous mettez toutes ces afflictions à profit , et que la principale consolation doit être pour .vous le bon usage que vous en faites. Je ne m'amuserai point ici à vous justifier mon ancien silence ; je vous dirai seulement que je n'ai jamais manqué d'affection, d'estime, de reconnoissauce , et que personne n'est avec un plus sincère attachement que moi , madame , votre , etc.
A I^iiames , ce 3o août i6g4>
DE FLÉCHJtER. 3l