LE PRINTEMPS
Et presse le bercement
Si charmant Qui lui livre sa maîtresse.
Elle a son seul point d'appui
Contre lui, Qui touche ce que dérobe L'écharpe qu'un vent mutin
Du matin Fait flotter avec la robe.
Leurs beaux cheveux envolés
Sont mêlés; Ils vont, rasant les fleurettes
De leurs jeunes pieds unis;
Et les nids, Là-haut, sont pleins de fauvettes.
— Un baiser sur tes cheveux,
Je le veux !
Et je veux que tu le veuilles.
— Non, berger, car les grimpants
yEgipans Sont là, cachés sous les feuilles,
rolftit. — II.
18 LE CAHIER ROCGE.
— Un baiser — qu'il soit moins prompt!
Sur ton fronts Sur ta bouche qui m'attire !
— Non, berger. N>nlends-tu pas
Que là-bas Déjà ricane un satyre?
Ainsi ringénue enfant
Se défend Et veut détourner la tète; Mais, pour augmenter sa peur.
Le trompeur Fait voler l'escarpolette ;
Et craintive, et s'attachant
Au méchant Qui lâchement en profite, La vierge au regard divin
Bien en vain L'adjure d'aller moins vite.
Mais déjà le bercement
Lentement S'affaiblit et diminue.
LE PRINTEMPS. i9
Les enfants se sont assez
Balancés, Mais leur baiser continue.
Où ce jeu les mène-t-il?
Très subtil Est Eros, riveur de chaînes, El, dans le taillis en paix,
Très épais Le gazon au pied des chênes.
Sur Técorce des rameaux
En deux mois Plus d'une idylle est écrile.
Et, sous les myrles de Co5,
Les échos Savent par cœur Théocrile.