‹ Œuvres complètes de François Coppée (volume 3)Chapitre 56 sur 125 · SENNACHÉRIB · texte numérisé non relu

SENNACHÉRIB

Lorsque Sennachérib eut vaincu la Ghaldée, Et que sa gloire y fut solidement fondée, Il emmena captif tout le peuple. Aux plus vieux I/on coupa les deux mains et Ton creva les yeux; Le reste lui bâtit des palais dans Ninive.

Or, un jour* qu'il passait à cheval sur la rive Du Tigre, en habit d'or de perles constellé, 11 vit un grand vieillard, aveugle et mutilé,

De Tancienne victoire épouvantable preuve,

Que deux beaux jeunes gensconduisaient prèsdufleuve

Et semblaient entourer d*un respect filial.

Le roi Sennachérib arrêta son cheval

Et, tout en s'appuyant d'une main sur la croupe,

Longtemps et tout pensif il contempla ce groupe.

Le plus jeune des fils du vieillard étranger

Lui présentait du pain et le faisait manger,

Et Talné, le guidant avec un soin servile,

Lui décrivait tout haut les beautés de la ville.

Car, pour le pauvre infirme, errant par les chemins.

L'un avait des regards et l'autre avait des mains.

Le roi remit au pas sa bête reposée ;

Mais en passant la main sur sa barbe frisée,

Il songeait :

(c Cet esclave a de bons fils. Pourquoi Suis-je jaloux de lui? N'en ai-je donc pas, moi? Les nombreux descendants de ma race prospère Entourent de respect leur seigneur et leur père. Pourquoi de leur amour ne serais-je pas sûr?

Je les ai faits puissants et riches dans Âssur; Je leur ai confié d'immenses satrapies ;

Page 1